1/25000° Série bleue "3234 est - Grenoble"
ou Domène 1-2
1/50000° géologique, feuille Domène.
Des itinéraires qui parcourent la montagne de Chamechaude seuls deux sont à la fois praticables par tous et dotés d'un intérêt géologique suffisant pour mériter une description.
L'itinéraire principal (A) a pour point de départ
le col de Porte, que l'on atteint en voiture, par un trajet de
8,5 km depuis Saint-Pierre-de-Chartreuse, et de 17,5 km depuis
Grenoble . On y trouve un grand parking à voitures.
Il correspond sensiblement à la voie d'accès la
plus classique (fig. 1) et n'en diffère que par la variante
proposée pour franchir les escarpements supérieurs,
qui permet de le parcourir en circuit dans sa partie supérieure
(c'est arbitrairement, ou plutôt conformément au
goût de l'auteur, qu'a été adopté un
sens de description du circuit plutôt que l'autre).
Il suit un bon sentier, dépourvu de passages délicats,
sauf pour l'escarpement tout à fait sommital qui se franchit,
à l'aide d'un câble, par une escalade de 5 m, facile
et peu exposée. La dénivellation est modeste (à
peine 800 m), de sorte qu'une grosse demi-journée est suffisante
pour le parcourir, compte tenu de ce que, à l'exception
de l'examen du panorama sommital, les observations géologiques
sont brèves et plutôt rares
Un itinéraire annexe (B), également accessible depuis Le Sappey par le vallon de l'Émeindras, est décrit à la fin de l'opuscule (il comporte toutefois un bref passage d'escalade et une traversée à flanc de falaise qui est un peu « exposée » et ne doit pas être pratiquée en cas d'enneigement persistant sur la face ouest). Les deux itinéraires peuvent être combinés en une excursion de la journée, au départ du col de Porte comme du Sappey.
cette excursion, très classique sous l'angle touristique,
a pour principal intérêt géologique de fournir,
depuis le sommet, un splendide panorama de la partie sud-orientale
du massif de la Chartreuse. Par contre les observations de terrain
y sont un peu limitées, tant sous l'angle de la variété
des roches que de celui des structures tectoniques.
Le secteur où elle se déroule correspond à
la partie centrale de l'ensemble structural dit « de la
Chartreuse orientale »*. Ce dernier comporte avant tout
(fig. 2) trois grands plis qui sont, d'ouest en est, l'anticlinal
de l'Écoutoux, le synclinal du Sappey et l'anticlinal de
Perquelin, mais aucun d'entre eux n'est toutefois directement
observable ici. Ces plis sont coupés en oblique, peu au
nord du sommet, par une faille de décrochement qui représente
le prolongement le plus occidental connu du grand décrochement
de Bellefond : malheureusement elle est également difficile
à voir.
Les rochers sommitaux de Chamechaude sont constitués pour l'essentiel par une dalle d'Urgonien inclinée vers l'ouest, isolée par l'érosion en butte-témoin (fig. 2). En fait il s'agit plus précisément d'un « volet synclinal »* (on dit aussi un « pupitre ») c'est à dire de la moitié (ici orientale) d'un fond de « synclinal perché »* car, vus du nord, dans l'axe de leur arête (notamment en montant de Saint-Pierre-de-Chartreuse vers le col de Porte), ces rochers laissent percevoir un début de rebroussement synclinal à leur bord ouest. On peut remarquer en outre que c'est le seul reste qui nous soit conservé, dans tout le massif de la Chartreuse, de la portion de la dalle urgonienne qui a été ployée par le synclinal du Sappey.
1/25.000° I.G.N. : « TOP25, 3334 OT » ou Série
bleue « 3234 est - Grenoble ».
1/50.000° B.R.G.M. (géologique), feuille Domène
1°édition (la 2° édition est en préparation).
- Les paragraphes ou phrases écrits en italiques
sont ceux relatifs au choix ou au repérage de l'itinéraire
;
- Les textes encadrés donnent des aperçus
globaux sur la géologie de la partie d'itinéraire
qui leur fait suite ;
- Les paragraphes écrits en retrait concernent,
selon le cas, des détails secondaires, des observations
accessoires ou des commentaires plus spécialisés
dont l'abord nécessite une culture géologique relativement
poussée : ils peuvent donc être sautés en
première lecture.
