Trajets décrits :
Les itinéraires décrits correspondent à une
excursion aux alpages de l'Alpette, par le versant ouest, et aux
trois options qui s'offrent lorsque l'on y est parvenu. Leur point
de départ est le village de La Plagne, terminus d'une route,
longue de 3 km, qui s'embranche sur la D 912, 1 km en amont d'Épernay,
chef-lieu d'Entremont-le-Vieux (il est possible d'accéder
à l'Alpette par le versant Grésivaudan mais cet
itinéraire n'est pas décrit ici). Arrivé
en vue du village, à la bifurcation située 200 m.
avant celui-ci, il faut laisser, sur la gauche, la route qui y
mène (fig. 1) et garer
les voitures en bordure de la route forestière qui s'embranche
là vers le sud-est (point 0b).
L'itinéraire aller et retour jusqu'au col de l'Alpette
(et même jusqu'à la Porte de l'Alpette) peut être
parcouru en une demi-journée.
Il faut disposer d'une journée complète pour aller
au Granier, surtout si l'on veut atteindre le sommet nord (prévoir
près de 2 h supplémentaires de marche AR par rapport
à une simple boucle par le sommet sud).
Pour accéder, depuis l'Alpette, au plateau du Granier
il faut franchir le Pas des Barres, dont l'escalade est facile
(cables et barreaux métalliques) mais qui n'est pas praticable
par les personnes craignant les passages escarpés en rocher.
Celles-ci ne peuvent donc atteindre le sommet des falaises du
Granier qu'en empruntant, depuis La Plagne, le chemin de la Balme
à Colon (c'est à dire en suivant l'itinéraire
de descente, en sens inverse de la description : ce trajet, très
pratiqué et plus court, a cependant un intérêt
géologique beaucoup plus limité que celui par le
col de l'Alpette).
Le Roc du Pinet et la Croix de l'Alpe (itinéraires
décrits au chapitre D) s'atteignent au contraire sans
aucune difficulté depuis le col de l'Alpette.
Thèmes abordés :
L'excursion traverse essentiellement des terrains de la partie
haute de la série stratigraphique (Urgonien à Sénonien
inférieur inclus). Elle offre l'occasion d'une intéressante
analyse de la structure du synclinal oriental (dans lequel elle
se déroule exclusivement) et des cassures qui l'accidentent.
Elle permet enfin d'observer de nombreux exemples de morphologie
karstique.
Cartes à utiliser :
1/25.000° I.G.N. : TOP 25 « Massif de la Chartreuse
nord » 3333 OT, ou Série bleue « 3333 ouest
- "Saint-Pierre-d'Entremont / Col du Granier », ou
Montmélian 5-6.
1/50.000° B.R.G.M. (géologique) : feuille Montmélian
(XXXIII-33).
- Les paragraphes ou phrases écrits en italiques
sont ceux relatifs au choix ou au repérage de l'itinéraire
;
- Les textes encadrés donnent des aperçus
globaux sur la géologie de la partie d'itinéraire
qui leur fait suite ;
- Les paragraphes écrits en retrait concernent,
selon le cas, des détails secondaires, des observations
accessoires ou des commentaires plus spécialisés
dont l'abord nécessite une culture géologique relativement
poussée : ils peuvent donc être sautés en
première lecture.
- Les astérisques * renvoient le lecteur, pour plus
d'explications sur des termes particuliers ou sur le contexte
géologique général, à l'opuscule spécial
consacré à la vue d'ensemble de la géologie
du massif de la Chartreuse. Ce dernier pourra aussi être
consulté pour obtenir des compléments d'informations
sur les formations géologiques rencontrées. Il faudra
cependant se reporter à la notice des cartes géologiques
à 1/50000° si l'on cherche une description détaillée
de ces formations.
- Les sigles placés entre crochets [] dans le texte
sont les notations désignant les niveaux stratigraphiques
sur les cartes géologiques de la France à 1/50.000°.
On trouvera, dans la liste des abréviations (via le bouton
ad hoc), les noms de ces niveaux et l'ordonnance de leur succession
ainsi que les notations abrégées qui leur correspondent
dans les diverses figures.
- Le symbole 'phi' minuscule, utilisé sur les figures
pour désigner les chevauchements mineurs (Ø
désignant ceux plus importants) n'est pas disponible pour
les textes. il est donc remplacé par 'f'
dans les légendes.
|
C'est une typique vallée de relief inversé, ouverte dans la voûte de l'anticlinal de Perquelin et encadrée par des crêtes qui appartiennent à des synclinaux : du côté est les falaises urgoniennes du Granier et du Pinet représentent le flanc ouest du grand synclinal oriental de la Chartreuse ; du côté ouest l'échine boisée du Montfred - Mont Pellaz correspond grossièrement au synclinal du Sappey (le contenu de ce dernier est cependant fortement érodé puisque il y manque toutes les couches supérieures au Berriasien). Les plis les plus occidentaux du domaine de la Chartreuse orientale (anticlinal de l'Écoutoux et synclinal du Néron) manquent à cette latitude : il ont sans doute été sectionnés par sa surface de chevauchement (qui court sur le versant ouest de la dépression, des Gandys au col du Mollard), à moins qu'ils s'y terminent par amortissement. |
L'embranchement de la route de la Plagne sur la D 912 est
entaillé dans des marno-calcaires mal lités qui
appartiennent aux couches inférieures du Berriasien. De
fait, 400 m plus loin, un tournant qui fait changer de versant
et dégage la vue sur Épernay s'accompagne de l'apparition,
dans le talus, des bancs calcaires du Tithonique supérieur.
On est pratiquement là à la voûte de l'anticlinal
de Perquelin et au point le plus septentrional d'affleurement
du Jurassique dans la dépression de la Chartreuse orientale
: en effet ce dernier disparaît vers le nord sous le Berriasien,
du fait du plongement axial du pli. Le paysage dans cette direction
s'ouvre d'enfilade sur le ravin tout à fait amont du Cozon,
qui s'inscrit effectivement dans le Berriasien inférieur,
environ 500 m à l'est de la charnière anticlinale.
Il est encadré à l'ouest par la crête Montfred
- Lentille - Mont Pellat, entièrement formée de
Berriasien moyen à supérieur et à l'est par
celle du Mont Joigny qui culmine avec des calcaires du Fontanil.
