1/25.000° I.G.N. : "TOP25 3334 OT" ou Série
bleue "3234 est - Grenoble".
1/50.000° géologique : feuille Domène (XXXIII-34)
1°édition (la 2°édition est en cours de
préparation).
Les itinéraires décrits (fig. 1) comportent,
de quelque coté que l'on aborde la montagne, une partie
routière (D30e à l'est et D57b à l'W), qui
sera sans doute parcourue en voitures, pour atteindre et franchir
le col du Coq et un circuit pédestre au départ de
ce col. Ce dernier ne demande qu'une petite demi-journée
et ne demande aucune aptitude physique particulière.
L'excursion totale demande une grosse demi-journée si l'on
veut examiner tous les points signalés.
Cette excursion est une des rares qui permette d'observer,
à l'intérieur du massif, les termes inférieurs
de la série stratigraphique (jurassique supérieur,
de l'Argovien au Tithonique), dans lesquels elle se déroule
d'ailleurs presque exclusivement.
Du point de vue structural elle offre d'excellents aperçus
sur les rapports des plis (l'anticlinal de Perquelin et le synclinal
oriental de la Chartreuse) et failles de diverses sortes (notamment
le décrochement de Bellefond) dans cette partie sud-orientale
du massif (fig. 2 et fig. 4).
On y observe une particularité de ce secteur qui est l'existence
d'une tendance au chevauchement vers l'est (ce trait paraît
avoir été acquis tardivement, en liaison avec le
fonctionnement des décrochements).
- Les paragraphes ou phrases écrits en italiques
sont ceux relatifs au choix ou au repérage de l'itinéraire
;
- Les textes encadrés donnent des aperçus
globaux sur la géologie de la partie d'itinéraire
qui leur fait suite ;
- Les paragraphes écrits en retrait concernent,
selon le cas, des détails secondaires, des observations
accessoires ou des commentaires plus spécialisés
dont l'abord nécessite une culture géologique relativement
poussée : ils peuvent donc être sautés en
première lecture.
- Les astérisques * renvoient le lecteur, pour plus
d'explications sur des termes particuliers ou sur le contexte
géologique général, à l'opuscule spécial
consacré à la vue d'ensemble de la géologie
du massif de la Chartreuse. Ce dernier pourra aussi être
consulté pour obtenir des compléments d'informations
sur les formations géologiques rencontrées. Il faudra
cependant se reporter à la notice des cartes géologiques
à 1/50000° si l'on cherche une description détaillée
de ces formations.
- Les sigles placés entre crochets [] dans le texte
sont les notations désignant les niveaux stratigraphiques
sur les cartes géologiques de la France à 1/50.000°.
On trouvera, dans la liste des abréviations (via le bouton
ad hoc), les noms de ces niveaux et l'ordonnance de leur succession
ainsi que les notations abrégées qui leur correspondent
dans les diverses figures.
- Le symbole 'phi' minuscule, utilisé sur les figures
pour désigner les chevauchements mineurs (Ø désignant
ceux plus importants) n'est pas disponible pour les textes. il
est donc remplacé par 'f' dans les légendes
1 - Cette excursion se déroule à une altitude
modeste et sur des versants en général bien exposés,
surtout en ce qui concerne le trajet pédestre en versant
ouest ; aussi présente-t-elle l'avantage de pouvoir être
pratiquée en mi-saison, au moins sur ce dernier versant
(depuis le début du printemps jusqu'à la fin de
l'automne) ; toutefois la route reste souvent coupée entre
le col du Coq et Saint-Hugues avant mai et après octobre
(l'accès au col du Coq par le versant est, depuis Saint-Ismier
et Saint-Pancrasse est par contre assuré pratiquement toute
l'année).
2 - Il est recommandé de compléter cette excursion
par celle de la Dent de Crolles (fascicule 1D), l'une donnant
des vues complémentaires (et symétriques) sur la
région parcourue par l'autre.
|
Le franchissement de ce rebord se fait ici dans un secteur où il subit une perturbation locale, d'origine tectonique, correspondant au fait qu'il y coupe en oblique les deux grands plis les plus orientaux du massif, l'anticlinal de Perquelin et le synclinal chartreux oriental. C'est en fait dans la zone d'inflexion entre ces deux plis que se déroule presque toute la montée. |
Au départ de Saint-Nazaire-Les-Eymes, la route s'élève d'abord sur la surface, régulière et modérément inclinée, du cône de déjections quaternaire récent du torrent du Manival ; puis son trajet s'infléchit vers le nord-est pour traverser, à flanc de pente, le bas versant du promontoire rocheux tithonique de Chateau Nardent.
Ce versant est largement garni d'éboulis grossiers, plus ou moins anciens, incluant d'énormes paquets rocheux, de plus de 10 m de coté, glissés sur le versant. C'est probablement à un paquet tassé faisant partie de cet ensemble qu'appartiennent les affleurements de Séquanien du premier lacet, car ils sont intercalés entre des éboulis au sud-ouest et des affleurements d'Argovien dans le ravin au nord-est (les couches y présentent d'autre part une torsion en forme de plis déversés vers l'ouest qui évoque d'ailleurs la structure, d'interprétation plus évidente , visible au point 1, ci-après).
Dans le lacet suivant (point 1), saillant vers l'ouest, vers l'altitude de 670 m, apparaissent les premiers affleurements rocheux "en place". Ils sont formés de marno-calcaires typiques de l'Argovien [j6-5], ici affectés par une faille inverse encadrée par deux crochons (l'un, synclinal, dans le compartiment inférieur, l'autre, anticlinal, dans le compartiment supérieur), la disposition de ces derniers indiquant un déversement vers l'ouest (fig. 2 et fig. 2 b).