- Les astérisques * renvoient le lecteur, pour plus
d'explications sur des termes particuliers ou sur le contexte
géologique général, à l'opuscule spécial
consacré à la vue d'ensemble de la géologie
du massif de la Chartreuse. Ce dernier pourra aussi être
consulté pour obtenir des compléments d'informations
sur les formations géologiques rencontrées. Il faudra
cependant se reporter à la notice des cartes géologiques
à 1/50000° si l'on cherche une description détaillée
de ces formations.
- Les sigles placés entre crochets [] dans le texte
sont les notations désignant les niveaux stratigraphiques
sur les cartes géologiques de la France à 1/50.000°.
On trouvera, dans la liste des abréviations (via le bouton
ad hoc), les noms de ces niveaux et l'ordonnance de leur succession
ainsi que les notations abrégées qui leur correspondent
dans les diverses figures.
- Le symbole 'phi' minuscule, utilisé sur les figures
pour désigner les chevauchements mineurs (Ø
désignant ceux plus importants) n'est pas disponible pour
les textes. il est donc remplacé par 'f'
dans les légendes.
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Ce soubassement est notamment visible dans le premier tournant de la D512 en direction de Grenoble, 250 m au sud du col. On y voit que le pendage des lits marneux y est incliné d'une trentaine de degrés vers l'ouest, ce qui correspond au fait que ces affleurements appartiennent au flanc ouest de l'anticlinal de l'Écoutoux*. La voûte de ce pli passe environ 500 m à l'est du col mais n'est pas observable en raison de la couverture d'éboulis et de végétation. |
Depuis le parking du col, en direction de l'est, un chemin de terre mène à la partie basse d'une clairière en forme de large couloir (piste de ski) qui s'élève en direction du sommet de la montagne (visible dans son axe). Le ruissellement qui attaque la surface du sol y dénude des argiles qui représentent les produits d'altération des marnes de Narbonne [n2M], effritées et rubéfiées (point 1). Suivre la lisière nord (gauche) de cette clairière, où passe le téléski, pour ne pas rater le large chemin d'exploitation forestière qui s'engage en sous-bois vers la gauche, après 250 m de trajet.
C'est ce chemin qui offre l'itinéraire de montée le plus confortable. Mais on peut aussi suivre le téléski jusqu'en haut et, au-delà, atteindre directement le sommet de la piste par un petit sentier qui grimpe en lacets sur son coté sud : cet itinéraire, nettement plus rapide, est cependant un peu raide et surtout il ne montre que des éboulis, de sorte qu'il est plus recommandé de ne l'emprunter que pour la descente (fig. 1).
Le chemin décrit trois larges lacets et se transforme
en un simple sentier après le premier. Il traverse une
pente garnie d'éboulis mais ces derniers alternent, vers
le bas, avec des zones glaiseuses rougeâtres qui attestent
toujours de la présence de marnes de Narbonne à
très faible profondeur ; plus haut par contre, au delà
du 3° lacet, il laisse voir par places, dans son entaille
amont, de mauvais affleurements de calcaires du Fontanil [n2F].
Le sentier atteint la lisière supérieure des bois
dans la partie basse d'un vallonnement rempli d'éboulis
vifs (qui sont encore alimentés actuellement depuis les
pentes supérieures de la montagne). il passe en rive sud
du vallon et atteint la source du Bachasson (point 2),
auprès de laquelle est construite une cabane de bergers.
L'eau sourd ici sur un bedrock rocheux formé de marnes
et de calcaires argileux à patine gris bleutée.
Bien que ces affleurements soient très médiocres
on y reconnaît sans ambiguïté les couches de
l'Hauterivien [n3] (qui y ont même livré des oursins
spatangues typiques de ce niveau). En fait ces eaux doivent provenir
de circulations fissurales dans l'Urgonien inférieur et
être collectées là par le passage d'une faille.
L'existence de cette faille découle d'abord de la cartographie
géologique du secteur, qui fait apparaître deux choses
:
- d'une part l'Urgonien affleure, en direction du sud, à
une altitude inférieure à celle des affleurements
hauteriviens de la cabane, ce qui ne devrait pas être le
cas, puisqu'il repose, normalement, sur l'Hauterivien ;
- d'autre part l'on se trouve effectivement ici dans le prolongement
du tracé d'une cassure, orientée nord-est - sud-ouest,
qui coupe l'Urgonien des rochers sommitaux (fig.
