Cartes à utiliser :
1/25000° TOP25 "3334 OT" (ou Série bleue
"3234 est - Grenoble ", ou Grenoble 3-4 + Domène
1-2).
1/50000° géologique, feuilles Grenoble (2° éd.)
et Domène.
Thèmes abordés :
Cette excursion constitue une très bonne introduction à
de nombreuses notions de base en géologie structurale.
Elle est recommandée pour se faire, en une seule journée,
une assez bonne idée de la géologie du massif de
la Chartreuse ou pour avoir une première prise de contact
avec cette géologie avant d'explorer d'autres secteurs
de ce massif.
L'itinéraire proposé permet en premier lieu de se
familiariser avec les caractères des couches de la partie
supérieure de la succession stratigraphique du massif,
de l'Urgonien au Sénonien (mais les terrains plus anciens
n'y sont pas observables). Il est conçu d'autre part pour
permettre d'appréhender les principaux aspects structuraux
de ce secteur, qui a l'avantage de donner un résumé
des dispositions tectoniques les plus courantes en Chartreuse.
Cette structure est plus précisément celle de la
bande anticlinale médiane de la Chartreuse, dont la coupe
naturelle du Guiers Mort (au coeur de laquelle se trouve le site
du couvent) est observable de façon particulièrement
claire et illustrative depuis le sommet de la montagne (fig.10).
Trajets proposés :
a) La version "maximale" de l'itinéraire, décrite ici, constitue un circuit pédestre qui demande une journée entière (schéma de l'itinéraire en fig.1). Son point de départ, situé déjà assez haut, est le parking de l'oratoire d'Orgeval (point 0). On l'atteint en voiture, depuis le col de Porte, par la route D 57d. Il est situé à l'endroit où cette route cesse de monter et débouche dans les prairies d'alpage du Charmant Som (1.5 km avant son terminus).
b) On peut également effectuer ce circuit dans son entier (et même avec quelques compléments) au départ du col de la Charmette . En ce cas on commençera par la partie B (point 9, atteint depuis le col par un très bon chemin) et on terminera par la partie A (succession des points 1 à 8). On trouvera en partie D une description des trajets complémentaires à parcourir pour relier ces itinéraires au col de la Charmette.
c) Une version abrégée, donnant une vue moins complète du massif mais qui possède l'avantage d'être réalisable en une demi-journée, consiste à partir des "Haberts" du Charmant Som, c'est à dire des chalets situés au terminus de la route. En ce cas le plus intéressant est de passer successivement par les points 21, 20, 19b (donc de suivre d'abord un parcours inverse de la description ci-après) puis rejoindre le point 15 (trajet non décrit, en tireté sur la fig.1), avant de revenir par les points 16, 17 et 18 (fig.1).
Cette excursion pourra avantageusement être complétée, par la suite, en effectuant celle décrite dans le fascicule 1h ("A Canaple"). Cette dernière, consacrée au secteur situé au sud et à l'est de l'oratoire d'Orgeval, apporte en effet d'intéressantes données complémentaires.
La structure de ce secteur étant toutefois plus complexe, il est donc nécessaire, pour sa bonne compréhension, de ne l'aborder qu'après avoir fait à tout le moins l'excursion du Charmant Som.
Structure du secteur :
Le secteur parcouru appartient tout entier à l'aire
anticlinale dite de la "Chartreuse médiane".
On peut résumer comme suit la liste des accidents rencontrés
(fig.1) :
- Des plis sensiblement axés nord-sud, savoir, d'ouest
en est : l"'anticlinal du Fournel", le "synclinal
des Haberts du Charmant Som" et l"'anticlinal
du Charmant Som".
- Des failles, les unes longitudinales par rapport aux
plis, comme la "faille du Grand Poyat" et la
"faille du Charmant Som", les autres transverses
(donc à peu près est-ouest), comme le "décrochement
de l'Oursière".
Une planche de coupes (fig.2) montre le dessin
des plis et leurs rapports avec les failles longitudinales sur
les différentes transversales.
- Les paragraphes ou phrases écrits en italiques
sont ceux relatifs au choix ou au repérage de l'itinéraire
;
- Les textes encadrés donnent des aperçus
globaux sur la géologie de la partie d'itinéraire
qui leur fait suite ;
- Les paragraphes écrits en retrait concernent,
selon le cas, des détails secondaires, des observations
accessoires ou des commentaires plus spécialisés
dont l'abord nécessite une culture géologique relativement
poussée : ils peuvent donc être sautés en
première lecture.
- Les astérisques * renvoient le lecteur, pour plus
d'explications sur des termes particuliers ou sur le contexte
géologique général, à l'opuscule spécial
consacré à la vue d'ensemble de la géologie
du massif de la Chartreuse. Ce dernier pourra aussi être
consulté pour obtenir des compléments d'informations
sur les formations géologiques rencontrées. Il faudra
cependant se reporter à la notice des cartes géologiques
à 1/50000° si l'on cherche une description détaillée
de ces formations.
- Les sigles placés entre crochets [] dans le texte
sont les notations désignant les niveaux stratigraphiques
sur les cartes géologiques de la France à 1/50.000°.
On trouvera, dans la liste des abréviations (via le bouton
ad hoc), les noms de ces niveaux et l'ordonnance de leur succession
ainsi que les notations abrégées qui leur correspondent
dans les diverses figures.
- Le symbole 'phi' minuscule, utilisé sur les figures
pour désigner les chevauchements mineurs (Ø
désignant ceux plus importants) n'est pas disponible pour
les textes. il est donc remplacé par 'f'
dans les légendes.
Quitter le parking d'Orgeval, en direction du nord, en suivant
d'abord, sur 300 m, la route D 57d (qui mènerait aux Haberts
du Charmant Som). Celle-ci est entaillée dans les marno-calcaires
gris à patine blanche de la partie basse du Sénonien
inférieur [c6M]. Ils ont un aspect un peu crayeux qui justifie
la dénomination de "Craie sénonienne"
qui leur fut donnée par les anciens auteurs. Ils représentent
le coeur du synclinal des Haberts du Charmant Som (coupe 2, fig.2), dont l'axe coïncide avec le vallon
visible en contrebas est de la route et dont le fond s'élève
vers le nord, en direction des chalets (on a là un relief
"conforme", de "val" jurassien).
Emprunter sur la gauche, peu au nord du petit col coté
1634, un large chemin qui se dirige horizontalement vers l'ouest
(il mène aux prairies du Fournel). Sur ce trajet on voit
d'abord affleurer, dans d'excellentes conditions et de façon
très représentative, une succession de couches allant
du Sénonien inférieur [c6-7] jusqu'à l'Urgonien
supérieur [n5U] (fig.3). Comme elles
appartiennent au flanc occidental du "synclinal des Haberts
du Charmant Som" elles ont un pendage vers l'est (d'ailleurs
modéré), de sorte que la coupe naturelle du chemin
fait "descendre" dans leur succession stratigraphique.
