1/25.000° TOP25 « Massif de la Chartreuse nord »,
ou Série bleue : " 3333 ouest " ou " Montmélian
1-2 " et " Montmélian 5-6 ".
1/50.000° géologique : feuille Montmélian (XXXIII-33).
La description de l'itinéraire est découpée
en 3 parties (fig. 1) :
- La première partie (chapitre A)-emprunte
successivement la D912 jusqu'à Entremont-le-Vieux (Épernay)
puis la D7 jusqu'au Désert d'Entremont
- La seconde partie (chapitre B) parcourt la D45,
qui passe par le col de la Cluse, Corbel et le col des Égaux,
jusqu'à Saint-Jean-de-Couz. Le sens de description adopté
permet de combiner cette excursion avec celle remontant les gorges
du Guiers Vif (itinéraire décrit dans le fascicule
1i) de façon à effectuer ainsi un parcours en
circuit, au prix d'un trajet de raccord de 5 km, par la N6,
de Saint-Jean-de-Couz à Saint-Christophe-sur-Guiers.
- La troisième partie (chapitre C) est une
excursion pédestre à la cime de la Cochette, au
départ du col de la Cluse, (la première partie en
constitue en fait le trajet d'approche). Cette excursionest facile
et ne demande au maximum que 3 h aller-retour (arrêts et
observations compris).
La totalité des parcours décrits ici s'effectue
aisément en une journée.
Cette excursion utilise la transversale routière la plus septentrionale de la Chartreuse (fig. 2). Elle constitue un complément idéal à celle du Guiers, dont elle est en quelque sorte symétrique par rapport à cette vallée. Son trajet présente la supériorité, sur celui de cette dernière, d'offrir des vues de paysages assez largement dégagées, au lieu de rester encaissé à proximité du fond de la vallée.
L'itinéraire décrit un grand zigzag, car il se
compose de trois portions presque N-S, donc à peu près
longitudinales par rapport aux domaines structuraux de la Chartreuse,
raccordées par deux tronçons E-W, qui leur sont
transversaux.
Le long des parcours N-S la situation structurale change en général
peu : ceux-ci suscitent donc moins d'observations et appellent
moins de commentaires. Dans les portions transversales on observera
successivement :
· les complexités structurales de la marge W de
la Chartreuse orientale ;
- la structure de la Chartreuse médiane ;
· les rapports - par pli-faille - de la Chartreuse médiane
avec la Chartreuse occidentale ;
· la terminaison septentrionale de la Chartreuse occidentale
(par effacement progressif de l'anticlinal des Égaux).
- Les paragraphes ou phrases écrits en italiques
sont ceux relatifs au choix ou au repérage de l'itinéraire
;
- Les textes encadrés donnent des aperçus
globaux sur la géologie de la partie d'itinéraire
qui leur fait suite ;
- Les paragraphes écrits en retrait concernent,
selon le cas, des détails secondaires, des observations
accessoires ou des commentaires plus spécialisés
dont l'abord nécessite une culture géologique relativement
poussée : ils peuvent donc être sautés en
première lecture.
- Les astérisques * renvoient le lecteur, pour plus
d'explications sur des termes particuliers ou sur le contexte
géologique général, à l'opuscule spécial
consacré à la vue d'ensemble de la géologie
du massif de la Chartreuse. Ce dernier pourra aussi être
consulté pour obtenir des compléments d'informations
sur les formations géologiques rencontrées. Il faudra
cependant se reporter à la notice des cartes géologiques
à 1/50000° si l'on cherche une description détaillée
de ces formations.
- Les sigles placés entre crochets [] dans le texte
sont les notations désignant les niveaux stratigraphiques
sur les cartes géologiques de la France à 1/50.000°.
On trouvera, dans la liste des abréviations (via le bouton
ad hoc), les noms de ces niveaux et l'ordonnance de leur succession
ainsi que les notations abrégées qui leur correspondent
dans les diverses figures.
- Le symbole 'phi' minuscule, utilisé sur les figures
pour désigner les chevauchements mineurs (Ø désignant
ceux plus importants) n'est pas disponible pour les textes. il
est donc remplacé par 'f' dans les légendes
· Un certain nombre d'autres notations abrégées,
qui concernent les accidents tectoniques, sont en outre communes
à toutes les figures du présent fascicule. C'est
le cas notamment de Ø1, Ø2, et Ø3,
qui désignent respectivement les trois chevauchements de
la Chartreuse orientale, médiane et occidentale, ainsi
que de FCM, DA et DCA qui désignent
respectivement la faille du Col du Mollard, le décrochement
de l'Alpette et celui du col de l'Alpe.
Enfin, sur plusieurs figures du présent fascicule, la formation
des calcaires du Fontanil a été subdivisée
en plusieurs niveaux (qui sont ceux distingués sur la carte
géologique « Montmélian ») : cFs
désigne les niveaux supérieurs, à silex,
des calcaires du Fontanil, CFr les calcaires roux supérieurs,
cFCo les calcaires massifs subrécifaux et cFi les
calcaires lités inférieurs, relativement argileux.
Ce trajet se déroule aux confins occidentaux de l'ensemble
chartreux oriental.
Il comporte deux tronçons assez distincts : le premier
traverse obliquement les plis occidentaux de l'ensemble chartreux
oriental, le second coupe transversalement la frontière
entre Chartreuse orientale et Chartreuse médiane.
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- l'anticlinal de l'Écoutoux, qui s'observe très clairement à l'ouest de Saint-Pierre-d'Entremont, le long de la D 520c (voir à ce sujet le fascicule 1i) ; - le synclinal du Sappey, dont l'axe passe à Saint-Pierre-d'Entremont même ; - l'anticlinal de Perquelin, qui forme, au sud de Saint-Pierre-d'Entremont, l'échine du Colleret ; - le synclinal chartreux oriental, qui court à l'est des falaises des lances de Malissard, du Pinet et du Granier. |
Au départ de Saint-Pierre-d'Entremont, on suit, sur plus d'un kilomètre, la surface de remblaiement des alluvions modernes qui occupent le lit du Cozon. Quelques affleurements discontinus du bedrock de ces alluvions se distinguent dans les sous-bois de rive gauche de la vallée, à quelque distance du bord de route. Ils sont formés de calcaires régulièrement lités du Berriasien inférieur [n1b], dont on distingue qu'ils pendent vers l'ouest de façon très modérée. La faible valeur de ces pendages est due à ce que l'on est ici dans le flanc est du synclinal du Sappey*, mais encore à peu de distance de la charnière de ce pli.
