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L'Étale, la Pointe de Mandallaz

crête des sources du Fier

Le sommet de L'Étale (2483 m.) constitue la plus haute indentation rocheuse et le point culminant d'un puissant crêt* d'Urgonien qui regarde vers l'est sur la longue crête acérée qui mène, depuis le col des Aravis jusqu'au Mont Charvin. La Pointe de Mandallaz (2277 m.), qui en est le contrefort méridional, est sculptée dans l'Hauterivien calcaire. Elle appartient au même crêt, ici décapité de son Urgonien par l'érosion, de sorte que l'arête rocheuse y fait place à des échines d'alpages sur environ 3 km de long, jusqu'au pied de la Pointe de la Goenne.

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La crête méridionale de l'Étale, vue du sud, depuis le sommet du Mont Charvin.

f.E = faille de l'Étale (son tracé se dessine en baïonnette car il franchit plusieurs arêtes qui se confondent du fait de la perspective lointaine) ; f.Ma = faille de Mandallaz ; f.G = faille de La Goënne (son tracé est presque totalement masqué car il suit un repli de terrain creux) Le compartiment supérieur de cette faille (qui inclut le lac du Charvin) est, comme pour les deux autres failles, déplacé, en affaissement, vers l'avant droit (ce jeu a fait s'éloigner le Charvin de l'Étale).
La limite entre Urgonien et Hauterivien supérieur marneux a été marquée de tirets bleus pour être plus facilement repérable.


Le revers ouest du crêt de L'Étale est formé par une puissante dalle urgonienne, plus ou moins profondément disséquée en clochetons. Le plus spectaculaire est l'Aiguille de Manigod qui forme, en contre-bas de l'arête, un arc-boutant au flanc ouest de la Pointe de Mandallaz. Son abrupt oriental entaille les couches successives de la série sédimentaire, jusqu'à une ligne de replats d'alpages qui correspond à la combe monoclinale des Terres Noires (ultime prolongement septentrional du sillon subalpin)

De l'Étale jusqu'au Mont Charvin la crête se montre affectée par un système de failles extensives dont les surfaces de cassure, relativement peu inclinées, pendent vers le sud.

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Le revers oriental de la crête de l'Étale, vu du nord-est, depuis le sommet de Croisse-Baulet.

f.G = faille de la Goenne ; f.Ma = faille de Mandallaz ; f.E = faille de l'Étale ; f.M = faille de Merdassier ; f.A = faille des Aravis (on perd le tracé de ces failles dans la combe des Terres Noires).
Ces failles découpent les couches du flanc oriental du synclinal de Serraval en une série de blocs basculés. Mais ce découpage n'a rien à voir avec l'expansion océanique jurassique : il s'est produit après le Nummulitique et traduit une extension NW-SE.


La plus méridionale de ces cassures, ou faille de la Goenne passe peu au sud des chalets de l'Aup de Fier. Elle est dotée d'un très fort rejet puisqu'elle abaisse les calcaires nummulitiques de son compartiment méridional au niveau de l'Hauterivien moyen calcaire (voir la page "Charvin").
Un peu plus au nord une autre cassure, analogue mais moins facile à suivre, traverse les pentes de la Pointe de Mandallaz et devait trancher l'Urgonien peu au dessus du sommet de l'Aiguille de Manigot.

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Le versant occidental de la crête au sud de l'Étale, vu de l'ouest, depuis le sommet nord de Sulens.
f.E = faille de l'Étale ; f.Ma = faille de Mandallaz :
La perspective permet de voir le pendage modéré des surfaces de cassure en direction du sud. Le déplacement indiqué par les demi flèches décale le compartiment supérieur vers la droite, mais aussi vers l'arrière, donc vers le sud-est.
En dessous des limites du cliché, le tracé de la faille de l'Étale traverse le versant en biais pour traverser la vallée du Fier vers l'altitude de 1200 (secteur de la Joux). Il y décrit alors un V topographique* assez aigu, pour remonter à flanc du versant gauche de la vallée en direction du N-NW dans les pentes du revers le la butte de premier plan, sous le chalet du Macheux.


Entre La Goenne et l'Étale la dalle calcaire de l'Urgonien n'a pas été conservée sur la crête et n'affleure qu'en contrebas ouest (notamment en formant l'Aiguille de Manigod). La raison pour laquelle ce n'est pas l'Urgonien, pourtant plus résistant, qui constitue cette partie de l'arête est obscure. On peut penser que deux facteurs, liés l'un et l'autre au jeu de la faille de la Goenne (voir la page "Charvin"), ont pu intervenir : d'une part l'amincissement que la dalle urgonienne a dû y subir, du fait de son sectionnement en biseau par cette faille ; d'autre part la surélévation occasionnée par le jeu de cette faille à la succession des couches de ce compartiment de la crête (par rapport à celui, plus méridional, du Charvin) : cela a dû les exposer plus fortement à l'érosion (notamment si celle-ci a commencé par un aplanissement du type de celui dont on a des indices ailleurs).

