1/25000° Série bleue "3234 est - Grenoble"
ou Domène 1-2
1/50000° géologique, feuille Domène.
Le point de départ des itinéraires pédestres
ici décrits (fig. 1)
se situe à la station intermédiaire des télébennes
de la Scia (Les Essarts), que l'on peut gagner par ce moyen de
transport. Il peut aussi être atteint, depuis Saint-Pierre
de Chartreuse, en voiture (on y trouve aisément des emplacements
pour stationner) ou par des chemins pédestres n'offrant
pratiquement pas matière à observations géologiques.
Il est possible de revenir plus directement à Saint-Pierre
de Chartreuse en quittant l'itinéraire décrit au
Col de la Saulce, pour descendre par Perquelin (voir annexe E).
L'itinéraire principal suit de bons chemins. Il peut être
avantageusement complété par quelques itinéraires
annexes plus ou moins longs (décrits à la fin de
l'opuscule). La dénivellation est modérée
mais le trajet horizontal est relativement important, de sorte
qu'une journée entière est nécessaire pour
le parcourir, surtout si on le complète par le circuit
de l'Aup du Seuil.
Succession stratigraphique du massif (aperçu presque
total) ;
Exemples de grandes structures (plis et failles) et organisation
tectonique des chaînons les plus orientaux de la Chartreuse.
Cette excursion offre une bonne prise de contact avec la géologie
du versant oriental de la vallée de Saint-Pierre-de-Chartreuse.
Le secteur traversé correspond à la partie orientale
de l'ensemble structural dit de la "Chartreuse orientale"*.
Il comporte avant tout (fig. 2)
deux grands plis, l'anticlinal de Perquelin et le grand synclinal
chartreux oriental (ou synclinal de la Dent de Crolles) ; un trait
de sa structure qui est particulièrement bien mis en évidence
par l'itinéraire est la grande faille de décrochement
de Bellefond.
- Les paragraphes ou phrases écrits en italiques
sont ceux relatifs au choix ou au repérage de l'itinéraire
;
- Les textes encadrés donnent des aperçus
globaux sur la géologie de la partie d'itinéraire
qui leur fait suite ;
- Les paragraphes écrits en retrait concernent,
selon le cas, des détails secondaires, des observations
accessoires ou des commentaires plus spécialisés
dont l'abord nécessite une culture géologique relativement
poussée : ils peuvent donc être sautés en
première lecture.
- Les astérisques * renvoient le lecteur, pour plus
d'explications sur des termes particuliers ou sur le contexte
géologique général, à l'opuscule spécial
consacré à la vue d'ensemble de la géologie
du massif de la Chartreuse. Ce dernier pourra aussi être
consulté pour obtenir des compléments d'informations
sur les formations géologiques rencontrées. Il faudra
cependant se reporter à la notice des cartes géologiques
à 1/50000° si l'on cherche une description détaillée
de ces formations.
- Les sigles placés entre crochets [] dans le texte
sont les notations désignant les niveaux stratigraphiques
sur les cartes géologiques de la France à 1/50.000°.
On trouvera, dans la liste des abréviations (via le bouton
ad hoc), les noms de ces niveaux et l'ordonnance de leur succession
ainsi que les notations abrégées qui leur correspondent
dans les diverses figures.
- Le symbole 'phi' minuscule, utilisé sur les figures
pour désigner les chevauchements mineurs (Ø
désignant ceux plus importants) n'est pas disponible pour
les textes. il est donc remplacé par 'f'
dans les légendes.
Au départ des Essarts on peut s'élever directement
le long de la piste de ski mais il est préférable
de gagner, par la route de la station supérieure, le départ
d'un chemin qui s'embranche vers le sud, au tournant situé
500 m en amont de la gare des télébennes (point
0).
Ce chemin traverse d'abord une zone boisée, où son
entaille montre beaucoup de calcaires (point 1a). Il ne s'agit
pourtant pas d'un véritable affleurement mais seulement
d'un chaos de blocs de Tithonique qui correspondant à un
ancien éboulement, stabilisé de longue date et colonisé
par la végétation, qui se développe largement
sur toutes les pentes en contrebas nord-ouest des Essarts.