1).
Cette faille est en fait le décrochement de Bellefond*
(c'est là son prolongement le plus occidental connu : en
effet il se poursuit sans doute encore plus vers le sud-ouest
mais on on l'y perd, dans les versants boisés au sud du
col de Porte).
Origine de la source : Cette faille a donc un rejet qui remonte, dans son compartiment nord-ouest, les couches de l'Hauterivien (peu perméables), par rapport à celles de l'Urgonien (fissurées) de son compartiment sud-est : cela a pour effet de créer un barrage vis-à-vis des circulations qui se font au sein de cet Urgonien, car leur écoulement y est guidé vers l'ouest par le pendage des couches, qui est orienté dans cette direction : il se crée donc, le long de la faille, une gouttière à substratum argileux hauterivien qui ramasse les eaux et les canalise vers le sud-ouest à la marge de la masse urgonienne tranchée par la faille ; ces circulations viennent alors au jour au point où les niveaux urgoniens qui les hébergent sont tranchés par la surface topographique (qui est plus inclinée que celle des couches).
Le sentier traverse ensuite le vallonnement pour gagner l'échine herbeuse de sa rive nord (point 3). Celle-ci se montre constituée de marnes alternées de bancs calcaires à débit en miches, typiques de l'Hauterivien, qui émergent assez largement de l'éboulis, sur plus de 50 m de dénivellation. Le pendage des couches, ici clairement observable, se révèle dirigé vers l'est, ce qui indique que l'on se trouve ici dans le flanc ouest du synclinal du Sappey. Il est donc dirigé en sens opposé de celui, orienté vers l'ouest, des bancs de l'Urgonien qui affleurent sur l'autre rive, au sud de la cabane, et cette différence s'explique, bien sûr, par le passage du décrochement de Bellefond.
Le décrochement de Bellefond a pour effet de mettre ici bout à bout, l'un au nord de l'autre, les flancs ouest et est du même synclinal. Ceci confirme que son jeu principal a bien consisté en un décalage horizontal ("coulissement"). Ce rejet est en outre dextre (comme celui de toutes les failles de la même orientation en Chartreuse) puisque c'est le flanc oriental du pli qui est amené, dans le compartiment sud, en face du flanc occidental du compartiment nord.
Le chemin décrit deux grands lacets en recoupant le vallonnement ébouleux qui cache la faille et repart vers le sud (en passant par le point coté 1743) avant d'atteindre le pied d'une ligne discontinue d'escarpements rocheux (La Folatière). Peu au delà (point 4) il se partage en deux branches divergentes, au pied d'un rocher isolé qui domine la rive nord du vallonnement.
Ce monolithe présente un aspect particulier (fig. 3) , évoquant une sculpture faite de main d'homme. Ceci est dû en fait au vent et surtout au gel qui ont dégagé en creux les niveaux les plus friables du calcaire urgonien. Ce n'est pas un bloc éboulé : il est « en place », simplement isolé par l'érosion, car les couches ainsi mises en évidence ont un pendage ouest, identique à celui de la dalle urgonienne qui descend du sommet (il en représente donc une sorte de sentinelle avancée). On remarque en outre que l'orientation de son pendage indique que l'on est de nouveau dans le flanc est du synclinal du Sappey et que l'on a donc franchi le décrochement pour l'atteindre.
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On aura du moins tout le loisir d'étudier les faciès de l'Urgonien, qui sont, même à l'oeil nu, plus variés qu'on ne le penserait de prime abord. Un examen attentif permettra même de voir que certaines couches sont littéralement pétries de débris de coquilles |
À cet endroit le chemin le plus utilisé traverse
vers la droite. Mais il est plus intéressant d'emprunter
le sentier qui contourne vers la gauche le pied du monolithe,
puis s'élève en courts lacets dans la pelouse qui
colonise les éboulis (marque « jardin » à
la peinture sur le socle du monolithe puis flèches jaunes
à pointe rouge).
NB : Le sentier de droite, en fait le plus fréquenté,
gagne, en traversant une dernière fois le sommet du couloir
d'éboulis, les rochers de la rive sud du vallonnement.
