1/25.000° I.G.N. : "TOP25" 3334OT, ou Série
bleue "3234 est-GRENOBLE".
1/50.000° géologique : feuille Domène (XXXIII-34).
Trajet proposé :
L'itinéraire ici proposé (fig. 1) demande une journée. Il constitue un circuit qui fait atteindre, à partir de La Diat, l'arête nord du Charmant Som (partie A) et la franchir pour revenir par le vallon de Valombré (partie C). Il peut se compléter par un aller-retour en direction du sommet de la montagne (partie B).
On peut en abréger le trajet pédestre de deux
façons :
- en atteignant en voiture l'un des villages de Martinière
ou des Revols et en ne parcourant, en aller-retour, que la partie
A (ce qui ne demande qu'une petite demi-journée) ou les
parties A et B (ce qui demande une grosse demi-journée).
- de la même façon, mais en faisant la totalité
de l'excursion en circuit, en déposant au préalable
une voiture, pour l'utiliser au retour, à Valombré
(point 11a).
L'intérêt essentiel de cette excursion est de
montrer le contraste de structure entre les deux versants de la
crête qui ferme du côté sud-ouest la dépression
de Saint-Pierre-de-Chartreuse : de son coté oriental la
marge ouest de la Chartreuse orientale, avec ses plis sectionnés
de failles, refoulée sur le flanc est de l'anticlinal médian,
de l'autre le coeur, éventré par l'érosion,
de cet anticlinal. En outre on a l'occasion de traverser et d'observer
le décrochement de l'Oursière, qui est un des prolongements
méridionaux de celui de l'Alpe.
Toutefois les conditions d'affleurement y sont très moyennes
(voire parfois médiocres) et ce n'est donc pas pour l'exemplarité
des observations qu'il faudra aborder cette excursion : il faut
surtout la parcourir, en tant que complément à celles
des fascicules 1A et 1H, si l'on désire acquérir
une connaissance plus complète du massif du Charmant Som.
- Les paragraphes ou phrases écrits en italiques
sont ceux relatifs au choix ou au repérage de l'itinéraire
;
- Les textes encadrés donnent des aperçus
globaux sur la géologie de la partie d'itinéraire
qui leur fait suite ;
- Les paragraphes écrits en retrait concernent,
selon le cas, des détails secondaires, des observations
accessoires ou des commentaires plus spécialisés
dont l'abord nécessite une culture géologique relativement
poussée : ils peuvent donc être sautés en
première lecture.
- Les astérisques * renvoient le lecteur, pour plus
d'explications sur des termes particuliers ou sur le contexte
géologique général, à l'opuscule spécial
consacré à la vue d'ensemble de la géologie
du massif de la Chartreuse. Ce dernier pourra aussi être
consulté pour obtenir des compléments d'informations
sur les formations géologiques rencontrées. Il faudra
cependant se reporter à la notice des cartes géologiques
à 1/50000° si l'on cherche une description détaillée
de ces formations.
- Les sigles placés entre crochets [] dans le texte
sont les notations désignant les niveaux stratigraphiques
sur les cartes géologiques de la France à 1/50.000°.
On trouvera, dans la liste des abréviations (via le bouton
ad hoc), les noms de ces niveaux et l'ordonnance de leur succession
ainsi que les notations abrégées qui leur correspondent
dans les diverses figures.
- Le symbole 'phi' minuscule, utilisé sur les figures
pour désigner les chevauchements mineurs (Ø désignant
ceux plus importants) n'est pas disponible pour les textes. il
est donc remplacé par 'f' dans les légendes
Il est possible pour un bon marcheur d'étoffer encore
cette excursion en la combinant avec une partie de celle décrite
au fascicule 1A, sous le nom de "version abrégée"
(2° édition, p.5) : pour cela, lorsque l'on atteint
l'échine sud de la montagne, rejoindre les Chalets du Charmant
Som, au lieu de monter directement à l'antécime
sud (et revenir en passant par le sommet et cette antécime).
On peut aussi envisager d'effectuer un circuit encore plus long,
en redescendant vers le col de la Charmette et en revenant par
le Pas de la Cochette, au prix d'un parcours subhorizontal de
2 km vers le nord (débutant peu en aval du point 9 du fascicule
1A, 2° édition) entre ces deux cols. On parcourera
alors la dernière partie du circuit décrit au fascicule
1E (fin de la partie C2 et partie C3), pour rejoindre Malamille
et Valombré.
Un circuit inverse, plus court, consiste à monter en voiture
à Valombré, gagner le Pas de la Cochette (partie
C3, parcourue à l'envers, de la description du fascicule
1E), la fontaine de l'Oursière et le Charmant Som, puis
redescendre par le Collet ; toutefois cet itinéraire laisse
de coté toute la partie A du présent fascicule.
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On peut faire la première partie de la montée
de trois façons différentes :
- depuis le hameau de la Diat (en y laissant éventuellement
des véhicules) ce qui permet de parcourir tout le circuit
proposé (c'est à dire en revenant par la partie
C) ;
- depuis le hameau de Mourinas ou celui des Revols, atteints nécessairement
en voiture (leur accès routier, depuis La Diat, est décrit
ci-après). Mais l'on est alors obligé d'y revenir
par le chemin de montée (sans parcourir la partie C) et
l'on ne peut donc faire que les seules parties A et B de l'excursion.
A la Diat on peut au préalable se porter immédiatement au sud du pont par lequel la D512 traverse le Guiers Mort (point 1a). Le talus de la D512 y est entaillé dans les marnes de Narbonne* (d'age Berriasien supérieur à Valanginien inférieur) [n2M]. Elles ont là un fort pendage est (60°) et appartiennent au flanc ouest du synclinal du Sappey*.
Emprunter sur 200 m la route D520B, qui s'embranche vers l'aval sur la D512 puis traverse un autre pont sur le Guiers Mort. Poursuivre son parcours sur 200 m jusqu'à la maison forestière (point 1b). Sur la rive opposée, le Guiers suit le pied d'une petite falaise formée par les calcaires du Fontanil* [n2F], dont les bancs semblent horizontaux.
Par rapport à l'affleurement précédent celui-ci montre donc des couches plus récentes, bien que les pendages, vers l'est, observés précédemment au point 1a y fassent attendre au contraire des niveaux plus anciens : il doit donc y avoir entre les deux un accident tectonique. Mais l'intervalle horizontal est insuffisant pour qu'il puisse s'agir du gros anticlinal de l'Ecoutoux, dont ce serait pourtant la place normale, de sorte qu'il faut plutôt envisager le passage d'une faille d'orientation NNE-SSW : c'est la faille de la Diat, dont on ne localise d'ailleurs le tracé qu'à de tels indices, sans pouvoir réellement l'observer nulle part.
