Dent du Chat, col du Chat |
Au nord du Mollard Noir la crête du chaînon du Mont du Chat s'abaisse jusqu'à son point le plus bas qui est le col du Chat,. En même temps le relief du chaînon cesse d'être celui d'un lourde échine et devient une crête relativement déchiquetée sur laquelle se détachent des pitons rocheux, dont le principal est celui de la Dent du Chat.

Ce relief vient de ce que l'érosion a profondément éventré l'anticlinal en ne conservant plus que son flanc oriental, (alors que la voûte anticlinale est conservée plus au sud, au Mont du Chat lui-même). Cette partie du pli forme alors un crêt* dont le tracé dessine d'ailleurs un rentrant accusé en direction de l'est (voir, ci-après, la carte et ses commentaires).

L'étude du versant occidental de cette portion du chaînon montre d'une façon particulièrement claire que l'anticlinal du Mont du Chat y est rompu par une grande cassure orientée presque parallèlement à son axe (donc N-S), la faille du Mont du Chat. Sa surface de cassure pend vers l'est et son compartiment oriental est surélevé. Cela lui confère un rejet de chevauchement, mais il est difficile d'y voir une simple faille inverse"* car son pendage semble très fort, plutôt proche de la verticale.
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Origine et jeu de la faille longitudinale
du Mont du Chat - D'une part il est remarquable que,
de part et d'autre du col du Chat, le tracé cartographique
de la faille s'infléchit beaucoup, son azimut pivotant
dans le sens horaire (du nord vers le sud il passe de N160 à
N45). Il décrit ainsi un arc ouvert vers l'ouest. Une
courbure similaire affecte tout le compartiment oriental de la
faille (comme le montre le changement d'orientation de la dalle
urgonienne du flanc est du pli, qui passe de N150, au sud d'Hautecombe,
à N20 au Bourget du Lac. Par contre l'anticlinal de Lierre,
qui conserve sa direction N160 jusqu'à ce qu'il soit tranché
en oblique par la faille à l'est de Saint-Jean de Chevelu
est exempt d'une telle torsion. De ce fait la courbure de la
faille semble correspondre à un enroulement de la tranche
de terrains chevauchante par dessus la voûte du corps principal
de ce pli (ce qui évoque une avancée contournant
cet obstacle par le sud). En définitive il n'est donc pas déraisonnable
d'envisager (comme le faisait P. GIDON) que la faille du Mont
du Chat soit une ancienne faille normale, à condition
d'ajouter qu'elle aurait été basculée
en chevauchement lors des compressions post-Miocènes. En effet cette faille prend naissance, à Curtille, dans le flanc oriental de l'anticlinal du Chat. Ce grand pli aurait été rompu en oblique par la faille et sa partie méridionale aurait alors pivoté dans le sens horaire. De ce fait elle s'est avancé en chevauchement avec un rejet horizontal croissant vers le sud, d'abord par dessus la voûte anticlinale, puis en débordant le flanc ouest de l'anticlinal jusqu'à avancer sur les plis plus modestes qui lui faisaient suite du côté est (savoir le synclinal de Billième et l'anticlinal de Lierre)..
La disposition actuelle s'accorde totalement avec un tel scénario,
qui explique bien l'accroissement du rejet de la faille du nord
vers le sud (il découle du pivotement) et sa transformation
progressive en chevauchement. Ce schéma explique également
de façon satisfaisante que le flanc ouest de l'anticlinal
de Lierre vienne se raccorder, dans le versant ouest du Mont
du Chat, au flanc ouest du pli qui forme cette montagne. |
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![]() |
Carte géologique très simplifiée du secteur entre Yenne et le Lac du Bourget redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074 |
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Entre la Charvaz et le relais du Mont du Chat (au sud de la
Dent du Chat), la crête décrit une profonde inflexion
vers l'est. Cela résulte en premier lieu de ce que la ligne
de crête ne correspond plus à la voûte de l'anticlinal
du Mont du Chat et s'en écarte vers l'est (l'axe du pli
passait plus à l'ouest, sans doute à peu près
à l'aplomb de Chevelu) car, dans cette section du pli,
l'érosion de son flanc occidental a mordu particulièrement
loin vers l'est, en enlevant tout le flanc ouest et la voûte
du pli.
Mais ce rentrant vers l'est que décrit la ligne de crête
correspond aussi, pour une bonne part, à une torsion, sinon
de l'axe du pli, au moins de la dalle rocheuse chevauchante formée
aux dépens du flanc oriental de l'anticlinal du Mont du
Chat : c'est ce dont témoignent l'inflexion azimutale du
tracé des couches du flanc oriental de ce pli ainsi que
celle du tracé de la faille du Mont du Chat (le pendage
de cette cassure est en effet trop proche de la verticale pour
que l'on puisse ne voir là qu'un V topographique*).
Cette conjonction de deux phénomènes si différents
n'est sans doute pas fortuite. En effet l'incurvation structurale
du flanc oriental de l'anticlinal du Mont du Chat se produit à
l'endroit même où les plis des collines de Billième
- Chevelu viennent s'enfoncer sous le chevauchement de la faille
du Mont du Chat. On peut donc penser que, pour franchir l'obstacle
constitué par les reliefs liés à ces plis,
la dalle chevauchante a subi là un surhaussement qui l'a,
par la suite, particulièrement exposée à
l'érosion. Peut-être la torsion subie par cette dalle
a-t-elle, en outre, été à l'origine aussi
de fractures plus ou moins extensives, telle la faille du col
du Chat, qui ont facilité cette attaque de l'érosion.
Le col du Chat est très clairement déterminé par une faille NW-SE, la faille du col du Chat, qui décale cartographiquement les limites de couches du Crétacé inférieur, d'environ 500 m dans le sens sénestre, sur le versant est de la montagne.
On en a conclu, peut-être un peu vite, qu'il s'agit d'un
décrochement. Mais sur le versant ouest du col la
cartographie ne fait pas apparaître un net décalage
dans les couches jurassiques ; de plus le tracé de la faille
N-S du Mont du Chat n'y est pas décalé de façon
perceptible.
D'autre part il est remarquable que, sur le versant est, l'épaisseur
de l'Urgonien qui subsiste sous la transgression des premières
couches du miocène est très faible au sud de la
faille, à Bourdeau. Par contre elle semble bien plus importante
au nord (même si le contact de transgression y est caché
sous les eaux du lac). Cela semble donc indiquer que cette cassure
avait joué par soulèvement de sa lèvre sud
et que le saillant formé par celle-ci avait été
érodé avant le dépôt du Miocène
marin.