Puis il traverse, vers le sud, les pentes semées de conifères
de la Folatière, où il s'élève en
diagonale sur les gradins inclinés de la dalle urgonienne
du flanc est du synclinal. C'est lui qui est décrit plus
loin, comme voie de descente.
Arrivé au pied des falaises ce sentier bifurque (point
5). La branche de gauche ne rejoint pas le sommet mais s'engage
dans une vire (« sangle ») légèrement
descendante qui permettrait de faire le tour de la montagne (voir
plus loin, chapitre B).
On ne l'empruntera pas, mais on peut cependant se porter jusqu'à
son entrée pour examiner les affleurements. On y retrouve
des strates inclinées d'un trentaine de degrés vers
l'est, ce qui veut dire que ces bancs urgoniens appartiennent
au flanc ouest du synclinal et que l'on est passé là,
de nouveau, du côté nord du décrochement (on
en a donc suivi grossièrement le tracé en grimpant
depuis le monolithe de la Folatière). On constate en outre
que la vire est déterminée par un niveau de calcaires
argileux jaunes à nodules pluricentimétriques, d'environ
2 m d'épaisseur. Cette observation illustre le fait qu'il
existe, dans la masse urgonienne, des variations notables des
faciès.
Il s'agit là de lits relativement tendres qui se situent à peu près au tiers inférieur de la masse urgonienne inférieure (fig. 2) . Ils pourraient être confondus, à l'examen de leur seul faciès, avec certains bancs des couches à Orbitolines ou du Barrémien inférieur [n4a]. De tels niveaux plus tendres existent à différents niveaux mais ils conservent rarement le même faciès et le même rôle morphologique sur de longues distances, à la différence des deux précités.
Prendre le sentier de droite, qui continue à s'élever
en direction d'une sorte de gorge. Il s'agit de la « cheminée
ouest » de Chamechaude, dont l'entrée est repérable
par la mention "DANGER" peinte sur le rocher.
NB : Depuis le point marqué "danger" on
peut également, si l'on est rebuté par l'aspect
chaotique de l'accès à la cheminée, rejoindre
le sentier de l'itinéraire décrit ci-après
dans le sens de la descente (c'est en fait l'itinéraire
le plus ordinairement fréquenté) : utiliser, pour
ce faire, les multiples pistes traversant à flanc vers
le sud.
La « cheminée ouest » de Chamechaude est
garnie d'éboulis à gros blocs, qui s'y sont accumulés
lors d'un effondrement de falaise datant des années 80.
Contrairement à ce que l'on pourrait attendre de sa situation,
de son orientation et de sa morphologie cette gorge ne suit pas
le tracé de la faille de décrochement : Ce dernier
passe au contraire dans le nez même du promontoire rocheux
qui la borde du côté nord (cela se voit d'en bas,
avant de s'engager dans la "cheminée", au changement
de pendage des couches de part et d'autre de ce nez : pentées
vers l'est à gauche elles reprennent un pendage ouest à
droite). On débouche de la gorge sur ce promontoire rocheux
(restes d'une construction métallique), à l'endroit
même ou passe le décrochement (point 6). Le
tracé de celui-ci rejoint au delà, à flanc
de pente vers le NE, l'arête nord de Chamechaude.
Depuis ce point l'on s'élève jusqu'au sommet par
une pente régulière de rochers et d'herbe : il s'agit
d'une « dalle structurale », mise à nu au sein
de la masse urgonienne inférieure par des arrachements
et glissements successifs de tranches de roche (ce qui a alimenté
les éboulis anciens tapissant les basses pentes de la montagne).
Le panorama depuis le sommet est très bien dégagé
dans toutes les directions, sauf vers le sud où les avant-plans
masquent la dépression du Sappey : dans cette direction
on voit surtout le rebord est du Vercors (qui n'est en général
pas éclairé favorablement, en raison du contre-jour).
La vue vers le nord (encore plus dégagée si l'on
s'éloigne sur l'arête assez au nord du sommet) donne
une coupe transversale du massif (fig. 4) .
Celle vers l'ouest, sur le chaînon du Charmant Som (fig. 5), est également intéressante
malgré une orientation moins favorable pour le géologue.