Au hameau des Moulins on peut stationner peu en amont de l'embranchement
de la route de La Fracette (point 1). À partir de cet
endroit, la vallée se reserre et la route entaille le versant
est de la vallée en mettant des affleurements à
nu. Il s'agit d'abord, sur une dizaine de mètres, de conglomérats
à gros blocs (enduits d'un tuf de source). Ils appartiennent
à une terrasse fluviatile quaternaire ancienne dont le
sommet domine le fond de la vallée d'une cinquantaine de
mètres mais que l'érosion a complètement
disséquée. Ces dépôts représentent
un ancien colmatage de la vallée qui témoigne de
ce qu'elle était alors barrée à l'aval :
ce barrage était constitué par la langue glaciaire
qui occupait la dépression des Échelles à
l'époque würmienne.
Le bedrock, qui affleure juste après, est constitué
ici par les marno-calcaires à ciment du Berriasien basal
[n1a], dont les dalles plongent presque verticalement vers le
torrent et constituent les appuis du pont qui traverse le Cozon
: les affleurements, d'excellente qualité parce que récemment
rafraîchis, y sont très représentatifs de
cette formation. Leur pendage est très fort parce qu'ils
appartiennent déjà franchement au flanc ouest de
l'anticlinal de Perquelin (ce pli, qui a une typique forme "en
genou", est en effet très déversé vers
l'ouest) (fig. 2). Les couches berriasiennes
viennent, peu en amont, en contact stratigraphique avec le Tithonique
supérieur [j9b] : on peut toucher celui-ci le long de la
route, en rive droite, 50 m en amont du pont dans un tournant
saillant vers le SE (qui est précédé d'une
passée de quaternaire).
Peu en amont de ce tournant saillant on peut aisément arrêter plusieurs véhicules, juste en aval de l'entrée du pont d'accès au hameau de « chez Joubert » (point 2a).
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En effet la vallée du Cozon coupe là, en oblique, un entrecroisement de structures majeures. Ce sont, d'une part, le chevauchement de la Chartreuse orientale, d'autre part le décrochement du col de l'Alpette et enfin les coeurs tithoniques des deux anticlinaux de Perquelin et de l'Écoutoux, qui ont été mis presque bout à bout par ce décrochement. Si l'on ajoute que ce dernier se partage en deux "branches" presque parallèles, on conçoit que ce que l'on voit le long du tracé de la route ne soit pas aisé à interpréter de prime abord. Les débutants en géologie préféreront donc traverser ce secteur sans le regarder de trop près !. |
De cet endroit on voit, du côté du sud-est, que
la falaise du Tithonique manifeste, dans les sous-bois de la rive
gauche, une diminution progressive de son pendage, qui indique
que l'on approche là de la voûte de l'anticlinal
de Perquelin.
À l'amont du tournant de la route, là où
s'embranche un chemin de terre, le Tithonique fait brutalement
place, vers le nord, au Berriasien supérieur [n1b], qui
affleure ensuite largement en formant une falaise concave.
Ces couches n'appartiennent pas au flanc ouest mais au flanc ouest de l'anticlinal de l'Écoutoux. On distingue d'ailleurs, en arrière plan, dans l'enfilade de la vallée, la charnière anticlinale en genou, déversée vers l'ouest, que dessine ici le Tithonique du coeur de ce pli.
La charnière tithonique est flanquée sur la gauche par une crête rocheuse boisée : cette dernière, formée par une lame d'Urgonien, constitue l'essentiel de ce qu'a respecté, sur cette transversale, l'étirement intense du flanc ouest de l'anticlinal par le chevauchement de la Chartreuse orientale (entre Tithonique et Urgonien ne subsistent que quelques dizaines de mètres des 800 à 1000 m de terrains qui devraient normalement s'y intercaler stratigraphiquement).
Si l'on retrouve ici cet anticlinal c'est parce qu'il a été décalé vers l'est par le jeu dextre de la branche principale du faisceau de failles du décrochement de l'Alpette (DA, fig. 3) : Sur la rive droite cette cassure est masquée par les alluvions fluvio-glaciaires des champs où accède le chemin de terre ; en rive gauche elle est également masquée, en arrière des maisons de Chez Joubert, par un petit talus d'éboulis au pied des escarpements de la lisière du sous-bois.
Ce n'est donc pas un seul et unique anticlinal que la vallée traverse ici, contrairement à ce que pourrait laisser croire le seul parcours rapide de sa coupe naturelle. Au contraire le décrochement met bout à bout deux plis différents, l'un et l'autre d'axe à peu près N-S (fig. 3).
Sans le décrochement ces deux plis se succéderaient normalement, d'ouest en est, à environ 1 km de distance l'un de l'autre. Du fait du décrochement, le tracé de l'axe de l'anticlinal de l'Écoutoux est reporté, dans le compartiment sud, bien en dehors de la carte de la fig. 3. Pour le retrouver, il faut, se porter nettement plus à l'ouest que Saint-Pierre-d'Entremont : le rejet horizontal qui en résulte, mesuré perpendiculairement aux axes de ces plis, est en fait de près de 2 km ; le déplacement, mesuré le long des surfaces de failles de décrochement, est d'environ 2,5 km.
En amont du point 2a on a avantage à parcourir la route à pied. Ce faisant on observera d'abord, 20 m au nord de l'entrée de chemin de Chez Joubert, une faille qui détermine un petit couloir d'éboulis dans la partie basse des abrupts de calcaires argileux berriasiens (son pied a été garni d'une barrière de protection). Il s'agit dune cassure secondaire, satellite du décrochement de l'Alpette. Sur l'autre rive, 20 m à 30 m en amont, au sortir du tournant creux, le lit du torrent entaille une charnière anticlinale en genou qui affecte les bancs berriasiens : il s'agit probablement de la charnière de l'anticlinal de l'Écoutoux.