Les premiers affleurements (point 1) se rattachent à la partie haute du Sénonien inférieur [c6M]. Elle est formée de calcaires un peu argileux blancs, caractérisés en outre par la présence fréquente de zones silicifiées ("cherts"), à patine ocre, contournées "en poupées" et aplaties dans le sens de la stratification ; ces cherts sont souvent repliés sur eux mêmes en plis souples, appelés des "micro-slumpings", plis se sont formés sous l'effet d'un glissement sous-marin du sédiment encore mou.
Si ces niveaux affleurent ici, en contrebas des niveaux précédents (qui leur sont normalement sous-jacents), c'est en raison d'une faille, probablement orientée nord-sud, qui passe à l'embranchement du chemin et qui surélève de quelques dizaines de mètres les couches de son compartiment ouest.
Ces couches affleurent sur plus de cent mètres, jusque dans le versant ouest de la première échine herbeuse que contourne le chemin (et qu'ils déterminent par leur relative dureté relative). On retrouve ensuite les termes inférieurs de la formation, plus marno-calcaires, qui forment la rive est d'un vallonnement bien marqué. Sur sa rive ouest leur partie basale se montre (comme partout) un peu plus calcaire, avec de nouveau des silicifications, sur 5 à 10 mètres. Le contact stratigraphique de ces bancs inférieurs de la Craie sénonienne sur la Lumachelle [n6] est bien dégagé (point 2a) ; il est souligné par une dizaine de centimètres d'un conglomérat à petits galets bruns, connu sous le nom de "Béton phosphaté", qui représente à lui seul l'ensemble des dépôts de l'intervalle entre Aptien et Sénonien (il s'agit de dépôts résiduels dûs à un lavage par des courants sous-marins). Les grattages répétés font que ce mince niveau (masqué ailleurs sous les prairies) s'excave et devient de plus en plus difficilement observable.....
Le chemin contourne une seconde échine herbeuse où
affleure largement la Lumachelle. Deux observations peuvent être
faites avant qu'il ne s'oriente franchement vers le nord pour
descendre dans le versant ouest (point 2b) :
a) le contact entre la Lumachelle et l'Urgonien se localise aisément,
grâce au changement de patine (on passe du brun taupé
au gris clair). On remarque que ce passage se fait sur une épaisseur
d'environ 50 cm par un enduit qui remplit des anfractuosités
sinueuses de la surface de l'Urgonien et s'insinue même
dans la partie supérieure de ce dernier. Il s'agit de couches
pétries d'Orbitolines, qui sont l'équivalent réduit
des "couches à Orbitolines supérieures"
du Vercors.
b) Le pendage de l'urgonien est devenu ici très faible
(15°) et dirigé vers le sud (et non vers l'est). Or,
plus à l'ouest il manifeste une inclinaison de plus en
plus forte en même temps qu'un changement d'azimut qui conduit
les bancs à une orientation nord-sud (fig.3).
La variation progressive, dite "périclinale"*,
de la direction et de l'inclinaison des couches entre les points
2a et 3, correspond au franchissement de la voûte de l"'anticlinal
du Fournel". Le fait qu'aucun des pendages n'est horizontal
indique que cette voûte est doucement plongeante vers le
sud (en fait ce plongement vers le sud caractérise toutes
les structures du secteur du Charmant Som). On remarque enfin
que les pendages des couches ne sont, en chaque point, que peu
différents de la pente topographique de l'échine
montagneuse, et donc qu'ils varient pratiquement de la même
façon que cette pente : on a là un bel exemple de
relief conforme, l'échine du Fournel constituant un véritable
"mont"*, typique de la morphologie jurassienne.
Comme il faut s'y attendre après le franchissement d'une voûte anticlinale, la suite du trajet fait retraverser la même succession de couches, mais bien sûr en ordre inverse puisqu'elles appartiennent alors au flanc ouest de l'anticlinal du Fournel. Les dernières dalles urgoniennes, subverticales et fraichement dégagées par le chemin, méritent d'être observées de près (point 3) : elles présentent en effet des surfaces un peu bréchiques, garnies localement d'un enduit calcitique orangé, lui même doté de stries fortement inclinées (pendage moyen de 75° vers le nord) avec de fins ressauts en escaliers ("écailles calciteuses"). Ces "microstructures" résultent de ce que, dans des roches aussi peu déformables ("compétentes"), le plissement ne peut se faire qu'au prix d'un glissements des strates les unes sur les autres, à la façon du comportement des feuilles d'un cahier que l'on enroule (fig.4).
A l'Urgonien, entaillé par le chemin, fait normalement
suite la Lumachelle, verticale et même se renversant à
75° vers l'est, à l'endroit où la pente rocheuse
fait place de nouveau à des prairies. Le chemin traverse
ces dernières en ne mettant à nu que très
médiocrement les calcaires argileux du Sénonien
inférieur. A partir du replat du Fournel, garni de bosquets
(point 4), le sol s'avère par contre formé
d'une argile pétrie de débris de silex qui crissent
sous le pied : c'est le signe que l'on entre dans la formation
des "Calcaires à silex" [c6-7C] du Sénonien
supérieur. Ceux-ci sont cachés sous cette argile
d'altération, mais effectivement les quelques pointements
rocheux qui en émergent cependant, de ci de la, dans la
descente en sous-bois qui suit, montrent des silex, le plus souvent
de teinte miel, soit en rognons soit en éclats anguleux
à l'intérieur d'un calcaire blanc massif et cristallin,
d'aspect si voisin de celui de l'Urgonien que l'on peut qualifier
de "pseudo-urgonien".
On atteint, au bout d'une centaine de mètres, une clairière
qui occupe un replat installé sur les calcaires à
silex, toujours fortement couverts d'argile d'altération.
Au bord ouest de celui-ci la pente, beaucoup plus déclive,
tombe sur le col de la Charmette (versant du Grand Taillis) tandis
que, du côté nord, s'ouvre un petit col, bordé
à l'ouest par un rognon rocheux.
Pour la poursuite de l'itinéraire proposé
ici il ne faut plus suivre le chemin forestier, car il se dirige
alors vers le sud, mais, au contraire franchir le petit col en
direction du nord. Toutefois ce secteur mérite que l'on
fasse quelques observations avant de le quitter.
a) Au bout d'une centaine de mètres de trajet vers le sud
le chemin tourne vers le sud-est (point 5a). On trouve
là un affleurement assez représentatif des calcaires
"pseudo-urgoniens" du Sénonien supérieur,
avec des silex lités soulignant le pendage des bancs subverticaux
(N05, 85°E).
b) Si l'on s'écarte du chemin vers l'ouest, en traversant
le replat horizontalement jusqu'à son rebord ou en gagnant
le rognon rocheux à l'ouest du petit col (point 5b),
on constate que la rupture de pente correspond à de bons
affleurements d'Urgonien.