Ces couches de calcaires du Fontanil peuvent être observées en rive droite, en franchissant le torrent à la faveur d'un petit pont, 100 m en amont de la maison forestière : on y voit qu'ils pendent en réalité perpendiculairement à la rivière, donc vers le NE, d'une valeur d'ailleurs très modeste, de l'ordre de 20°. Ce pendage a une orientation inhabituelle pour le massif : cela vient de ce qu'il correspond en fait à celui de l'axe, plongeant vers le nord, du fond d'un synclinal (et non à celui d'un flanc de pli, où les couches pendraient vers l'W-NW ou l'E-SE, suivant le flanc considéré).
Ce pli est le plus occidental du faisceau des plis qui affectent la partie ouest de la Chartreuse orientale*, c'est-à-dire qu'il correspond au synclinal du Néron*. Sa charnière s'observe dans les pentes plus septentrionales, 80 m au dessus du Guiers (à l'altitude du hameau de Bernière) ; plus haut elle est indiquée cartographiquement par l'apparition d'Hauterivien sur l'échine boisée qui le domine à l'ouest (et surtout dans le versant ouest de cette dernière) ; c'est aussi dans son coeur que sont conservés, encore plus au nord et plus haut, les rochers urgoniens de Roche Cla, Roche May et enfin du Grand Som (fig. 3).
Cette charnière n'est toutefois pas visible ici : ceci n'est pas dû au couvert alluvial et végétal mais au fait que le synclinal y est tranché par la faille de La Diat. Cette cassure met directement en contact le flanc ouest du synclinal du Néron et celui du synclinal du Sappey (auquel appartiennent les marnes de Narbonne du point 1a)
Cette disposition implique que le rejet de la faille de La Diat consiste en un coulissage dextre, car la voûte de l'anticlinal de l'Ecoutoux, supprimée ici, se retrouve, décalée plus vers l'ouest, dans le compartiment situé au SE de la faille (fig. 3).
Prendre la route de Sur Chargeat, qui se détache de la D520B du côté sud. A cet endroit ces deux routes entaillent une zone d'éboulements anciens à gros blocs de calcaires du Fontanil* [n2F]. Il s'agit de l'extrémité aval d'un glissement de versant qui prend sa naissance plus haut en contrebas du hameau du Baffert, situé 300 m au sud-ouest. Cette masse a vraisemblablement glissé sur les marnes de Narbonne [n2M] car celles-ci en forment en grande partie la matrice. Elle masque la faille de la Diat.
La route s'élève d'abord, par deux lacets en sous bois, dans l'amas de blocs de calcaires du Fontanil. Elle traverse néanmoins, dans le second lacet, des bancs de ces calcaires qui sont en place et ont un pendage très modéré (20°) vers le NNE, exactement comme dans le lit du Guiers. Le hameau de Baffert est, quant à lui, installé sur des alternances de calcaires argileux et de marnes. Ces couches sont largement masquées, mais de mauvais affleurements offerts par les fondations des maisons permettent d'y constater que la disposition des couches n'a pas changé. Ces niveaux sont donc vraisemblablement ceux des couches de passage entre les calcaires du Fontanil (qui affleurent plus à l'ouest) et les marnes de Narbonne (qui affleurent en contrebas est, dans les ravins).
A Sur Chargeat ce sont des couches analogues qui affleurent entre les marnes, visibles dans le lacet rentrant avant les maisons (point 2a), et les calcaires du Fontanil francs entaillés par le chemin à l'orée du bois, 200 m plus au nord-ouest (point 2b).
Par contre les bancs y ont un pendage différent, de l'ordre de 45° vers le nord-ouest. Ce changement vient sans doute de ce que l'on a franchi la faille de la Diat entre Le Baffert et Sur Chargeat (fig. 3) : on a ainsi quitté le fond du synclinal du Néron pour passer dans son flanc est, décalé vers le SW par le mouvement de décrochement dextre.
Prendre le chemin qui se dirige vers le sud-ouest : il s'élève très progressivement à flanc de pente et ne montre que des pointements très discontinus de calcaires du Fontanil (point 2c). Ceux-ci sont isolés au sein d'un vaste épandage ébouleux ancien, de sorte que l'on est souvent dans l'incertitude pour décider s'il ne s'agit pas plutôt de gros blocs que de roche "en place". De fait les affleurements plus importants qui sont observables en amont, dans les ressauts cachés par le sous-bois, montrent une morphologie de paquets tassés, bien caractérisée par le fait qu'ils sont découpés en panneaux à sommets aplatis, formant une série d'escaliers décamétriques, séparés par des escarpements (voire par des crevasses plus ou moins comblées d'éboulis).
Ce n'est qu'après un assez long trajet, à la fontaine de Frettevieille (point 3d), que l'on retrouve de bons affleurements, constitués par les alternances de calcaires argileux et de marnes du sommet de la formation des marnes de Narbonne.
Au carrefour de La Diat emprunter la D512 vers le sud : sitôt après le pont sur le Guiers elle entaille, en face d'un hotel (point 1a), des affleurements de marnes de Narbonne [n2M], à pendage est, qui appartiennent au flanc ouest du synclinal du Sappey (un engazonnement a été pratiqué pour stabiliser ces marnes, qui ne vont donc pas tarder à être masquées). On retrouve ces marnes plus loin, dès le pont suivant et au delà de l'embranchement de la route de Saint Hugues (ainsi que dans le lit du ruisseau des Corbeillers). Elles sont ici interstratifiées de petits bancs de calcaires argileux, ce qui porte à penser qu'elles représentent peut-être déjà les couches de transition avec la base des calcaires du Fontanil (à moins qu'il ne s'agisse d'un faisceau de bancs stratigraphiquement intercalé à mi-hauteur de leur série). Quoi qu'il en soit ces marnes pendent encore vers l'est et appartiennent donc toujours au flanc ouest du synclinal du Sappey (ou, si l'on préfère, au flanc est de l'anticlinal de l'Ecoutoux).
