Charmant Som, versant sud-ouest |

La simplicité de la répartition,
en bandes parallèles, des affleurements de ce versant est
toutefois perturbée par deux traits structuraux :
- Le premier est le fait que la montagne est partagée en
deux compartiments, décalés dans le sens dextre,
par le décrochement de l'Oursière. Cette
cassure, qui détermine les abrupts nord-occidentaux du
sommet, a une orientation presque E-W et un rejet de plusieurs
centaines de mètres. Elle détermine le vallon de
l'Oursière, qui descend vers le col de la Charmette, où elle traverse
le synclinal de Proveysieux.
- Un second trait marquant de ce versant de la montagne est le
fait que la zone d'articulation structurale entre le coeur du
synclinal de Proveysieux (col de la Charmette) et la voûte
de l'anticlinal médian (sommet du Charmant Som) n'est pas
constituée par une simple inflexion sinusoïde des
couches. Elle y est compliquée par la présence d'une
grande faille N-S (donc parallèle à l'axe de ces
plis), la faille du Grand Poyat. Cette dernière
redouble la succession des couches par rehaussement de son compartiment
ouest. L'analyse comparée de ses divers secteurs d'affleurement
révèle que son origine et ses rapports
avec le plissement sont assez particuliers.
Malgré la couverture boisée des
parties basses du versant les conditions d'affleurement sont suffisamment
favorables à une analyse instructive des rapports de ces
deux accidents avec les plis. La description détaillée
des données d'observation est donnée ci-après
sous la forme d'une description
des itinéraires que l'on peut
parcourir au départ du col de la Charmette.
Ils y débutent l'un et l'autre par une piste d'exploitation
forestière : celle qui part vers le nord donne accès
au chemin qui monte au Charmant Som par le vallon de l'Oursière
et l'arête nord de Chamechine (itinéraire A,
décrit dans le sens de la montée en page "Charmant Som NW"). Celle qui s'élève
directement vers l'est permet de gagner les chalets du Charmant
Som en rejoignant le crête de la montagne à l'épaule
du Fournel (itinéraire B, décrit ci-après dans le sens de
la descente).

Itinéraire A : points 9 à 13
Itinéraire B : points 1 à 5
Les traits barbulés indiquent les principales lignes de
falaises.
Les traits épais en grisé représentent le tracé sur la surface topographique des accidents tectoniques majeurs : AF = anticlinal du Fournel, SH = synclinal des Haberts du Charmant Som ; ACS = anticlinal du Charmant Som ; FGP = faille du Grand Poyat ; DO = décrochement de l'Oursière.
On remarquera que le tracé de la faille du Grand Poyat
est décalé par les failles transverses, de décrochement,
qui sont donc plus récentes.
pour explorer ce secteur
vous pouvez aussi consulter la
carte géologique
détaillée du chaînon du Charmant Som.
(à reporter sur un fond topographique)
B - Descente depuis les alpages du Charmant Som
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Les symboles de pendages des couches portent classiquement
l'indication des azimuts et pentes. |
Le chemin contourne une seconde échine herbeuse
où affleure largement la Lumachelle. Deux observations
peuvent être faites avant qu'il ne s'oriente franchement
vers le nord pour descendre dans le versant ouest (point
2b) :
a) le contact entre la Lumachelle et l'Urgonien se localise aisément,
grâce au changement de patine (on passe du brun taupé
au gris clair). On remarque que ce passage se fait sur une épaisseur
d'environ 50 cm par un enduit qui remplit des anfractuosités
sinueuses de la surface de l'Urgonien et s'insinue même
dans la partie supérieure de ce dernier. Il s'agit de
couches pétries d'Orbitolines, qui sont l'équivalent
réduit des "couches à Orbitolines supérieures"
du Vercors.
b) Le pendage de l'urgonien est devenu ici très faible
(15°) et dirigé vers le sud (et non vers l'est). Or,
plus à l'ouest il manifeste une inclinaison de plus en
plus forte en même temps qu'un changement d'azimut qui
conduit les bancs à une orientation nord-sud (fig.3).
La variation progressive, dite "périclinale"*,
de la direction et de l'inclinaison des couches entre les points
2a et 3, correspond au franchissement de la voûte de l"'anticlinal
du Fournel". Le fait qu'aucun des pendages n'est horizontal
indique que cette voûte est doucement plongeante vers le
sud (en fait ce plongement vers le sud caractérise toutes
les structures du secteur du Charmant Som). On remarque enfin
que les pendages des couches ne sont, en chaque point, que peu
différents de la pente topographique de l'échine
montagneuse, et donc qu'ils varient pratiquement de la même
façon que cette pente : on a là un bel exemple
de relief conforme, l'échine du Fournel constituant un
véritable "mont"*, typique de la morphologie
jurassienne.