Comme on le verra plus loin, le contexte régional porte à considérer qu'il s'agit là d'une structure précoce, apparue avant le plissement.
Les deux lacets suivants, et les 400 m de trajet à flanc qui leur succèdent, se déroulent uniquement dans le matériel ébouleux superficiel. Puis la route aborde la traversée des falaises tithoniques du rebord subalpin, en corniche puis en tunnel (point 2).
Les ressauts inférieurs de ces falaises sont formés de bancs calcaires régulièrement lités du Séquanien [j7]. Puis, lorsque la route s'inscrit franchement en corniche, on entre dans le Kimméridgien [j8a], caractérisé par des passées à lits marno-calcaires et par la plus grande fréquence des joints marneux entre les bancs (qui sont en général plus minces).
L'entrée du tunnel se situe précisément dans les premiers gros bancs du Tithonique inférieur [partie inférieure de j9-8]. Sa sortie amont se trouve dans les couches du sommet du Tithonique supérieur [j9b], d'ailleurs remontées par une faille est-ouest (que l'on peut voir aussi dans la corniche Tithonique de la rive opposée du grand ravin qui descend de Saint-Pancrasse). Le détail de la succession du Tithonique ne peut pas être observé là : si l'on désire en faire l'analyse il faudra attendre d'être au col du Coq, où les conditions d'affleurement sont beaucoup plus favorables.
La sortie du tunnel est suivie par un petit ravin (point 3) au nord du quel les derniers bancs du Tithonique supérieur [j9b]. s'enfoncent sous l es premiers bancs des marno-calcaires à ciment naturel du Berriasien basal [n1a]. La route donne là une excellente coupe du contact stratigraphique entre ces deux formations et montre l'existence, au sein des premiers bancs marno-calcaires, de couches discontinues, basculées et qui se biseautent mutuellement (fig. 2 c) : c'est là une disposition géométrique caractéristique des glissements de sédiments encore mous sur les fonds sous-marins ("slumpings*").
La coupe de la route se poursuit dans les calcaires gris lités du Berriasien [n1b], jusqu'à la bifurcation des routes D30 et D30e, où l'on débouche dans les prairies mollement ondulées du plateau des Petites Roches.
.Deux options sont possibles, au choix :
L'embranchement de la route du col du Coq (D30e) sur celle
de Saint-Pancrasse (D30) (point 4) se situe encore dans
les couches élevées des calcaires gris lités
du Berriasien, mais à faible distance de leur passage aux
marnes de Narbonne (celles-ci affleurent peu au nord-est, le long
de la D30 dans le ravin de la Gorgette).
Ces bancs ont un pendage modéré (15 à 20°)
qui est dirigé à peu près vers le nord ;
cela correspond au fait que l'on se trouve ici sensiblement dans
l'axe du synclinal chartreux oriental : ce pendage n'est pas celui
d'un flanc de pli mais celui du plongement axial du pli. Depuis
ce point (ou d'un peu plus haut dans les lacets du village du
Baure) la vue reste ouverte sur la Dent de Crolles et le socle
raviné de cet impressionnant promontoire rocheux (fig.
3).
Durant toute la traversée du village du Baure (dont l'habitat
est très dispersé), et sur 1 km en amont des dernières
maisons, les lacets de la route ne montrent plus que des alluvions
glaciaires, appartenant à la moraine latérale würmienne
du glacier de l'Isère. Passé le fond du thalweg
des Meunières, qui descend du col du Coq, on rentre dans
la nappe d'éboulis anciens [Ex] qui garnit toute sa rive
gauche. Ces éboulis, qui contiennent des zones cimentées
en brèches de pente, affleurent notamment dans le grand
lacet saillant vers le sud (point 5a).
Il s'embranche là un chemin horizontal qui permet d'atteindre le fond du ravin de la Gorgette : en le suivant on pourrait aller voir de plus près les marnes de Narbonne [n2M], affectées d'un intense glissement, et scruter le tracé précis de la faille de la Gorgette.
Le fond du vallon des Meunières lui-même est encombré, sur toute sa longueur et sur une largeur d'une centaine de mètres, par une ancienne coulée boueuse riche en blocaille dont la matrice est constituée de marnes de Narbonne. La route serpente d'une rive à l'autre du vallon en décrivant 6 lacets : tous ceux du côté est sont inscrits dans les éboulis anciens, tandis que les deux premiers de ceux du côté ouest offrent des entailles d'affleurement qui montrent dans le premier (point 5b) des marnes de Narbonne et dans le second (point 5c) des calcaires en petits bancs alternés de marnes du Berriasien supérieur. Toutes ces couches appartiennent au flanc est de l'anticlinal de Perquelin mais montrent un pendage ouest (parfois même faible) qui résulte essentiellement d'un renversement de ce dernier vers l'est (fig. 2).
Il est préférable, à divers égards, de laisser les véhicules au parking du départ du sentier du col des Ayes (point 6a), ouvert 250 m en contrebas oriental du col du Coq, dans des éboulis anciens. De là, en gagnant le col à pied par la route, on observera d'abord un assez large affleurement des calcaires en petits bancs, alternés de marnes, du Berriasien supérieur.
Le litage de ces bancs s'avère assez perturbé et certains sont visiblement disloqués, ce qui est assez caractéristique de l'intervention du phénomène de "fauchage" c'est à dire de basculement des couches vers l'aval par glissement de la partie superficielle du versant : c'est sans doute largement à cela qu'est dû le fait que le pendage des couches, vers l'ouest en général, n'est ici qu'assez faible.