Le Plateau de Servagette, à l'est
de Chevelu, que la N504 contourne par son bord nord pour accéder
à l'entrée du tunnel du Chat, pose un problème.
En effet il est essentiellement formé d'Urgonien, mais
ce dernier ne s'engage pas sous la molasse miocène qui
affleure immédiatement plus à l'est, notamment à
l'entrée du tunnel. Au contraire cet urgonien s'appuie
la molasse en la recouvrant.
Il est donc vraisemblable qu'il s'agit là d'un paquet
tassé*, ce que confirme la disposition chaotique du
matériel urgonien qui forme ces affleurements et leur repos
sur un coussinet d'éboulis cimentés.

Mais cette interprétation se heurte au fait qu'il n'y pas d'Urgonien dans les pentes qui dominent le plateau de Servagette. Cela a donc conduit à envisager que des affleurements aient anciennement existé sur cette lèvre de la faille et qu'ils aient été mis en position instable par l'érosion. Ils auraient ensuite été totalement enlevés, par leur effondrement gravitaire ("décoiffement").
![]() |
Origine du paquet tassé du plateau de Servagette f.MC = faille longitudinale du Mont du Chat. |
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L'interprétation avancée par Paul GIDON pour
la mise en place de l'Urgonien de la Servagette est sans
doute dans le vrai en invoquant une mise en place gravitaire,
mais elle soulève cependant quelques difficultés
: En définitive il paraît plus satisfaisant
d'envisager, pour ce paquet tassé, une origine faisant
intervenir la faille du Mont du Chat par le biais de son jeu
compressif (qui, précisément, devient de plus en
plus patent au sud de ce point). En effet l'avancée vers
l'ouest du compartiment oriental de cette faille était
susceptible d'accrocher et de décapiter l'extrémité
sud-orientale du crêt d'Urgonien de la montagne de Lierre,
resté saillant - voire émergent, un peu comme maintenant
- après le dépôt de la molasse miocène. Le paquet de blocs urgoniens cimentés qui forme la butte du Crêt de Monthoux paraît très similaire à celui de La Servagette (conformément à l'opinion de Paul Gidon). Mais sa présence est encore plus énigmatique et ne s'accorde décidément pas avec l'hypothèse d'un décoiffement car il n'y a pas la moindre place disponible ici pour un ancien affleurement d'Urgonien qui aurait été perché plus haut dans la pente. En effet l'amas de blocs s'appuie du côté est exactement contre la surface de la cassure, tout en reposant sur le Néocomien de la lèvre ouest de la faille. Cette situation relève par contre parfaitement de l'interprétation proposée ci dessus. En effet elle évoque bien celle d'un bloc-klippe traîné tectoniquement et coincé dans le plan de faille, dont le matériel se serait ensuite éboulé sur le versant. Quoi qu'il en soit les caractéristiques des
amas d'Urgonien de la Servagette et de Monthoux semblent témoigner
de ce que l'activité tectonique compressive de la faille
du Mont du Chat a été très tardive, post-Miocène
(mais ce jeu tardif ne fait éventuellement que reprendre
une faille antérieure qui n'avait peut-être pas
un rejet compressif) |
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