Comme il faut s'y attendre après le franchissement d'une voûte anticlinale, la suite du trajet fait retraverser la même succession de couches, mais bien sûr en ordre inverse puisqu'elles appartiennent alors au flanc ouest de l'anticlinal du Fournel. Les dernières dalles urgoniennes, subverticales et fraîchement dégagées par le chemin, méritent d'être observées de près (point 3) : elles présentent en effet des surfaces un peu bréchiques, garnies localement d'un enduit calcitique orangé, lui même doté de stries fortement inclinées (pendage moyen de 75° vers le nord) avec de fins ressauts en escaliers ("écailles calciteuses"). Ces "microstructures" résultent de ce que, dans des roches aussi peu déformables ("compétentes"), le plissement ne peut se faire qu'au prix d'un glissements des strates les unes sur les autres, à la façon du comportement des feuilles d'un cahier que l'on enroule (fig.4).

A - Schéma théorique montrant l'origine
des glissements couches sur couches, dus au cintrage des bancs,
dans un pli (ici un anticlinal).
a) ce glissement est dirigé perpendiculairement à
la charnière.
b) c'est le banc supérieur qui se déplace vers
la charnière par rapport au banc inférieur (donc
ici vers le haut, d'où le sens des escaliers visibles
sur ces écailles calciteuses striées).
B - Schéma perspectif de l'anticlinal du Fournel
montrant la disposition de l'axe du pli et celle des stries
de friction portées par les surfaces de couches de l'Urgonien
: elles sont perpendiculaires à l'axe, mais obliques à
la ligne de plus grande pente des strates (le pendage des stries,
a une valeur est complémentaire de celle de l'inclinaison
vers le sud de l'axe de la charnière).
On a représenté aussi la section du pli par une
surface horizontale (H), de façon à faire
apparaître la variation "périclinale"
du pendage.
A l'Urgonien, entaillé par le chemin, fait normalement suite la Lumachelle, verticale et même se renversant à 75° vers l'est, à l'endroit où la pente rocheuse fait place de nouveau à des prairies. Le chemin traverse ces dernières en ne mettant à nu que très médiocrement les calcaires argileux du Sénonien inférieur. A partir du replat du Fournel, garni de bosquets (point 4), le sol s'avère par contre formé d'une argile pétrie de débris de silex qui crissent sous le pied : c'est le signe que l'on entre dans la formation des "Calcaires à silex" [c6-7C] du Sénonien supérieur. Ceux-ci sont cachés sous cette argile d'altération, mais effectivement les quelques pointements rocheux qui en émergent cependant, de ci de la, dans la descente en sous-bois qui suit, montrent des silex, le plus souvent de teinte miel, soit en rognons soit en éclats anguleux à l'intérieur d'un calcaire blanc massif et cristallin, d'aspect si voisin de celui de l'Urgonien que l'on peut qualifier de "pseudo-urgonien".
Au bout d'une centaine de mètres de trajet
en sous-bois vers le sud le chemin atteint une clairière
et tourne vers le sud.
Cette clairière occupe un replat installé sur les
calcaires à silex, (toujours fortement couverts d'argile
d'altération, localement rouge et blanche). Un affleurement
assez représentatif des calcaires "pseudo-urgoniens"
du Sénonien supérieur, avec des silex lités
soulignant le pendage des bancs subverticaux (N05, 85°E)
s'observe au sud de la clairière là où le
chemin tourne vers le sud-est (point 5a).
Au bord ouest de ce replat la pente devient brutalement beaucoup
plus déclive pour tomber sur le col de la Charmette (versant
du Grand Taillis) tandis que, du côté nord, s'ouvre
un petit col, bordé à l'ouest par un rognon rocheux.
Si l'on s'écarte du chemin vers l'ouest, en traversant
le replat horizontalement jusqu'à ce rebord ou en si l'on
atteint le rognon rocheux à l'ouest du petit col (point 5b), on constate que la rupture de
pente correspond à de bons affleurements d'Urgonien.
Le contact entre l'Urgonien inférieur du point 5b et les
Calcaires à silex du point 5a est évidemment anormal
car il y manque une grande épaisseur de série stratigraphique.
Il correspond à une faille presque verticale orientée
nord-sud appelée "faille du Grand Poyat",
du nom d'une butte située 1 km plus au sud (fig.1).