Le contact entre l'Urgonien inférieur du point 5b et les
Calcaires à silex du point 5a est évidemment anormal
car il y manque une grande épaisseur de série stratigraphique.
Il correspond à une faille presque verticale orientée
nord-sud appelée "faille du Grand Poyat",
du nom d'une butte située plus au sud (fig.1).
Cette importante cassure, dont le rejet majeur consiste en un
soulèvement relatif de son compartiment ouest sera rencontrée
par la suite, à plusieurs reprises, à l'occasion
des sinuosités du trajet vers le nord, car elle court sur
tout le flanc de la montagne selon un tracé sensiblement
nord-sud. C'est un accident dont la signification et la place
dans l'évolution tectonique du secteur ne sont pas évidentes.
Ces deux aspects ne seront envisagés que plus tard, après
avoir recueilli des observations complémentaires en ce
qui concerne ses rapports avec les plis et failles (voir point
13).
Le miroir de cette faille est dégagé de façon discontinue par l'érosion et forme (surtout à l'ouest du petit col) un muret naturel de 0,5 à 2 m de haut que l'on peut suivre sur un bonne centaine de mètres, à la limite des rochers et du replat argileux : on vérifie, en mesurant ce miroir, la constance de sa direction azimutale, qui est de N10, et de son pendage, qui atteint 75° E (la faille est donc moins pentée que les bancs de calcaires à silex du Sénonien supérieur qui affleurent à quelques dizaines de mètres plus au sud-est, au point 5a.
L'étude de son compartiment ouest, dans le versant du Grand Taillis (voir plus loin, section D2) révèle qu'il est formé par une succession subverticale débutant par l'Urgonien inférieur et allant jusqu'à la molasse miocène du col de la Charmette : la série y est donc orientée avec sa base à l'est comme dans son compartiment est (coupe2, fig2). En conséquence il apparaît que, compte tenu du pendage, cette cassure a pour effet majeur de sectionner le flanc ouest de l'anticlinal du Fournel et d'en remonter la partie la plus basse presque au niveau de sa voûte.
|
Les calcaires du Sénonien supérieur diffèrent donc beaucoup plus qu'il ne semble à l'oeil nu des calcaires de l'Urgonien (bien que leur composition chimique ne soit pas sensiblement différente). |
Ce secteur, relativement boisé, n'offre que peu d'affleurements susceptibles de retenir l'observateur. On peut donc éventuellement le traverser sans marquer d'arrêt.
Quittant vers le nord le col du Fournel on rejoint une clairière.
En suivant sa lisière orientale on retrouve, à l'entrée
d'un vallonnement descendant vers le nord-est, un sentier qui
s'engage le long du flanc droit de ce vallon ; il y effectue une
descente rapide dans les couches inférieures des "Calcaires
à silex" du Sénonien supérieur [c6-7C],
qui n'apparaissent qu'en pointements mais où l'on peut
effectivement observer (point 6) la présence de
quelques silex noirs ou de couleur miel dans des calcaires d'abord
hyalins ("pseudo-urgoniens"), puis (dans les dernières
saillies rocheuses à l'orée aval du sous-bois) à
pâte blanche déjà un peu crayeuse, appartenant
aux niveaux du passage transitionnel aux calcaires à silicifications
du Sénonien inférieur.
Le sentier atteint un creux où les prairies masquent la
"Craie sénonienne" [c6M] (qui affleure dans les
échines garnies d'arbustes des pentes situées au
sud). On est dominé, du côté est, par la falaise
des calcaires urgoniens supérieurs, verticaux, au pied
desquels on pourrait aller toucher la Lumachelle, plaquée
verticalement, qui s'enfonce sous une jupe d'éboulis. La
"Craie sénonienne" affleure de nouveau, à
la lisière nord de cette prairie (point 7), au goulet
où le sentier s'engage en une descente rapide (souvent
rendue glissante par l'argile d'altération).
La butte boisée située immédiatement à l'ouest de ce goulet est formée par les calcaires à silex du Sénonien supérieur ; un deuxième vallonnement la sépare de la pente boisée qui s'élève vers l'ouest jusqu'à la crête du Grand Taillis. Cette dernière, formée d'Urgonien, représente le compartiment ouest de la faille du Grand Poyat, qui détermine quant à elle le vallonnement. La portion du tracé de cette faille que l'on touche ici, bien que toujours orientée sensiblement nord-sud, est nettement décalé vers l'est par rapport à celle qui passe au col du Fournel (fig.1). Ceci est du au passage d'un décrochement dextre transverse (d'orientation à peu près est-ouest) qui suit la rive gauche du vallonnement emprunté par le sentier descendant du col du Fournel.
Passé ce goulet le sentier suit, en sous-bois, un vallonnement
moins déclive. Il reste à peu près à
la limite de la Craie sénonienne et des Calcaires à
silex, quelques dizaines de mètres à l'est du tracé
de la faille du Grand Poyat. Il rejoint enfin ce tracé
au moment où il débouche sur un épaulement
qui domine le vallon de l'Oursière (point 8) : on
peut en effet toucher là l'Urgonien à l'ouest du
sentier, tandis qu'à l'est, de l'autre coté de la
faille, affleurent les calcaires à silicifications du Sénonien
inférieur (fig.2, coupe 3).
Par un lacet vers l'est, dans ces calcaires à silicifications,
le sentier atteint le captage de la fontaine de l'Oursière.
Il rejoint là le grand chemin qui monte depuis le col de
la Charmette (voir la section D1).
La structure du site de la Fontaine de l'Oursière (point 9), résumée par le croquis cartographique de la fig.5, est assez complexe car elle résulte de la rencontre de deux grandes failles verticales : la faille du Grand Poyat, orientée ici à peu près N20°E, y est recoupée par une autre, est-ouest, le "décrochement de l'Oursière". La première est décalée d'environ 200 m vers l'E, du côté nord (décalage dextre) par la seconde. C'est le tracé de cette dernière que suit à peu près le grand chemin, en aval de l'abreuvoir comme en amont.
Il est à remarquer que la source ne se situe sur aucun des tracés des failles qui passent ici. Sa localisation correspond simplement à la limite inférieure d'une langue du vaste épandage d'éboulis plus ou moins grossiers qui tapisse le versant du côté sud-est. Il ne s'agit donc pas, contrairement à ce que l'on pourrait penser avant un examen précis de son emplacement, de venues d'eau canalisées le long d'une surface de faille mais plutôt de l'émergence de circulations plus superficielles recueillies dans un thalweg du bedrock comblé par les éboulis.
|
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En amont de l'abreuvoir le chemin suit la bande des affleurements de Sénonien écrasés par le coulissement est-ouest au point de développer une schistosité verticale (avec un azimut de l'ordre de N60). Il monte d'abord parallèlement à la branche sud du décrochement de l'Oursière puis rencontre, 50 m à l'est de la source, le tronçon décalé de la faille du Grand Poyat avant d'emprunter la branche nord du décrochement (fig.5).