Une brève interruption des affleurements, par des éboulis, prélude à l'arrivée au col (point 6b). On y voit affleurer des gros bancs, alternés de faisceaux de bancs centimétriques, onduleux et à surfaces grumeleuses, qui sont ceux du Tithonique supérieur. Leur pendage est subvertical mais, dans les 50 m précédant le col, ils sont aussi basculés vers l'est par le fauchage (on voit bien le basculement progressif des bancs dans le chemin qui part du col vers le sud).
Il n'y a pas assez de place entre ces bancs et ceux du Berriasien supérieur des affleurements précédents pour loger les termes intermédiaires de la succession (Berriasien inférieur et moyen) : l'absence de ces niveaux est due au passage, au revers est du col, d'un accident tectonique, qui peut d'ailleurs être suivi dans toute la pente en sous-bois entre ce point et le col du Baure. Cet "accident du col du Baure" (fig. 2 et fig. 4) se poursuit loin vers le nord (ou il sera franchi de nouveau lors du trajet de retour).
|
Il offre des échappées, à travers bois, sur le grand ravin du Manival et sur les abrupts de la face sud du Bec Charvet (on y distingue, dans les couches du Séquanien et du Kimméridgien à l'aplomb du sommet, les torsions dues l'accident mineur qu'est le "chevauchement du Bec Charvet" : c.C, fig. 2 et fig. 4). On peut depuis le col faire une incursion au petit sommet de Château Nardant (que l'on peut d'ailleurs atteindre aussi par le bas, en suivant un sentier qui part du Manival et qui recoupe la D30 dans son lacet d'altitude 760). |
Depuis le village du Baure, jusqu'au col du Baure, le sentier s'élève sur des pentes garnies d'alluvions glaciaires qui dessinent des ébauches de crêtes morainiques à flanc de pente. Elles masquent les couches du Berriasien inférieur, qui affleurent cependant, de façon ponctuelle, dans les ravines de ce versant, ainsi qu'aux maisons les plus méridionales du village. La moraine de l'extension maximum du glacier würmien forme enfin, sur plus de 200 m de distance horizontale et 50 m de dénivelée, la crête nord-sud que suit le sentier au nord du col.
Le chevauchement du Baure est masqué, au col
même, sous la moraine ; mais il s'y manifeste par le fait
qu'il décale fortement, de part et d'autre du col, le Tithonique
du flanc est de l'anticlinal de Perquelin.
En effet, au nord du col, les couches du Tithonique, subverticales,
n'affleurent que loin à l'est de la crête, dans les
pentes boisées de son versant oriental. Au contraire ce
sont elles qui, au sud du col, forment, bien plus à l'ouest,
la crête menant au Château Nardant
Dans le versant ouest de Château Nardant les couches du Tithonique sont pentées vers l'est. Mais au sommet même elles se redressent fortement et, sur le versant est, se renversent vers l'est en recouvrant un petit coeur de synclinal de Berriasien basal, qui affleure en contrebas oriental des rochers sommitaux (fig. 2).
Ce pli, très déversé vers l'est, n'est autre que le crochon induit par le chevauchement du Baure dans le compartiment inférieur, chevauché, de cet accident (à cet endroit la surface de chevauchement, enlevée par l'érosion, passait donc peu au dessus de l'actuelle surface topographique).
Cette disposition explique que les premiers affleurements que montre le sentier en s'élevant sur la crête au nord du col sont déjà constitués de Séquanien, qui appartient au compartiment chevauchant ; ses bancs sont d'ailleurs disposés en série renversée, avec un pendage vers l'ouest de 40°. On s'élève en restant dans ces couches jusqu'à l'altitude de 1450 m, où la pente de l'arête diminue fortement parce qu'elles y font alors place à celles (à prédominance marneuse) de l'Argovien.
En fait il s'agit de l'Argovien du flanc ouest de l'anticlinal de Perquelin. Il repose sur le Séquanien du flanc oriental (renversé) de ce pli par l'intermédiaire du chevauchement du Manival ( fig. 2 ), qui est une autre cassure longitudinale, à rejet de chevauchement vers l'est, comme celle du Baure.
On rejoint là un chemin forestier subhorizontal qui
traverse à flanc les sous bois du versant est et mène,
en moins de 1 kilomètre, au col du Coq. Il ne montre
que des affleurements médiocres mais on y reconnaît
néanmoins au passage les termes successifs du Jurassique
terminal (à pendage subvertical) avec les niveaux plus
argileux du Kimméridgien précédant les premiers
rochers massifs du Tithonique.
La falaise du Rochas Blanc, utilisée comme stade d'escalade
et située à 100 m du col, est formée par
la dalle supérieure, subverticale, des bancs massifs du
Tithonique moyen.
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Cependant un certain nombre d'accidents parasites, qui se greffent sur ce pli, viennent compliquer sa structure, sans parler du fait qu'il est sectionné en biais par le grand décrochement du col de Bellefond (qui est le plus méridional de la Chartreuse). |
Commencer la descente sur le versant ouest par la route jusqu'au premier lacet : la quitter pour suivre, toujours vers le nord, l'ancienne route, non goudronnée. Elle décrit à son tour un lacet, où s'embranche vers le nord un large chemin sylvo-pastoral (point 7a) qu'il faudra emprunter.
Le trajet entre le col et l'embranchement du chemin donne une
coupe continue du Jurassique terminal :
- Pendant une cinquantaine de mètres l'on recoupe la succession
de bancs métriques alternés de faisceaux de petits
bancs onduleux et à surfaces grumeleuses du Tithonique
supérieur [j9b].