On ne peut qu'être frappé par la place qu'occupent ici dans le paysage les couches marno-calcaires du Berriasien. Elles atteignent en effet une épaisseur de plus de 600 m, ce qui est bien plus considérable qu'aux environs de Grenoble. Elles contiennent en outre, à divers niveaux et dès leur partie basse, d'assez nombreuses passées bioclastiques à faciès proche de celui des calcaires du Fontanil. Ceci est dû à ce que l'on se trouvait ici, à cette époque, plus près de la plateforme jurassienne et que l'on y recevait de ce fait plus largement les coulées détritiques calcaires qui s'en échappaient et dévallaient son talus bordier du côté de l'est.
Cette situation paléogéographique est à peu près celle qu'occupait la Chartreuse occidentale au niveau de la Cluse de l'Isère (Chevalon de Voreppe), ce qui implique que les lignes séparant les zones de faciès à cette époque avaient une orientation un peu oblique (plus est-ouest) que les lignes de découpage tectonique (Ø1, Ø2, Ø3) qui ont par la suite partagé le massif en trois grandes bandes méridiennes.
À partir du village de La Grenery on retrouve, dans le talus de la route, les marno-calcaires berriasiens du flanc est de l'anticlinal de Perquelin, assez fortement pentés (60°E). Ces affleurements se poursuivent jusqu'au tournaznt où l'on rejoint le vallon de la Plagne, environ 1 km après que la route ait traversé ce village (point 0a) À partir de cet endroit le cirque de la Plagne se dévoile et l'on peut en faire un examen en guise de prise de contact (fig. 2 et fig.3).
|
On remarque en outre que la partie excavée du cirque se situe aussi du côté nord de cette faille, c'est à dire dans le compartiment où les terrains étaient relativement surélevés, d'une part du fait même du rejet de la faille (fig. 5) et d'autre part parce qu'ils se trouvaient, à longitude égale, plus proches de la voûte de l'anticlinal de Perquelin (fig. 3 [2]). |
La dépression de fond de cirque, dans laquelle on rentre
ici, et au flanc est de laquelle se loge le village, a été
creusée par l'érosion dans un berceau de marnes
de Narbonne [n1-2M]. Son creusement est évidemment lié
à la nature particulièrement tendre de ces roches
mais a peut-être, en outre, été favorisé
par le stationnement d'un petit glacier local. Quoi qu'il en soit,
ces marnes n'affleurent que par places, plus au nord et plus au
sud, et sont presque totalement masquées ici, d'une part
sous un nappage de matériel glaciaire qui enrobe les collines
qui ferment le cirque du côté ouest et d'autre part
sous la jupe d'éboulis anciens qui tapisse, du côté
sud et est, les basses pentes du Granier et celles du Pinet.
Lors de l'ouverture, dans ces derniers, d'une carrière, 500 m au sud-est du village (point 0c), les engins mécaniques ont mis à nu de la glace fossile qui cimentait les cailloux. Il est vraisemblable que le maintien d'eau à l'état congelé, dans cet éboulis, a été favorisé par des circulations d'air dans sa partie superficielle, ce qui a entretenu un refroidissement par évaporation d'une partie de l'eau circulant dans ces éboulis. L'age et l'origine de la formation initiale de cette glace sont par contre indéterminés.
Le col de l'Alpette et la Porte de l'Alpette (qui est un passage symétrique qui permet, sur l'autre coté du plateau, de descendre du côté Grésivaudan) fournissent à eux seuls un but d'excursion intéressant. En outre l'accès au plateau de l'Alpette est le prélude à toutes les autres excursions décrites dans ce fascicule.
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Pour franchir ceux des niveaux de cette succession qui, par leur dureté, forment normalement des escarpements (calcaires du Fontanil et Urgonien) le sentier joue d'une part sur leur disparition locale sous les restes de la nappe d'éboulis qui tapissait tout ce flanc de montagne et d'autre part sur le passage de la faille de décrochement de l'Alpette qui permet presque de "sauter" la barre urgonienne, à la faveur de son fort abaissement dans le compartiment sud de cette faille. |
On peut gagner à pied le village pour y trouver le départ du sentier (GR 9A). On peut également monter en voiture par la route forestière et, au bout de 300 m, prendre le premier embranchement vers la gauche : il mène à la carrière précitée (point 0c) en bord gauche de laquelle part un large chemin, qui rejoint le GR 9A par un trajet irrégulièrement ascendant, vers le nord.
Quel que soit le point de départ choisi on ne rencontrera,
dans toute la première partie de la montée (soit
sur plus de 200 m de dénivellation), que des éboulis,
actuels ou très récents, qui garnissent les pentes
du pied des falaises de calcaires du Fontanil (fig.
2) et dont la surface est parcourue, mais non entaillée,
par des écoulements torrentiels temporaires.
Puis on atteint une échine où le sentier gagne rapidement
de l'altitude par une série de lacets courts, entre des
gros blocs dégagés par son encaissement. Elle est
formée par le rebord d'érosion d'un talus d'éboulis
plus anciens (remontant sans doute à plusieurs centaines
de milliers d'années), qui sont au contraire entaillés
par un ravin qui dévale de l'extrémité sud
de ces falaises.
Aux alentours de 1350-1400 m. (point 1) on distingue
passagèrement, à travers les arbres, ces basses
falaises des calcaires du Fontanil [n2F] qui forment, à
peu près à la même altitude, le versant opposé
du ravin. Ces dernières sont partagés en deux ressauts
par une vire marneuse intermédiaire. Au pied du talus boisé
qui les couronne sont également mis à nu les premiers
bancs des marnes à spatangues de l'Hauterivien [n3] (c'est
de la base de ces couches que proviennent les blocs éboulés
métriques de calcaires glauconieux que l'on trouve plus
bas, à un détour du sentier vers 1300 m d'altitude).
Aucune de ces couches ne sera observée le long du sentier,
qui reste sur les éboulis qui les masquent. Vers 1450 m.
d'altitude, le sentier traverse vers le sud-est la surface du
glacis de ces éboulis anciens et atteint ainsi une falaise
urgonienne qui est bizarrement orientée dans le sens de
la pente (point 2). C'est qu'il s'agit de l'abrupt
de faille de la lèvre sud du décrochement du
col de l'Alpette.