Ayant remonté ainsi sur 200 m depuis le captage il
est intéressant de quitter le chemin sur la droite (avant
son débouché dans les prairies), pour atteindre
un gros éperon rocheux (point 10a) que l'on
distingue à travers les bois, 50 m. plus à l'est
(un sentier mal tracé longe le pied de cet éperon).
L'Urgonien que l'on trouve là porte du côté
ouest un placage de Lumachelle à pendage vertical : il
s'agit du flanc ouest de l'anticlinal du Fournel, que l'on avait
abandonné précédemment en se déplaçant
vers l'ouest et auquel on est maintenant ramené par notre
cheminement vers l'est. Ces couches étant orientées
nord-sud, elles devraient se prolonger jusqu'à traverser
le chemin (où n'affleure pourtant que du Sénonien).
Au lieu de cela elles sont tranchées par le décrochement
de l'Oursière, ce qui détermine les imposantes falaises
qui tombent sur le Pré Batard, au revers nord de l'éperon
rocheux.
Une traversée horizontale ramène au chemin,
vers son débouché dans l'extrémité
sud de la combe de prairies du Pré Batard.
On peut, de là, prendre d'abord vers l'est le sentier de
montée directe au Charmant Som. Pour s'engager dans
le grand ravin supérieur de l'Oursière il contourne
par le sud une barre rocheuse (qui s'ennoie sous une vaste jupe
d'éboulis) : on y retrouve de la Lumachelle, plaquée
verticalement sur le coté ouest de dalles d'Urgonien (point
10b). Il est évident qu'il s'agit là du prolongement
des couches du point 10a, décalées vers l'est par
la faille de l'Oursière qui longe le pied de la falaise,
masquée par l'éboulis. La distance entre ces bancs
verticaux, qui se correspondent, est de 200 m, ce qui mesure le
rejet horizontal du décrochement.
Revenir dans la combe des basses prairies du Pré
Batard, ouverte dans la "Craie marneuse" [c6M] et
la remonter en direction du nord. A cette occasion on peut s'écarter
du sentier pour faire des incursions jusqu'au sous-bois de l'échine
située à l'ouest (point 11) : quel que soit
le niveau exact où on le fait, cela conduit à passer
du Sénonien marno-calcaire aux calcaires à silex
(niveaux de transition, encore crayeux), puis, brutalement, aux
calcaires urgoniens. C'est que la lisière des bois correspond
au tracé de la faille du Grand Poyat, toujours orientée
à peu près N20°est (fig.2,
coupe 5 et fig.5).
D'autre part, pendant cette montée on a sous les yeux du
côté sud (en contre-jour...) les falaises qui tombent
de l'éperon nord-ouest du Charmant Som sur le fond du Pré
Bâtard: On y voit fort bien la charnière de l'anticlinal
du Fournel et l'on apprécie, au décalage de son
flanc ouest, la valeur du rejet du décrochement de l'Oursière(fig.2, coupe 5 et fig.5b).
Le sentier atteint ensuite une dépression marécageuse. Au nord-ouest de celle-ci (100 m au nord-est du point 1596) se trouve le grand aven du Pré Batard. L'ouverture de ce gouffre (Point 12a), bouchée d'éboulis, se situe dans l'Urgonien du compartiment ouest, et non sur le tracé de la faille, qui passe 50 m. plus à l'est, à la limite des prairies et des rochers urgoniens du rebord de l'aven. On peut d'ailleurs, en plusieurs points, en voir le miroir et le situer au décimètre près, bien que les calcaires à silex émergent mal de l'herbage (il s'agit des niveaux de transition avec la "craie sénonienne", lités et à patine jaunâtre). On peut même constater son décalage sénestre de 5 mètres par une petite cassure orientée N150. Cent mètres plus au nord (Point 12b) la limite entre Urgonien (rochers dénudés) et Sénonien (prairies) s'infléchit brutalement et s'oriente vers le nord-est sur près de 200 m : cela vient de ce que le tracé de la faille du Grand Poyat est de nouveau sectionné et décalé, ici vers l'est, par une cassure (cette dernière est donc dextre est se rattache à la même famille que le décrochement de l'Oursière).
On retrouve la faille du Grand Poyat dans les prairies supérieures du Pré Batard, qui continuent à en suivre le tracé du côté est. Mais ces dernières se réduisent, vers le nord, à un couloir de plus en plus étroit, entre les pentes raides de Chamechine, à l'est, et le chaos des rochers urgoniens du compartiment ouest de la faille. En le parcourant le sentier contourne par la droite deux avens successifs. Il est intéressant, ayant gagné le bord nord-est du premier, de revenir vers la gauche, en suivant le flanc nord de la petite crête qui le sépare du second (point 13a).
Examinée de près la lèvre est de la faille du Grand Poyat montre là d'intéressants détails microtectoniques (fig.6).
Au col coté 1639, extrémité nord du Pré Batard (point 13b) la faille du Grand Poyat met côte à côte Lumachelle et Urgonien, sans Sénonien intercalaire (fig.2, coupe 6). Cela vient de ce que la remontée générale des structures vers le nord conduit l'érosion à disséquer celles-ci de plus en plus profondément, à altitude égale.
C'est d'autre part ici que cette grande faille peut être touchée pour la dernière fois. En effet son tracé plonge ensuite dans les abrupts impressionnants qui tombent, vers le nord, sur Malamille : il en traverse le pied vers l'est et va trancher l'extrémité inférieure de la crête de droite (Chamechine), là où son Urgonien, vertical, fait place à une croupe boisée de calcaires du Fontanil. La crête de gauche, qui rejoint le col de la Cochette, montre aussi de belles dalles verticales (ce qui nous renseigne sur le pendage du compartiment ouest de la faille). Les couches qui forment actuellement ces deux lignes de crête se trouvaient en continuité avant le jeu de la faille : c'est son rejet, qui consiste en un relèvement relatif du compartiment ouest, qui a amené côte à côte, au même niveau, les dalles urgoniennes verticales de Chamechine et du col de la Cochette (fig.2, coupe 6).
Les observations qui concernent la faille du Grand Poyat montrent en définitive que cette cassure coupe les couches du flanc ouest de l'anticlinal du Fournel en faisant partout avec elles un angle aigu de même valeur, bien que ces couches soient maintenant redressées d'une valeur variable, selon le point où se fait ce sectionnement, du fait de leur plissement.