Le début de la descente se fait en franchissant plusieurs ressauts (le premier, qui est le plus important, est équipé de câbles) : chacun d'entre eux correspond à une marche d'un escalier naturel de dalles structurales, toutes dégagées dans la masse urgonienne inférieure par l'arrachement de plaques dont les fragments sont allés alimenter en contrebas l'éboulis de la Folatière. On atteint ainsi la brèche Arnaud qui, en dépit du fait qu'elle domine une cheminée étroite et profond de la face est, ne correspond à aucune cassure (les bancs urgoniens ne manifestent aucun décalage de part et d'autre).
Il est intéressant de suivre aussi loin que possible vers le sud le rebord supérieur du grand plan incliné jusqu'à approcher du promontoire méridional de la montagne (point 7). En effet on y bénéficie, grâce au recul, d'une meilleure perspective sur les rochers sommitaux, ce qui permet d'en appréhender clairement la disposition. En outre, plus on avance vers l'extrémité sud plus la vue se dégage dans cette direction, d'abord sur le crêt du Saint-Eynard puis sur la cuvette synclinale du Sappey et enfin sur le splendide « mont dérivé »* de l'Écoutoux, dont l'échine boisée plonge vers le nord et s'enfonce sous le col de Porte.
Il faut éviter cependant de descendre trop bas, car
il est ensuite nécessaire de retraverser en direction du
nord le glacis herbeux installé sur la dalle urgonienne,
au dessus de la limite inférieure des prairies, afin de
rejoindre l'unique chemin praticable de ce point. Ce sentier ne
descend d'ailleurs qu'à peine dans la succession des couches
de l'Urgonien inférieur et reste souvent en dalle structurale
pour rejoindre, au point 4, le vallonnement ébouleux et
le sentier emprunté à la montée.
Jusqu'au Bachasson on suivra ce même sentier en sens inverse,
mais on aura avantage à le quitter, 100 m en contrebas
de la cabane, pour emprunter sur la gauche un sentier plus direct,
qui se dirige vers le sud et rejoint le sommet de la piste de
ski. Arrivé là on peut suivre soit le raccourci
qui longe la lisière sud de cette clairière soit
un chemin mieux tracé qui s'engage en sous bois sur la
gauche.
La traversée du sous-bois, sous la cabane (50 m au sud de l'embranchement), montre encore quelques très mauvais affleurements de calcaires du Fontanil (point 8) : la position de ces affleurements, isolés en contrebas de ceux de l'Hauterivien de la cabane du Bachasson, laisse à penser qu'il s'agit des niveaux sommitaux de la formation. Plus bas on ne traverse plus que des éboulis
Cet itinéraire sera décrit dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, notamment parce que c'est dans ce sens que le passage, un peu délicat, du franchissement de l'arête nord de la montagne se fait le plus facilement. Il débute à la source du Bachasson, atteinte par l'itinéraire A (point 2).
Ce trajet, étant circulaire, peut également être parcouru en abordant la montagne de diverses façons, et notamment par le versant est : prendre pour cela, depuis le Sappey, la route carrossable qui passe par le Churut, jusqu'aux prairies de Montjalat, installées vers 1150 m. d'altitude sur les marnes de Narbonne. De là un très large chemin, qui passe par les chalets du même nom, permet d'atteindre le habert de Chamechaude en s'élevant sur la nappe d'éboulis anciens [Ew] symétrique de celle du col de Porte. Il est alors conseillé de faire le tour de la montagne, dans le sens de la description, jusqu'au point 5, de gagner le sommet et enfin de revenir par le chalet du Bachasson puis par le début de l'itinéraire B.
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À la source du Bachasson emprunter, vers le sud-ouest,
le sentier horizontal qui s'engage dans le sous-bois. Il ne
traverse d'abord, sur près de 300 m, que des éboulis.
Puis il longe le pied des gradins inférieurs de la falaise
urgonienne et offre, à l'occasion d'un nouveau passage
en éboulis, une belle échappée sur le bassin
du Sappey (d'où surgit l'échine boisée de
la montagne de l'Écoutoux).
Il montre les derniers affleurements d'Urgonien en traversant
l'échine sud-ouest de la montagne : ceux-ci ont un pendage
faible mais clairement orienté vers l'ouest, ce qui veut
dire que l'on est toujours là dans le flanc est du synclinal
du Sappey. La charnière de celui-ci passe donc encore plus
à l'ouest. Or l'on est ici au moins 600 m plus à
l'ouest que l'endroit où cette charnière passe dans
les rochers sommitaux, au nord du décrochement de Bellefond
(fig. 1) . Puisque l'axe du pli est sensiblement
N-S, il en découle que le rejet horizontal induit par cette
faille est au moins de cette grandeur.