La montagne de l'Étale est également affectée par une importante cassure, similaire aux précédentes. En effet cette faille de L'Étale pend également vers le sud, de sorte que son tracé traverse la pente en biais vers le sud sur les deux versants et dessine donc un chevron* pointant vers le nord en franchissant la crête.
Plus au nord une autre faille tout-à-fait similaire surhausse de nouveau la succession et détermine la mise en relief de la Pointe de Merdassier (voir la page "Merdassier").

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Le versant occidental de la crête de l'Étale, vu de l'ouest, depuis le hameau de Plan Bois (extrémité nord de la montagne de Sulens)
f.MN = faille nord de Merdassier ; f.M = faille principale de Merdassier ; f.E = faille de l'Étale


La faille de L'Étale abaisse l'Urgonien des crêtes sommitales de cette montagne, en le décalant cartographiquement vers le sud-est, par rapport à celui des pentes de la Blonnière. Elle traverse la crête peu en contrebas nord-ouest de l'antécime nord, qui est formée par un chapeau de calcaires sénoniens dont les couches reposent par la tranche, à la faveur de cette cassure, sur un soubassement d'Urgonien.

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La crête des Aravis méridionales, de l'Étale au Charvin, vue d'enfilade, d'avion, du nord, depuis l'aplomb des Plachaux (abords sud du col des Aravis).
f.E = faille de L'Étale : le compartiment supérieur est décalé vers l'arrière et vers la gauche, c'est-à-dire vers le sud-est (le niveau de calcaires blancs isolé dans l'Hauterivien supérieur fournit un excellent repère pour apprécier le rejet de la faille).
On voit en outre sur ce cliché, comment s'empilent, entre le Charvin et Sulens, les nappes ultrahelvétiques et médianes des Préalpes. Elles sont séparées par des contacts grossièrement parallèles au pendage des couches de la crête, car tout l'ensemble appartient au flanc oriental du synclinal de Serraval.


Les failles transverses au chaînon de L'Étale sont de splendides exemples de failles extensives*, qui sont dotées d'un rejet de plusieurs centaines de mètres (à peu près égal à l'épaisseur de l'Urgonien).

Deux détails sont à remarquer :
1. La coupe naturelle du versant est de la crête montre que leur tracé n'est incliné qu'assez faiblement (à peine 30°) vers le sud. Les sections données par le versant ouest pendent avec un angle plus fort mais qui ne dépasse pas 50°. Cela veut dire que le pendage des surfaces de failles est orienté plutôt vers le sud-ouest.
Néanmoins cela indique aussi qu'il ne saurait dépasser 45°, ce qui est un pendage anormalement faible pour des failles de ce type. Par contre l'angle que font ces surfaces de failles avec les couches (inclinées vers l'ouest) a une valeur moyenne de l'ordre de 60 à 70°, beaucoup plus conforme à la norme.
2. Le compartiment supérieur de ces failles s'affaisse en direction du sud - sud-est, non pas selon la ligne de plus grande pente de la surface de cassure, plus proche de NNE-SSW, mais obliquement vers l'est sur cette surface.
Ces deux faits suggèrent fortement que ces failles se sont formées sous l'effet d'une extension NNW-SSE, alors que les couches étaient presque horizontales, puis qu'elles ont basculé avec les couches (ce basculement correspond évidemment à celui du flanc oriental du synclinal de Serraval lors du plissement).

En fait ces failles représentent les prolongements les plus septentrionaux du faisceau des failles de l'Arcalod, qui ont également fonctionné originellement en extension NNW-SSE (voir la page "Aravis sud")). Le raccord entre ces deux faisceaux de cassures s'incurve pour contourner par le nord la montagne de Sulens, qui est abaissée vers le sud-est par ce système de cassures. (voir la publication181)

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Les crêtes de l'Étale, vues d'avion, de l'est - nord-est.
Sous cet angle on n'a aucune peine à admettre que la faille de l'Étale (f.Ét.) puisse se raccorder, vers l'ouest - sud-ouest, aux failles de l'Arcalod (f.Arc.), en contournant par la droite la montagne de Sulens.

On notera que la faille de l'Étale est vue ici presque dans l'azimut de sa surface de cassure et que l'on voit que celle-ci est concave vers le haut : c'est donc une faille listrique*.



légende des couleurs (nouvelle fenêtre)
Carte géologique très simplifiée de la dépression de Thônes
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074


 Aperçu d'ensemble sur le chaînon méridional des Aravis
Carte géologique à consulter : feuille Annecy-Ugine

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