Dans la montée ces marnes disparaissent de plus en plus sous des cailloutis à galets ronds : ceux-ci appartiennent à une terrasse alluviale ancienne qui détermine le plateau de Martinière (camping de caravanes) sur lequel débouche enfin la route. Cette terrasse se raccordait initialement, vers le nord à celle de Saint-Pierre-de-Chartreuse (dont elle n'est maintenant séparée que par l'entaille des ravines plus récentes du Guiers et de ses affluents). Elle s'appuie sur d'anciennes alluvions glaciaires, sans doute anté-wurmiennes, qu'elle remanie et que l'on retrouve par places à sa base. C'est le témoin d'un ancien colmatage alluvionnaire de la vallée qui ne peut être dû qu'à l'établissement, après un premier creusement, d'un barrage temporaire, plus à l'aval : la cause de ce dernier doit certainement être la présence, lors du retrait final des glaciers würmiens, d'une langue encore épaisse (dépendant du glacier du Rhône) qui, en s'écoulant du nord-est vers le sud-ouest, obturait le débouché de la vallée du Guiers Mort à Saint-Laurent-du-Pont.
Gagner le village de Mourinas (stationnement possible pour deux ou trois véhicules au maximum), où l'on retrouve le chemin du tour de la Chartreuse (pour la suite, voir ci-dessous).
Du carrefour de la Diat ce sentier suit d'abord la rive gauche du ruisseau de l'Herbétan, au pied d'un talus boisé entaillé dans les alluvions fluviatiles de la terrasse de Martinière (voir ci-dessus). Il montre le soubassement de ces alluvions, formé de marnes de Narbonne, en franchissant un petit ravineau ("ruisseau des Murets") et en s'élevant sur sa rive droite (sud) (point 3a). Il rejoint, par une montée plus modérée dans les alluvions fluviatiles, le sommet de la terrasse de Martinière puis il gagne Mourinas en s'élevant sur une pente d'éboulis.
Après le village de Mourinas le chemin rejoint rapidement
l'itinéraire 1a (à la fontaine de Frettevieille),
par une montée en trois grands lacets. Durant cette
dernière partie du parcours de raccord on traverse des
couches qui appartiennent selon toutes apparences au flanc
est de l'anticlinal de l'Ecoutoux. En effet les premiers affleurements
des basses pentes, visibles dès l'attaque du chemin derrière
la plus haute maison (point 3b), sont formés de
petits bancs calcaréo-argileux décimétriques,
intercalés de marnes à patine jaune qui sont très
vraisemblablement ceux du passage entre les marnes de Narbonne
et les calcaires Berriasien (le fait que ces couches montrent
un très fort pendage vers l'ouest est vraisemblablement
à mettre sur le compte d'un "fauchage",
c'est à dire d'un basculement des strates sous l'effet
du glissement superficiel du versant).
D'ailleurs, plus haut, dans le 2° lacet (point 3c)
des bancs un peu plus calcaires ont un net pendage vers l'est
(par contre les derniers affleurements de ces couches, que l'on
trouve dans la portion précédant le 3° lacet,
sont très confus à cet égard). Par ce dernier
lacet on atteint une petite prairie dont le substratum d'argile
jaune atteste sans doute de la présence des marnes de Narbonne
altérées. Ces marnes, alternées de calcaires
argilo-détritiques ocreux affleurent d'ailleurs dans le
chemin du Collet, immédiatement au sud de la source de
Frettevieille (point 3d). Leur pendage est de l'ordre de 30°
vers l'ouest, ce qui signifie que l'on est passé ici du
côté ouest de la charnière de l'anticlinal
de l'Ecoutoux.
Cependant le faciès de ces marnes est celui des couches de passage aux calcaires du Fontanil et, d'autre part, l'on est tout près d'affleurements de ces calcaires (qui pointent, dans les sous-bois, 150 m plus à l'ouest et à peine 100 m au dessus en altitude) : l'espace entre ces derniers (à pendage ouest) et les calcaires du Berriasien (à pendage est) rencontrés dans la montée est donc trop restreint pour que puisse s'y intercaler la succession complète des couches intermédiaires qui devraient constituer le flanc ouest de l'anticlinal, surtout compte tenu de l'épaisseur normalement plurihectométrique des marnes de Narbonne.
Cette anomalie trahit le passage d'une cassure coulissante dextre, coupant en biseau l'anticlinal de l'Ecoutoux au point de supprimer la partie berriasienne de son flanc ouest sur la transversale où nous sommes : cette fracture est sans doute le prolongement méridional de la faille de la Diat (fig. 3), lequel se détecte d'ailleurs, de la même façon, encore plus au sud, dans le secteur des Revols (voir ci-après) et même au delà des Cottaves.
Suivre la D512 : après le franchissement du grand thalweg des Marrons, qui est suivi d'un large tournant saillant vers le NE, elle s'élève à flanc de pente vers le sud-ouest, en coupant le flanc est de l'anticlinal de l'Ecoutoux (à pendage modeste, de l'ordre de 30°, vers l'E-SE) : elle montre ainsi une succession stratigraphique descendante qui fait passer assez transitionnellement des marnes de Narbonne (avec quelques lits marno-calcaires) (point 4a) aux calcaires gris lités [n1b] du sommet du Berriasien (point 4b).
Prendre à l'embranchement des Guillets la route secondaire
des Revols, qui s'élève d'abord dans ces calcaires
du Berriasien, toujours pentés à l'est et appartenant
donc toujours au flanc est de l'anticlinal de l'Ecoutoux. A l'occasion
du lacet en sous-bois (point 4c) elle franchit la charnière
de ce pli (couches en gros bancs, subhorizontales) puis rentre
dans son flanc ouest (rares affleurements dans les prairies, fig. 2).
Le petit col qui précède l'arrivée au village
(point 4d) est garni d'alluvions d'origine locale, essentiellement
ébouleuses mais qui constituent également la crête
de prés et de bois qui descend vers le village : cette
dernière a tout pour représenter une crête
de moraine qui ferme du côté sud-est un très
petit vallum glaciaire entourant le cirque de Maubouchet, blotti,
plus haut, au pied du Charmant Som. En fait l'ampleur de cette
accumulation de blocaille résulte d'un éboulement
qui a dénudé les dalles du Charmant som (que l'on
distingue, surplombant ce secteur, à l'arrière plan).