On arrive ainsi à l'extrémité amont des affleurements de la falaise concave dont la route suit le pied (point 2b). Elle y traverse un petit ravin, grossièrement est-ouest, encombré de broussailles. Ce dernier suit le tracé de la branche septentrionale du faisceau de failles du décrochement de l'Alpette (D2, fig. 3) : en effet il est jalonné par un alignement de copeaux décamétriques d'Urgonien et, à son extrémité ouest (fig. 3), met en contact direct le Berriasien avec le Sénonien des pentes de La Tournette (qui appartient au flanc oriental de l'anticlinal médian).
Immédiatement au nord de ce ravineau, la route entaille
de nouveau le versant et y met à nu un épaulement
d'Urgonien, quelle traverse en moins de 20 m. Malgré cette
faible épaisseur il s'agit bien de tout ce qui reste ici
de l'Urgonien du flanc ouest de l'anticlinal de l'Écoutoux,
qui est donc extrêmement aminci par étirement. La
suite de l'entaille montre que cet Urgonien vient en contact,
du côté droit, avec quelques mètres de calcaires
du Fontanil, par l'intermédiaire d'une zone très
broyée, orientée presque nord-sud. Cette dernière
correspond à l'accident principal du chevauchement de
la Chartreuse orientale (Ø3).
Les affleurements suivants, jusqu'en vue des maisons du Pont du
Lac, sont formés par des bancs de calcaires argileux du
Berriasien. Ils représentent sensiblement l'équivalent
de ceux de Chez Joubert et le fait qu'on les retrouve là,
décalés vers l'est de plusieurs centaines de mètres,
concrétise le rejet du décrochement D2.
Leur déformation microtectonique est bien observable dans
les entailles fraîches du bord de route (point 2c)
(fig. 4). Elle est caractérisée
par un débit de la roche par des micro-failles . Celles-ci,
moins inclinées que la surface principale du chevauchement
Ø3, se combinent avec ce le jeu de ce dernier pour
aboutir à un étirement du flanc déversé
du pli : cette association entre rupture et étirement du
flanc court d'un pli, est bien typique des « plis-failles
».
On peut stationner peu en amont du Pont du Lac, à l'embranchement de la route des Courriers (point 3a). On ne trouve là que du matériel quaternaire mais il est remarquable que ce dernier contient des blocs de molasse miocène. Ceux-ci proviennent en fait d'une étroite bande de terrains tertiaires, toute proche, qui affleure ponctuellement, d'une part au nord-est de La Fracette et d'autre part dans la partie sud orientale du hameau des Courriers (fig. 3) : c'est tout ce qui reste du contenu d'un synclinal qui est pincé ici, à l'ouest du lit du Cozon, sous le chevauchement de la Chartreuse orientale mais qui s'épanouit au nord de Chambéry, au pied ouest des Bauges.
En amont du point 3a les pentes de la rive ouest du Cozon, largement garnies d'éboulis, laissent voir par places la roche sous-jacente. Il s'agit là de marno-calcaires du Berriasien basal [n1a], appartenant toujours au flanc ouest de l'anticlinal de l'Écoutoux, qui devient ici légèrement renversé (fort pendage vers l'est). Un examen attentif des pointements rocheux qui percent le talus de la route (fig. 5) permet d'y voir qu'ils ont subi des efforts tectoniques foncièrement analogues à ceux reconnus dans les affleurements de la fig. 4. La fracturation des couches y est toutefois beaucoup moins intense, parce qu'on est là plus loin du plan de chevauchement.
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L'entrée de la gorge de Pierre Fendue est rétrécie par des piliers rocheux naturels formés par les bancs supérieurs des calcaires massifs du Tithonique supérieur [j9b]. Une centaine de mètres en amont la route présente, du côté gauche (ouest), un élargissement où le stationnement est aisé (point 3b). On y observe la charnière du coeur de l'anticlinal de l'Écoutoux, clairement dessinée en rive droite, au dessus du parking, à la faveur du litage plus marqué de quelques bancs du Tithonique moyen. Cette charnière, très dissymétrique et typiquement "en genou", plonge ici d'une vingtaine de degrés vers le sud - sud-est. En rive gauche, il faut, de ce fait, la chercher dans le lit même du torrent, en contrebas du parapet.
Au sortir amont des gorges la route tourne vers le nord et prend donc, sur plus d'un kilomètre, une direction qui s'écarte peu, en moyenne, de celle de l'axe de l'anticlinal de l'Écoutoux. Aussi reste-t-on pratiquement dans les mêmes bancs du Tithonique du flanc est de ce pli. Le pendage de ses couches, qui excède d'abord 60° vers l'est, devient inférieur à 30° au pont qui ramène en rive gauche (point 3c), car on se rapproche du synclinal du Sappey. Mais ici la charnière de ce pli n'est pas observable, car elle est rompue par une faille longitudinale (fig. 2) : c'est pourquoi, brutalement, peu après le pont, le Tithonique pend vers l'ouest, car c'est celui du flanc ouest de l'anticlinal de Perquelin.
Peu en amont, à l'embranchement de la route des Teppaz, la route met à nu un pointement de Berriasien inférieur. En effet, outre que la route s'élève vers le nord, toutes les voûtes des plis plongent ici doucement dans cette direction, de sorte que le Tithonique tend à s'enfoncer partout, dans cette direction, sous le Berriasien. De fait, en rive opposée du Cozon la voûte boisée du Tithonique de l'anticlinal de l'Écoutoux fait aussi place à des prairies berriasiennes (pentes inférieures des Gandy).
Pourtant le Tithonique affleure de nouveau, moins de 200 m au-delà de l'embranchement des Teppaz, au nord d'un petit ravin que la route franchit par un tournant creux accusé. C'est qu'il est remonté par une faille transversale aux plis. Celle-ci appartient à un faisceau de petits décrochements dextres qui traverse la vallée, entre le Granier à l'est et la montagne de la Roche Veyrand, vers l'ouest (voir fig. 3, fig. 6 et fig. 10). Le Tithonique affleure jusqu'au village des Perrets mais, entre les villages des Perrets et d'Épernay (chef lieu d'Entremont-le-Vieux), le plongement de la voûte anticlinale le fait s'ennoyer définitivement sous le Berriasien inférieur.