On en sort une centaine de mètres avant que le chemin atteigne
les pentes herbeuses de la piste de ski. En traversant cette dernière
(point 1b) on constate en effet que le terrain devient
beaucoup plus argileux. Ceci vient de ce que la roche réellement
"en place", qui affleure alors, est constituée
d'alternances de lits de marnes et de bancs calcaires (c'est le
Kimméridgien inférieur [j8a]). Toutefois les strates
ne sont guère visibles ici car elles ont un pendage défavorable,
conforme à celui de la pente topographique, et sont en
outre masquées par leurs propres produits d'altération.
Au terme de cette traversée ascendante vers le sud, on
atteint un épaulement d'où partent vers le haut
un téléski et, horizontalement, un chemin forestier
(point 2a). De ce point on a une vue dégagée
sur le sommet du Grand Som, dont on peut même analyser la
disposition tectonique (fig. 3).
Laisser sur la gauche les prairies de la piste de ski et emprunter
le chemin forestier qui s'engage, d'abord en légère
descente, dans le versant sud de la montagne (il suit, en fait,
une conduite d'adduction d'eau, jalonnée de regards, jusqu'au
chalet de Bellefond).
Ce chemin fait traverser d'ouest en est les couches jurassiques
qui dessinent l'Anticlinal de Perquelin. Les premiers 200 m permettent
d'observer les petits bancs, à joints marneux assez développés,
du Kimméridgien inférieur [j8a] (point 2 b). Au
delà d'un tournant creux bien marqué (point 3),
le chemin entaille les bancs calcaires "séquaniens"
[j7], régulièrement lités et pauvres en intervalles
marneux. Leur pendage, bien visible, est modérément
incliné vers l'ouest (de 20 à 45°), ce qui indique
que l'on est encore ici dans le flanc occidental de l'anticlinal.
Le chemin franchit ensuite une échine puis aborde une zone
de prairies en forte pente, à l'aplomb du point d'envol
des deltaplanes et parapentes (point 4). C'est là,
au voisinage d'un regard de brise-charge, que se situe la voûte
de l'anticlinal. Les bancs y sont en effet presque horizontaux,
alors qu'ils prennent, au delà, un pendage vers l'est qui
devient très vite accentué. En outre la combe de
prairies correspond de nouveau aux alternances de lits de marnes
et de bancs calcaires du Kimméridgien inférieur
[j8a].
De cet endroit on a, en outre, une vue dégagée sur
la combe qui monte de Perquelin au col des Ayes et sur les falaises
urgoniennes de la Dent de Crolles, qui la dominent à gauche
(fig. 4).
Les niveaux tendres du Kimméridgien inférieur affleurent,
avec un pendage est de plus de 40° dans la légère
traversée descendante qui permet de gagner l'arête
sud, boisée, de la Scia au lieu-dit "le Maupasset"
(point 5a). Le chemin y franchit la barre calcaire tithonique
[j9-8 + j9b] en décrivant quelques courts lacets, sur l'un
comme sur l'autre des versants.
du côté ouest le sentier serpente dans un escalier de rocher, qui est dû à ce que les bancs sont inclinés en sens presqu'opposé à la pente, de sorte que l'érosion les a tranché et a pu affouiller leurs joints. De l'autre coté au contraire il s'inscrit sur une dalle à peu près régulière, qui correspond sensiblement à la surface des bancs, dénudée par l'érosion, et en a la déclivité.
L'échine du Maupasset correspond donc à ce type de relief qui est qualifié de "Crêt" *(et qui s'apparente à ce que l'on désigne du nom de "Cuesta"* en pays moins montagneux) : ici on dira que ce crêt a un regard (coté en falaise) vers l'ouest et un revers (coté en dalle) vers l'est.
La suite du trajet s'effectue en traversant presque horizontalement le revers de ce crêt, jusqu'au vallon du col 1494 (point 5 b). Ces pentes sont garnies d'un tapis d'éboulis qui masque le passage des calcaires presque purs, massifs, du Jurassique aux calcaires très argileux et marnes du Crétacé. Ce sont ces couches, très tendres, qui ont guidé l'érosion torrentielle qui a ouvert, avant que la forêt s'installe, la branche ouest du vallon de la Saulce. Ce vallonnement constitue une typique "combe monoclinale" (terme employé lorsque les couches y ont le même pendage en tous points).