Quoi qu'il en soit, ce matériel quaternaire colmate un vallonnement d'orientation NE-SW (cours supérieur du ruisseau du Pendu) à l'extrémité nord duquel les calcaires berriasiens sont en contact direct, du côté ouest, avec les calcaires du Fontanil (ici plutôt pentés vers l'est). Ce vallon correspond donc à un accident tectonique (fig. 2), lequel ne peut guère être qu'une faille d'orientation à peu près parallèle aux plis : il s'agit probablement du prolongement méridional de la faille de la Diat (voir plus haut, §1a).
Stationner dans le petit col et gagner le village à
pied, puis franchir, 150 m au delà, sans s'y engager, un
vallonnement montant vers l'ouest. Juste après, quitter
le large chemin forestier subhorizontal, pour prendre un sentier
qui s'élève à flanc vers le nord. Il rejoint
en moins de 400 m (à 1170 m d'altitude sur une échine
montant vers l'ouest), le chemin qui vient de Mourinas et de Sur
Chargeat (point 4e).
Depuis son embranchement ce sentier est tracé, comme le
chemin qu'il rejoint, sur une terre d'altération ocreuse
d'où ne sortent que de rares et médiocres affleurements
de calcaires du Fontanil ; leur pendage, faible (20°) est
dirigé vers l'est, ce qui veut dire que l'on est passé
dans le flanc ouest d'un synclinal plus occidental, qui est donc
le synclinal du Néron (fig. 2 et fig. 3) .
| Cette partie du trajet conduit à franchir la frontière géologique entre la Chartreuse orientale et la Chartreuse médiane.Cette frontière est constituée par le grand "chevauchement de la Chartreuse orientale", que l'on ne peut malheureusement que localiser (mais non vraiment observer) ici. Cet accident fait "monter", de l'est vers l'ouest, le deuxième de ces domaines sur le premier, ce qui revient à superposer des terrains relativement anciens sur d'autres plus récents, le long d'une surface fortement pentée vers l'est (fig. 2). |
Le chemin s'élève en larges lacets, en ne montrant toujours que de la terre d'altération ocreuse, où sont noyés de rares pointements de calcaires du Fontanil. Il atteint, à 1300 m d'altitude un replat qui correspond à l'effacement de l'échine qu'il suivait et qui est dominé par un petit ressaut boisé (point 5a) ; ce dernier est déterminé par un chapelet de chicots rocheux qui en forment le couronnement. Larges de quelques mètres seulement et alignés N-S, ils sont constitués d'Urgonien : il s'agit d'une lame de roches broyées qui jalonne la surface de chevauchement de la Chartreuse orientale.
En fait cette cassure se dédouble en deux surfaces élémentaires de part et d'autre de la lame d'Urgonien (voir la fig. 2). D'autre part cette dernière se poursuit à flanc de versant (bien que de façon discontinue) ; elle acquiert une épaisseur plus considérable en certains points, notamment plus au sud, à la Roche Penna (fig. 2 et fig. 6) et le long de la route du Charmant Som (point coté 1442, voir le fascicule 1H, point 14b).
Plus en amont on voit en effet affleurer une succession de
couches qui représente à l'évidence celle
du flanc est de l'anticlinal de la Chartreuse médiane,
puisqu'elle est à la fois pentée vers l'est et en
série à l'endroit : on traverse le Sénonien
dans le premier grand lacet vers le nord (point 5b), la
Lumachelle dans le grand lacet vers le sud qui fait suite (point
5c) et dans le deuxième lacet vers le nord et enfin
l'Urgonien supérieur dans la douzaine de courts lacets
par lesquels se termine la montée au Collet.
Au cours des derniers cinquante mètres de trajet avant
le collet, le sentier effectue une traversée vers le sud-ouest.
Il longe en fait là un plan de faille orienté NNE-SSW,
en restant du côté sud de celui-ci. Mais cette cassure
n'est vraiment visible qu'au Collet lui-même (point 6a)
et surtout dans son versant nord-ouest (fig. 4).
C'est le "décrochement de l'Oursière",
l'une des failles majeures du massif (beaucoup plus largement
observable d'ailleurs dans le versant ouest de la montagne du
Charmant Som, où elle est décrite à l'occasion
des itinéraires du fascicule 1A). Son rejet est difficile
à apprécier ici, puisqu'il met en contact Urgonien
contre Urgonien ; il est néanmoins important car le compartiment
nord est formé ici par l'Urgonien basal alors que le compartiment
sud appartient à des niveaux beaucoup plus élevés
de cette formation.
On parvient à suivre cette faille vers le NE, malgré le couvert végétal, dans les pentes du Bois du Grand Logis. Son tracé se perd, au sein des calcaires du Fontanil en partie glissés sur la pente, à l'ouest de Sur Chargeat mais il est clair que sa direction le conduit à se raccorder à la faille de la Diat entre ce village et La Diat (fig. 3).
Par cette connexion le décrochement de l'Oursière se raccorde indirectement, plus au nord, à l'extrémité SE du décrochement du col de l'Alpe. Comme ce dernier se poursuit par ailleurs vers l'ouest, plus directement, par les cassures qui encadrent la Roche May, on a là un exemple des branchements multiples, en gerbe (et avec des raccords en baïonnette entre tronçons plus N-S et tronçons plus E-W), que les diverses failles de décrochement élémentaires du massif nouent entre elles.
En se portant sur les rochers en saillie qui encadrent la brèche du Collet (ou en descendant d'une dizaine de mètres sur son versant nord-ouest) on voit, vers le sud-ouest, le prolongement de cette faille dans les falaises qui tombent du sommet du Charmant Som (fig. 5).
Le sentier suit d'abord les abords de la crête en restant en sous bois, sur le versant est, et en contournant une zone déprimée où se trouvent plusieurs ouvertures de scialets.C'est là que se trouve notamment l'entrée du puits Kriska (point 6b) qui a été exploré jusqu'à une profondeur de 780 mètres.
Cette valeur, supérieure au double de l'épaisseur stratigraphique de l'Urgonien inférieur (dans lequel se trouve l'ouverture du puits), s'explique par le pendage relativement fort des couches de l'Urgonien : cela a induit la formation de galeries fortement pentées, qui suivent les surfaces de couches au lieu de leur être perpendiculaires, comme dans le cas des puits ouverts sur des plateaux (où les couches sont peu inclinées). Le système des conduits qui en résulte dérive progressivement vers l'est (dans le sens du pendage), mais reste dans l'épaisseur de la tranche urgonienne et peut donc descendre profondément sans rencontrer de plancher imperméable.