L'importance du rejet de cet accident se manifeste là par l'ampleur de l'abaissement de son compartiment sud : en effet c'est déjà la partie haute de l'Urgonien inférieur qui forme, comme on va le constater plus loin, l'abrupt de faille alors que dans le compartiment opposé, immédiatement plus au nord, l'on se trouve encore au niveau de la partie basse du talus hauterivien. Il est également à remarquer que, juste avant le coude du chemin et les premiers affleurements rocheux, existe une petite source. Elle tire certainement son origine du passage de la faille : les circulations fissurales de l'Urgonien de la lèvre sud y sont sans doute drainées par la zone de roche broyée* qui doit, comme c'est en général le cas, tapisser la surface de la faille (mais que masquent les éboulis), puis canalisées le long du mur imperméable constitué par l'Hauterivien de la lèvre nord.
A partir de ce point le sentier s'engage à flanc de l'escarpement, en suivant une vire ascendante, creusée en un chemin creux doté d'un parapet naturel du côté de l'abrupt. Il utilise, en fait, la vire des couches à orbitolines [n5O] et plus précisément ses niveaux les plus marneux de celle-ci : on peut y récolter des orbitolines en scrutant de près la surface de la terre d'altération des marnes, car ces fossiles millimétriques* y ont été dégagées par les eaux météoriques. Le fort encaissement du sentier, dû à la multiplicité des passages (notamment de ceux des troupeaux), est lié à la nature marneuse de ces couches mais a aussi été facilité par le très fort pendage, vers le sud-est, qu'elles ont ici.
Au premier lacet le sentier abandonne la vire, qui se perd vers la droite dans le sous-bois, et s'engage vers la gauche dans les rochers brisés de l'Urgonien supérieur. Celui-ci est rapidement traversé et fait place, dès le débouché sur la pente de prairie, à de la Lumachelle (calcaires gréseux cristallins, à patine rousse [n6L]), d'ailleurs partiellement masquée par des éboulis de Sénonien provenant du col.
Au col même affleurent les tous premiers bancs de calcaires argileux à patine blanche du Sénonien inférieur [c6-7M]. C'est sur ces derniers, plus tendres, que sont installés, au delà, les alpages du haut plateau de l'Alpette. Toutes ces couches conservent, jusqu'au col inclus, un pendage proche de la verticale. Ce n'est qu'au delà, dans les prairies, que leur pendage devient progressivement beaucoup plus modéré (ce que seul révèle d'ailleurs un examen attentif).
Le pendage, subvertical, des couches qui affleurent entre la faille et le col est très différent de celui des couches du compartiment nord de la faille et celles qui affleurent dans les alpages plus au sud, qui est au contraire modéré et dirigé vers l'est dans les deux cas.
Cela est dû à ce que le jeu de la faille a occasionné, aux abords de la surface de cassure, une torsion des couches du compartiment sud, en les basculant conformément au sens de son abaissement : ce genre de torsion correspond à ce que l'on appelle un "crochon" de faille*
L'échine rocheuse armée de Lumachelle que franchit
le col se transforme, vers le sud-ouest, en un éperon plus
marqué qui s'avance en direction du cirque de La Plagne.
Il est intéressant d'en suivre la crête sur une
centaine de mètres dans cette direction, jusqu'à
en atteindre le point le plus saillant (point 3).
Il est formé par le sommet de l'Urgonien supérieur,
qui réapparaît là, très normalement,
sous la Lumachelle, avant de former la falaise qui tombe sur le
cirque. Depuis ce point la vue en direction du Granier (fig.
4) est, grâce au recul ainsi obtenu, tout particulièrement
intéressante.
Cette vue met surtout en évidence l'importance du rejet
vertical du décrochement de l'Alpette. Ceci pourrait faire
croire que le mouvement sur cette faille a consisté en
un effondrement du compartiment sud. En fait (fig.
5) ce rejet n'est qu'un effet secondaire du coulissement
dextre de la faille (dont la réalité est démontrée
par d'autres observations qui seront décrites plus loin)
: on a là une illustration du fait que le rejet
vertical d'une falaise traversée par une faille n'est pas
nécessairement représentatif du mouvement
de cette faille (il ne représente que l'un des aspects
particuliers des décalages qu'elle a induit).
La limite entre Urgonien et Lumachelle est repérable grâce au changement de végétation : elle correspond à la limite inférieure des prairies. À partir du point 3 on la voit tourner vers le sud et s'engager en pente douce à flanc du versant. Ce tracé implique que le pendage des couches urgoniennes devient également là très modéré : ce changement de pendage, qui a donc lieu aux alentours du point 3, traduit une torsion des couches qui n'est autre que la charnière du crochon qui affecte le compartiment sud de la faille.
|
Du point de vue géologique il correspond à l'entrée dans le berceau synclinal oriental : cecii se traduit notamment par un relief très différent avec les molles ondulations de ses alpages installés sur les marno-calcaires du Sénonien du coeur de pli. Ce secteur présente l'intérêt particulier de permettre d'analyser assez en détail ce synclinal et son intersection avec le décrochement de l'Alpette. |
Après avoir rejoint le col on empruntera le sentier qui traverse horizontalement, à flanc des prairies vers le sud-est, en dénudant les bancs du Sénonien : si l'on est attentif au pendage de ces couches on y observera qu'il diminue progressivement, ce qui correspond à la torsion synclinale des couches par le crochon de faille (fig. 4). On passe ainsi à une disposition à faible pendage est, où les différences de résistance des couches se marquent dans la morphologie par une succession de gradins et de banquettes, dont la plus basse (correspondant à la limite entre les prairies qui garnissent la Lumachelle et les dalles rocheuses urgoniennes) supporte le refuge et le chalet de l'Alpette. On rejoint ainsi, progressivement, lees couches du flanc ouest du synclinal oriental de la Chartreuse* (fig. 6).
Dès que l'on atteint l'échine (garnie de quelques
énormes blocs éboulés) qui sépare
le versant du refuge de l'Alpette de celui des vallons descendant
vers la porte de l'Alpette (où se trouvent les abreuvoirs
à bestiaux ) (point 4) on découvre une bonne
vue d'ensemble sur le coeur de ce synclinal. Son coeur est formé
par le Sénonien inférieur, garni de prairies, dont
la succession de faisceaux de bancs alternativement plus calcaires
(à silicifications jaunâtres) ou plus marneux s'expriment
par de petites cuestas* concentriques à rebord orienté
vers la droite et pente douce inclinée vers la gauche.