Le sentier contourne ensuite la butte du Crèt de
Loirard (point 6). Les ravines qu'il traverse laissent voir,
sous la végétation, qu'elle est constituée
par un empilement de blocs d'Urgonien de toutes tailles. Il s'agit
d'éboulis anciens [Ew] résiduels, encore posés
sur les marnes qui affleurent dans les deux cols. Ils peuvent
être qualifié de "fossiles" car ils ne
reçoivent plus de matériaux, étant maintenant
déconnecté des pentes qui l'alimentaient : ils représentent
en fait une "butte témoin"*, isolée par
l'érosion qui a ouvert ces deux cols, d'un glacis continu
qui tapissait les pentes descendant des lances de Malissard avant
d'être disséqué par le creusement récent
des ravines. La surface de ce glacis, régulièrement
déclive, se profile d'ailleurs à l'horizon SE, de
l'autre coté du vallon de la Saulce.
Aux approches du col de la Saulce (point 7) les marnes
gris sombre du Berriasien supérieur [n2M] percent largement
sous les anciens éboulis à la faveur des ravines
et affleurent jusqu'au col où elles occasionnent de petites
zones marécageuses.
Le col est dominé du côté sud-est par une
petite falaise rousse au pied de laquelle on voit que les marnes
sont recouvertes par les calcaires du Fontanil [n2F + n2S]. On
peut en observer le faciès dans les blocs des éboulis
récents (encore en cours de formation) que traverse le
sentier en quittant le col. Cette falaise correspond en fait au
front maximum de recul de la "tête du ravin" de
la branche est du vallon de la Saulce, entaillé par l'érosion
régressive dans la pente de l'ancien glacis d'éboulis.
Le sentier franchit ensuite le rebord boisé du flanc sud
de cette ravine et débouche sur ce glacis, d'ailleurs mieux
conservé qu'à l'ouest du col. Il le traverse ensuite
sur 300 m de long, sous les falaises des lances de Malissard,
jusqu'à un rebord symétrique où ce glacis
est éventré de nouveau par une autre ravine, celle
de Bellefond.
Au moment où le sentier tourne vers l'est pour s'engager
dans le versant de ce ravin il passe au pied d'une grotte naturelle
(point 8). Son origine est assez particulière et de
nature à décevoir le spéléologue.
En effet il s'agit d'un simple abri aménagé par
l'effritement irrégulier de l'éboulis ancien, inégalement
cimenté en "brèche de pente". On voit
particulièrement bien, en prenant un peu de recul (et encore
mieux, de plus loin, depuis le chalet de Bellefond, fig. 6 bis), que le litage grossier des matériaux
de cet éboulis est parallèle à la pente du
glacis.
Un parcours à flanc de pente, sous un léger couvert
de résineux, conduit au sommet du ravin de Bellefond, au
pied des falaises urgoniennes de la Lance sud de Malissard (point
9). Au cours de cette traversée on peut faire deux
observations :
a) le sentier montre d'abord des calcaires à patine
brune, à litage mal distinct et à silex en poupées,
appartenant aux calcaires du Fontanil supérieurs. Ensuite
viennent des calcaires à miches de l'Hauterivien [n3] qui
affleurent beaucoup mieux. Cet affleurement a été
dégagé de la chape d'éboulis ancien qui le
noyait par le creusement torrentiel du ravin. Il est cependant
encadré par des éboulis récents provenant
du rebord du glacis d'éboulis ancien et de la falaise urgonienne.
b) la vue sur l'autre rive du ravin porte sur le site du chalet
de Bellefond. Ce dernier est construit sur un étroit
éperon rocheux qui raccorde les falaises de la Lance sud
de Malissard avec celles qui se développent à son
contrebas droit puis se poursuivent en direction de la dent de
Crolles. Les unes comme les autres sont formées par l'Urgonien,
dont la base est décalée verticalement de plusieurs
centaines de mètres de part et d'autre. Ce décalage
est dû au passage d'une faille verticale, la Faille de Bellefond*.
Son tracé suit exactement le pied de falaise en contrebas
du chalet et détermine un couloir en dièdre en amont,
là où le sentier s'engage dans les rochers.
Le sentier traverse les éboulis actifs, sous lesquels percent encore de minuscules affleurements d'Hauterivien, au pied de la falaise urgonienne (ne pas s'y attarder en début de saison : chutes de pierres....!). Puis il s'engage dans la barre rocheuse du compartiment sud de la faille (point 10). Il la franchit par une entaille en creux, presque horizontale, d'une dizaine de mètres de longueur, qui suit la surface limite entre l'Urgonien supérieur [n5U] et la Lumachelle de l'Aptien supérieur [n6]. Il finit de rejoindre le chalet en restant dans la Lumachelle puis, après avoir contourné l'éperon rocheux qui supporte ce chalet, atteint les prairies installées sur les calcaires argileux blancs du Sénonien [c7-6].