Après avoir franchi une dernière échine
boisée le sentier débouche sur le glacis rocheux
du versant est du Charmant Som (point 6c), d'où
l'on découvre une vue intéressante en direction
du sud-est (fig. 6). À cet endroit les
niveaux inférieurs des couches à Orbitolines, qui
affleurent très médiocrement (en contrebas est),
reposent sur les couches tout à fait supérieures
(du "toit") de la masse urgonienne inférieure.
À partir de là le sentier s'engage en suivant la
surface de ces couches, qui sont dénudées en formant
de typiques dalles structurales*. Leur dénudation
résulte de ce que la tranche supérieure de l'Urgonien
a glissé et s'est éboulée en contrebas, pour
y former l'accumulation des blocs qui ferme, du côté
aval, la dépression du cirque de Maubouchet.
L'arrachement de la tranche glissée a été facilité par la déclivité favorable des couches et par le rôle lubrifiant joué par les niveaux marneux des couches à Orbitolines. De plus les petites failles NE-SW qui traversent la partie basse du versant ont un rejet qui soulève leur lèvre amont : ceci a du contribuer à placer en déséquilibre la tranche supérieure de l'Urgonien.
Cet arrachement a du se produire à une époque relativement reculée du Quaternaire car la disposition en arc morainique du matériel ébouleux indique qu'à cette époque le cirque de Maubouchet devait être occupé par une loupe de glace. Comme beaucoup d'éboulements analogues de notre région, il a sans doute été contemporain, des derniers stades de retrait des glaciers de l'époque würmienne (dont la disparition a déstabilié les versants sur lesquels ils s'appuyaient).
La traversée des dalles s'effectue le long d'un niveau
de vires à peine ascendantes, chacune déterminée
par une diaclase, voire une petite faille (satellite de celles
qui ont causé l'éboulement), en passant de l'une
à la suivante, légèrement plus élevée.
Lorsque la pente se garnit de nouveau de quelques conifères,
le sentier s'élève en diagonale plus inclinée,
mais toujours en restant sur les couches sommitales de l'Urgonien
inférieur, qui sont disséquées par places
de profondes cannelures orientées selon la ligne de plus
grande pente (c'est un très bel exemple de lapiaz).
Au fur et à mesure de la montée le pendage de ces
couches diminue progressivement ; il finit par basculer vers l'ouest
lorsque la pente du sentier s'atténue et que les arbres
disparaissent de nouveau : cette variation des pendages correspond
évidemment au franchissement de la charnière
de l'anticlinal du Charmant Som (mais le point précis
de l'inflexion correspondant à cette charnière n'est
pas facile à localiser avec précision car l'observation
du pendage est malaisée dans ces bancs épais et
compacts).
Le sentier rejoint alors la large bande de prairies qui s'élève du sud vers le nord sur le flanc est de la montagne (point 7a), et la suit parallèlement à sa crête : c'est la vire des couches à Orbitolines. Celles-ci affleurent sous les prairies, mais y sont largement recouvertes par un semis de blocs éboulés provenant du petit ressaut rocheux qui domine cette vire, du côté ouest : c'est celui de l'Urgonien supérieur du flanc ouest de l'anticlinal.
On peut emprunter le sentier qui suit la vire parallèlement
à sa crête, mais cet l'itinéraire est dénué
d'intérêt et donc plutôt recommandé
pour la descente. Il est plus intéressant de suivre le
sentier qui traverse à flanc vers l'ouest jusqu'à
atteindre l'échine sud de l'antécime méridionale
du Charmant Som (point 7b), où il rejoint
le sentier, très fréquenté, en provenance
des chalets ("haberts") du Charmant Som.
C'est ici la Lumachelle du flanc ouest de l'anticlinal du Charmant
Som qui forme l'arrondi herbeux de la crête, ainsi que presque
tout son versant ouest, où elle affleure en dalles structurales
plongeant d'une trentaine de degrés vers l'W-NW. À
partir de ce point, tout le long du sentier jusqu'à l'antécime,
on peut se livrer à un examen attentif du contact stratigraphique
de la Lumachelle sur l'Urgonien supérieur : on y observe
bien les bioturbations, consistant en terriers remplis de Lumachelle
qui affectent (comme d'ordinaire), sur une épaisseur décimétrique,
le sommet de la dalle urgonienne.
Une dizaine de mètres en contrebas de la première
bosse de l'antécime le tracé de la limite Lumachelle
/ Urgonien traverse horizontalement vers l'ouest pour passer à
flanc du versant ouest : la crête elle-même, d'ailleurs
plus rocheuse, est alors entièrement formé d'Urgonien
supérieur.
Ce changement dans le tracé de la limite Lumachelle / Urgonien
intervient de façon assez brutale parce qu'il est dû
à un accident tectonique : il s'agit d'une faille plate
(c'est à dire à surface de cassure presque horizontale)
qui décale l'Urgonien de son compartiment supérieur
vers l'ouest et le fait chevaucher, en chapeau, sur la Lumachelle
du versant ouest (pour plus de détails sur les accidents
tectoniques de ce secteur se reporter au fascicule 1A, 2°
édition). Il s'agit de l'amorce du chevauchement qui
s'amplifie vers le sud en donnant l"'écaille de
Canaple". La vue en direction du sud permet de comprendre
comment ce détail structural se connecte avec les diverses
structures de la partie plus méridionale du chaînon
(fig. 7 et fig. 8).
On reste dans cette lame d'Urgonien chevauchant jusqu'à l'antécime sud, d'où une courte descente mène à la selle qui la sépare du sommet principal (point 7c) : cette selle est déterminée par l'arrivée de la grande vire des couches à Orbitolines qui parcourt le revers sud-est de la crête. Au delà de la selle on gagne le sommet en s'élevant sur le dos de dalles structurales qui sont constituées par les couches sommitales de l'Urgonien inférieur, débarrassé des niveaux tendres des couches à Orbitolines. Elles sont faiblement pentées vers le sud et se situent pratiquement à la ligne de voûte de l'anticlinal du Charmant Som, qui plonge de cette façon vers le sud.
Au retour on ne peut rejoindre le Collet qu'en parcourant, en sens inverse, la partie B de l'itinéraire (empruntée à la montée). Depuis la selle il est toutefois inutile de remonter à l'antécime sud et il est avantageux de s'engager dans le versant est de celle-ci en prenant le sentier qui suit la vire des couches à Orbitolines.