Cette importante cassure, dont le rejet majeur consiste en un
soulèvement relatif de son compartiment ouest, est un
accident dont la signification et la place dans l'évolution
tectonique du secteur ne sont pas évidentes (voir
ci-après).
Le miroir de cette faille est dégagé de façon discontinue par l'érosion et forme (surtout à l'ouest du petit col) un muret naturel de 0,5 à 2 m de haut que l'on peut suivre sur un bonne centaine de mètres, à la limite des rochers et du replat argileux : on vérifie, en mesurant ce miroir, la constance de sa direction azimutale, qui est de N10, et de son pendage, qui atteint 75° E (la faille est donc moins pentée que les bancs de calcaires à silex du Sénonien supérieur qui affleurent à quelques dizaines de mètres plus au sud-est, au point 5a.
Prendre au sud de la clairière, exactement
au point 5a, le sentier qui
s'embranche en contrebas du chemin forestier.
Il s'engage vers l'ouest dans un vallonnement où l'on
marche sur la terre d'altération à débris
de silex, puis part à flanc vers le nord. C'est peu avant
ce changement de direction que l'on voit apparaître les
rochers d'Urgonien qui indiquent que l'on vient de passer du
compartiment est au compartiment ouest de la faille du Grand
Poyat. La descente en lacets qui fait suite reste dans l'Urgonien
jusqu'au 5° lacet, point où l'on voit apparaître
des fragments de Lumachelle. Au delà, jusqu'au chemin
forestier que l'on rejoint vers 1400 m d'altitude, on ne traverse
que des éboulis (qui cachent la succession du Sénonien
inférieur). Les calcaires à silex du Sénonien
supérieur affleurent ensuite dans le lacet du chemin,
avant de se masquer sous la terre d'altération et les
éboulis, aux approches du col.
N.B. La succession complète et pratiquement continue des couches comprises entre le Sénonien supérieur et l'Urgonien inférieur est traversée par ce chemin forestier, dans son trajet remontant vers le sud ; il traverse ensuite la faille du Grand Poyat à environ 1 km de distance de l'embranchement du sentier du Fournel puis, après un lacet, se transforme en un simple sentier qui remonte le ruisseau du Charmant Som (le long d'une faille sénestre) jusqu'à déboucher sur la voûte de l'anticlinal du Fournel, dans les prairies situées en contrebas ouest de l'oratoire d'Orgeval. Cet itinéraire peut constituer une autre variante d'accès aux prairies d'Orgeval.
Le chemin forestier se dirige presque horizontalement vers le nord dans le Sénonien, assez largement masqué par des éboulis ; puis il tourne vers l'ouest en entaillant de bons affleurements des niveaux calcaréo-argileux, encore pauvres en silex, de la partie moyenne de la succession. La fin de la descente, jusqu'au col de la Charmette se fait dans la nappe d'éboulis anciens qui repose sur l'argile de décalcification du Sénonien (contenant des fragments de silex).
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Les observations faites en divers points sur le tracé
de la faille du Grand Poyat montrent en définitive
que cette cassure coupe les couches du flanc ouest de l'anticlinal
du Fournel en faisant, avec elles, un angle aigu, toujours
de même valeur. Et ceci bien que ces couches soient
redressées d'une valeur qui varie en fonction du niveau
où l'on se trouve dans le flanc ouest de l'anticlinal
du Fournel (où les couches tendent à basculer de
plus en plus vers le bas, jusqu'à la verticale ou même
au-delà). Si l'on "déroule" le pli, en conservant les rapports angulaires entre faille et couches, on voit que, avant le plissement, la faille du Grand Poyat devait avoir un faible pendage vers l'ouest. Son compartiment ouest, qui est celui remonté par rapport à l'autre, devait donc initialement chevaucher vers l'est, ce qui veut dire que ce devait donc être initialement une faille inverse à vergence est (schéma de gauche). La difficulté est que ce serait le seul accident de ce type qui soit connu en Chartreuse (voire même dans tous les massifs subalpins septentrionaux)
D'autre part on se demande ce que devient la faille du
Grand Poyat au nord de la vallée du Guiers, où
elle ne semble pas se prolonger (mais c'est peut-être par
manque d'affleurements suffisants que l'on ne sait plus suivre
son tracé de cette faille à la traversée
de la vallée du Guiers. |
| carte géologique détaillée
du chaînon du Charmant Som (à reporter sur un fond topographique) |
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| Trois coupes d'ensemble, entre Orgeval et Charmant Som | ||
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| Panorama du sommet du Charmant Som |
|
(fond topographique d'après la carte IGN au 1/100.000°)
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Charmant Som |
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