Passé le changement de versant, le sentier traverse
horizontalement la facette sud-sud-ouest de la montagne, en s'éloignant
progressivement de la falaise urgonienne (car elle s'élève
vers l'est, du fait de son pendage). Entre la source du ravin
de Ruisset (point 9) et l'échine sud de la montagne
(qui descend vers le Sappey) il traverse des affleurements d'Hauterivien
[n3] assez continus, qui se poursuivent encore dans les premières
pentes orientées au sud-est, jusqu'à la source de
Pré Boiteux.
Au delà, jusqu'aux abords du ravin de Croze (qui descend
de la brèche Arnaud), la traversée de ces pentes
boisées ne montre guère que des éboulis stabilisés
par la végétation. Cependant la montée des
couches vers l'est tend à amener à l'affleurement
des niveaux progressivement plus anciens (fig. 2,
coupe D). Aussi la rive droite du ravin de Croze montre-t-elle
les calcaires du Fontanil supérieurs [n2S], tandis que
le fond même de ce thalweg (point 10a) met à
nu le niveau d'alternances marno-calcaires (à faciès
proche de celui de l'Hauterivien) qui les séparent des
calcaires du Fontanil inférieurs [n2F]. On traverse la
partie haute de ces derniers par un large chemin, légèrement
descendant. Il débouche sur les prairies du habert (chalet)
de Chamechaude, à un carrefour de chemins (point 10b),
40 m en amont de ce dernier (qu'il n'est pas utile de rejoindre).
L'échine du habert de Chamechaude représente le sommet d'un lambeau résiduel du glacis de vieux éboulis consolidés [Ew] qui tapissait la montagne (les marnes de Narbonne [n2M] qu'y indique la carte géologique sont en réalité masquées par ces éboulis).
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Comme ces couches plongent vers l'ouest, du moins jusqu'au pied du Jardin (fig. 2, coupes A et B), l'on rencontrera par conséquent des niveaux de moins en moins anciens (on dit que l'on "remonte" la succession stratigraphique). |
Depuis le carrefour des chemins un parcours doucement ascendant mène en 200 m au bord nord du glacis de vieux éboulis, puis franchit une échine herbeuse. Le sentier y montre des calcaires du Fontanil de la masse inférieure [n2F], assez riches en silex sporadiques ; il est dominé par le pointement rocheux des calcaires du Fontanil supérieurs [n2S], qui forme le sommet de l'échine. Il devient horizontal sur 200 m pour traverser plusieurs vallonnements herbeux garnis d'éboulis.
Avant une nouvelle échine, couronnée par les pitons jumeaux de la "Roche du Nord", il traverse un dernier thalweg qui met à nu des marno-calcaires gris à miches et joints de marnes. Ils imitent ceux de l'Hauterivien mais appartiennent au niveau qui sépare les calcaires du Fontanil inférieurs (affleurant sous le chemin) de ceux, supérieurs [n2S], qui forment les ressauts rocheux de la Roche du Nord. Ces derniers affleurent bien dans la traversée ascendante qui suit, jusqu'au tournant rentrant qui fait pénétrer dans le grand ravin (le plus profond et le plus dénudé).
Dans le détail, cette traversée montre que les marno-calcaires gris passent progressivement, sur environ 20 m, à des calcaires argileux gris, à joints marno-calcaires et à cherts, puis, sur 10 à 20 m, à des calcaires spatiques à silex (parfois lités et le plus souvent en poupées). Enfin le sommet de cette séquence est formé de deux à trois bancs (3m) de calcaires à patine claire, plus spatiques, plus massifs, à silex rares, que couronnent 15 m de calcaires roux, en petits bancs, à poupées.