Au pourtour de ces prairies une ligne de buttes herbeuses avec
un peu de végétation arbustive plus sombre correspond
à la cuesta de la Lumachelle. Elle ceinture ces alpages
en décrivant un arc qui se ferme vers le sud (fig. 1). Enfin, sur l'autre flanc du synclinal
oriental, l'Urgonien affleure en dalles modérément
pentées vers l'ouest et garnies de bois (dont le sommet
retombe en falaises vers le Grésivaudan). L'axe du synclinal
traverse les prairies à peu près à égale
distance de leurs lisières est et ouest. Il vient ainsi
buter contre les falaises du Granier en un point situé
à peu près à mi-distance entre le col de
l'Alpette et la Porte de l'Alpette (fig.
1).
Cette disposition concentrique des affleurements des couches du coeur du synclinal est dûe changement progressif de la direction des couches, qui, dans ce secteur, se raccordent d'un flanc à l'autre du pli en dessinant cartographiquement sa charnière. Une telle disposition cartographique est dite "périclinale"* car les pendages changent d'orientation tout autour de l'axe du pli. Elle découle de ce que cet axe n'est pas horizontal mais plonge vers le nord (fig. 6).
du côté gauche la vue est limitée par la
longue muraille sud-est du Granier qui court depuis le sommet
sud de la montagne jusqu'à l'aplomb de la Porte de l'Alpette.
Elle est formée par l'épaisse dalle de l'Urgonien
inférieur et c'est évidemment parce qu'elle est
remontée par la faille du col de l'Alpette qu'elle surplombe
les alpages sénoniens. C'est un admirable exemple d'escarpement
de faille, à peine retravaillé par l'érosion
(un géomorphologue dira que c'est un abrupt originel pour
l'opposer à ceux dits dérivés, que l'érosion
a fait reculer largement par rapport au tracé de la faille
qui les a déterminé).
On peut en outre remarquer que cette falaise conserve, sur toute
sa longueur, un pendage constant (et d'ailleurs modéré)
vers l'est, ce qui signifie qu'elle appartient en totalité
au flanc ouest du grand synclinal oriental. L'axe de ce dernier
est donc décalé, dans le compartiment du Granier,
nettement plus à l'est que la Porte de l'Alpette (il suit
à peu près le bord des falaises nord-sud qui tombent
du plateau du Granier sur Chapareillan). Ce décalage permet
de mesurer le rejet coulissant dextre de la fracture, qui est
de plus d'un kilomètre. Il est donc patent que la faille
du col de l'Alpette est bien avant tout un décrochement,
même si une composante d'abaissement du compartiment sud
intervient dans son rejet réel (fig.
5).
Suivre le sentier légèrement descendant qui
se dirige vers l'est - nord-est, parallèlement à
la falaise du Granier, jusqu'à sa bifurcation (point
5). Ce point correspond sensiblement à l'endroit
où l'axe du synclinal (dans le compartiment sud) vient
"taper" contre le décrochement de l'Alpette.
Effectivement les affleurements qui percent des prairies (Sénonien
puis, plus à l'est, Lumachelle) se montrent désormais
affectés d'un pendage vers l'ouest.
3/ Porte de l'Alpette
|
Il correspond à une ébréchure de la puissante barrière urgonienne du flanc est du synclinal oriental, qui est occasionnée par le passage du décrochement de l'Alpette. La composante verticale du rejet de cette cassure met côte à côte les couches de la base de l'Urgonien, dans le compartiment nord et celles du sommet de l'Urgonien, dans le compartiment sud. |
Du point 5 poursuivre le chemin qui court
horizontalement, en contrebas du pied de falaise puis grimpe en
quelques dizaines de mètres jusqu'à une brèche
étroite, bordée à droite par une butte légèrement
boisée. Cette brèche, dénommée
"Porte de l'Alpette", permet de franchir les falaises
urgoniennes pour descendre sur le versant de Chapareillan. Elle
correspond exactement au passage du décrochement du col
de l'Alpette : la falaise du côté nord-ouest est
constituée par la masse urgonienne inférieure, toujours
à pendage est, appartenant donc au flanc ouest du synclinal
(fig. 7) ; au contraire, dans
la butte située au sud-est de la brèche on voit
la Lumachelle reposer sur l'Urgonien supérieur avec un
pendage ouest, conformément à son appartenance au
flanc est du synclinal. Cette opposition des sens de pendage atteste
elle aussi de ce que le déplacement relatif des compartiments
est bien décrochant (s'il s'agissait d'un déplacement
vertical, comme c'est le cas pour les failles "normales"*,
le pendage resterait de même sens dans les deux compartiments).
Quant à la dénivellation verticale très importante
qui sépare les deux compartiments, elle s'explique parfaitement
sans invoquer d'autre mouvement que celui du coulissement dextre
mais a cependant dû être accentuée par l'obliquité
(faible inclinaison vers l'ouest) de ce mouvement (fig.
5).
Le panorama vers le nord-est (fig. 7)
est bien dégagé sur la partie est du massif des
Bauges (détail et interprétation en fig.
9 et 10) ainsi que sur la Combe
de Savoie (prolongement nord du Grésivaudan) et l'extrémité
nord du massif d'Allevard.
Si l'on descend vers le sud, depuis la brèche, en suivant à peu près la lisière des bois et de la prairie, on constatera que le tracé de la limite entre la Lumachelle et l'Urgonien supérieur s'infléchit vers le nord-est avant d'atteindre le fond du vallonnement herbeux. Au delà il redevient nord - sud. Cette torsion locale des couches correspond au flanc sud d'un petit anticlinal secondaire affectant la masse urgonienne supérieure.
Cette disposition, très particulière pour le flanc est du synclinal oriental (qui est d'une remarquable planéité partout ailleurs), est sans doute liée au coulissement le long de la cassure voisine : elle doit vraisemblablement être assimilée à une torsion en crochon, homologue de celle observée sur l'autre flanc du pli (fig. 6) mais en quelque sorte symétrique.