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Le Berriasien est donc ici très épais (il atteint plus de 600 m). Cette particularité est liée au fait que cet étage est envahi par des passées de calcaires bioclastiques, dont le faciès évoque souvent celui des calcaires du Fontanil (ce qui avait fait croire à des imbrications tectoniques) : ces couches correspondent à des coulées de matériel coquillier qui glissaient, depuis le bord de la plate-forme jurassienne, sur le talus sous-marin qui la bordait vers l'est et s'accumulaient à la partie basse de celui-ci. |
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La surface du chevauchement qui les sépare n'est cependant pas facile à observer. |
Après avoir franchi le Cozon, la D7 s'élève sur sa rive ouest, décrit un lacet, puis entaille un grand encorbellement (point 4). L'entaille qu'il offre dans les marno-calcaires du Berriasien inférieur [n1a] montre des dispositions de couches intéressantes à observer. En effet on y distingue, entre des niveaux à litage parallèle, un niveau intercalaire, d'une dizaine de mètres d'épaisseur où les couches sont contournées et/ou disloquées en boules pluridécimétriques (« slump-balls ») : cette disposition résulte du glissement des sédiments fraîchement déposés (encore mous) sur le fond marin. De tels remaniements synsédimentaires sous marins (ou « slumpings* ») sont relativement fréquents dans les dépôts de cette époque parce qu'ils s'accumulaient sur les basses pentes de l'ancien talus qui séparait alors la plate-forme jurassienne du domaine subalpin.
Peu après les Curialets on atteint l'embranchement de la route des Gandy, où l'on peut stationner (point 5a). C'est là que passe le chevauchement de la Chartreuse orientale. Mais il y est masqué par des alluvions glaciaires : pour l'observer il faut faire un bref aller-retour jusqu'au village des Gandy (point 5b).
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La route atteint, 200 m au sud du point 5a, la lame d'Urgonien étiré, qui jalonne le chevauchement. C'est encore plus au sud, dans le tournant aigu, saillant vers le sud, qui précède l'arrivée au village (point 5b), qu'il faut l'examiner. Epais seulement d'une cinquantaine de mètres, l'Urgonien qui la constitue est pétri de filonets de calcite qui témoignent de son broyage. La cuvette du village des Gandy est un petit val synclinal. Le coeur de ce pli (qui prolonge celui, à coeur de molasse miocène, des Courriers (cf plus haut) est formé de conglomérats oligocènes, qui sontvisibles au nord-ouest des dernières maisons dans un embranchement de chemins à la lisière des bois. La butte de Sénonien marno-calcaire [c6-7M] qui domine le village représente le flanc est de ce pli, repoussé vers l'ouest par le chevauchement secondaire F' (fig. 3). |
À la lisière des bois, 50 m en amont du carrefour, affleurent des couches qui appartiennent à la partie haute de la série stratigraphique de la Chartreuse médiane et qui plongent vers l'est sous le chevauchement. Il s'agit des calcaires à silex du Sénonien supérieur [c6-7C]. Ces derniers sont cariés de poches karstiques (qui, à d'autres endroits,comme aux Echelles et à Voreppe descendent jusque dans l'Urgonien). On peut examiner, 150 m plus loin, juste avant un petit ravin, le remplissage d'une de ces poches : il est constitué par un conglomérat, à peine cimenté par un très faible liant argileux, où prédominent des galets décimétriques de silex fortement teintés de rouille : il s'agit clairement là des résidus d'une dissolution des calcaires à silex sous le climat chaud, oxydant, du Paléogène. Ils témoignent de l'émersion subie alors par le massif de la Chartreuse, avant sa dernière submersion au Miocène.
Entre les points 5a et 6 la vue se dégage sur la rive opposée de la vallée du Cozon et sur les chaînons qui la couronnent (fig. 6). Entre le ravin et le tournant saillant du point 6 (stationnement limité à une ou deux voitures) on traverse, d'autre part, deux autres poches d'Oligocène. Ce tournant franchit un ressaut rocheux qui correspond au changement de dureté des roches à la limite entre les calcaires argileux du Sénonien inférieur [c6-7M] et ceux plus purs de la formation des calcaires à silex [c6-7C].
La présence, ici, de couches aussi peu élevées dans la succession, est due à un petit décrochement dextre, NE-SW (qui passe 100 m au sud du point 6 mais y est masqué par des éboulis) : il les sont décale vers l'est, par rapport aux calcaires à silex supérieurs du point 5a. Cette faille se poursuit vers l'ouest à travers le chaînon de la Roche Veyrand (c'est le « décrochement des Petites Portions » de la fig. 10).
Après le point 6 la route effectue en sous-bois un trajet
presque rectiligne de 300 m, en restant dans les bancs inférieurs
des calcaires à silex. Puis son tracé s'incurve
progressivement vers le nord-ouest, ce qui lui fait recouper en
sens stratigraphique inverse (de haut en bas) la succession des
couches sénoniennes.
Au cours de cette montée on entrevoit les collines de l'autre
rive du torrent (Le Turroz, cote 1108) : elles sont formées
par les couches du Berriasien de la Chartreuse orientale (visibles
dans les ravines), sous lesquelles s'enfonce, dans le lit du torrent,
le Sénonien de la rive ouest, par l'intermédiaire
du chevauchement de la Chartreuse orientale. On débouche
ainsi dans des pentes de prairies, à substratum de marno-calcaires
à patine blanche du Sénonien inférieur, qui
portent le village du Désert-d'Entremont.
Entre village du Désert et le col de La Cluse, les couches du Sénonien n'affleurent plus que de façon discontinue car elles sont souvent masquées sous des alluvions glaciaires. L'altitude élevée de ces dépôts témoigne du niveau atteint par les langues de glace issues du glacier de l'Isère qui passaient effectivement à travers le col du Granier aux maxima d'extension du Riss et du Würm.
À l'embranchement de la route forestière du col du Mollard faire un arrêt (point 7, parking du foyer de ski de fond) pour examiner la vue d'enfilade du vallon qui monte à ce col (fig. 7).