- On passe, par des bancs à faciès conglomératiques
(anciennement appelées "fausses-brèches"),
aux bancs massifs du Tithonique moyen, qui commencent à
affleurer à mi-distance du lacet par lequel la nouvelle
route, goudronnée, revient vers le sud-ouest. Ces gros
bancs à litage onduleux se poursuivent une dizaine de mètres
plus au nord le long de la route empierrée
- après une zone de bancs moins épais (sans joints
marneux), qui sont les termes inférieurs de la barre tithonique
[base de j9-8], on atteint, une vingtaine de mètres avant
le lacet, les bancs calcaires interstratifiés de lits marneux
du Kimméridgien [j8a].
D'autre part durant ce trajet le regard porte, vers le sud-ouest, jusqu'à l'autre flanc de l'anticlinal de Perquelin, représenté par le Séquanien et le Kimméridgien du Bec Charvet, tandis que le coeur du pli, où affleure l'Argovien, correspond à la dépression des prairies situées en contrebas du chalet. On a donc là une combe anticlinale*, bien typique du phénomène d'inversion du relief *.
Immédiatement à droite de l'embranchement du chemin sylvo-pastoral (point 7a) on peut se livrer à une instructive analyse des caractères microstructuraux des calcaires à lits marneux du Kimméridgien (fig. 5). Elle met notamment en évidence les effets d'une déformation par cisaillement à déversement vers l'est, inhabituelle dans les chaînes subalpines (où le déversement général est orienté vers l'ouest).
Cette déformation, que l'on peut donc qualifier de "rétrodéversement" (voir la légende de la fig. 4), s'avère tardive vis-à-vis de la formation des plis majeurs. Cela signifie plus précisément que, après le plissement principal, est intervenu un nouveau serrage, qui s'est principalement exprimé par un cisaillement rétroverse, tendant à faire s'enfoncer le synclinal oriental de la Chartreuse sous l'anticlinal de Perquelin.
D'autres rétrodéversements de ce type sont connus dans les chaînes subalpines des environs de Grenoble. Leur origine a fait l'objet de diverses hypothèses ; l'une, notamment, consiste à y voir l'effet d'un mouvement relatif d'enfoncement vers l'ouest ("sous-charriage") du socle cristallin de Belledonne sous sa couverture (c'est-à-dire sous les massifs subalpins) : les observations faites dans le secteur où nous nous trouvons sont de celles qui démontrent le caractère tardif qu'aurait eu nécessairement cet hypothétique déplacement du socle cristallin de Belledonne par rapport au plissement principal des chaînes subalpines.
Le chemin sylvo-pastoral continue à se diriger vers le nord, c'est-à-dire presque selon la direction des couches. En fait il coupe les bancs en biseau si aigu que l'on ne traverse guère qu'environ 3 m d'épaisseur pour 10 m de parcours. Néanmoins on descend dans la série et l'on constate effectivement assez vite que les calcaires, toujours en bancs pluridécimétriques, deviennent dépourvus de joints marneux, ce qui indique que l'on a atteint le Séquanien. Ils tendent d'ailleurs à dépasser alors la verticale pour acquérir un pendage vers l'ouest.
Après moins de 200 m de trajet (point 7b), à l'occasion d'un léger rentrant vers l'est le chemin entaille les marno-calcaires de l'Argovien.
Ce changement de la nature de la roche pourrait paraître normal car il respecte l'ordre stratigraphique, descendant, de la succession. Toutefois il est anormalement brutal (alors que c'est un passage transitionnel qui est habituel entre Argovien et Séquanien) et l'épaisseur stratigraphique des bancs de Séquanien traversé (au maximum 50 m) est notoirement inférieure à la puissance normale de la formation (au minimum 200 m). Enfin le contact entre les deux formations est souligné par une zone, d'épaisseur décimétrique, où la roche est hachée en feuillets garnis de surfaces calciteuses inclinés de 70° vers l'ouest, ce qui indique une friction mécanique. Ceci conduit à reconnaître le passage d'une faille à fort pendage ouest. Il s'agit du prolongement septentrional du "chevauchement du Manival", accident qui ramène, par un chevauchement d'ouest en est, l'Argovien du coeur de l'anticlinal de Perquelin par dessus la succession de son flanc est (fig. 2 et fig. 4).
Le chemin reste sur près de 300 m dans l'Argovien (qui
montre quelques passées de bancs plus calcaires), jusqu'à
l'endroit (point 8a) où il s'en détache vers
la droite un chemin d'exploitation forestière récent,
qu'il ne faut pas suivre (il fait d'ailleurs un lacet et revient
vers le sud au bout d'une trentaine de mètres).
Les couches argoviennes ont là un pendage subvertical et
une schistosité (nettement réfractée) à
pendage est (fig. 6). Immédiatement
au delà, notamment au franchissement d'un thalweg boisé
qui s'élève vers le nord-est en direction du point
coté 1760, on voit de nouveau affleurer des bancs de calcaires
séquaniens dotés ici d'un pendage de 30 à
50° vers l'est.
Si cette succession correspond bien à celle que l'on attend, puisque l'on doit là remonter dans la série stratigraphique du flanc ouest de l'anticlinal de Perquelin, on note toutefois que les pendages des couches sont dirigés vers l'est, de sorte que l'on doit admettre que l'on est ici en série renversée.
En rive nord du thalweg boisé (point 8b) les bancs du Séquanien sont tranchés par une surface subhorizontale ; en effet, au dessus, dans l'entaille amont du chemin, on retrouve de l'Argovien, d'ailleurs très schistosé. De fait on peut observer cette surface dans le chemin même, où elle affleure à plat, dégagée sur près d'un mètre carré : on y voit des écailles calciteuses imbriquées, leurs abrupts regardant vers l'ouest, dotées de stries E-W.
Les particularités de ce secteur s'expliquent donc en définitive, par le passage d'une surface de chevauchement, presque plate, à déversement vers l'ouest (fig. 6), sous laquelle les couches se renversent par rebroussement en crochon : Il s'agit très vraisemblablement du prolongement septentrional du chevauchement du Bec Charvet (c.C, fig. 2) ou, à tout le moins, d'un accident de la même famille.