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On reste cependant dans le flanc oriental de ce pli, et la descente fait traverser la succession de ses couches dans l'ordre stratigraphique descendant. |
Le sentier franchit d'abord la falaise urgonienne en suivant le plan de cassure du décrochement de l'Oursière (fig. 4 : pour plus de détails, se reporter ci-dessus en fin de partie A).
Le rejet étant dextre, les couches du compartiment nord subissent un décalage relatif vers l'est et se trouvent donc affectées (du fait de leur pendage vers l'est) d'un rejet vertical de soulèvement ; c'est pourquoi l'on atteint là, en rive nord du couloir (et après quelques mètres de descente seulement), les niveaux roux du Barrémien inférieur [n4a]. Sur la rive opposée, par contre, on descend encore assez longuement en travers pente, en longeant le pied des falaises, formées par des niveaux beaucoup plus élevés de l'Urgonien inférieur, sans en atteindre pour autant les couches basales.
Le sentier s'éloigne ensuite de ces falaises pour traverser un large vallonnement, garni d'un chaos de gros blocs (point 8) d'où se dégage bien la vue vers le massif du Grand Som (fig. 9 et fig. 10) ainsi que sur le cirque des parois urgoniennes du Charmant Som (la charnière du pli anticlinal s'y distingue assez clairement, à l'aplomb même du sommet). Ce vallon correspond à la combe de l'Hauterivien, comblée par la jupe des éboulis tombés des falaises du Charmant Som. Sur son autre flanc, plus à l'ouest et en amont, les couches de ce niveau affleurent d'ailleurs largement dans les ravines de la bosse de prairies du "Promontoire" (au pied des falaises urgoniennes les plus occidentales visibles).
Puis le sentier s'engage en descente en lacets dans un vallonnement
à arbres clairsemés, à la limite des
éboulis à gros blocs et d'une échine à
ossature d'Hauterivien : ce dernier terrain n'affleure pas véritablement
dans le sentier mais on voit apparaître, dans l'argile garnie
d'herbe qu'il met à nu, des fragments arrondis de calcaires
noirs ("miches") qui en sont typiques. La source qui,
vers 1450 m, est à l'origine d'un petit ravin (point
9a), doit évidemment son émergence à
ce que les circulations d'eaux infiltrées au sein de l'éboulis
sont rassemblées à la surface des niveaux marneux
hauteriviens de son soubassement.
L'Hauterivien continue à former le substratum du sentier,
où il continue à affleurer, de place en place, jusqu'au
lacet où le sentier rejoint pratiquement le fond du ravin
principal. Le sentier entreprend ensuite une traversée
vers le NW au cours de laquelle il passe sur le flanc ouest de
l'échine en entaillant, un peu en corniche, des bancs de
calcaires brunâtres à rares silex lités (point
9b) : ceux-ci appartiennent au membre supérieur de
la formation des calcaires du Fontanil [n2S]. Puis le sentier
traverse une ravine bien marquée avant de s'engager à
flanc d'une autre échine, parallèle. Le dos de cette
dernière, dépourvu d'affleurements, correspond néanmoins
certainement aux bancs plus argileux, alternés de marnes,
qui forment toujours une vire entre le terme n2S et la masse principale
des calcaires du Fontanil [n2F].
Le sentier reprend alors sa descente en lacets réguliers, en ne montrant que des affleurements discontinus, mal débarrassés d'un ancien nappage d'éboulis d'Urgonien. On constate néanmoins que les couches acquièrent un pendage (toujours vers l'est) de plus en plus fort : ceci correspond à une inflexion progressive du flanc est du coeur anticlinal qui s'observe bien à distance, par exemple depuis le point 11a (fig. 2). La descente de l'échine se termine par la traversée, d'est en ouest, de la falaise inférieure de la formation des calcaires du Fontanil (point 10). On rejoint ainsi la conque d'éboulis installée dans la partie berriasienne, éventrée par l'érosion, du coeur de l'anticlinal du Charmant Som ; à cette occasion, en levant les yeux vers la gauche après le premier lacet qui fait suite, on peut distinguer, bien qu'avec difficulté à cause des frondaisons des arbres, la charnière du coeur du pli, que dessinent les divers niveaux de la formation des calcaires du Fontanil (fig. 2).
On gagne le fond du thalweg de Valombré en suivant la surface d'une nappe de blocs et de pierrailles, à matériel varié mais où prédomine l'Urgonien : il s'agit de déjections torrentielles, formées de plusieurs cônes coalescents, qui colmatent le fond d'un ancien petit vallum glaciaire local. Vers le bas le sol devient de plus en plus glaiseux, jaune, ce qui est vraisemblablement attribuable à l'abondance du matériel argileux provenant de l'Hauterivien, réduit en poudre et altéré. Plusieurs chemins s'y entrecroisent (le bon sentier décrit des lacets tandis que des pistes forestières le recoupent et descendent en plus droite pente) mais il est peu important de bien s'y repérer car tous aboutissent finalement à la route, 600 m au sud du habert de Malamille et 200 m en aval d'un pont sur le torrent de Valombré, à l'orée ouest d'une clairière.
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La première partie de cet itinéraire routier fait parcourir de nouveau la succession des couches du flanc oriental de l'anticlinal de la Chartreuse médiane (précédemment traversée dans le sens descendant), mais dans le sens stratigraphiquement remontant et avec de bien meilleurs affleurements |
Suivre la route, à peu près rectiligne à la lisière du bois sur 250 m (pendant lesquels elle traverse à flanc l'extrémité aval de la nappe de déjections torrentielles), jusqu'au moment où elle tourne vers la gauche pour prendre une direction exactement N-S (point 11a). En se retournant vers le sud, on voit la voûte urgonienne de l'anticlinal du Charmant Som (qui correspond à son sommet) et surtout la charnière, de forme assez curieuse, qui affecte son coeur de calcaires du Fontanil (fig. 2 ).
N.B. : en cas d'utilisation d'un véhicule déposé à l'avance pour le retour, on peut stationner celui-ci en bordure de route aux abords amont de ce point.
La route décrit, 250 m plus en aval, un tournant très saillant vers le nord en franchissant l'échine de prairies qui descend de la droite (point 11b) : celle-ci correspond à la crête morainique méridionale d'un vallum local construit par un petit glacier logé dans le cirque de Valombré, au pied nord du Charmant Som.
Dans ce tournant un large chemin se détache en direction du nord : on peut y faire un détour. En le suivant sur 200 m on atteint une échine boisée (point coté 931) dont l'ossature est formée par le Tithonique du coeur de l'anticlinal du Charmant Som (mais la charnière du pli elle-même est enlevée par l'érosion du versant ouest de cette butte).