C/ AU GRANIER (en circuit)
1/ Accès au plateau du Granier
|
Il appartient tout entier au flanc ouest du synclinal oriental, la charnière de ce pli se trouvant au delà du rebord de falaise dominant Chapareillan et la Cluse de Chambéry, dans le haut des pentes boisées du versant est de la montagne. Il est traversé, à mi-distance de ses extrémités nord et sud par une cassure mineure, satellite de celle du col de l'Alpette, le décrochement de Pin Chérin (fig. 1). |
Gagner le point 5, d'où le sentier
du Granier se sépare de celui de la Porte de l'Alpette
en empruntant un tracé ascendant vers le nord-est.
Ce faisant le sentier commence s'élever en diagonale sur
la jupe d'éboulis qui frange sur toute sa longueur la falaise
sud-est du Granier, du col à la Porte de l'Alpette. Elle
masque le plus souvent le décrochement de l'Alpette
mais quelques beaux panneaux décimétriques de son
miroir, incliné à 80° vers le sud-est, émergent
cependant du côté est du passage du sentier.
Après avoir traversé ainsi la faille, le sentier
s'élève dans l'abrupt urgonien en utilisant d'abord
un système de vires, dont les plus marquées correspondent
à des niveaux mieux lités au sein de la masse inférieure
de l'Urgonien. La partie haute de cette dernière, plus
massive, est franchie par une cheminée rocheuse (équipée
de câbles et de barreaux scellés), le "Pas
des Barres" : cette faiblesse de la falaise ne correspond
a aucune particularité géologique apparente, et
notamment à aucune faille (il s'agit peut-être d'un
puits sur le tracé d'un ancien réseau karstique
souterrain, éventré et mis à nu par l'effondrement
d'un pan de falaise, car on y trouve des fragments d'enduit stalagmitique).
Au dessus du Pas des Barres le sentier suit une vire en
direction de l'est puis escalade en zig-zag un talus de gros bancs,
bien lités, appartenant toujours à l'Urgonien inférieur.
Enfin il atteint une vire herbeuse à limites diffuses (point
6a) et l'emprunte vers la droite en contournant ainsi l'échine
du sommet sud, saillante vers le nord-est.
Il suit à partir là, en restant pratiquement en
courbe de niveau sur plus de 200 m., le niveau des couches
à orbitolines [n5O], dont les lits marneux à
grumeaux et à patine ocreuse sont observables en plusieurs
points dans le sentier. Il débouche enfin sur le bord sud
du cirque boisé de l'Alpette (point 6b),
où la vue se dégage vers l'est (massif des Bauges)
mais reste fermée vers le nord par une ligne de falaises
fermant ce cirque (elle correspond à l'abrupt de faille
du décrochement de Pin Chérin, fig.
1).
2/ Crête sommitale
Arrivé ainsi sur le plateau sommital, d'où
la vue reste limitée par les avant-plans, on a le choix
entre trois possibilités :
a - Si l'on ne dispose pas d'assez de temps pour visiter les deux
sommets se contenter de gagner le sommet sud.
b - Poursuivre jusqu'au sommet nord par le sentier de crête
(il est recommandé en ce cas d'aller également au
sommet sud, avant ou après, pour la vue que l'on y a en
direction du sud).
c - Si l'on ne craint pas d'allonger un peu l'excursion suivre
l'itinéraire, assez pittoresque mais nettement plus long,
qui mène au sommet nord par le cirque de l'Alpette
et le chemin du Pas de la Porte. Revenir en suite au point 7a
par l'itinéraire (b) : cela constitue une boucle sur le
plateau.
a) Au sommet sud
Ce sommet est situé au sud du point 1931 mais non coté.
Pour l'atteindre on peut procéder de deux façons
:
- Accès direct, par l'échine est : Quitter
le sentier dès le point 6b (peu après une
cabane de berger) pour s'élever en direction du sud-ouest
jusqu'au glacis sommital (troué d'avens), en utilisant
l'une des solutions de continuité de la corniche calcaire
(base de l'Urgonien supérieur), qui domine le chemin à
main gauche. Il n'y a aucun sentier mais aucun obstacle non plus
- Accès indirect, par l''arête nord : Poursuivre
sur le sentier, qui décrit alors un trajet peu ascendant,
en arc de cercle ouvert vers le nord-est, en traversant les hautes
pentes du large vallon de l'Alpette, au pied de la petite corniche
de la base de l'Urgonien supérieur. À l'endroit
où il se rapproche le plus de la crête (100 m. au
nord du point coté 1874) il reçoit sur la gauche
le sentier venant de la Balme à Colon (point 7a).
Emprunter ce sentier jusqu'à la crête, qu'il atteint
à une large brèche ouverte dans les couches à
orbitolines. Gagner ensuite vers le sud, par une marche à
flanc sur le versant ouest d'environ 50 m, la brèche suivante.
Suivre alors, toujours vers le sud, la crête rocheuse de
l'Urgonien supérieur, qui se transforme d'ailleurs progressivement
en simple rebord de plateau, jusqu'au sommet (point 8).
De ce sommet le panorama sur la Chartreuse orientale offre la particularité (par rapport au sommet nord) de donner une vue d'enfilade, vers le sud, du synclinal oriental* (fig. 8). La vue est également bien dégagée en direction des Bauges orientales et de la "Combe de Savoie" (fig. 9 et fig. 17). La vue vers l'ouest ne diffère guère de celle que l'on a depuis le sommet nord (fig. 12 et fig. 13).
b) Au sommet nord par le chemin de crête
Gagner le point 7a et poursuivre vers le nord.
Le sentier ne tarde pas à monter plus fortement pour franchir
le ressaut rocheux qui ferme vers le nord le vallon de l'Alpette
d'une falaise presque continue (point 7b). Ce ressaut
est déterminé par une faille de décrochement
mineure, le décrochement de Pin Chérin. Cette
faille tire son nom de ce qu'elle est certainement responsable
de la localisation de la grotte de Pin Chérin qui s'ouvre,
dans la face ouest, presque exactement sur son tracé.
