Serres, Sigottier |
La ville de Serres doit son nom à sa position, à l'extrémité d'une crête rocheuse (un "serre") qui barre, à son débouché aval une cluse*, d'ailleurs formée par deux étroitures successives, que franchit là le cours du Buëch.


La partie amont de la cluse du Buëch donne une bonne coupe naturelle du Barrémien et de l'Hauterivien du flanc nord du synclinal de Montmorin : on y voit notamment combien les niveaux du Barrémien inférieur ont été affectés, lors de leur dépôt, par des phénomènes de glissements sous-marins ("slumping*).


Il est paradoxal que le torrent d'Aiguebelle ait éprouvé le besoin d'entailler ici la barre tithonique, alors qu'il aurait pu poursuivre son cours jusqu'au Buëch en suivant le coeur de Terres Noires de la combe de La Piarre.
On peut penser qu'il emprunte là un ancien cours du Buëch,
abandonné depuis par cette rivière, mais on ne voit
pas quelle serait la cause de cet abandon...
L'explication qui me semble la plus vraisemblable est que la vallée
du Buëch a dû être occupée au Quaternaire
ancien par une langue du glacier durancien qui devait atteindre
au moins l'entrée amont de la cluse de Serres et, de ce
fait, devait l'obturer jusqu'à une certaine hauteur : les
eaux s'écoulant depuis les versants de la vallée
étaient donc astreintes à courir le long du glacier
à un niveau supérieur à celui du lit actuel
de la rivière et a utiliser des brèches des crêtes
tranversales pour les franchir. Ceci doit s'être passé
au Mindélien, en tous cas bien avant le Würm car, lors de
cette dernière glaciation, la langue glaciaire du Buëch
ne dépassait pas Montmaur.
image sensible au survol et au clic

La vallée du Buëch à l'entrée amont de la cluse de Serres, vue d'avion, depuis l'est (aplomb de La-Bâtie-Montsaléon) : ce cliché montre la situation, "suspendue" au dessus de l'actuelle vallée du Buëch, de la clue de Sigottier (flèche rouge).
ØR = chevauchement de Raton; s.M = synclinal de Montmorin ; a.D = anticlinal du Duffre ; s.A = synclinal de l'Aup ; a.A = anticlinal des Ailes ; s.BF = synclinal
de la Bâtie des Fonds.
Observer, au Rocher d'Agnielle, l'incurvation, à concavité vers le sud, du flanc sud de l'anticlinal du Duffre (l'azimut des couches tourne de 45° dans le sens horaire).
La corniche tithonique dessine cartographiquement,
à l'est de Serres, une ligne de crête en arc ouvert
vers l'ouest, qui culmine à la montagne d'Arambre. Cette disposition, qui
pourrait faire croire à une terminaison périclinale du synclinal,
correspond au fait que l'axe du pli se relève
là de façon accentuée en direction de l'est, en même temps qu'il se tord de 45° dans le sens horaire.
Ce relèvement axial et cette torsion corrélative affectent de la même manière,
au sud de Serres, l'axe du synclinal de Rosans (voir la
page "L'Épine") : ces deux phénomènes
sont visiblement liés à l'interférence de ces plis E-W
avec un système de plis plus récents, orientés NW-SE, dont le représentant majeur à ce niveau est l'anticlinal de Savournon. En effet la torsion d'axe des plis E-W, particulièrement bien visible sur les clichés aériens (voir aussi la page "La Piarre"), se fait selon une ligne qui correspond apparemment au prolongement méridional du synclinal de La Bâtie des Fonds, pli qui court parallèlement, du côté SW, à l'anticlinal de Savournon.
La composante de coulissement
dextre que cette torsion azimutale met en évidence est très vraisemblablement à mettre sur le compte d'un jeu coulissant des fractures
NW-SE, très peu obliques à l'axe de l'anticlinal de Savournon, qui hâchent son coeur de Terres Noires (elles s'observent
particulièrement bien aux abords mêmes de Savournon).
image sensible au survol et au clic

Le versant oriental de la montagne d'Arambre vue du sud-est, d'avion, depuis l'aplomb de Savournon.
a.Se = anticlinal de Serres ; s.M = synclinal de Montmorin - Sigottier - Arambre
; a.D = anticlinal du Duffre ; a.Sa = anticlinal de Savournon ; a.Ap = anticlinal d'Aspremont.
f.Se = faille de Serres (rejet à composante de
chevauchement vers le sud) ; acc.Sav = accident de Savournon (en rouge) : il se partage en deux branches principales entre lesquelles se trouve, plus au sud la butte du Château de l'Aigle (voir le cliché suivant).
Dans le lointain on a indiqué les deux plis N-S qui affectent le flanc nord
de l'anticlinal du Duffre : s.A = synclinal de l'Aup et s.Bf = synclinal de la Bâtie des Fonds.
Les axes des deux plis W-E majeurs, le synclinal de Montmorin et l'anticlinal du Duffre, sont indiqués en vert clair. Sous cet angle la perspective met en évidence leur torsion vers le sud-est (en sens horaire, donc) aux abords de la cluse de Serres. On a indiqué en rouge les charnières (à axes plongeant vers le sud-ouest) qui affectent, du fait de cette torsion, le Tithonique du flanc sud de l'anticlinal du Duffre aux abords du Rocher d'Agnielle et celui du flanc sud de l'anticlinal de Serres aux abords du Rocher de Jardanne.


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