Il s'ensuit que la surface de faille a du être "enroulée" de la même façon que le flanc du pli. Cet accident, que l'on savait déjà antérieur aux décrochements, doit donc être aussi antérieur aux plis.Il en découle aussi que, lors de sa formation, cette faille devait avoir un faible pendage vers l'ouest. Son compartiment ouest, remonté par rapport à l'autre, devait donc initialement chevaucher vers l'est, ce qui veut dire que ce devait donc être initialement une faille inverse à vergence est .
On peut toutefois envisager aussi l'hypothèse selon laquelle elle dériverait d'une faille normale, pendage vers l'est, qui aurait été basculée par les glissements couches sur couches lors du plissement ; mais il n'y a pas d'indices qui appuient cette hypothèse.
Au départ du point 13b le sentier s'élève
en diagonale, en traversant une zone de rochers garnis d'arbres,
puis débouche dans des prairies inclinées. En suivant
le rebord nord de celles-ci on atteint le sommet de la ravine
nord-sud, profondément encaissée, de la partie supérieure
de la Combe de l'If (point 14a). Celle-ci s'est creusée
dans les niveaux tendres des couches à orbitolines et ses
rives, verticales, sont constituées respectivement par
l'Urgonien supérieur (à l'ouest), et par l'Urgonien
inférieur (à l'est) qui forme la crête même
de Chamechine.
On a depuis cette crête des vues pittoresques sur le versant
nord du Charmant Som mais l'angle d'observation est peu favorable
à l'observation structurale dans cette direction. Le panorama
sur la rive opposée du Guiers (couvent et Grand Som) est
voisin de celui du sommet du Charmant Som (fig.10).
Le sentier s'engage ensuite dans le versant ouest de la crête, en descendant légèrement vers le sud jusqu'à atteindre la base d'une confortable cheminée. Il l'emprunte et regagne la crête en traversant un gros aven, dans le versant nord du point coté 1747. La paroi du bord sud de cette dépression laisse voir une charnière anticlinale (point 14b) qui n'est autre que celle de l'anticlinal du Fournel (fig.2, coupe 5).
Passé ce point on accède à une belle combe herbeuse suspendue percée d'entonnoirs de dissolution. La descendre jusqu'au rebord de son extrémité sud (point 15), d'où l'on découvre un panorama sur la face nord du Charmant Som ; l'examen de ce dernier met en évidence la structure de ce sommet, grace à la coupe naturelle qu'en donne la rive gauche du haut ravin de l'Oursière (fig.7).
Depuis cette combe de Chamechine, le sentier du Charmant
Som s'élève en diagonale à flanc de pente,
en décrivant deux grands lacets.
Il traverse là de l'Urgonien inférieur, qui ne laisse
que très mal voir son pendage. En fait on passe là
assez vite d'un faible pendage sud-est à un pendage ouest
modéré, ce qui veut dire que l'on franchit ici l'axe
du synclinal des Haberts pour rentrer dans son flanc est.
Il est intéressant de quitter le sentier sitôt
après le deuxième lacet en direction d'une brèche
qui le domine pour gagner, à sa gauche, un piton rocheux
(point 16a).
On a là une vue unique sur le versant nord de la montagne
: c'est en fait le seul point de l'itinéraire d'où
l'on puisse voir la structure, en large voûte anticlinale,
de son sommet. En contrebas nord des falaises le regard plonge
sur des pentes garnies de prairies et de broussailles, qui sont
celles de l'Hauterivien, supportées par un coeur de pli
valanginien.
Un examen attentif permet de noter, à l'aplomb du sommet, l'existence, au sein même de l'Urgonien, de quelques petites failles inverses. L'une, particulièrement visible dans le flanc ouest du pli, aboutit vers le haut pratiquement au point sommital ; elle a une vergence est. Les autres, à vergence ouest, s'observent plus au coeur du pli, dans son flanc est et à sa charnière.
La disposition de ces cassures a ceci de remarquable qu'elles font toutes un même angle aigu avec les couches et que leur pendage varie avec celui de ces dernières, ce qui signifie qu'elles sont antérieures au ploiement de la voûte anticlinale.
On peut y voir un argument en faveur de l'interprétation de la faille du Grand Poyat en faille inverse enroulée par le pli, puisque la première des cassures signalées ici nous offre un autre exemple de faille de même vergence, qui n'en diffère guère que par son importance plus modeste.
Rejoindre le sentier, qui atteint le pied de la falaise
immédiatement au nord du sommet (point 16b).
Il s'élève en courts lacets dans une large cheminée
vers une deuxième brèche.
Un examen attentif de cette cheminée permet d'y observer
en détail les microstructures liées au passage d'une
faille verticale. Il s'agit du décrochement de l'Oursière
(qui détermine également le raide vallon qui prolonge
cette cheminée en contrebas ouest, et rejoint ainsi l'extrémité
sud du Pré Batard (point 10b) où nous l'avions
abandonné :
a) les premiers dix mètres montrent, à main gauche, son miroir principal, qui forme un mur légèrement surplombant. Il est orienté est-ouest et porte des stries à faible pendage ouest, ce qui atteste bien de ce que l'essentiel du mouvement était un coulissement horizontal.
b) Plus haut ce miroir se dédouble en plusieurs plans de friction annexes ; entre eux la roche est transformée, sur une épaisseur de 0,5 à 2 m, en une brèche à fragments pluricentimétriques anguleux cimentés par de la poudre de roche. Cette bréchification, d'origine tectonique, est typique des surfaces de faille où la friction s'est effectuée sous des pressions et températures modestes, donc à faible profondeur. C'est évidemment la friabilité de la roche résultante qui est à l'origine de la formation de la cheminée et du vallon qui la prolonge vers l'ouest.
Ce sommet est surtout un splendide belvédère (fig.10), d'où l'on peut appréhender la structure d'ensemble du massif de la Chartreuse et, plus particulièrement celle de ses prolongements structuraux vers le nord (abords du couvent de la Grande Chartreuse)
Le point culminant de la montagne (point 17) se situe
presque exactement à la voûte de l'anticlinal
du Charmant Som, de sorte que les couches qui le constituent
sont presque horizontales, seulement pentées de 20°
vers le sud, conformément au plongement axial du pli. Elles
appartiennent à la partie haute de la masse urgonienne
inférieure et sont fortement ciselées en lapiaz
par la dissolution due aux eaux de ruissellement. Le passage,
depuis cette voûte, au flanc est du pli se manifeste par
l'accentuation très progressive du pendage vers l'est des
dalles structurales (celles-ci finissent par plonger abruptement
vers la vallée de Saint Pierre de Chartreuse).
Le Charmant Som lui même est donc un excellent exemple de
"mont" jurassien (à relief conforme), à
ceci près qu'il fait place immédiatement au nord
à un relief totalement inversé (fig.10)
puisque dans cette direction la voûte anticlinale est tranchée
et profondément excavée par l'érosion.