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C'est 1 km plus loin, au parking du chalet des Bruyères (point 8), que part le sentier de la cime de la Cochette (excursion décrite au chapitre C2). |
Au delà du chalet des Bruyères la route descend
vers le sud pendant environ 1 km , jusqu'au col de la Cluse, en
restant à proximité de la limite entre les prairies,
à soubassement de Sénonien, et des bois qui, plus
à l'ouest recouvrent mal les lapiaz de l'Urgonien.
Au col de la Cluse on peut emprunter la route, empierrée
mais carrossable, qui mène, en un kilomètre vers
le sud, au Col du Cucheron (point 9). Il est ouvert dans
les calcaires argileux à silicifications de la base du
Sénonien et la Lumachelle affleure immédiatement
à l'ouest. Il est particulièrement intéressant
de faire ce détour si l'on n'effectue pas l'excursion à
la cime de la Cochette car, si l'on s'engage, sur une centaine
de mètres, dans le chemin qui s'engage horizontalement,
à flanc de pente, vers l'est on y a un bon point de vue
vers le sud-est du massif (fig. 8). Ce chemin
donne en outre une coupe très représentative des
marno-calcaires sénoniens [c6-7M], ici à faible
pendage est, dans lesquels il est entaillé.
En quittant le col de La Cluse, la route D45 rentre en sous bois et s'engage dans une gorge à parois rocheuses qui coupe transversalement la barre urgonienne.
Il s'agit bien d'une cluse (ce qui justifie le nom du col) mais il n'y coule aucun cours d'eau. Cette vallée morte ne correspond, par ailleurs, à aucun accident tectonique Son origine ne peut donc être recherchée que dans une érosion fluviatile (même si celle-ci a pu, éventuellement, réutiliser un réseau karstique effondré) : il est donc vraisemblable qu'elle a été creusée par les écoulements d'eaux de fonte de la langue du glacier isérois qui s'engageait dans la vallée des Entremonts : en effet, à l'époque du maximum d'extension de la glaciation würmienne, ce glacier était assez important pour atteindre une cote de l'ordre de 1200 m en ce point.
Après avoir décrit deux lacets successifs dans les éboulis tombés des falaises urgoniennes, la route sort du sous-bois et débouche dans les prairies de la large combe anticlinale de Corbel (point 10). La vue que l'on en a sur les chaînons de rive gauche du Guiers Vif, et notamment sur le massif du Grand Som (fig. 9) est comparable, à l'étendue près, à celle de la cime de la Cochette.
La D45 descend en rive droite de cette large combe en traversant les prairies installées sur un colmatage morainique. À l'embranchement du chemin menant au hameau des Perrucons (point 11), on est bien situé pour examiner les parois nord et est de ce cirque naturel, formées principalement par l'Urgonien du flanc est de l'anticlinal médian (fig. 10). Du côté ouest, les crêtes boisées qui rejoignent la cime de la Cochette sont constituées par les calcaires du Fontanil du flanc occidental de ce pli. Elles en dessinent la charnière en genou, en contrebas à gauche du sommet, mais la perspective et le couvert végétal ne permettent pas de la distinguer d'ici.
À l'entrée amont du village de Corbel (point 12a) l'aménagement d'un parking a mis au jour des affleurements de calcaires argileux alternés de marnes appartenant au Berriasien moyen [n1b]. Leurs bancs ont un pendage vers l'est très modeste, ce qui veut dire que l'on se trouve ici pratiquement à la voûte de l'anticlinal médian. De fait, à la sortie du village (point 12b) on voyait les pendages s'infléchir vers l'ouest avant que des aménagements paysagers n'aient masqué la plupart des affleurements. La charnière du pli reste visible le long du chemin qui descend en lacets sous l'église, où l'on distingue assez nettement sa forme en genou. De ce point on est en outre bien placé pour analyser la vue sur le fond et la rive gauche de la vallée du Guiers Vif (coté amont), encore que l'éclairage y soit le plus souvent à contre jour (fig. 11).
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Immédiatement à la sortie ouest du village les affleurements disparaissent passagèrement, pendant une centaine de mètres, sous des éboulis qui tapissent le vallonnement du premier tournant creux de la route. Cette zone déprimée correspond à la zone tendre, déterminée par le broyage des roches, au abords de la cassure principale (Ø2) du chevauchement de la Chartreuse médiane, qui passe là.
Par contre les affleurements reprennent en continu dans le parcours en encorbellement par lequel la route franchit l'échine qui descend de la pointe de Thivelet vers le Guiers Vif. On traverse là, en moins de 200 m, une succession qui débute avec du Berriasien inférieur et se termine au Sénonien (alors que normalement un bon millier de mètres de couches séparent ces deux niveaux). Cet amincissement de la succession traduit l'étirement du flanc ouest de l'anticlinal de la Chartreuse médiane, qui résulte du jeu des cassures secondaires induites par le chevauchement. En fait la série stratigraphique est sectionnée en une série de tronçons superposés en décalage, chacun ne montrant qu'une très modeste portion de la succession totale, et les niveaux les plus calcaires étant pratiquement seuls représentés (fig. 11b).
Stationner dans une carrière abandonnée, à l'extrémité ouest de cet encorbellement (point 13), pour en parcourir la coupe à pied (fig. 12).
Au-delà du point 13 les affleurements sont interrompus, sur 200 m, par un épandage d'éboulis descendus de la pointe de Thivelet. Lorsqu les affleurements reprennent ils sont constitués de molasse miocène, à pendage est modeste (20 à 30°), et appartiennent déjà au flanc est de l'anticlinal chartreux occidental. Entre les deux on a traversé, sans la voir, la charnière du synclinal intercalaire, qui correspond au prolongement septentrional du synclinal de Proveysieux (la charnière de ce pli s'observe bel et bien, dans les basses pentes du versant, aux approches de la surface de chevauchement).
Un thalweg encaissé et boisé met à nu de beaux affleurements de la molasse miocène. On y observe de beaux litages entrecroisés (dus au recoupement de chenaux successifs) et, en rive droite, quelques petites passées de microconglomérats à éléments de calibre centimétrique comportant notamment des galets rouge sombre de radiolarite (matériel provenant des régions frontalières du bassin de l'Isère).