Ce Tithonique est flanqué du côté est (dans l'ensellement qui précède l'arrivée à la crête) par les marno-calcaires du Berriasien inférieur. En fait le contact entre les deux formations n'est pas stratigraphique mais correspond au passage d'une cassure presque nord-sud qui est sans doute le témoin le plus septentrional de la "faille du Grand Poyat" (voir le fascicule 1A). Cette dernière est en outre visible dans les pentes plus méridionales : c'est elle qui sectionne en oblique l'Urgonien, vertical, de l'éperon inférieur de la crête de Chamechine, et le met en contact direct avec les calcaires du Fontanil de l'échine boisée qui prolonge cette crête, en contrebas.
Passé ce tournant, la route s'écarte du thalweg
de Valombré pour suivre, à flanc de pente, la lisière
supérieure de la vasque de prairies de Valombré.
On retrouve alors une vue comparable à celle du point 8
(fig. 9) sur le massif du Grand Som et le site
du couvent de la Grande Chartreuse (voir aussi la fig. 3 du
fascicule 1E). A peine 200 m au sud du tournant saillant,
après un tournant creux accentué (point 11c),
l'entaille de la route montre de nouveaux affleurements, constitués
de bancs de calcaires gris à minces joints marneux du Berriasien
moyen [n1b]. Ces couches sont dotées d'un pendage compris
entre 30 et 40° vers l'est, comme les couches de calcaires
gris de faciès analogue et d'age à peine plus jeune
qui affleurent encore dans le tournant saillant situé 300
m plus au nord-est.
L'on traverse ensuite, sur 400 m, une nappe d'éboulis remaniant
des éléments exotiques d'origine glaciaire. Elle
cache la zone de transition entre les calcaires gris du Berriasien
inférieur et moyen et les calcaires du Fontanil. Ce terme
stratigraphique (souvent masqué mais observable au nord
du couvent) comporte des niveaux marneux mais ils y sont toutefois
rares et peu épais. Il est noté n2M sur la feuille
Domène car on peut y voir l'équivalent latéral,
extrèmement réduit, des marnes de Narbonne, si épaisses
en Chartreuse orientale : en fait les niveaux correspondant à
ces marnes sont presque totalement envahis ici par des faciès
calcaires qui constituent la partie basse de la formation des
calcaires du Fontanil.
Au delà de ce hiatus d'affleurements la route, légèrement en encorbellement sur 200 m, donne une coupe des niveaux inférieurs des vrais calcaires bicolores du Fontanil [n2F], qui sont sans doute d'age Berriasien supérieur, comme en Chartreuse occidentale. Puis elle contourne, par un tournant fortement saillant vers le nord (point 12), un éperon rocheux boisé. Celui-ci correspond au sommet de la masse principale, la plus massive, de la formation des calcaires du Fontanil ; le pendage des bancs y atteint la 60 à 70° vers l'E, valeur maximale qu'il manifeste dans tout ce flanc est de l'anticlinal du Charmant Som.
Le vallonnement qui fait suite trahit le passage (inobservable) du niveau marneux qui sépare ces calcaires de ceux des niveaux terminaux ("calcaires à silex" [n2S]). Les marnes à miches de l'Hauterivien [n3], à pendage à peine moindre, sont visibles dans un dernier ravinement, 250 m avant le pont de Valombré. De l'autre coté de ce pont, en rive droite du Guiers (point 13) le pied de falaise est constitué par les couches rousses du Barrémien inférieur [n4a]. Leur pendage, déjà beaucoup plus modéré, diminue encore progressivement de l'ouest du pont vers l'est.
Au total le trajet de la route de Malamille montre que les couches, bien que toutes inclinées vers l'est, décrivent néanmoins une ondulation, ce qui fait passer leurs pendages par des valeurs successivement modestes, puis devenant fortes et enfin de plus en plus faibles. C'est là un enchaînement tout à fait normal : il correspond à l'inflexion par laquelle un flanc est d'anticlinal (ici celui du Charmant Som) se raccorde au flanc ouest du synclinal qui lui fait suite, ici du côté est. De fait, la portion suivante du trajet va permettre d'observer ce synclinal, grâce au niveau relativement profond atteint par la coupe naturelle.
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Le synclinal de la marge est de la Chartreuse médiane
(SM, fig. 2), ailleurs souvent masqué
par le chevauchement de la Chartreuse orientale, est ici bien
visible : il est complètement dessiné par l'Urgonien
(et par ses couches basales de calcaires roux du Barrémien
inférieur [n4a]), entre le pont de Valombré et le
nouveau pont du Grand Logis (par lequel la route passe en rive
gauche du Guiers Mort).
La charnière du pli, largement ouverte, passe pratiquement
à l'emplacement de l'ancien pont du Grand Logis et est
orientée sensiblement comme lui. Toutefois on éprouve
une certaine difficulté à la localiser exactement
en suivant seulement le bord de la route : cela vient de ce que
l'Urgonien y est affecté d'une multitude de petites fractures
qui rendent difficiles la distinction des véritables surfaces
de strates.
Cette charnière est surtout bien visible à distance
(dans les abrupts entaillés par la route en rive opposée),
depuis l'extrémité rive gauche de l'ancien pont
du Grand Logis.
A cette extrémité (rive gauche) de l'ancien pont du Grand Logis s'ouvre une grotte : elle correspond à une résurgence à fonctionnement intermittent, typique des circulations souterraines avec siphons (du type dit "vauclusien"). La localisation de cette résurgence est évidemment liée à la disposition synclinale des couches : en effet les eaux souterraines circulant dans les couches urgoniennes, les plus perméables parce que fissurées, sont arrétées au sommet de leur soubassement marneux hauterivien et rassemblées dans la gouttière naturelle du synclinal. Aussi les eaux sortent-elles dans l'axe de la gouttière structurale, là où elle est tranchée, comme ici, par un trait de scie qui est assez profond pour atteindre la formation imperméable sous jacente.