Le sentier qui descend du sommet vers le sud suit, sur plus d'une centaine de mètres, les dalles structurales des couches sommitales de l'Urgonien inférieur. Elles plongent d'une vingtaine de degrés vers le sud, conformément au pendage axial de la voûte anticlinale. La selle, mieux garnie de prairies qu'il atteint ensuite (fig.8) est due à la traversée de la crête par les couches à orbitolines (dont seuls les bancs les plus calcaires, jaune orangé et riches en traces de bioturbations contournées, sortent de la prairie). Ces couches forment aussi, à partir de ce point, une large vire de prairies qui descend vers le sud sur le versant est de la montagne ; par contre leur prolongement sur le versant ouest est perturbée par de petits accidents tectoniques (voir plus loin).
Dépasser cette selle pour gagner, au delà, l'antécime méridionale. Elle est constituée par la masse supérieure urgonienne et flanquée en contrebas, sur son versant ouest, par de la Lumachelle (cette dernière, garnie de prairies, forme une dalle structurale fortement penté vers l'ouest qui représente le flanc ouest du pli). De l'extrémité sud de cette antécime la vue permet de mettre en place les principaux traits structuraux des prolongements méridionaux du chaînon (fig.11).
En scrutant attentivement les affleurements de l'extrémité sud de cette antécime on y découvrira d'intéressantes complications de détail (fig.12) : celles-ci mettent en évidence l'existence d'une fracture chevauchante secondaire, à faible pendage vers le sud-ouest. En effet l'Urgonien de la bosse la plus méridionale de l'antécime (point 18a) repose sur de la Lumachelle qui affleure tout autour, 2 m seulement en contrebas, aussi bien du côté ouest que du côté sud et même du côté est.
Le contact entre les deux terrains est marqué par une surface aplanie et même polie, dégagée en plusieurs points par l'érosion, qui se caractérise par une teinte rosée et un aspect de marbre du à sa structure bréchique : il s'agit d'un enduit de brèche tectonique. Sous cette surface, dans sur une tranche épaisse de 30 cm, le feuilletage des strates de la Lumachelle dessine une minuscule charnière de pli couché synclinal ouvert vers l'ouest. Elle représente un crochon de chevauchement qui indique que le mouvement du chapeau urgonien était dirigé vers l'ouest. Ce petit accident témoigne clairement du cisaillement de la masse rocheuse invoqué dans le schéma explicatif de la fig.9.
On peut ensuite suivre le sentier de l'échine sud
de cette antécime, ce qui permet de rejoindre presque directement
les chalets.
Il est toutefois plus intéressant de rejoindre, par un
retour vers le nord jusqu'à la selle de prairies, le sentier
qui traverse à flanc le versant nord-ouest de l'antécime
sud.
Ce sentier s'engage à flanc dans les prairies de la selle
pour atteindre leur rebord ouest, formé par la masse supérieure
urgonienne (fig.12), qui marque le passage
dans le flanc ouest de l'anticlinal du Charmant Som.
On peut traverser ce rebord sans s'y attarder, pour gagner les prairies du synclinal des haberts (point 19a). Toutefois un examen attentif de ce secteur révèle 3 groupes de détails intéressants à élucider :
1 - C'est à l'endroit où se produit la rupture de pente du versant que le sentier devrait rencontrer le prolongement de la faille verticale repérée depuis Chamechine (faille du Charmant Som, fig.7). En fait rien n'indique le passage d'une faille car le sentier s'engage dans l'Urgonien supérieur en suivant des surfaces de bancs dégagées.
On remarquera que ces dernières montrent des enduits, d'épaisseur centimétrique à décimétrique, d'une brèche tectonique à éléments centimétriques : c'est l'indice d'une friction des bancs les uns sur les autres (on l'observe encore mieux sur une autre surface de bancs, située 5 m en amont du sentier, du côté sud (le bancs supérieur montre encore, à sa base, une passée de calcaires orangés à litages onduleux du type de ceux des couches à Orbitolines). Le sens du mouvement relatif des couches est indiqué par la disposition du feuilletage dans les zones où la brèche de friction atteint plusieurs centimètres d'épaisseur : il indique un glissement vers le bas (vers l'est) du banc supérieur. Ce sens de mouvement est cohérent avec celui indiqué par les autres accidents mis en évidence par l'étude de détail de ce secteur (points 18a et 18c). Par contre il ne s'accorde pas avec une interprétation du type de celle du schéma de la fig.4, qui y verrait une simple conséquence du plissement. Il suppose au contraire l'intervention d'un cisaillement d'une autre origine (fig.9).2 - À la sortie de ces rochers (point 18b) on atteint des paturages où le Sénonien, qui représente le flanc ouest de l'anticlinal du Charmant Som, affleure (mal parce que masqué sous l'herbe) jusqu'au fond de la combe de prairies. Mais on passe là presque directement de l'Urgonien au Sénonien (par l'intermédiaire d'une zone, large d'à peine un mètre, où ne s'observent que quelques fragments de bancs de Lumachelle). C'est là de toute évidence que passe la faille du Charmant Som, dont le tracé se révèle ainsi décalé de plus de 70 m vers l'ouest (fig.12).
De plus un examen attentif du pendage de ces bancs sénoniens (1) conduit à constater, sur les 5 mètres supérieurs de l'affleurement, un rebroussement synclinal des strates. En effet leur pendage, de l'ordre de 30°ouest vers le bas, s'accroît de bas en haut jusqu'à dépasser la verticale au contact de l'Urgonien. Ce rebroussement du Sénonien n'est qu'un crochon de faille : il indique un soulèvement du compartiment est, ce qui s'accorde effectivement bien avec le sens du rejet de la faille du Charmant Som.(1) Les premières couches de Sénonien rencontrées ici appartiennent aux niveaux basaux de la formation ; aussi ces dernières contiennent-elles des silicifications ocreuses : comme leur aplatissement est orienté dans le sens de l'horizontale originelle des strates cela permet de discerner avec certitude la disposition du litage (que l'on pourrait confondre avec la schistosité.).