Le passage du sentier en chemin creux correspond à une zone large de 0,4 à 1 m, assez nettement délimitée par des parois lisses subverticales entre lesquelles la roche est plus friable, bréchique ou se débite en feuillets centimétriques verticaux orientés N-S : il s'agit d'une mylonite* (nom donné aux roches broyées par fragmentation tectonique). La disposition verticale du feuilletage de celle-ci indique qu'elle est due à un mouvement de coulissement horizontal, le long d'une surface de friction presque verticale.
On serait tenté de voir là une cassure secondaire, branchée sur la faille principale selon un angle aigu. En fait cette zone broyée correspond seulement à la surface de contact stratigraphique normal entre l'Urgonien et la Lumachelle. Le broyage trahit tout de même le fait qu'il y a eu friction à la limite de ces deux masses rocheuses (fig. 6B), ce qui sera expliqué plus loin.
Si l'on est attentif aux pendages des couches dans ce secteur
on observe qu'ils passent en moins de 50 mètres, d'une
disposition très redressée (azimut N20° et pendage
60° vers l'est, le long du passage rocheux du sentier) à
une valeur de plus en plus modérée, en direction
du SE (dans les prairies à l'est du chalet). Ces couches
décrivent donc un brutal mouvement synclinal à l'endroit
même où elles viennent buter contre la faille. Cela
se voit encore plus clairement si l'on prend du recul par rapport
à l'affleurement (fig. 5).
On qualifie ce type de pli de crochon de faille, parce qu'il résulte
visiblement d'un rebroussement des couches induit par leur friction
contre le plan de faille, lors du mouvement sur cette dernière.
Comme il se doit, le sens de ce crochon est conforme au décalage
vertical des falaises (fig. 5
et fig. 6). Il est à
remarquer que le mouvement qui en est responsable comportait néanmoins
une forte composante de coulissement dextre, c'est à dire
de déplacement vers le SW du compartiment sud (fig. 7) (ceci est en accord avec l'inclinaison
vers le NE de l'axe de ce crochon).
Un mouvement de glissement relatif de couches se produit classiquement dans les flancs de plis (fig. 6A) : il est probable que celui qui est indiqué par la mylonitisation du contact Urgonien/Lumachelle dans le passage en chemin creux doit être imputé à une telle origine et doit donc être lié à la torsion en crochon. En effet ce pli est assez aigu pour avoir entraîné la nécessité de glissements couches sur couches, particulièrement à la limite des formations assez dissemblables que sont l'Urgonien et la Lumachelle (fig. 6B).
Depuis le chalet (point 11), en regardant vers le nord,
on distingue sur la rive opposée de la ravine, un banc
à litage grossier parallèle à la pente :
il s'agit de la tranche du rebord du glacis des éboulis
anciens tapissant le versant ouest des Lances de Malissard (fig. 1). Les éboulis plus
récents sont au contraire installés en contrebas
de cette entaille, dans les pentes de la ravine (certains tapissent
également les hautes pentes supérieures du glacis,
là où l'érosion ne l'a pas dissèqué).
du côté est du chalet, les éboulis ancien
ne sont pratiquement conservés nulle part et l'on ne trouve
que des plaquages d'éboulis récents en pied de falaises
ou au débouché des couloirs, comme c'est le cas
dans les basses pentes du piton de Bellefond.
Immédiatement à l'est du chalet jaillit la source
de Bellefond. Elle sort pratiquement à la base du Sénonien,
à peine au dessus de son contact stratigraphique sur la
Lumachelle et sensiblement au point le plus bas du mouvement synclinal
du crochon. Les eaux souterraines, qui doivent circuler dans des
fissures du Sénonien, sortent certainement ici à
la faveur de cette disposition en cuvette échancrée.
Le sentier du col ne traverse que des éboulis dans ses
trois premiers lacets. Peu après le 3° lacet (point
12) il commence à gravir en escaliers les bancs décimétriques
des calcaires argileux blancs du Sénonien, dans lesquels
il reste jusqu'au col. Il serpente en laissant toujours au nord-ouest
la grande ravine qui emprunte sensiblement le tracé du
décrochement de Bellefond et au delà de laquelle
on toucherait les calcaires urgoniens de l'éperon de la
Lance sud de Malissard.