Les alternances de marnes et calcaires gris de l'Hauterivien affleurent ensuite de façon continue, depuis le tournant qui fait rentrer dans le ravin jusqu'au rebord nord d'un second ravin, moins profond (point 11). Au delà l'Hauterivien disparaît sous une nappe d'éboulis où des épandages anciens sont plus ou moins recouverts d'éboulis récents, encore instables. C'est dans ce secteur, 100 m environ après l'embranchement du chemin qui descend vers Cherlieu, que passe le décrochement de Bellefond : de fait, en levant les yeux vers la gauche et en étant très attentif à la succession des couches on arrive à repérer son emplacement dans la falaise urgonienne (il occasionne un abaissement du compartiment droit et son miroir, incliné à 80° vers la gauche, détermine une grotte).
On atteint le pied de la falaise urgonienne beaucoup plus au nord (point 12), à un endroit où le sommet des couches rousses du Barrémien inférieur [n4a] émerge juste de l'éboulis. Une escalade de 20 m fait déboucher sur la crête, au sommet du « jardin », qui est une sorte d'oasis de végétation isolée entre les falaises qui la dominent et celles qui la soutiennent (mais toutes appartiennent à l'Urgonien inférieur). Il s'agit d'un plan incliné garni de bois et de prairies, que le sentier suit dans sa descente vers l'ouest et dont la pente correspond à celle des couches : c'est une "dalle structurale"* qui a été dégagée par le glissement et l'effondrement vers l'ouest des tranches de roche supérieures.
Au point le plus bas du Jardin (point 13) le sentier s'engage dans la face ouest de la montagne. On constate que les bancs urgoniens prennent là, en quelques mètres un pendage vers l'est, opposé à celui des couches du jardin : c'est que l'on franchit la charnière du synclinal du Sappey et que l'on rentre dans son flanc ouest. Au delà le sentier, emprunte une vire très régulière (assez aérienne) à flanc de falaise où les couches gardent (et accentuent) leur pendage est. L'axe du pli passe donc dans la montagne, parallèlement à la falaise, mais très peu en retrait de celle-ci et à peine à l'est du parcours de la vire (fig. 1).
Comme déjà dit plus haut, cette vire ne correspond qu'à un niveau plus tendre de la partie basse de l'Urgonien inférieur. C'est la tranche d'Urgonien située au dessus qui manque à l'emplacement du jardin (fig. 2, coupe A) : il est donc clair que c'est la présence de cette discontinuité, rompant la monotonie de la succession des bancs calcaires, qui a permis le décollement et l'arrachement de la masse d'Urgonien surincombante. On peut même remarquer que cet arrachement se limite vers le sud à l'endroit précis où la charnière synclinale est conservée. Ceci montre que la torsion des couches a suffi à les verrouiller les unes aux autres et à en empêcher le glissement ; plus au nord, au contraire, le recul des falaises dû au sapement par l'érosion régressive des sommets de ravins de la « gorge de l'Oiseau » a progressé assez loin vers l'est pour dépasser la charnière ; cela a donc fait sauter ce verrou et libéré la tranche supérieure de l'Urgonien, sollicitée par le glissement du fait de la pente importante des couches.
On observe donc là une liaison nette entre morphogenèse et structure tectonique. On peut noter qu'il existe très exactement la même relation, entre le point atteint par le recul des falaises et la localisation des glissements de dalles, en ce qui concerne les chaos de Bellefond et Tracarta, dans le synclinal de la Dent de Crolles (voir la fig. 12 du fascicule 1G) : dans ces exemples aussi c'est là où la falaise a reculé au delà de la charnière synclinale que se sont déclenchés les glissements ; mais dans ces deux cas le pendage est moins fort qu'à Chamechaude, de sorte que le décollement et l'arrachement ne s'est produit qu'au dessus du niveau de forte désolidarisation des couches à Orbitolines et que la tranche qui glissait ne s'est pas évacuée totalement (c'est l'amas de blocs non évacués qui y constitue ces "chaos": voir la fig. 10 du fascicule d'"aperçu d'ensemble", 2° édition).
Un trajet de 500 m en encorbellement, inscrit rigoureusement le long de la même vire, ramène à la base de la « cheminée ouest » (point 5), où l'on rejoint l'itinéraire A.



* On qualifie de "gélives" les roches qui se fragmentent sous l'effet du gel. Cette propriété est liée au remplissage de fissures ou de pores par de l'eau, qui se dilate en gelant et les fait éclater.


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© M.GIDON et association "A la découverte du patrimoine de Chartreuse" (tous droits de reproduction réservés) 1995. |