La route traverse à flanc des pentes herbeuses qui cachent des alluvions glaciaires, puis tourne vers le nord (hameau des Curies, point 14). La vue sur le débouché de la vallée du Guiers dans la plaine y mérite l'examen (fig. 13). Au-delà le couvert morainique tapisse la combe herbeuse des Égaux de façon continue. Il cache, jusqu'au nord du col, le contact de la molasse miocène avec son substratum. Ce dernier perce cependant dans les rochers qui dessinent une petite cuesta dans les prairies, immédiatement à l'ouest du village principal des Égaux (Les Bozons). Il s'agit déjà d'Urgonien inférieur (fig. 2) et la vire qui sépare ces bancs des falaises urgoniennes qui supportent le plateau n'est pas celle des véritables couches à Orbitolines, que l'on voit bien se dessiner sur l'autre rive (fig. 13), mais se situe plus bas à l'intérieur même de la masse inférieure urgonienne.
Depuis les Égaux la route longe, pendant deux kilomètres, sans les toucher, les affleurements d'Urgonien inférieur (qui restent masqués par les sous-bois dans l'échine immédiatement à l'ouest). Elle suit ainsi le bord ouest du coeur de molasse miocène du synclinal, caché sous le glaciaire. Ce bedrock molassique réapparaît au delà du col, 500 m après que l'on soit rentré de nouveau en sous-bois, et la route est entaillée ensuite dans ces couches durant 1 km de sa descente.
La route décrit ensuite un lacet, traverse une prairie et descend alors vers le sud (point 15). Elle montre alors des calcaires très roux, caractéristiques des couches à Orbitolines de ce secteur. Cela ne laisse, pas plus qu'au col des Égaux, la place voulue pour que s'intercalent Sénonien et Urgonien supérieur sous la molasse miocène et conforte l'idée que ce contact est marqué par une importante lacune stratigraphique. Le pendage des couches, d'abord faible vers l'est, bascule vers l'ouest, dès les 50 premiers mètres, en décrivant la charnière de l'anticlinal des Égaux.
On franchit donc ce pli sans que son Urgonien soit entaillé par une gorge, à l'opposé de ce qui se passe dans la coupe du Guiers. Le parcours contourne au contraire, par le nord, les affleurements d'Urgonien de sa voûte anticlinale, ce qui n'est possible qu'en raison de l'ennoiement vers le nord, sous la molasse miocène du synclinal de Couz, que manifeste ici ce pli. En fait, il semble bien que l'anticlinal des Égaux, dont ici l'ampleur verticale et transversale est déjà fortement atténuée, s'efface complètement au sein du synclinal de Couz, peu au-delà des Gros Louis (c'est-à-dire quelques kilomètres plus au nord). On assiste donc là à la terminaison septentrionale de la Chartreuse occidentale en direction du nord.
Jusqu'à un nouveau lacet (à concavité nord) la route longe les dalles, presque verticales, de ces couches à Orbitolines. Passé la petite combe où s'inscrit ce lacet, elle atteint - comme il se doit - l'Urgonien supérieur. Mais sa traversée est très brève et l'épaisseur de ce niveau n'atteint certainement pas là les cinquante mètres qu'on lui connaît habituellement : là aussi la molasse miocène repose donc directement sur l'Urgonien. Les bancs de cette molasse forment des dalles verticales jusqu'à Saint-Jean-de-Couz.
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En effet le Sénonien est présent dans les coeurs synclinaux à la fois plus à l'est de Saint-Jean-de-Couz, dans le synclinal de Proveyzieux (basses pentes de la vallée du Guiers au sud des Égaux), et plus au sud, dans le synclinal de Couz (anciennes carrières de Côte Barrier, gorges du Guiers Vif au nord de Berland). La lacune affecte donc exclusivement les voûtes des anticlinaux encadrant le synclinal de Couz, ce qui signifie que ces plis étaient déjà fortement ébauchés avant le Miocène, et qu'ils avaient même été soumis à une arasion de leurs parties les plus hautes au Paléogène (à l'époque où, précisément, se sont creusées les poches karstiques que cette excursion a rencontrées en divers points). |
La D45 rejoint la N6 au carrefour du Cheval Blanc, en traversant l'Urgonien supérieur - à faible pendage est (20°) - du flanc ouest du synclinal de Couz. Là aussi le Sénonien est absent (et seuls ses bancs inférieurs affleurent au nord de ce point) ; de plus l'Urgonien y est également amputé de ses termes terminaux, car ce sont les couches à Orbitolines qui bordent la N6 du côté est.
On peut aussi, 250 m avant ce carrefour, prendre sur la gauche une route qui mène, un kilomètre vers le sud, aux anciennes carrières de Côte Barrier (point 16): les sables réfractaires de l'Eocène y étaient exploités, sous un toit de molasse miocène, dans une vaste poche karstique, creusée dans les calcaires à silex du Sénonien supérieur.
Sur cette transversale, ce pli possède un coeur molassique large d'environ 600 m. Cette bande molassique s'élargit progressivement vers le nord et se rétrécit au contraire encore vers le sud pour disparaître complètement à Côte Barrier : cette configuration cartographique résulte de ce que le synclinal de Couz possède dans ce secteur, de la même manière que l'anticlinal des Égaux, un net plongement vers le nord, à la différence de ce qui se passe au sud du Guiers Vif, où il plonge vers le sud, de sorte que son coeur molassique s'épanouit de nouveau dans le secteur de Berland (voir le fascicule 1i).
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Emprunter la route forestière du col du Mollard. Environ 500 mètres au delà du parking du foyer de ski de fond, un chemin d'exploitation forestière se détache vers l'ouest au niveau d'un groupe de deux chalets et d'une éolienne. Il s'élève jusqu'à un petit col situé immédiatement à l'ouest de la crête rocheuse des Marots : on peut y examiner la constitution de cette mégabrèche à énormes blocs d'Urgonien et ses rapports avec les marno-calcaires sénoniens qui affleurent immédiatement plus à l'ouest (voir les commentaires en légende de la fig. 7).
Environ 700 mètres au delà du parking, peu en
amont de la bifurcation cotée 1231, sur la gauche, une
carrière met à nu l'Oligocène, caché
tout autour sous la nappe d'éboulis. Il s'agit de conglomérats
à marnes rouges. S'il affleure là, bien en contrebas
du pied des falaises urgoniennes, c'est parce qu'il est abaissé
par la faille du col du Mollard.