Au col de Bellefond (point 13a) on découvre, du
côté nord, un vaste panorama dont la partie principale
est constitué par une vue dans l'axe sur le synclinal de
la Chartreuse orientale, que l'on appréhende dans toute
son ampleur (fig. 8).
Le coeur de ce pli est évidé par l'érosion
en un large vallon qui est donc un "val", au sens géomorphologique
du terme, bordé par les deux "crêts" des
Lances de Malissard et de l'Aup du Seuil. Le tout constitue un
"synclinal perché" car les zones anticlinales
qui l'encadrent sont érodées encore plus profondément
que le coeur synclinal.
Le coté sud du panorama (fig.
9) est beaucoup plus confus. La structure synclinale du haut
plateau chartreux, qui court jusqu'à la Dent de Crolles
n'y apparaît guère que dans le secteur même
de ce dernier sommet (bien lointain, à vrai dire, en cas
de brume ...). Cela tient à ce que l'Urgonien du flanc
ouest (droit) du synclinal a été presque totalement
enlevé par l'érosion (fig.
7) : en termes de géomorphologie structurale ce qui
en reste constitue un "volet". Ce dernier est en outre
accidenté d'une multitude de fractures dont seules les
plus importantes et les mieux repérables ont été
tracées sur la fig. 9. Celles des abords les plus proches
(au nord du piton de Bellefond) sont en outre portées sur
la carte de la fig. 10.
Gagner par l'arête herbeuse du col sa brèche la plus
occidentale, au pied des premières dalles rocheuses de
l'Urgonien de la Lance sud de Malissard (point 13b). On
y observe le passage de la faille de décrochement de Bellefond,
marqué par le contact direct du Sénonien sur l'Urgonien
inférieur. La brèche est déterminée
par ce contraste lithologique, mais aussi par le fait que, sur
une zone large de quelques mètres le Sénonien y
est extrêmement feuilleté ou bréchifié,
c'est à dire transformé en "mylonite"*
(de ce fait, à la brèche même, son pendage
est totalement indéterminable). Les premiers mètres
du ressaut formé par l'Urgonien correspondent pratiquement
au miroir de faille, à peine émoussé par
l'érosion.
Pendant le parcours de la crête vers l'W on peut noter des modifications progressives du pendage des bancs sénoniens depuis le col. Au point le plus bas du col le pendage de ces bancs les rattache franchement au flanc est du synclinal (pendage 35°W, azimut des strates N20°). Dans la première dizaine de mètres on traverse deux ondulations successives, la première synclinale (faisant passer à un pendage dépassant 70° est), la seconde anticlinale, faisant revenir au pendage précédent jusqu'à la brèche où se détache le sentier qui descend vers le nord.
Entre cette brèche et la dernière (point 13b) les bancs sénoniens subissent une torsion synclinale très ample mais suffisamment nette puisqu'ils passent à un pendage de 25° vers le N-NE (azimut des strates N120°). Ce pendage des bancs sénoniens, inclinés plutôt vers le nord que vers l'est, indique que l'on entre dans le flanc ouest du pli mais que l'on est encore proche de sa charnière (plongeante vers le nord). Il est d'ailleurs très différent de celui de l'Urgonien de Malissard, à pendage 45° E et azimut des strates N20°), qui appartient à l'autre compartiment de la faille de Bellefond.
Ces différences de pendage entre les deux compartiments viennent de ce que l'effet de cette faille ne se limite pas à un simple décalage vertical d'abaissement du compartiment est mais comporte une importante composante de décrochement. Elles résultent en effet de la juxtaposition, par le mouvement de coulissement horizontal, de deux portions d'un même pli préexistant qui étaient originellement éloignées transversalement (fig. 7) : ici le compartiment occidental (où affleure l'Urgonien) se rattache franchement au flanc ouest du synclinal tandis que dans le compartiment oriental (où affleure le Sénonien) on est beaucoup plus proche de la charnière.
L'arête qui s'élève en direction de l'E
depuis le col (point 13a) conduit à la crête
qui domine la vallée de l'Isère (point 14).
De là il est recommandé de gagner le sommet nord
(1975.1) car la vue y est plus dégagée : Elle est
intéressante pour le panorama que l'on y découvre
sur le Grésivaudan et la chaîne de Belledonne et
elle est encore meilleure que depuis le col sur l'enfilade du
synclinal chartreux oriental (fig.
8).