Il faut rappeler que cet accident, qui s'observe sans ambigüité plus au sud, dans la coupe naturelle des hautes pentes du ravin du Manival, est une structure précoce qui affecte le flanc ouest de l'anticlinal de Perquelin et qui a été basculée avec lui par le plissement principal.
Au delà (c'est-à-dire au dessus de cet accident
secondaire) les couches se succèdent dans un ordre stratigraphique
ascendant, avec un pendage ouest modéré, ce qui
indique que l'on est bien dans le flanc ouest de l'anticlinal
de Perquelin :
- L'Argovien affleure dans tout le vallonnement déboisé
qui fait immédiatement suite (point 8c) ; sa stratification,
pentée à 35° vers le nord-ouest, y est assez
largement masquée par une schistosité qui pend à
25° vers le sud-ouest.
- puis les calcaires séquaniens qui forment l'échine
qui descend vers le sud-ouest depuis le point coté 1760.
Ils ont le même pendage de 35° vers le nord-ouest et
affleurent jusqu'à l'extrémité nord de la
zone boisée (là où s'embranche une ébauche
de chemin subhorizontal).
- dans la reprise de montée qui suit, sur le revers nord
de cette échine (point 8d), il leur succède
enfin des niveaux riches en lits marneux (qui n'affleurent que
médiocrement et seulement sur une dizaine de mètres),
qui représentent sans doute la base du Kimméridgien.
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On a vu que la schistosité que présentent les couches du flanc ouest de l'anticlinal a un pendage vers l'est, d'ailleurs assez modéré, ce qui s'accorde avec un pli fortement déversé du vers l'ouest (ceci sera confirmé plus loin, par exemple dans l'Argovien du point 14 ou dans le Berriasien basal du point 16) Au contraire la schistosité du flanc est, pentée vers l'ouest, témoigne d'un déversement du pli vers l'est (ce qui est d'ailleurs cohérent avec le dessin d'ensemble de la structure). |
Le vallonnement de prairies qui correspond à la lisière
des derniers bois, immédiatement au delà du point
8d, ne montre aucun affleurement. Cependant tout, dans le
contexte régional, indique qu'il est déterminé
par le passage du décrochement de Bellefond. On observe
en effet ce dernier sans ambiguité au sommet de ce vallon
(cf point 10a).
Dans la direction opposée (vers l'aval du vallonnement), le prolongement de cette faille (largement interrompu par les éboulis et le couvert végétal) se repère, très en aval du col du Coq, en contrebas nord-est du point 16, par le décalage la barre tithonique (fig.1).
Contrairement à ce qu'indique la carte Domène, cette faille ne traverse pas l'arête nord du Bec Charvet : le décalage de la barre tithonique que l'on observe effectivement à l'endroit de son passage supposé est, en fait, dû au chevauchement du Bec Charvet (voir la fig.10).
Sur l'échine de prairies qui succède à ce vallon le chemin s'élève par deux grands lacets dans des calcaires assez clairs, en bancs pluri-décimétriques dépourvus de joints marneux (dotés d'un pendage de 15 à 20° vers le nord-ouest). Compte tenu de la rareté des bons affleurements l'attribution stratigraphique de ces couches n'est pas évidente, mais elles appartiennent vraisemblablement déjà au Tithonique inférieur.
Ceci est contraire aux indications de la 1° édition de la carte Domène, qui les attribue encore au Kimméridgien, mais on y trouve déjà des faciès conglomératiques (évoquant les "fausses-brèches" du Tithonique), notamment dans le tournant du premier lacet saillant vers le nord (point 9a).
De plus ces couches passent pratiquement en continuité stratigraphique aux gros bancs du Tithonique moyen qui forment tous les sous-bois situés plus au nord.
Toutefois, une dizaine de mètres au sud du premier lacet, on observe une zone de roche broyée, pétrie de feuillets de calcite, qui traverse la branche montante du chemin sur une largeur d'environ 1 m. Cette bande de mylonite a un feuilletage vertical et le sens de l'obliquité de ce feuilletage (plus méridien) par rapport à ses épontes lui confère les caractéristiques d'une zone de cisaillement par décrochement dextre.
On la retrouve plus au nord-est le long du raccourci qui s'élève dans cette direction, et plus au sud-ouest, dans la branche descendante du chemin (fig. 4). Elle correspond donc sans doute au passage d'une faille sensiblement N35°E, mais celle-ci ne peut être que très mineure car aucun décalage notable des niveaux repères n'est repérable dans ses prolongements.
Le chemin aboutit au sommet d'une large échine (point
9b), 300 m au sud du habert de Pravouta (il est inutile
de descendre à ce chalet car il on n'y voit aucun affleurement).
La vue vers le nord montre bien que l'anticlinal de Perquelin
dessine une ample demi coupole. Cette voûte anticlinale
est toutefois crevée par la dépression fermée
du habert de Pravouta (d'origine évidemment karstique).
À ce détail près, la morphologie est donc
plutôt conforme*, puisque c'est pratiquement celle d'un
"mont" jurassien.
Le flanc est du pli commence avec les falaises du pied du Roc
d'Arguille, formées par le ressaut principal de la corniche
tithonique inférieure (Tii), qui ceinturent la dépression
du chalet du côté est (on constate d'ailleurs qu'elles
sont parfaitement continues et ne montrent aucune trace d'un décalage
dû au passage d'une cassure susceptible de prolonger, au
nord est du chalet, celle observée au point 9a).