Au col même affleurent les grès verdâtres de
la molasse miocène qui s'enfoncent vers l'est, à
la faveur du chevauchement de la Chartreuse orientale, sous le
Berriasien de la crête du Montfred et du col des Fontanettes
(versant est du vallon) (fig. 7).
Un chemin forestier se détache sur la gauche, 100 m
avant le col du Mollard. Il conduit dans une carrière d'éboulis
au pied des falaises de l'Outheran. C'est le point de départ
d'un sentier qui permet, au prix d'une marche d'une heure (aller-retour),
de gagner le sommet de ces falaises.
Depuis ce rebord oriental du plateau de l'Outheran on a
une vue très dégagée sur la plaine
de Chambéry et sur l'extrémité tout
à fait septentrionale du massif de la Chartreuse (groupe Mont Pellat - Mont de Joigny).
Ce secteur du massif appartient au domaine de la Chartreuse orientale
(qui chevauche sur le Tertiaire du col du Mollard). Il est presque
entièrement constitué par du Berriasien, couronné,
au sommet même du Joigny, par la barre des calcaires du
Fontanil, doucement inclinée vers l'est. Ces couches ne
sont affectées que de molles ondulations qui représentent
la terminaison septentrionale, bien amortie, de plis (anticlinal
de Perquelin et synclinal du Sappey), qui sont beaucoup plus accentués
sur la transversale grenobloise.
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Outre que l'on découvre, depuis son sommet, une vue remarquablement dégagée sur l'ensemble de la partie septentrionale du massif de la Chartreuse, l'itinéraire lui-même offre nombre d'observations intéressantes (fig. 14). Si l'on ne dispose pas d'assez de temps pour aller jusqu'au sommet de la Cochette, on peut, en partant de l'embranchement du chemin du village du Nantet, faire seulement (en moins d'une heure), l'aller-retour au point 20 : on y aura notamment une belle vue sur la Chartreuse orientale. |
Avant d'atteindre la lisière des bois le sentier traverse des prairies sur 200 à 300 m. Il y met à nu leur soubassement de Sénonien marneux [c6-7M] dont le pendage est souvent masqué par une forte schistosité. Puis il prend la direction du sud-ouest, en pénétrant en sous bois, et s'élève alors sur des dalles de calcaires argileux à silicifications, qui sont ceux de l'extrême base du Sénonien. Il rejoint l'extrémité sud d'un golfe de prairies et s'engage vers le sud dans le vallonnement qui le prolonge en sous bois, et où affleure toujours le Sénonien. Mais ce dernier terrain fait place, moins de 100 m après, à l'Urgonien supérieur. On note l'absence de Lumachelle entre ces deux formations, bien que la première repose de façon purement stratigraphique sur la seconde : cela résulte d'une lacune sédimentaire*.
Cette lacune caractérise effectivement toute la partie nord-ouest de la Chartreuse, au delà d'une ligne à peu près nord-sud qui passe plus au sud par La Ruchère et le col de la Charmette : elle est due à ce qu'une érosion antérieure au dépôt du Sénonien y a enlevé la Lumachelle. Cette érosion (probablement sous-marine et d'âge albien) est probablement due à un soulèvement qui a affecté la partie occidentale de la Chartreuse et du Vercors. Faut-il y voir un écho des mouvements tectoniques « anté-Sénoniens » qui sont bien connus plus au sud, principalement dans le massif du Dévoluy ?...
Après 300 m d'un parcours en sous bois d'est en ouest, le sentier débouche brutalement à la lisière orientale d'une combe de prairies orientée presque nord-sud. Le changement brutal de végétation et de relief souligne évidemment un changement de nature du sous-sol : celui-ci est dû à une faille verticale dont le compartiment ouest est abaissé, de sorte que le Sénonien, ramené sous la surface du sol par ce mouvement, occupe cette combe. Toutefois le Sénonien n'y affleure bien que du côté ouest, aux abords d'une source qui sort du pied du ressaut boisé dominant la combe (point 17).
Le sentier passe à côté de cette source puis s'élève vers l'ouest dans le vallonnement qui entaille le ressaut. En le remontant on constate que le Sénonien laisse très vite place à des couches de calcaires du Fontanil. La brutalité de ce changement vient de ce que ces couches sont remontées par une seconde faille, de même orientation que la précédente, qui est la faille du col du Mollard.
La présence de la source, et surtout sa localisation en ce point précis du bord de la combe, s'expliquent par l'existence de ce vallonnement, qui recoupe transversalement le tracé de la faille. En effet les eaux qui circulent dans les fissures des bancs de calcaires du Fontanil tendent à s'évacuer vers le nord-est, car c'est de ce côté que pendent ces couches. Elles rencontrent alors le barrage imperméable des marno-calcaires du Sénonien, contre lequel elles se rassemblent. L'entaille du vallonnement, en coupant ce barrage, y crée un point bas, par lequel ces eaux trouvent un chemin pour s'échapper.
Au total la combe de prairies, encadrée par deux failles parallèles qui surélèvent ses bordures, correspond donc à ce que l'on appelle un « fossé d'effondrement » ou « graben » (fig. 14). Il est en effet limité par deux failles conjuguées*, dont les surfaces de cassure convergent pour se rencontrer vers le bas et ont des rejets de sens opposé (de sorte que l'un tend à compenser l'autre et que les deux bords du graben pourraient ne pas être dénivelés si les rejets étaient de même valeur). Ici car les deux bords du fossé ne sont pas symétriques, la faille du col du Mollard ayant un rejet beaucoup plus important que celle de la bordure orientale du graben.
L'effet global d'un tel dispositif est une extension horizontale : on pourrait être tenté de l'attribuer simplement aux effets du plissement sur les couches à la périphérie de la voûte anticlinale, comme cela est classique dans les plis de type « concentrique » comme celui-là. En fait il est plus probable que cette fracturation a été précoce par rapport au plissement et qu'elle correspond à l'épisode de déformation extensive qui est bien connu dans tout l'est de la France à l'Oligocène (formation des fossés d'effondrement de la Limagne, de la Bresse et de l'Alsace).