C'est là que sont ressorties les eaux colorées injectées par les hydrogéologues en 1991 au puits Kriska (point 6b). Ceci montre qu'au sud du Guiers il s'effectue un drainage du sud vers le nord. Pourtant l'axe de l'anticlinal du Charmant Som plonge dans le sens opposé, vers le sud ; pour expliquer ce paradoxe on peut envisager soit que le synclinal ait un plongement axial opposé à celui de l'anticlinal, soit qu'il intervienne une autre cause gênant le drainage vers le sud. Il est probable que la deuxième hypothèse est la bonne et que cette cause est le sectionnement oblique, à une altitude qui croît du nord vers le sud, de la dalle de l'Urgonien de la Chartreuse médiane par la surface de chevauchement de la Chartreuse orientale (c'est en effet vers 1200 m d'altitude que ce biseautage s'observe dans le versant ouest de la Pinéa).
En rive droite, l'appui nord-est du pont routier du Grand Logis (point 14) montre de nouveau des calcaires rousseâtres grenus du Barrémien inférieur. Ils sont dotés d'un pendage vers l'ouest, ce qui est logique puisque l'on est ici sur le flanc est du synclinal que décrit l'Urgonien ; mais on voit, de plus, que le pendage de ces couches s'accentue d'ouest en est, au point de dépasser la verticale à une vingtaine de mètres du pont : il y a donc là un rebroussement du flanc est du synclinal, fait que l'on doit certainement interpréter comme un "crochon d'entraînement"* déterminé par un chevauchement. Au droit du bâtiment de la station d'épuration de Saint-Pierre-de-Chartreuse, la roche des derniers affleurements devient même assez friable, parce qu'affectée d'un fort feuillage vertical : on reconnaît à ce caractère que les couches du Barrémien inférieur subissent là le début d'une déformation en "mylonite"* (il en est de même, symétriquement, sur la rive opposée). Cette transformation témoigne d'un fort l'écrasement est-ouest, qu'il est logique d'attribuer à l'effet du tout proche chevauchement de la Chartreuse orientale.
Il y a une certaine opposition entre le caractère largement ouvert du synclinal, dont le dessin indique finalement un plan axial peu déversé, voire vertical, et le rebroussement - étirement de son flanc est par un chevauchement générateur de déversement vers l'ouest. En fait deux interprétations des données d'observation sont possibles : la première consiste à voir le pli comme un simple crochon, de taille hectométrique, du chevauchement ; la seconde préfère envisager que le chevauchement est venu tardivement rompre un pli formé antérieurement (le crochon de rebroussement étant surajouté au pli à grand rayon de courbure).
C'est la deuxième interprétation qui doit être privilégiée : en effet elle rend compte du manque de cohérence logique entre les deux groupes de faits d'observation (ce qui n'est pas le cas de l'autre) ; d'autre part elle s'accorde avec les données recueillies par ailleurs, surtout dans l'ouest du massif, qui montrent que des plis (sans doute formés à l'Oligocène) ont été érodés avant le dépôt de la molasse miocène, qui est clairement antérieur aux chevauchements.
Les appuis amont du pont routier du Grand Logis se situent exactement au point où le Guiers Mort traverse la surface de chevauchement de la Chartreuse orientale : celle-ci n'est pas visible car la bande de roches broyées et feuilletées ("mylonite") qu'elle a déterminé, sans doute assez épaisse, a été évidée par l'érosion en donnant naissance à deux vallonnements symétriques, disposés transversalement au lit du Guiers Mort, l'un et l'autre comblés d'alluvions fluviatiles anciennes. Ces dernières ne représentent d'ailleurs qu'un résidu de la terrasse de Saint-Pierre-de-Chartreuse, rencontrée en début d'excursion (voir le § b2 de la partie A1), que le Guiers a ici fortement réentaillée et presque totalement déblayée. On les observe ici en rive droite, dans le chemin forestier de Combe Froide, immédiatement en amont du bâtiment de la station d'épuration de Saint-Pierre-de-Chartreuse.
En amont du pont, les premiers affleurements de bord de route (point 15) (qui sont ceux de l'ossature de l'échine boisée de la rive est du vallonnement transversal) sont constitués de calcaires du Fontanil : on apprécie le rejet vertical ( de l'ordre de 600 m, au moins) qu'implique une remontée aussi brutale de ces couches relativement anciennes. (le déplacement mesuré sur la surface de chevauchement excède certainement 1000 m). Ces calcaires se singularisent par leur faciès assez clair et massif, qui rappelle celui des calcaires "pseudo-urgoniens" [n2Co] qui se développent plus au NW en Chartreuse médiane, ainsi que dans toute la Chartreuse occidentale (où ils forment une partie des falaises du chaînon de la Grande Sure).
Le faciès de ces calcaires pourrait faire croire qu'il s'agit d'une lame d'Urgonien étiré, qui serait alors comparable à celle que l'on observe en de nombreux autres points, le long du chevauchement, par exemple le long de la route du Charmant Som (point 14b du fascicule 1H). Toutefois, si cela était le cas, la position de ces couches ne serait guère logique puisqu'elles reposeraient non sur des couches plus récentes qu'elles (ce qu'implique un contact anormal de chevauchement), mais au contraire sur des couches plus anciennes (puisque c'est la base du Barrémien inférieur qui s'observe là sous le chevauchement). Au contraire ces couches sont là à leur place stratigraphique normale, sous les calcaires bicolores, de faciès Fontanil plus typique, qui affleurent immédiatement en amont sur les deux rives.
Par ailleurs on remarquera que, ici comme sous la Pinéa et en divers autres points, la succession chevauchante de la marge ouest de la Chartreuse orientale ne manifeste pas de tendance à développer une charnière frontale en pli-faille, à l'opposé de ce qui se passe au Grand Som (fig. 10) ou plus au nord (environs de Saint-Pierre-d'Entremont). Ces différences de géométrie de détail, d'un point à l'autre de la surface du chevauchement, ne tirent pas à conséquence et ne doivent pas étonner : elles résultent principalement de l'obliquité de la surface de cassure par rapport aux couches des plis qu'elle tranche, mais également, bien sûr, des divers autres aléas locaux.
Plus en amont la route ne montre plus d'affleurements car son entaille est garnie par un mur de béton. Lorsque ce dernier s'interrompt on voit ce qui en a justifié la construction. En effet tout ce versant de rive gauche se révèle alors constitué par un amas de blocs plurimétriques de calcaires du Fontanil, disposés en tous sens et de façon instable : c'est la marge ouest du glissement de versant du Baffert, déjà observé en début d'excursion (voir plus haut : point 1c).










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Texte, figures et mise en page par M.GIDON, juin 1993 © M.GIDON et association "A la découverte du patrimoine de Chartreuse" (tous droits de reproduction réservés) 1993. |