Pour traverser ces barres rocheuses, le mieux est, à
tous points de vue, d'en contourner l'extrémité
sud par l'un des sentiers qui partent à flanc vers le nord-est
(de préférence celui qui passe le plus bas et qui
est d'ailleurs le mieux marqué).
A l'endroit précis où le sentier atteint ces rochers
(point 10a) un examen tant soit peu attentif révèle
de clairs indices (fig. 8) du passage d'une
cassure verticale, qui n'est autre que le décrochement
de Bellefond. Cet accident se montre d'ailleurs partagé
en plusieurs plans secondaires, espacés de quelques mètres.
Il se prolonge visiblement vers l'aval, dans le vallon, d'orientation
identique à celle des plans de fracture, qui longe le pied
de l'arête ouest du point 1760 (c'est celui qui passe entre
les points 8d et 9a).
En fait cette cassure est doublée par une seconde, beaucoup moins visible, qui passe environ 30 m plus à l'est dans le versant. Cette dernière se raccorde, quant à elle, à la faille de chevauchement du Manival, orientée N-S, qui arrive en ce point en traversant presque en courbe de niveau le versant ouest du point 1760 (fig. 4). Elle vient donc à la rencontre du décrochement et, comme elle ne se poursuit nullement vers le nord doit être sectionnée (et sans doute la décale vers l'est) par ce dernier : on a ici la preuve de l'antériorité (ou à tout le moins de la simultanéité) du fonctionnement des cassures longitudinales (comme celle du Manival) sur celui des décrochements.
Dix mètres plus haut le sentier débouche sur
un replat de prairies d'où l'on peut examiner les alentours
du "collet de Pravouta" (point 10b), qui
sépare les deux sommets du Roc d'Arguille (fig.
9).
Gagner ce collet, ouvert dans les bancs lités du Tithonique
inférieur de la lèvre méridionale du décrochement.
Ces couches ont un pendage de 50° vers l'est (pendage surtout
visible sur le versant oriental) car elles appartiennent au flanc
est de l'anticlinal de Perquelin.
Ce n'est pas au collet que passe la branche principale de la faille de Bellefond, mais une vingtaine de mètres plus au nord, à la limite des prairies (arbre mort fourchu sur la crête). On s'en rend compte, avant tout, par la différence de pendage qui se manifeste là, les couches du compartiment nord ayant un faible pendage vers le nord-ouest (mais l'un comme l'autre des deux compartiments sont formés par du Tithonique).
Cette différence de pendage est due à ce que le rejet coulissant, dextre, de la faille amène face à face des couches différemment situées par rapport à la charnière de l'anticlinal de Perquelin : flanc est pour le compartiment sud et voûte du pli pour le compartiment nord.
Depuis les abords du collet de Pravouta, en regardant vers la partie septentrionale du chaînon de la Dent de Crolles, on voit, entre la Lance sud de Malissard et le col de Bellefond, le décrochement de Bellefond sous l'aspect d'une simple ligne verticale qui tranche toutes les couches. Cela vient de ce qu'on l'observe ici exactement d'enfilade (puisque l'on est sur son tracé même) et que le paysage donne une coupe bien représentative de son attitude, puisque parfaitement transverse à cet accident (extrémité droite du panorama de la fig. 11).
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Depuis le collet de Pravouta on gagne aisément, par un court trajet, l'un ou l'autre des deux sommets du Roc d'Arguille.
- a) Le Roc d'Arguille méridional (point
coté 1760) s'atteint par une échine de prairies
où l'on progresse en suivant la tranche des bancs, à
pendage est, du Tithonique inférieur. Du sommet la vue,
particulièrement bien dégagée en direction
du sud, s'ouvre sur le Grésivaudan et la chaîne de
Belledonne (fig. 10).
du côté nord le recul - et l'éclairage en
général favorable - permettent de bien distinguer
l'inflexion synclinale qui affecte le Tithonique du Roc d'Arguille
nord, à la voûte de l'anticlinal de Perquelin (c'est
en fait l'ondulation anticlinale immédiatement plus occidentale
qui est crevée par la dépression de Pravouta. On
a également une excellente perspective sur les pentes comprises
entre la Dent de Crolles et les Lances de Malissard bien que la
suite du panorama, vers l'ouest, (fig. 11)
soit cachée par le Roc d'Arguille septentrional.
- b) Pour atteindre le Roc d'Arguille septentrional
(point coté 1768) il faut d'abord traverser les
premiers rochers tithoniques du versant nord du collet (ou les
contourner par leur contrebas gauche) : ils appartiennent au compartiment
amygdalaire compris entre le plan de la cassure principale et
la faille secondaire qui le limite du côté nord-ouest
(cette traversée montre d'abord quelques bancs lités
du Tithonique inférieur, puis, sur 30 m, les bancs massifs
du Tithonique moyen). Un couloir d'herbe bien marqué correspond
à la deuxième cassure dont la lèvre septentrionale
est formée par du Tithonique supérieur, faiblement
penté vers l'ouest (flanc oriental du repli synclinal affevtant
la voûte de l'anticlinal de Perquelin).
En gagnant la rive nord de ce couloir on rencontre d'abord des
affleurements assez représentatifs des bancs lités
onduleux (Tis a, fig.9), qui sont particulièrement
abondants ici à la base du Tithonique supérieur.
Au delà on s'élève en franchissant la succession
des gros bancs massifs du Tithonique tout à fait supérieur
(Tis b, fig.9), où se rencontrent de
beaux exemples de faciès de conglomérats "intraformationnels"
à galets de Tithonique ("fausses brèches"
des anciens auteurs), puis on suit la tranche du plus élevé
d'entre eux pour finir d'atteindre l'échine sommitale du
Roc d'Arguille.