3 - L'examen détaillé de la bordure supérieure des pentes de l'alpage, de part et d'autre du point 18b (fig.12 et fig.8), permet de préciser le détail des accidents qui décalent cette faille.
a) On peut d'abord suivre la limite (qui correspond à la faille) entre l'Urgonien et la Lumachelle, à flanc de la montagne, vers le nord. Au bout d'un trajet d'environ 50 m (point 18c), on voit brutalement la Lumachelle remonter nettement plus haut vers l'est, au nord d'une falaise d'Urgonien de 2 à 3 m de haut, sous laquelle on la voit rentrer. La surface de contact de l'Urgonien sur la Lumachelle, inclinée de 20 à 30° vers l'ouest, peut être suivie vers l'amont sur une trentaine de mètres. Cette surface (ø1 sur la fig.8, la fig.9 et la fig.12) est presque parallèle aux strates (elle utilise d'ailleurs sans doute en partie une surface de strate). Elle représente encore une surface de glissement par laquelle les couches supérieures se sont déplacées en chevauchement vers l'ouest. Cet accident apporte un second témoignage du cisaillement de la masse rocheuse invoqué dans le schéma explicatif de la fig.9.
b) Du point 18b on peut également chercher à suivre le contact de faille du côté sud : après une traversée d'une trentaine de mètres dans des prairies où pratiquement rien n'affleure on atteint une petite falaise d'Urgonien, orientée presque nord-sud, qui coupe le versant en oblique vers le bas (point 18d). Tout au long de son pied se suit une lame métrique de Lumachelle, bordée du côté aval par du Sénonien inférieur. Il s'agit bien évidemment encore du prolongement méridional de la faille du Charmant Som (fig.8).
(retour aux Haberts du Charmant Som et à l'oratoire d'Orgeval).
Pour descendre depuis le point 18b laisser de coté
le chemin qui traverse en oblique, directement en direction des
chalets. Prendre le raccourci qui suit, vers l'ouest, la ligne
de plus grande pente (ou les lacets qu'il coupe): cela amène
à un ensellement (point 19a) situé
à l'extrémité nord des alpages.
Le vallonnement qu'occupent ces alpages est un "val"
en termes de relief jurassien car il correspond au coeur du synclinal
des Haberts du Charmant Som : en effet les couches prennent, sur
le bord ouest du vallon, un pendage vers l'est, d'ailleurs modéré
(20°), et se rattachent alors au flanc oriental de l'anticlinal
du Fournel (fig.2 : coupe 4). La limite entre
l'alpage et les rochers du rebord supérieur des falaises
correspond précisément à la limite entre
l'Urgonien supérieur et la Lumachelle de ce flanc de pli.
Du collet 19a on peut gagner directement les Haberts du
Charmant Som en suivant la douce déclivité du vallon,
coupée toutefois d'entrées de gouffres colmatés
où affleurent, selon le cas, Lumachelle et/ou Sénonien
inférieur.
Il est toutefois recommandé de descendre encore vers le
nord-ouest, par un sentier qui s'engage dans un large couloir
entre des rochers, immédiatement à l'ouest de l'éperon
rocheux 1725.
Ce sentier traverse l'Urgonien supérieur et atteint la
vire des couches à orbitolines (point 19b). On a,
depuis ce point, une vue spectaculaire sur la coupe naturelle
de la rive droite du ravin supérieur de l'Oursière,
c'est à dire sur tout le secteur septentrional de la montagne,
du Pré Batard à l'arête de Chamechine (fig.2 : coupe 5).
Le grand ravin de l'Oursière est déterminé par le passage du décrochement de l'Oursière, ce qui se manifeste par un décalage entre les structures de ses deux rives. On observe notamment que les couches urgoniennes, verticales, qui tombent sur le Pré Batard dans le versant ouest du point coté 1747 (flanc occidental de l'anticlinal du Fournel), sont orientées exactement en direction du point où l'on se trouve. Elles devraient donc s'y prolonger s'il n'y avait pas de décrochement dans le ravin ; or l'Urgonien qui affleure ici pend doucement vers l'est et appartient au flanc oriental de l'anticlinal du Fournel. C'est ce décalage qui est exprimé par la juxtaposition des coupes 5 et 4 de la fig.2.
Emprunter la branche de gauche du sentier qui suit ce "sangle" : après une traversée est-ouest d'une petite dizaine de mètres, le sentier change brutalement de direction et se dirige vers le sud-ouest : sitôt après ce tournant il met à nu un affleurement marneux où l'on récolte aisément, dans le chemin même, des orbitolines toutes dégagées à la surface du sol.
On peut ensuite remonter à l'alpage (point 19a) et
gagner les chalets (point 22) en suivant le creux du val, perçé
d'avens qui s'ouvrent dans les couches du Sénonien inférieur
; mais il est préférable de continuer à suivre
le sentier du "sangle" vers le sud.
Dans cette portion du trajet le sentier est en permanence dominé
à l'est par l'Urgonien supérieur et soutenu à
l'ouest par les abrupts de l'Urgonien inférieur. Au bout
de 300 m de descente modérée vers le sud, il décrit
un tournant pour contourner l'échine rocheuse descendant
du point coté 1703 et s'engager en pente plus raide dans
le cirque ouvert sous les Haberts du Charmant Som. De cet endroit
(Point 20) on voit assez bien se dessiner la charnière
de l'anticlinal du Fournel dans les falaises de la pente opposée
du cirque (fig.13).
En terminant la descente on observe, si on lève les yeux vers la barre de l'Urgonien inférieur, que les calcaires massifs de cette dernière sont affectés d'un clivage assez intense (si les limites de cette barre n'étaient pas aussi bien visibles on pourrait croire qu'il s'agit de la stratification). Ce clivage, subvertical et d'espacement décimétrique, est orienté N90 à N120. Ce n'est pas une particularité locale car on l'observe en maints autres endroits du massif, dans les calcaires massifs de l'Urgonien ou du Tithonique. Il correspond à une fissuration en extension* orientée de façon sensiblement perpendiculaire à l'axe de plis.
Le sentier quitte enfin le sangle, en franchissant la barre de l'Urgonien supérieur au prix de quelques lacets, et rejoint l'alpage en traversant une cinquantaine de mètres d'affleurement de Lumachelle avant d'atteindre les chalets des Haberts du Charmant Som, bâtis sur les couches basales du Sénonien.
Il est intéressant, au préalable, de monter
en suivant le rebord supérieur des escarpements, jusqu'à
gagner le coude de la ligne de falaises qui est situé 200
m au sud-ouest des chalets (point 21).
On suivra tout naturellement la limite entre les prairies installées
sur la Lumachelle et les rochers d'Urgonien. Cette limite, parallèle
au bord de la falaise, correspond en fait à une petite
faille de décrochement, dextre et subverticale, orientée
nord 60° : vers le sud-ouest, elle franchit le rebord de falaise
en y déterminant une brèche, 100 m au nord-est du
point coté 1722 ; vers le nord-est elle se poursuit au
delà du vallonnement des chalets, et passe, sur la pente
opposée, au creux même d'un aven bien visible. En
grimpant sur les rochers du promontoire rocheux on découvre
une vue à la fois panoramique et plongeante sur tout le
versant ouest de la montagne du Charmant Som (fig.14).