La montée se fait d'abord sur le Sénonien, puis
sur la Lumachelle (au point 14) et enfin sur l'Urgonien,
dont le toit est atteint en descendant à une petite brèche
au nord de ce point. Le fait que l'on recoupe des termes de moins
en moins élevés de la série montre que la
pente moyenne du flanc est du synclinal est ici plus forte que
celle de l'échine de la montagne.
En réalité ceci est largement le fait de petites cassures chevauchantes, bien visibles dans les abrupts qui tombent sur le vallon de l'Aup du Seuil mais dont le passage n'est guère localisable sur l'arête.
Depuis la brèche la plus occidentale du col de Bellefond
(point 13b), s'élever vers l'ouest par un système
de cheminées ouvertes où l'escalade ne nécessite
qu'occasionnellement de mettre les mains. C'est uniquement dans
l'Urgonien inférieur que se déroule toute la montée,
depuis la brèche ouest du col de Bellefond jusqu'au sommet.
On franchit peu avant la crête un niveau qui donne un alignement
de brèches isolant des "gendarmes" sur le versant
est de la crête (point 15a). Ce dernier à
été attribué par erreur aux couches à
orbitolines sur la 1° édition de la carte géologique
Domène. En fait il ne s'agit que d'un niveau plus délitable
de l'Urgonien inférieur.
Depuis les abords de la brèche occidentale du col de
Bellefond (un peu à l'est du point 13b), prendre le sentier
qui descend dans le versant nord : par quelques courts lacets
il gagne la limite inférieure des affleurements de Sénonien
pour suivre le sommet des éboulis. Après avoir traversé
le couloir descendant de la brèche la plus occidentale
il rejoint le pied des rochers des Lances de Malissard. En ce
point on trouve un peu de Lumachelle plaqué contre l'Urgonien
(Point 15b). En fait il s'agit d'un copeau intercalé entre
deux branches de faille, d'une part au SE le décrochement
et d'autre part au NW une faille longitudinale qui parcourt dans
toute sa longueur le vallon de Marcieu (voir fig.
10).
Le sentier descend vers une petite dépression fermée
par des affleurements de Sénonien du côté
nord mais garnie par des éboulis du côté sud
(Point 16). En traversant l'échine qui borde cette
dépression, du côté est, on peut atteindre
un éperon rocheux formé d'urgonien qui est lui même
flanqué de Lumachelle à son bord ouest : on touche
là le flanc est du synclinal chartreux oriental. Cet éperon
est limité du côté sud par un rebord rectiligne
qui est garni d'éboulis mais au delà duquel on trouve
la Lumachelle que dominent les abrupts du Dôme de Bellefond
: il s'agit d'une faille à rejet cartographique dextre,
qu'il faut considérer comme une cassure secondaire, parallèle
au Décrochement de Bellefond (fig.
10).
En aval de cette dépression le sentier se bifurque : suivre
sa branche la plus méridienne, qui emprunte le fond d'une
ravine (la branche qui se dirige vers l'E, en sinuant entre les
blocs, sera plutôt empruntée au retour, mais rien
ne s'oppose à pratiquer un circuit inverse). On s'engage
ainsi dans le chaos des blocs éboulés de l'alpage
de Marcieu. Certains des ces blocs ont une taille voisine de celle
d'une maison. Il est clair que ce sont là les produits
d'un gigantesque éboulement.
La répartition du matériel éboulé laisse quelques doutes quant à son origine exacte. En effet l'allongement N-S de ce chaos suggère qu'il provient de la crête des Lances de Malissard. Toutefois l'essentiel de la masse éboulée est séparé du pied de cette dernière par le vallonnement qu'emprunte le sentier. Or il est évident que cela ne peut être mis sur le compte d'un creusement fluviatile...
Deux hypothèses peuvent rendre compte de cette disposition :
- la première est que l'éboulement se soit produit à une époque ou le pied est de cette crête était garni par un important culot de neige ou de glace sur lequel les blocs auraient glissé en direction de l'est (cela le ferait remonter à la fin de la glaciation würmienne, soit environ 7000 à 8000 ans BP) ;
- la seconde est que ces blocs proviennent d'un effondrement du promontoire nord de la crête du Dôme de Bellefond et aient roulé longuement et préférentiellement en direction du nord. Ces deux suppositions sont également plausibles, encore que dans le cas de la seconde on comprend mal comment l'essentiel des matériaux n'auraient pas été "drainés" vers l'est, du côté des Petites Roches, par la profonde brèche de la crête urgonienne orientale ouverte au niveau du Petit Tas.