En abordant le pied de ce ressaut on rencontre quelques bancs
de calcaires jaunes des couches à Orbitolines, qui butent
contre la faille. Celle-ci relève son compartiment nord
de quelques dizaines de mètres par rapport à son
compartiment sud, de sorte que le sommet du ressaut est constitué
par par des bancs de la masse inférieure urgonienne [ce
rejet vertical est dû, comme pour la faille du col de l'Alpette
(fig. 5), au fait que les couches,
décalées horizontalement dans le sens dextre, sont
dotées d'un pendage est].
Le sentier sinue ensuite à proximité du bord ouest du plateau que forment ces dalles structurales. La pyramide surbaissée du sommet nord du Granier (point 1933) est encore constituée par de l'Urgonien inférieur. Mais ce sont ses bancs terminaux, qui sont couronnés tout au sommet par quelques bancs de calcaires plus jaunes dans lesquels on reconnaît les toutes premières couches à Orbitolines [n5O] (l'Urgonien supérieur est ici totalement enlevé par l'érosion). On peut sans regret, comme le fait le sentier, gagner directement, par un tracé à flanc et une légère descente en bordure d'avens, le point coté 1898, où est plantée une croix (point 9).
On est là sur le promontoire extrême de la falaise urgonienne de la Chartreuse orientale, et l'on y découvre un panorama particulièrement dégagé du sud-ouest au nord-est. Vers le nord-est le regard porte dans l'abrupt ouvert par le célèbre éboulement de 1248 et embrasse en contrebas l'étendue de la zone d'épandage correspondante, qui s'étend jusqu'au village de Myans. Au dessus et en arrière-plan se déroule le panorama de l'extrémité sud-occidentale du massif des Bauges (fig. 11). La vue sur l'extrémité nord du massif de la Chartreuse (fig. 12 et fig. 13) n' y est malheureusement pas très intéressante sous l'angle géologique car le regard porte orthogonalement aux lignes directrices des structures.
c) Au sommet nord par le Pas de la Porte
Cet itinéraire, assez pittoresque mais nettement
plus long, s'embranche aux abords du point 6a (de préférence
un peu avant). Il consiste d'abord à descendre dans
le cirque de l'Alpette (par la Fontaine Neuve) en marchant sur
les dalles structurales du sommet de la masse urgonienne inférieure.
À l'altitude de 1640 il faut faire attention à
laisser sur la droite un sentier qui continue à descendre,
et prendre, sur la gauche, un autre qui remonte vers le nord -
nord-est, en franchissant une échine rocheuse boisée.
On s'élève là dans les couches à Orbitolines
(mal visibles) que l'on suit ensuite, en traversée, au
pied de petits ressauts formés par la base de la masse
supérieure urgonienne (celle-ci forme ici une butte-témoin*
adossée à la faille de Pin Chérin).
On atteint ainsi une combe herbeuse orientée NE - SW, dont le flanc sud est constitué par les couches à Orbitolines, que le sentier du Pas de la Porte emprunte dans le sens descendant (ne pas le suivre). Ce vallon est déterminé par le décrochement de Pin Chérin et dominé, au nord, par l'escarpement de cette faille, formé par l'Urgonien inférieur (la situation est la même que vis-à-vis du décrochement de l'Alpette lorsque l'on est à la Porte de l'Alpette).
En remontant ce vallonnement sur 200 m de distance on aboutit à une énorme entrée de gouffre ouverte au pied de l'escarpement de faille (danger !) : la localisation de cette cavité est évidemment liée à la proximité de la faille mais le puits lui-même ne suit pas le miroir de la cassure.
Prendre le sentier qui grimpe l'abrupt en lacets et rejoint le plateau septentrional de la montagne. En cours de montée il dévoile de belles vues dans la direction du sud, où la dalle du Granier, pentée vers la gauche (est) se profile devant le rebord est (Grésivaudan) de la montagne de l'Alpe, penté au contraire vers l'ouest (ces deux plans sont séparés par le décrochement de l'Alpette). Le sentier suit ensuite le rebord du plateau, doucement ascendant, installé sur les couches sommitales de la masse urgonienne inférieure, et donne alors de belles échappées sur la cluse de Chambéry. Il rejoint ainsi la croix du promontoire nord-ouest (point 9).
3/ Descente sur La Plagne
L'itinéraire de descente ici décrit est celui de la Balme à Colon, qui est le plus rapide. Il s'embranche sur le chemin de crête, au point 7a, et rejoint d'abord, en remontant de quelques dizaines de mètres, une brèche de la crête à l'endroit où celle-ci est franchie par la vire à orbitolines (qui descend doucement vers le sud sur les deux versants). Il s'engage alors, vers le sud, à flanc du versant ouest le long de cette large vire (de petits affleurements de marnes sont observables dans le sentier) et dépasse ainsi un promontoire rocheux bien marqué. Il descend ensuite en lacets dans un très large couloir bordé de tours rocheuses évoquant les calanques (de fait ces dernières sont également sculptées dans des calcaires urgoniens tout à fait analogues), franchissant ainsi l'essentiel de la masse inférieure urgonienne.
Au bas de ce couloir le sentier emprunte, en direction du sud, une vire qu'il suit sur près de 500 m (il utilise là un niveau relativement lité, situé bas dans l'Urgonien inférieur : c'est à peu près le même que celui qui déterminait, dans l'itinéraire de montée, la grande vire située en contrebas du Pas des Barres). A l'extrémité sud de cette vire quelques lacets mènent au large porche d'entrée supérieur de la Balme à Colon (point 10). Cette grotte, dite aussi "grotte aux Ours", est devenue célèbre depuis la trouvaille d'assez abondants ossements d'ours des cavernes. Elle est murée et l'on peut seulement en traverser la salle d'entrée pour en ressortir par un porche inférieur.
Le sentier descend ensuite en courts lacets, détériorés
par de multiples raccourcis, sur une épaule qu'il entaille
en mettant à vif les éboulis anciens qui la garnissent.
Ces derniers représentent un témoin résiduel
du vaste glacis (souvent stabilisé par cimentation en brèches
de pentes) qui tapissait le pied de toutes les falaises et qui
a été largement réentaillé par l'érosion
régressive des ravins (il se termine ici en pointe vers
l'amont de l'échine). Cette érosion a atteint ici,
au revers nord de l'épaule de la montagne que suit le sentier,
les calcaires lités roussâtres du Barrémien
inférieur [n4a]. Ces couches de l'extrême base
de la falaise urgonienne ne sont en général visibles
que dans les zones ravinées et rarement observables le
long des sentiers (car ces derniers empruntent le plus souvent
les zones d'éboulis).