On peut ajouter que ce graben est très comparable à celui que l'on observe au Charmant Som, dans une situation très analogue (également à la voûte de l'anticlinal de la Chartreuse médiane) : il n'est pas exclu (mais non rigoureusement prouvé par manque de continuité cartographique) que la faille du col du Mollard ne soit que le prolongement septentrional de la "faille du Grand Poyat" (voir le fascicule 1a, consacré au Charmant Som).
À l'ouest de la source le sentier gravit, par quelques
lacets, le ressaut boisé des calcaires du Fontanil. Il
s'agit là des niveaux déjà assez élevés
de cette formation, qui se caractérisent par leur litage
spécialement massif et par leur faciès de calcaires
clairs, d'aspect proche de l'Urgonien (de tels calcaires «
subrécifaux » [n2Co] constituent également,
plus au sud, les crêtes de la Grande Sure). Leur bancs sont
faiblement pentés vers le nord - nord-est, c'est à
dire dans le sens du plongement d'axe de la voûte anticlinale
(et non vers l'est comme l'indique la carte géologique
: le signe de pendage qui y est porté correspond à
des affleurements situés 250 m plus au nord).
L'adoucissement de la pente qui correspond au sommet du ressaut
est dû à ce que les bancs calcaires n'y ont plus
qu'une épaisseur décimétrique, en même
temps qu'ils retrouvent le faciès bicolore classique [n2R].
Le sentier les traverse sur quelques dizaines de mètres
en direction du nord avant de rejoindre un large chemin forestier
où ils affleurent également assez bien.
Ce chemin monte vers le sud-ouest puis décrit un large lacet. À partir de ce dernier il entaille surtout des argiles de décalcification pédogénétique, à teinte orangée avec des taches grises, d'où n'émergent que ponctuellement des fragments de bancs de roche non altérée. En fait le faciès change ici de nouveau et les premiers affleurements au sortir du lacet sont formés de calcaires argileux gris alternés de marnes feuilletées : ils représentent (fig. 14) les témoins d'un niveau marneux situé à la base des niveaux supérieurs des calcaires du Fontanil (" calcaires à silex " [n2S]). Ces derniers, riches en silex lités, affleurent surtout bien aux abords d'un nouveau (et dernier) lacet, où les débris de silex crissent sous les semelles. Enfin la piste gagne le col du Grapillon en traversant les niveaux terminaux des calcaires du Fontanil, roussâtres et grenus, en bancs à surface irrégulière et ne contenant que des silicifications capricieuses, souvent en poupées.
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Le trajet entre le Col du Grapillon et La Cochette (point
1618) suit une échine boisée, orientée nord-sud,
où l'on traverse derechef les mêmes niveaux qu'en
montant au col, mais en sens inverse.
Les premiers affleurements rocheux bien dégagés,
environ 100 m au sud du col, sont pétris sur 1 à
2 m d'épaisseur, de coquilles silicifiées d'Alectryonia
rectangularis. Cette huître à coquille étroite
, en virgule de 10 à 20 cm de long, plissée de fortes
côtes à angle droit, est une forme classique du Valanginien
terminal). Ce sont par contre les calcaires " subrécifaux
" massifs [n2Co] qui constituent les rochers lapiazés
sur lesquels est dressée la croix du sommet (point 18)
et les abrupts qui se dirigent vers le col de la Cluse : on y
voit de nombreux débris de fossiles (huîtres, gastéropodes
etc ...) et surtout des fragments centimétriques à
décimétriques de polypiers (ils sont le plus souvent
informes et reconnaissables à leur aspect mat et homogène).
Le tour d'horizon du sommet porte avant tout sur la partie septentrionale du massif de la Chartreuse (fig. 15), mais aussi sur les Bauges, le Lac du Bourget et le Jura méridional. La vue plongeante que l'on a sur le Bas Dauphiné permet de mesurer d'un regard panoramique l'étendue de ce sillon de colmatage péri-alpin miocène.
Après le deuxième lacet du chemin forestier
en contrebas du col du Grapillon on peut changer d'itinéraire
en laissant de côté le sentier direct pour continuer
à suivre ce grand chemin.
Il court vers le nord-est, à flanc des pentes de l'Outheran,
traverse, à l'orée du bois, la piste de ski et à
la ligne de téléski, puis décrit un lacet
(point 19). De cet endroit la vue porte, vers le sud, sur
le graben qui a été traversé à la
montée, qui se reconnaît aux qui garnissent son remplissage
de Sénonien (en arrière se profile le massif du
Grand Som).
On est toujours ici.dans les calcaires du Fontanil mais au-delà
le chemin descend vers le sud dans les prairies, où affleurent,
plus ou moins masqués par des éboulis les calcaires
argileux blancs du Sénonien. Le changement de végétation
exprime donc fidèlement celui de la nature des roches,
qui intervient là à la faveur du passage la faille
du col du Mollard.
Deux options d'itinéraire sont offertes :
- descendre par le chemin jusqu'au replat de prairies et couper
alors vers l'est en suivant le téléski pour rejoindre
les Bruyères : on traverse de nouveau, dans la zone
boisée, l'Urgonien de la marge est du graben, qui s'enfonce
sous le Sénonien en arrivant aux prairies.
- traverser la pente en lisière des bosquets en direction
du village du Nantet : cela permet, en étant attentif
à la nature des pointements rocheux, de localiser à
quelques mètres près, le passage de la faille du
col du Mollard, qui se situe exactement 50 m au nord-est du lacet
(on y observe le brutal remplacement des calcaires du Fontanil
par les calcaires argileux blancs du Sénonien).
Plus bas, au voisinage des maisons les plus élevées
du Nantet (point 20), l'entaille du chemin met à
nu des argiles blanches et rouges, riches en débris de
silex. Ce matériel rocheux représente un résidu
de dissolution des calcaires à silex du Sénonien
supérieur. Il constitue (comme les cailloutis du point
5a) le remplissage d'une poche karstique d'âge paléogène,
ouverte ici dans les marno-calcaires du Sénonien inférieur
Du village du Nantet un parcours routier de 500 m vers le sud
ramène alors au parking des Bruyères.



















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