Après avoir sinué entre les amas de blocs le
sentier débouche en vue du chalet de l'Aup du Seuil. Dans
ce secteur (point 17) la couverture de matériel
éboulé devient plus discontinue et l'on voit de
place en place pointer le bedrock (fig.
10). Ce dernier est essentiellement constitué par le
Sénonien inférieur mais en plusieurs points, notamment
aux abords nord du chalet, on voit affleurer des calcaires argileux
glauconieux passant vers le bas à des grès verts.
Ces derniers, d'age albien, s'intercalent ici (comme en plusieurs
autres points, néanmoins relativement localisés,
de la Chartreuse) entre Sénonien et Lumachelle de l'Aptien
qui affleure à partir de l'échine située
à l'est du chalet.
De ce point on peut également poursuivre vers le nord jusqu'aux
ruines de l'ancien habert de Marcieu puis rejoindre le Habert
de la Dame en poursuivant vers le nord le long du fond du vallon
(voir le fascicule consacré aux environs du col de l'Alpe).
Le habert de Marcieu était construit au pied d'un petit escarpement déterminé par le passage de la faille longitudinale qui parcourt tout le synclinal dans le sens de la longueur. Cette dernière met là en contact la Lumachelle du compartiment est contre l'Urgonien inférieur du compartiment ouest, dont le ploiement synclinal est visible à l'ouest de la faille.
Un sentier qui permet d'accéder à la crête de Malissard nord s'embranche 400 m en aval des ruines, sur la gauche . Après avoir traversé l'abrupt de faille il franchit les couches à Orbitolines 150 m plus à l'ouest (là où elles dessinent le fond de synclinal). Puis il traverse vers le nord pour emprunter, dans l'Urgonien supérieur, une vire très inclinée, garnie d'éboulis. Il atteint la crête à l'endroit où se trouve une inscription romaine (fig. 8). La dalle verticale qui porte cette inscription est une simple surface de diaclase de l'Urgonien, qui a sans doute été dégagée par l'arrachement de tout un pan de couches qui s'est éboulé dans le vallon de Marcieu en glissant sur les dalles structurales (pentées ici à près de 45° vers l'est)..
L'itinéraire proposé pour revenir au col de Bellefond
consiste à rejoindre d'abord le Pas de l'Aup du Seuil.
Le sentier qui y mène traverse sur une longue distance
des dalles structurales de Lumachelle. Celles-ci sont peu pentées
comme l'est ici tout le flanc est du synclinal. Les dernières
pentes avant le col se redressent un peu, suivant en cela le pendage
des couches. En outre ce secteur est accidenté de plusieurs
petites failles N-S, à compartiment est surélevé,
par le jeu desquelles l'Urgonien supérieur vient de nouveau
à l'affleurement. Au col (point 19) une très
brève descente sur le versant est suffit pour atteindre
les couches à Orbitolines : le sentier qui descend sur
le versant est (du Grésivaudan) en emprunte la vire et
la parcourt sur une assez longue distance, à flanc vers
le sud, avant d'amorcer sa véritable descente.
A partir de là il faut suivre la crête ou traverser
horizontalement, à flanc de pente, en direction du sud.
Au cours de ce trajet, notamment depuis les rochers des Charassons
(point 20), on bénéficie d'une bonne vue
sur le versant nord du col de Bellefond (fig.
11) et sur les abrupts urgoniens du flanc est du synclinal.
Entre les Charassons et le Petit Tas, si l'on ne s'éloigne
pas trop du sommet des falaises, on traverse plusieurs petites
failles plus ou moins proches de l'orientation E-W, qui décalent
la limite entre Urgonien et Lumachelle en lui conférant
sur la carte un dessin en zig-zag (fig.
10). Ces failles se répartissent entre deux familles
"conjuguées" : les unes dextres, orientées
environ N70, appartiennent à la famille des failles satellites
du grand décrochement tandis que les autres sont sénestres
et orientées N130.
On rejoint ensuite agréablement, en suivant les prairies
qui bordent le sommet des falaises, le secteur du Petit Tas, où
l'on retrouve les amas de blocs éboulés et un sentier
qui ramène à la cuvette située au pied du
col de Bellefond.















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édition retouchée en avril 99 pour le site internet GEOL ALP |