Arrivé au point culminant (point 11) il est conseillé
de redrescendre de quelques dizaines de mètres vers le
nord pour dégager au maximum la partie basse du panorama
vers le nord, qui donne une coupe naturelle du massif à
la latitude de Saint-Pierre-de-Chartreusef (fig.
11 et fig. 12).
Au collet de Pravouta (point 10b) trouver le sentier qui descend à flanc en sous-bois vers le sud. Il traverse d'abord des dalles structurales de Tithonique, inclinées vers l'est, du versant oriental du Bec d'Arguille méridional.
De là, en regardant vers le nord on voit encore en arrière plan le Tithonique du Roc d'Arguille, subhorizontal, et, en contrebas de sa falaise, les ressauts plus modestes du Kimméridgien et du Séquanien : cette observation rend frappante la dissemblance d'attitude structurale entre compartiments nord et sud du décrochement de Bellefond.
A l'orée sud du bois (point 12) on franchit quelques
bancs rocheux qui se distinguent de ceux précédemment
traversés à deux égards :
- il ne s'agit plus de Tithonique mais de calcaires argileux,
alternés de joints marneux, où l'on reconnaît
des niveaux déjà élevés du Berriasien
;
- leur pendage est assez faible et, surtout, dirigé vers
l'ouest ; or le sommet stratigraphique de la succession (marnes
de Narbonne) se trouve du côté est par rapport à
cet affleurement, qui est donc formé de couches renversées
En fait ces couches sont séparées du Tithonique
du Bec d'Arguille méridional, qui affleurent immédiatement
au dessus dans la pente, par un contact anormal, qui correspond
au chevauchement du col du Baure (fig. 2 et
fig. 4). Le sens du déversement de dernier
est clairement indiqué par le rebroussement vers l'est
des couches du compartiment chevauché.
Sur 300 m le sentier traverse à flanc de pente une zone
d'éboulis encore actifs, puis atteint le col des Ayes
(point 13). Au col même affleurent les marnes de Narbonne,
qui montrent un fort pendage (70°) vers l'est.
Ces marnes affleurent largement dans les ravines situées
au nord-est du col. Il faudrait s'élever d'une centaine
de mètres sur la pente de la Dent de Crolles pour les voir
faire placeaux couches de base des calcaires du Fontanil, dont
le pendage est toujours dirigé vers l'est mais possède
une valeur beaucoup plus modérée (inférieure
à 45°).
La variation progressive de pendage qui s'observe donc depuis des premières couches berriasiennes, renversées vers l'est, est simplement liée au fait que l'on s'éloigne de la voûte de l'anticlinal de Perquelin (fig. 2) : on quitte le flanc est de cet anticlinal (fortement redressé par le déversement vers l'est qui caractérise ce pli) pour passer dans le flanc ouest du synclinal chartreux oriental et se rapprocher de plus en plus du fond de sa gouttière (l'axe de ce synclinal passe peu à l'ouest du sommet de la Dent de Crolles).
Le glacis régulier, garni de prairies et semé de gros blocs d'Urgonien, qui s'élève depuis le col le Habert des Ayes vers la Dent de Crolles correspond à la surface de la nappe d'éboulis anciens (Ex) que le ravin de la Gorgette entaille du côté sud (voir la fig. 3). Le chemin qui rejoint la route (au niveau du parking) n'en traverse que la partie basse, suffisamment disséquée par le ravinement pour que le substratum marneux y ressorte de place en place ou donne, à tout le moins, un sol fortement glaiseux jaunâtre.
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Depuis le col jusqu'au chalet du Habert du Coq, la route goudronnée
recoupe, dans le sens descendant, la succession stratigraphique
du flanc est de l'anticlinal, d'abord avec le Tithonique inférieur,
puis le Kimméridgien et enfin le Séquanien. Ce dernier
affleure aussi, depuis le tournant où s'embranche le chemin
du Habert du Coq, tout au long de la portion de route dirigée
vers le nord jusqu'à l'embranchement de la route forestière
de l'Océpé (qui monte vers le nord). Toutes ces
couches restent à pendage subvertical, voire renversées
légèrement (pentées vers l'ouest de 80 à
70°)
On remarquera, en passant aux abords du Habert du Coq, que ce
dernier (en contrebas duquel affleure l'Argovien) est situé
immédiatement au pied d'un talus de pierrailles grossières
: il s'agit du front d'un petit vallum que l'on peut qualifier
de pseudo-morainique car il correspond en fait à une minuscule
langue de "glacier rocheux" (à peine longue de
500 m), c'est à dire à une sorte de coulée
de blocs d'éboulis limitées par un bourrelet frontal.
Elle est descendue de la face nord-est du Bec Charvet et ses matériaux
ont sans doute glissé (comme c'est en général
le cas) à la surface d'une loupe de glace. Elle date probablement
des toutes dernières étapes de glaciation du massif.
Sitôt après la bifurcation de la route forestière de l'Océpé (point 14) de médiocres affleurements marno-calcaires de l'Argovien sont visibles en bordure de la route ; on pourrait penser qu'ils constituent simplement le terme suivant de la série stratigraphique du flanc est de l'anticlinal de Perquelin : en effet leur pendage, de 50° vers l'ouest, pourrait, somme toute, être attribué à un renversement plus accentué de couches. Pourtant l'on ne peut plus retenir cette interprétation lorsque l'on constate qu'ils sont affectés d'une schistosité dont le pendage est incliné vers l'est : cela indique qu'ils appartiennent au contraire au flanc ouest de l'anticlinal. Ceci est confirmé sans conteste par le fait qu'ils passent à des calcaires du Séquanien (également à pendage incliné vers l'ouest), 300 m plus en aval (avant le tournant qui contourne le départ du téléski).