La suite de la descente s'effectue (selon la branche de sentier
choisie) dans un couvert arbustif ou en sous-bois : dans les deux
cas le sol argileux trahit la présence des marnes hauteriviennes
(mais celles-ci n'affleurent pratiquement pas). Plus bas, jusqu'au
granges du Priz, tout le versant est garni d'éboulis. Enfin
la dernière partie du trajet, entre les granges du Priz
et La Plagne, utilise un large chemin à flanc de pente
qui laisse seulement voir (point 11) un maigre pointement
de marno-calcaires à patine jaunâtre, représentatif
des niveaux de ce type qui sont interstratifiés dans les
marnes de Narbonne [n1-2 M].
D/ AUTRES ITINÉRAIRES DEPUIS LE COL DE L'ALPETTE
|
La montée à ce sommet, très aisée, s'effectue pratiquement en gravissant le dos de la dalle urgonienne du flanc ouest du synclinal oriental. |
Du col de l'Alpette (point 3), prendre le chemin qui descend doucement vers le sud, en suivant le vallonnement qui correspond à la limite entre le Sénonien et la Lumachelle (on peut aussi gagner le point 4 et descendre vers le sud le vallonnement de prairies au bas duquel apparaît le chalet). Arrivé à l'abreuvoir cylindrique en béton, il est inutile de descendre plus bas vers le refuge, que l'on voit en contrebas, installé sur la dalle du toit de l'Urgonien. Poursuivre à flanc, pente à gauche, sur 200 m.
On arrive alors (point 12) dans un nouveau vallonnement
dominé du côté sud par une petite falaise
boisée. Bien que celle-ci domine des prairies à
soubassement de Sénonien, elle est formée de Lumachelle.
Il y a donc là un décalage vers le haut de ces couches,
qui est dû au passage d'une faille mineure appartenant à
la famille de failles d'azimut N120°, à rejet sénestre
(ces cassures sont les "conjuguées"* des failles
principales dextres).
Par ailleurs l'observation attentive de la falaise (fig. 14) y révèle de splendides
litages entrecroisés (la présence de ces
structures sédimentaires est en fait très commune
dans ces dépôts de sables coquilliers, qui étaient
brassés par la houle et les courants, mais elle n'y est
pas toujours facile à voir).
Contourner ce ressaut par son pied, à flanc vers l'ouest, le long d'une corniche herbeuse horizontale qui suit le toit de l'Urgonien (en position normalement sous-jacente à la Lumachelle) : on domine alors la dépression des chalets et l'on rejoint le sentier qui vient de ces derniers. Celui-ci se dirige vers le sud en sinuant au gré de vallonnements installés sur des dalles structurales de Lumachelle. Toutefois après avoir gravi la prairie garnissant l'une de ces dalles ce sentier vient à nouveau à rencontrer de l'Urgonien. Celui-ci est en fait remonté par une nouvelle petite faille N 120° de la même famille que celle du refuge de l'Alpette (fig. 1).
C'est là (point 13) que se détache vers l'ouest le sentier du Pinet. Ce dernier emprunte là le tracé d'une autre faille, le décrochement du Pinet (DP, fig. 1 et fig. 8)
Si l'azimut - N 65° - de cet accident le rattache à la famille des décrochements dextres son rejet horizontal est peu important. Son rejet vertical est plus perceptible puisque l'on a, sur plus de 100 m de distance, de la Lumachelle à main gauche tandis que l'on est dominé à main droite par un ressaut d'Urgonien. [En définitive le dessin cartographique de la limite Urgonien - Lumachelle dessine ici un coin saillant vers l'est (fig. 1), qui est dû à la rencontre des deux petites failles (en fait conjuguées*) que l'on a successivement traversées].
Le sentier s'écarte du tracé du décrochement
du Pinet pour contourner une dépression (doline*) par son
coté nord et s'en échappe en franchissant, en biais
vers la gauche, un ressaut assez raide. Il débouche alors
sur un replat marqué de petits vallonnements orientés
nord-sud.
C'est là que passe la faille de la Gorgette (FG, fig. 1 et fig. 15).
Cette cassure verticale parcourt du sud au nord tout le synclinal
oriental, depuis la dent de Crolles jusqu'au secteur de l'Alpette.
Mais elle ne juxtapose ici que des calcaires urgonien de même
aspect, de sorte que l'on ne peut pas la localiser avec précision.
Peu au delà, on débouche dans un vallonnement
bien marqué qui correspond au décrochement. Le vallon
est en effet dominé du côté sud par une falaise
continue, formée d'Urgonien supérieur, qui représente
l'abrupt de faille. La piste emprunte le fond du vallonnement,
d'abord constitué par un alignement de trous et d'étroitures
puis colmaté de gros blocs éboulés. Lorsque
le couvert forestier s'éclaircit elle s'élève,
par quelques lacets courts sur sa rive sud, jusqu'au "sangle",
vire qui suit le pied de la falaise, au sommet des couches à
Orbitolines. De là on découvre les pentes opposées
du vallon, où l'on on distingue aussi la vire à
Orbitolines, mais celle-ci s'interrompt très vite vers
le bas pour faire place à un talus boisé d'Urgonien
inférieur (fig. 15).
Le thalweg se ferme enfin par un petit ressaut rocheux, base de
l'Urgonien supérieur, au niveau duquel on ne parvient pas
à localiser le décrochement. On le franchit pour
accéder au plateau sommital, peu incliné, formé
de dalles crevassées et ciselées par l'érosion
en un splendide lapiaz. Le sommet est alors à 500
m vers le nord-ouest.
La vue depuis le sommet est spécialement intéressante en direction du Granier (fig. 16) . De plus le regard embrasse dans tout son développement (tant dans la direction du sud-ouest que du nord-est) le tracé de la faille de décrochement de l'Alpette, qui s'y présente pratiquement d'enfilade. Enfin, vers l'est, les crêtes de l'Alpe et de Belles Ombres cachent le Grésivaudan mais elles laissent cependant pointer tous les sommets des « massifs cristallins externes », depuis Belledonne jusqu'au Mont Blanc : c'est d'ailleurs sans doute d'ici que, de tout le massif de la Chartreuse, l'on en a le panorama le plus complet et sous la meilleure perspective (fig. 17).
