Saint-Michel-de-Maurienne, Pas du Roc, fort du Télégraphe

vallée de l'Arc au débouché aval de la zone houillère briançonnaise

La ville de Saint-Michel-de-Maurienne est construite dans une zone où la vallée de l'Arc s'ouvre latéralement car ses versants cessent d'être formés, comme partout en amont, par les schistes et grès de la zone houillère briançonnaise. L'érosion a ouvert sur les deux rives mais surtout en rive nord deux vallons affluents orthogonaux à la vallée de l'Arc en suivant une bande de terrains plus tendres, essentiellement constituée de gypses et de cargneules. Cette dernière souligne la frontière tectonique entre les zones briançonnaise et subbriançonnaise.

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La rive droite de la vallée de l'Arc à Saint-Michel-de-Maurienne vue depuis la D.902 (montée au fort du Télégraphe), vers l'altitude de 1400 m.
s.V = synclinal de Varlossière ; a.M , a.S = anticlinaux médian et supérieur de la Croix des Têtes
ØSB = chevauchement de la zone subbriançonnaise ; ØG = limite occidentale de la bande gypseuse intermédiaire ; ØB = chevauchement de la zone briançonnaise .



dessin de J.Debelmas, extrait du Guide Géologique des Alpes de Savoie (Masson ed., 1982), légèrement retouchée ;

En fait, en rive droite de l'Arc, on ne voit guère affleurer les terrains qui remplissent ce couloir tectonique majeur que dans la partie amont du vallon de Saint-Bernard, à partir de laquelle il se prolonge jusqu'au col où il montre alors toute sa puissance.
En effet, dans les basses pentes ces terrains n'affleurent pas car ils sont masqués par des alluvions glaciaires et surtout parce que l'affouillement torrentiel de cette zone déprimée a déclenché d'importants glissements de versant, à partir des affleurements de houiller qui la bordent du côté oriental. Ces derniers sont venus l'obturer et l'ont même débordée au niveau du village de Villette en masquant en partie la barre rocheuse qui la borde à l'ouest.

Une situation analogue prévaut sur le versant de rive gauche de l'Arc où il faut atteindre les abords du col du Télégraphe pour que les alluvions quaternaires laissent apparaître des affleurements de gypse.

Immédiatement en aval de Saint-Michel-de-Maurienne le cours de l'Arc est brutalement barré par verrou rocheux* bien caractérisé qu'il franchit en cluse* par le défilé du Pas du Roc.
Cet accident topographique marque la sortie définitive du domaine briançonnais et l'entrée dans celui de la zone subbriançonnaise bien caractérisée par ses barres de calcaires jurassiques. En effet la coupe naturelle du Pas du Roc montre une succession renversée qui va du Trias supérieur au Jurassique moyen. sans lacune stratigraphique importante.

Il est à noter que l'examen des rapports entre les deux rives de la gorge fait apparaître une parfaite concordance des dispositions des couches qui se placent parfaitement dans le prolongement les unes des autres : il n'y a donc aucun indice qu'un accident tectonique ait pu guider l'érosion pour déterminer le choix de cet emplacement. Par ailleurs il semble bien que l'Arc ait utilisé antérieurement un autre tracé plus septentrional, maintenant transformé en une vallée morte abritant le village de la Forte, alors qu'il n'y a également là aucune cassure.

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Les pentes de rive gauche de l'Arc en aval de Saint-Michel-de-Maurienne vues depuis la route D82, aux environs du hameau du Chêne.
s.V = synclinal de la Valloirette ; observer l'épaisseur de son coeur de calcschistes "à Cancellophycus" du Bathonien-Callovien (Ca), à peu près égale à celle des termes inférieurs du Jurassique !. L'anticlinal de Saint-Martin-de-la-Porte est représenté, mais non nommé, dans les pentes de rive gauche de la Valloirette.


En rive gauche de l'Arc la barre rocheuse du Pas du Roc s'élève jusqu'au fort du Télégraphe. Ce dernier est construit sur le crêt calcaire du Bajocien de la série renversée du flanc oriental du synclinal de la Valloirette. Ce crêt surplombe le val synclinal, étroit et encaissé, dans lequel le torrent de la Valloirette a tracé son lit, en gorges, dans les calcschistes du Jurassique moyen - supérieur.

 

 Coupe en rive gauche de l'Arc
dessin de J.Debelmas, extrait du Guide Géologique des Alpes de Savoie (Masson ed., 1982), légèrement retouché

D = calcaires du Bajocien ; C = calcschistes "à Cancellophycus" du Bathonien-Callovien ; Br = brèches du Télégraphe (Oxfordien)

Plis successifs affectant la zone subbriançonnaise (de gauche à droite) : synclinal de la Valloirette ; anticlinal de Saint-Martin-de-la-Porte ; synclinal de Rieu Sec.

Cette comparaison entre les deux rives montre que les couches du verrou du Pas du Roc appartiennent au flanc oriental du synclinal de la Valloirette (voir la page "Valloire"), dont le flanc ouest constitue, en rive sud de l'Arc, la rive gauche du torrent de la Valloirette et aboutit dans le lit de l'Arc au niveau des carrières situées à l'aval de l'usine Calypso.
En rive droite (septentrionale) de la vallée le prolongement de ce flanc ouest du synclinal de la Valloirette n'est pas observable, car il y disparaît sous le large épandage des alluvions torrentielles du cône de déjections de Saint-Martin-de-la-Porte (ruisseau de Saint-Bernard ou de Saint-Martin, suivant les cartes...). De plus le verrou formé par le flanc est de ce pli disparaît lui-même, masqué sous les alluvions et glissements de versant de ce vallon affluent, au niveau de Villette.

Cette interruption d'affleurement est toutefois assez brève pour que le coeur du pli ne puisse se prolonger que par la bande de calcschistes calloviens qui s'intercale entre l'anticlinal "supérieur" (de la Croix des Têtes) et l'anticlinal "médian" (de Saint-Martin-de-la-Porte), dans le pied des abrupts de la Croix des Têtes. On retrouve d'ailleurs de dernier anticlinal sur la rive opposée de l'Arc où il affecte les hautes pentes de rive gauche de la Valloirette au nord d'Albanne.

Une dernière remarque mérite d'être faite à propos de la limite entre les domaines d'affleurement des zones briançonnaise et subbriançonnaise :

De prime abord on pourrait croire que la bande gypseuse du revers oriental du Pas du Roc représente la base stratigraphique du Lias et du Trias qui affleure à l'ouest et qu'elle repose sur le Houiller qui forme plus à l'est toutes les pentes dominant Saint-Michel-de-Maurienne. Il n'en est rien car
1- les deux limites de cette bande gypseuse coupent en biseau les strates plissées de son encadrement, aussi bien en ce qui concerne le Houiller et le Permien, du côté est, que les plis du Jurassique de la Croix des Têtes, du côté ouest.
2- Il existe des copeaux de terrains plus récents (Jurassique moyen, Crétacé supérieur) qui sont emballés à l'intérieur du gypse, ce qui montre que ce dernier représente une couche de lubrifiant qui a été malaxé à l'occasion du mouvement d'avancée en chevauchement de la zone briançonnaise sur la zone subbriançonnaise.

aperçu général sur la Maurienne // aperçu général sur la rive droite de la Maurienne


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille "Saint-Jean de Maurienne"

Carte géologique simplifiée des environs

redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
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