La situation tectonique du point 14 est donc identique à celle du point 7b (cf plus haut) : là aussi, la brutalité de ce changement de flanc de pli, sans qu'aucune charnière ne soit visible (ni même soupçonnable en raison de la faible distance séparant les affleurements attribuables respectivement à l'un et l'autre flanc de l'anticlinal) impose de voir là le passage de la cassure longitudinale (c'est à dire parallèle aux couches et aux axes de plis) qu'est le chevauchement du Manival (fig. 2).
À partir de cet embranchement la route va effectuer, dans le sens stratigraphique ascendant, une traversée complète du Jurassique et du Berriasien du flanc ouest de l'anticlinal de Perquelin. Après un tournant creux vers le sud, toujours dans le Séquanien, elle rentre dans les bancs calcaires à joints de marnes du Kimméridgien inférieur à l'embranchement du chemin forestier de l'Emeindras (point 15).
La suite de la descente du vallon vers l'ouest s'effectue dans une nappe continue d'éboulis, jusqu'au delà d'un tournant en lacet. Ce dernier prélude à un trajet légèrement remontant, à flanc de pente vers le sud, la route abandonnant provisoirement son trajet est-ouest, perpendiculaire aux structures pour évoluer plutôt parallèlement aux directions des strates. La route entaille alors, en léger encorbellement deux ressauts successifs appartenant le premier au Tithonique moyen et le second au Tithonique supérieur puis, après une coulée d'éboulis, elle fournit un bon affleurement des marno-calcaires à ciment naturel du Berriasien basal [n1a] (point 16). Il est intéressant de remarquer que ces derniers sont affectés d'une schistosité pentée à 40° vers l'E (celle-ci est assez intense pour être plus visible que la stratification, pentée au contraire à 45° vers l'ouest), témoin de la tendance au déversement vers l'ouest qui régnait lors de son développement (voir plus haut les remarques relatives à la chronologie des évènements tectoniques).
Les affleurements s'interrompent sur un bon kilomètre
lors de la traversée du replat d'éboulis anciens
de Pleynon et ne reprennent que dans la descente vers un premier
ravin, avec des niveaux plus calcaires et plus élevés
dans la succession des couches du Berriasien. La route recoupe
ensuite, de façon discontinue, sur plus de 3 kilomètres
et au gré de ses sinuosités, des pointements de
calcaires argileux du Berriasien, à pendage vers l'ouest
de plus en plus modéré (jusqu'à moins de
30°), ce qui indique que l'on passe insensiblement du flanc
ouest de l'anticlinal de Perquelin au flanc est du synclinal du
Sappey. La fin du trajet suit du sud vers le nord le fond de thalweg
du ruisseau de l'Orme et les derniers affleurements correspondent
au pont qui fait passer définitivement sur la rive est
du ruisseau (point 17), plus d'un kilomètre avant
d'atteindre premières maisons du village de Brévardières.
A partir de là elle traverse les déjections ébouleuses,
tantôt fines tantôt grossières, qui tapissent
les basses pentes de la forêt de l'Océpé :
le matériau prédominant y est constitué par
les calcaires du Tithonique car ce sont ces derniers qui affleurent
en dalles structurales dans le haut de ces pentes boisées
(qui appartiennent au flanc ouest de l'anticlinal de Perquelin).
Après le village de Brévardières, et jusqu'au delà de Saint-Hugues, la route rejoint puis suit la surface, très plane, d'une vieille terrasse quaternaire. Celle-ci constitue le prolongement méridional de celle de Saint-Pierre-de-Chartreuse et s'appuie comme elle sur d'anciennes alluvions glaciaires (qu'elle recouvre par places). C'est le témoin d'un ancien remplissage alluvionnaire de la vallée dont l'origine est certainement à rechercher dans la présence, lors du retrait des glaciers würmiens, d'une langue encore épaisse (dépendant du glacier du Rhône) au débouché de la vallée du Guiers Mort, qu'elle barrait à Saint-Laurent-du-Pont.
La D57b s'engage ensuite dans une entaille d'érosion plus récente du torrent pour rejoindre la D512 (qui descend du col de Porte) au "pont des Bargettes". En rive gauche du vallon que l'on rejoint (notamment le long de la route du col de Porte) de médiocres affleurements des niveaux basaux des marnes de Narbonne montrent qu'elles ont là un pendage est de plus de 50° : on a donc atteint et même traversé l'axe du synclinal du Sappey (la charnière de ce pli est effectivement visible, 1 km plus au nord-est, dans le lit du Guiers en amont de la Diat).
Si l'on suit à pied l'itinéraire décrit ci-dessus il faut noter qu'un très bon chemin se détache de la route D57b, 500 m en aval du point 15, immédiatement après le lacet qui prélude à sa traversée légèrement ascendante vers le sud (à son départ il est suivi par une ligne électrique aérienne). Il rejoint la même route, 500 m au sud du village de Brévardières. Cet itinéraire n'a aucun intérêt géologique car il ne montre que des éboulis mais il raccourcit le trajet de près de 6 kilomètres ...
On peut également suivre la route jusqu'au point 16, puis prendre, 100 m au delà, dans le tournant saillant, un chemin qui descend vers le nord dans le creux d'un vallon aveugle. Celui-ci est fermé à l'aval par le Tithonique du compartiment nord du décrochement de Bellefond (la faille s'observe immédiatement plus au sud-ouest, dans un collet boisé, entre Tithonique au nord et Berriasien au sud). Cet itinéraire rejoint ensuite le précédent par une traversée descendante vers le nord-ouest.

















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1° édition. Texte, figures et mise en page par M.GIDON, mai 1993 © M.GIDON et association "A la découverte du patrimoine de Chartreuse" (tous droits de reproduction réservés) 1993. |