On peut suivre le rebord des falaises en direction du sud, par les rochers de Fouda Blanc, jusqu'au Roc de Fitta, puis, depuis cette crête, rejoindre les haut pâturages de l'Alpe (et ainsi, la partie haute de l'itinéraire suivant). Toutefois il n'est pas aisé partout de franchir le rebord, garni de conifères, coupé de profondes crevasses de lapiaz et parfois broussailleux, que déterminent les dalles de l'Urgonien supérieur en s'infléchissant à mi-hauteur. Il est préférable pour cela d'utiliser un passage dégarni situé à la latitude du chalet de l'Alpe (visible sur la pente opposée).Le pied du rebord boisé correspond au tracé de la faille FG (fig. 15) ; en contrebas toute la pente est garnie de prairies installées sur la Lumachelle de son compartiment est.
2/ Croix de l'Alpe
|
Elle se déroule d'abord en suivant le fond même du synclinal oriental et se termine en gravissant son flanc est. Elle permet de voir dans tous ses aspects la formation dite de la "Lumachelle", qui y affleure sur de grandes surfaces. |
Du point 13 de l'itinéraire précédent
poursuivre vers le sud par des vallonnements clairsemés
de bois. Le sentier reste sur la Lumachelle et bientôt
contourne par l'est une dépression fermée. Le plancher,
formé par l'Urgonien, est percé d'un profond aven
à sa partie aval. Un peu plus haut une dépression
analogue, mais à fond plat et sans aven, abrite les ruines
de l'ancien habert de Barraux ; une troisième, plus petite,
est située à flanc de versant du côté
ouest.
Ces dépressions, de dimensions plurihectométriques,
font penser à des dolines. Toutefois leur fond n'est pas
comblé de résidus de dissolution, ce qui infirme
cette interprétation, mais constitué par la dalle
sommitale de l'Urgonien, dégagée sur une large surface
plane et ceinturée par un rebord de Lumachelle. Elles méritent
donc seulement le nom de boutonnières d'érosion.
Elles résultent sans doute d'un creusement torrentiel par des écoulements, qu'absorbait et évacuait l'aven de la dépression inférieure. Cela suppose que leur formation date d'une période à laquelle des écoulements notables d'eaux superficielles avaient lieu ici : elle remonte donc probablement à la fin de la dernière époque glaciaire (Würmien), époque où des névés permanents pouvaient alimenter des torrents par leurs eaux de fonte.
Le reste de la montée à la Croix de l'Alpe peut se faire directement, en remontant les prairies qui garnissent des dalles structurales* de Lumachelle. La vue se dégage de mieux en mieux, en direction des falaises méridionales du Granier, à travers le creux du synclinal (fig. 18). On peut également s'engager à main gauche, dans les sous-bois clairsemés installés sur la dalle supérieure de l'Urgonien. En ce cas on aura avantage à gagner le col de Belles-Ombres, qui ébrèche le crêt urgonien : celui-ci s'ouvre du côté est sur un petit cirque que ceinture, en contrebas, la vire des couches à Orbitolines.
À la Croix de l'Alpe se dévoile une vue plongeante sur le vallon de Pratcel, limité, du côté opposé, par la crête des Rochers de la Rousse (fig. 19). Ce vallon constitue un exemple de fossé d'effondrement, bien souligné par la morphologie. Son fond est en effet constitué par du Sénonien, alors que l'Urgonien affleure au contraire sur les lèvres extérieures de ses deux failles bordières (pour plus de détails consulter le fascicule 1.G).
En fait ce fossé tectonique n'est pas un "graben" classique (résultant d'une extension qui lui serait orientée transversalement). Il résulte au contraire du coulissement lié au décrochement du col de l'Alpe. Ce dernier se divise ici en deux branches secondaires, en bonne partie parallèles, qui se relaient et se connectent au nord-est comme au sud-ouest : la zone intermédiaire tend à s'effondrer par suite du décalage horizontal de ses deux bordures (c'est le schéma dit de "pull-apart").
Depuis la Croix de l'Alpe on peut très rapidement
atteindre le col et même descendre dans le vallon de Pratcel
pour en observer le remplissage : si l'on ne descend pas plus
bas que l'altitude d'environ 1700 m, il reste en effet facile
de rejoindre le plateau de l'Alpe, par une simple traversée
à flanc de pentes, en évitant simplement des barres
rocheuses discontinues. On peut même descendre jusque vers
1550 m d'altitude où l'on trouve sur la droite un sentier
qui ramène sur le plateau puis au chalet de l'Alpe, par
le Pas de l'Échelle (au prix d'une remontée d'un
peu plus de 100 m).
On peut aussi finir de descendre le Vallon de Pratcel, puis continuer
vers le bas jusqu'aux Varvats ou sur Saint-Même, mais cela
impose d'y avoir laissé au préalable un véhicule
car il n'y a pas de chemin commode pour rejoindre La Plagne depuis
ces villages.


Le cirque de la Plagne est fermé du côté
sud comme des cotés est et nord-est par des falaises urgoniennes
On voit bien que le pied de celles-ci descend particulièrement
bas au point où se raccordent les falaises du Pinet et
celles du Granier : cela est dû à une faille, dont
le compartiment méridional est abaissé . Il s'agit
du décrochement du col de l'Alpette*, l'un des accidents
majeurs du massif, à la faveur duquel le chemin trouve
un passage pour franchir ces falaises.
La dépression de fond de cirque, dans laquelle on rentre
ici, et au flanc est de laquelle se loge le village, a été
creusée par l'érosion dans les marnes de Narbonne
[n1-2M]. Mais ces dernières, qui affleurent par places
plus au nord et plus au sud, sont presque totalement masquées
ici, d'une part sous un nappage de matériel glaciaire qui
enrobe les collines qui ferment le cirque du côté
ouest et d'autre part sous la jupe d'éboulis anciens qui
tapisse les basses pentes du Granier et celles du Pinet.

















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© M.GIDON et association "A la découverte du patrimoine de Chartreuse" (tous droits de reproduction réservés) 1995. |