Au sud des chalets la route traverse un thalweg qui ravine les marno-calcaires gris de la "craie marneuse" sénonienne, puis entaille les faciès surincombants, plus calcaires et à zones siliceuses, qu'elle atteint au bout de 300 m, à l'occasion d'un tournant saillant (point 22). On observe au delà, dans son talus amont, des figures de litages obliques (qui correspondent souvent à des bords de chenaux) et des plis souples, de taille métrique, qui sont des plis de slumping, analogues à ceux du point 1 (mais de plus grande taille).
Au parking de l'oratoire d'Orgeval (Point 0) on retrouve la série Sénonien - Urgonien supérieur du flanc oriental du synclinal des Haberts. Mais les couches y sont renversées, avec des pendages vers l'est. Ceci est dû à un basculement vers l'ouest de ces couches, par déversement de la voûte anticlinale du Charmant Som. Ce phénomène, qui fait son apparition sur la crête de lisière est des alpages, à mi-distance du sommet, s'accroît progressivement du nord au sud. Il prélude à la naissance d'un chevauchement qui se forme aux dépens de cette voûte de l'anticlinal et se développe surtout vers le sud dans le secteur de Canaple (voir le fascicule 1h : "à Canaple").
La charnière du synclinal se situe évidemment entre ce point et le départ du chemin du Fournel (où les couches appartiennent au contraire au flanc ouest): un examen attentif de l'entaille amont du talus de la route, aux abords du point 1634 permet effectivement à un oeil exercé de discerner là le changement de pendage des bancs sénoniens marno-calcaires, bien que leur litage soit fortement masqué par la schistosité associée au plissement (comme toujours particulièrement intense au voisinage de la charnière du pli).
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Emprunter le chemin forestier qui part horizontalement vers
le nord-ouest.
Il ne traverse d'abord que des éboulis riches en débris
de silex ; au bout de 400 m il franchit une échine qui
plonge assez abruptement vers la gauche et entaille alors des
bancs subverticaux, orientés nord-sud, de calcaires à
silex du Sénonien supérieur. Il traverse ensuite
une combe garnie d'éboulis d'Urgonien qui proviennent d'une
falaise visible à travers bois sur la droite (2),
avant d'atteindre le lit d'un petit ruisseau. Les rochers sur
lesquels ce ruisseau cascade en contrebas ouest sont encore formés
de calcaires à silex du Sénonien supérieur.
Immédiatement au nord-est le chemin grimpe raide, en s'entaillant
dans des calcaires argileux très blancs : ceux-ci appartiennent
déjà aux couches de passage à la "craie
marneuse" du Sénonien inférieur ; ils représentent
donc la suite normale de la succession (puisque la base de cette
dernière est du côté est).
(2) le chemin rejoint l'extrémité nord de cette falaise 200 m en aval du point 9.
Au sommet du raidillon tourner vers l'est en laissant sur la gauche le chemin qui se dirige horizontalement vers le nord en direction du col de la Cochette. Après 200 m de trajet ouest-est, où l'on ne voit que des éboulis sur de l'argile d'altération bariolée, les calcaires à silex du Sénonien supérieur affleurent de nouveau dans le tournant encaissé qui ramène vers le sud-est.
On se trouve ici nettement plus à l'est que les affleurements précédents, qui étaient pourtant situés plus bas dans la succession : ce décalage est dû à ce que, entre les deux, on a traversé la branche nord du décrochement dextre de l'Oursière (fig.5). De fait après le passage d'un vallonnement où s'ouvre une petite clairière on passe sans transition aux calcaires argileux à silicifications du sommet du Sénonien inférieur (appartenant à l'autre coté de cette branche de faille).
Les calcaires argileux à silicifications du sommet du Sénonien inférieur affleurent à l'intérieur du tournant ou le chemin s'engage dans le thalweg du ruisseau de l'Oursière ainsi que dans le soubassement du brise-charge (fig.5). Ils butent de l'autre coté du ravin, en face du brise charge, contre l'extrémité nord-est de la falaise aperçue précédemment en sous-bois, car ils en sont séparés par le décrochement de l'Oursière.
Cette falaise qui représente la lèvre sud de la branche sud de ce décrochement montre une succession Urgonien inférieur à Sénonien inférieur (fig.5). La Lumachelle n'y forme toutefois qu'un placage vertical, épais de 2 à 3 m, sur le coté ouest de la falaise urgonienne : cet amincissement résulte du biseautage des couches frictionnées contre le plan de faille. En outre tous les bancs prennent dans ce secteur une orientation proche de N50 à N60, alors que leur azimut est plus proche de N20 dans les affleurements plus éloignés de la faille : ceci résulte d'un "crochonnement", c'est-à-dire d'une torsion (ici dextre), par entraînement des couches situées au voisinage du plan de faille sous l'effet du mouvement coulissant.
La portion de chemin qui fait suite, orientée est-ouest, mène en une centaine de mètres au point 9 en suivant la branche sud du décrochement de l'Oursière. Aussi le thalweg qu'elle emprunte est-il bordé du côté sud par un mur d'Urgonien inférieur et du côté nord par une échine boisée à soubassement de Sénonien inférieur puis de Lumachelle et d'Urgonien supérieur (fig.5).
Prendre, exactement au point 5a, le sentier
qui s'embranche en contrebas du chemin forestier.
Il s'engage vers l'ouest dans un vallonnement où l'on marche
sur la terre d'altération à débris de silex,
puis part à flanc vers le nord. C'est peu avant ce changement
de direction que l'on voit apparaître les rochers d'Urgonien
qui indiquent que l'on vient de passer du compartiment est au
compartiment ouest de la faille du Grand Poyat. La descente en
lacets qui fait suite reste dans l'Urgonien jusqu'au 5° lacet,
point où l'on voit apparaître des fragments de Lumachelle.
Au delà, jusqu'au chemin forestier que l'on rejoint vers
1400 m d'altitude, on ne traverse que des éboulis (qui
cachent la succession du Sénonien inférieur). Les
calcaires à silex du Sénonien supérieur affleurent
ensuite dans le lacet du chemin, avant de se masquer sous la terre
d'altération et les éboulis, aux approches du col.
N.B. La succession complète et pratiquement continue des couches comprises entre le Sénonien supérieur et l'Urgonien inférieur est traversée par ce chemin, dans son trajet remontant vers le sud ; il traverse ensuite la faille du Grand Poyat à environ 1 km de distance de l'embranchement du sentier du Fournel puis, après un lacet, se transforme en un simple sentier qui remonte le ruisseau du Charmant Som (le long d'une faille sénestre) jusqu'à déboucher sur la voûte de l'anticlinal du Fournel, dans les prairies situées en contrebas ouest de l'oratoire d'Orgeval. Cet itinéraire peut constituer une autre variante d'accès.




















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édition retouchée en avril 99 pour le site internet GEOL ALP |
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