Haut Verdon : introduction


Les chaînons de la haute vallée du Verdon, en amont de Thorame, sont sculptés dans un empilement de couches sédimentaires qui comporte deux ensembles superposés :
- en haut les témoins les plus méridionaux conservés par l'érosion du matériel charrié appartenant aux nappes de l'Embrunais - Ubaye ;

- en bas les strates de la partie haute de la succession stratigraphique autochtone (la partie inférieure au Crétacé "moyen" n'ayant pas été atteinte par le creusement, encore insuffisant à ce niveau, de la vallée du Verdon).

1/ Le matériel charrié ("allochtone").

Ses affleurements, au sud du col d'Allos, correspondent à la partie orientale de la bordure sud de la fenêtre de Barcelonnette. A la différence des autres pourtours de ce domaine (voir la page "Basse Ubaye") on ne trouve pas ici de matériel rattachable à la nappe du Parpaillon ni au Briançonnais.
Par contre la nappe de l'Autapie, formée d'un flysch à Helminthoïdes mis en place précocément, par glissement dans un bassin sédimentaire nummulitique en cours de comblement, y couvre une grande surface. Elle s'y montre associée à des unités subbriançonnaises inférieures, qu'elle recouvre, lesquelles sont propres à ce secteur et inconnues plus au nord-est.

Elles ont été réparties en deux groupes :

a) la "nappe du Pelat" affleure surtout en marge SW de l'autochtone de Barcelonnette et du Bachelard. Elle est formée de plusieurs digitations qui constituent notamment le chaînon du Cheval de Bois et du Mont Pelat et les environs du Lac d'Allos. Les terrains jurassiques et éocrétacés à faciès subbriançonnais y sont présents mais discontinus et n'y occupent qu'une place peu importante. Par contre les calcschistes du Néocrétacé - Paléocène y atteignent une forte épaisseur et passent d'ouest en est à des faciès de flysch ("flysch du Bachelard") qui sont plus ou moins envahis par des brèches, ce qui leur confère un rôle plus saillant dans le relief. Ils sont recouverts par des flysch éocènes qui comportent successivement (de bas en haut) des termes gréso-calcaires, gréseux et argilo-silteux ("flysch noir").
On peut la subdiviser en plusieurs digitations* empilées qui se biseautent les unes sous les autres en s'effilant vers le NW. Ce sont, des plus basses aux plus hautes :

- La digitation du Lac d'Allos, surtout riche en grès et conglomérats nummulitique ; elle est elle-même frangée par un ensemble dit des "écailles basales", qu'il faut peut-être rapporter à la formation olistolitique du sommet de la série stratigraphique autochtone.

- La digitation de Tête Ronde forme le soubassement de la montagne du Pelat ...

- La digitation du Cimet est volumétriquement la plus importante ; elle forme la partie haute du Mont Pelat ainsi que le Cimet ...

- La digitation du Cheval de Bois, imbriquée et plissée avec la précédente, est à son tour coiffée par un chapelet d'"écailles supérieures", plus minces, qui supportent le flysch à Helminthoïdes de la nappe de l'Autapie.

On trouvera des documents complémentaires sur la constitution stratigraphique précise de ces subdivions tectoniques à la page "stratigraphie du Verdon".

Ces digitations se terminent à tour de rôle vers le SW en biseau en dessinant des imbrications avec la nappe de l'Autapie. Du côté NE elles sont tranchées par une faille NW-SE, verticale, la faille du Verger (du nom d'un hameau de la vallée du Bachelard) qui se poursuit vers le sud-est par celle de la Gipière de la Cayolle (voir, au sujet de cet accident la page "Basse Ubaye").

image sensible au survol et au clic / vue muette, sans aucune annotation

Les montagnes entre Verdon et Var, à l'est d'Allos, vue du sud (image extraite de googgle earth).
La nappe de l'Autapie n'a pas été représentée parce qu'elle affleure peu dans le secteur visible ici ; par contre cette image montre la presque totalité des affleurements de la nappe du Pelat (noter l'imbrication de ses digitations, qui s'effilent les unes sous les autres en direction du nord).
- failles (d'est en ouest) : f.B = faille de Bayasse ; f.V = faille du Verger ; f. G = faille de la Gipière ; f.E = faille de l'Encombrette.
- unités tectoniques superposées (de haut en bas) : d.cB = digitation du Cheval de Bois ; d.Ci = digitation du Cimet ; d.TR = digitation de Tête Ronde ; d.LA = digitation du Lac d'Allos ; é.Pr = écaille parautochtone de Prachastel ; é.B = écaille parautochtone de Bouchier.
Tirets vert pâle ceinturés de noir : surface de charriage basale de la nappe du Parpaillon (y inclus ses écailles basales) ; Tirets bleus ceinturés de noir : surface de charriage basale de la nappe du Pelat ; Tirets roses ceinturés de noir : surfaces de chevauchement parautochtones.
"Cr." = Crétacé inférieur et moyen autochtone.


b) l' "écaille des Trois-Évéchés", relativement isolée, géographiquement et tectoniquement, affleure à l'ouest de la vallée du Verdon et se développe également sur le versant Ubaye dans le vallon du Laverq. Elle y forme une bande NW-SE assez étroite et qui repose directement sur le Tertiaire autochtone des crêtes de La Blanche au nord et des sources de la Bléone au sud (qui représente finalement le sommet de la succession de la nappe de Digne).
Elle se caractérise surtout par ses grès éocènes, qui ne sont pas très différents des grès d'Annot autochtones mais qui reposent, souvent par l'intermédiaire de lentilles de conglomérats, sur des calcschistes néocrétacés, de type subbriançonnais.
Il semble que l'on doit en fait considérer cette écaille comme une digitation externe de la nappe du Pelat, comparable à celle du Lac d'Allos (où l'on trouve également des grès dont l'aspect se rapproche de ceux d'Annot).

figure plus grande (nouvelle fenÍtre)

Deux coupes structurales schématiques d'ensemble des montagnes du Haut Verdon (échelle, surtout verticale, approximative).
ØS = surface de chevauchement des nappes supérieures (nappe du Parpailon et sa semelle d'écailles basales) ; ØP = surface de chevauchement des nappes inférieures (nappes du Pelat et de l'Autapie) ; SBR.sup. = klippes de la nappe subbriançonnaise supérieure, des Séolanes (elles affleurent sur une transversale plus septentrionale que celle de la coupe) ; f.G = faille de la Gipière.
écailles imbriquées de la nappe du Pelat : d.3E = digitation des Trois évéchés ; d.cB = digitation du Cheval de Bois ; d.Ci = digitation du Cimet ; d.tR = digitation de la Rour Ronde ; d.lA = digitation du Lac d'Allos.


2/ La série autochtone.

La partie de la succession stratigraphique mise à nu par l'entaille des vallées en amont de Thorame est celle des couches plus récentes que le Crétacé inférieur.
On peut en donner un résumé très succinct en disant qu'elle comporte trois formations majeures qui sont de haut en bas :

- les Grès d'Annot, nummulitiques,
- les calcaires blancs du Crétacé supérieur, en général d'âge Turonien à Santonien ;
- les marnes médio-crétacées, d'âge Albien à Cénomanien.

On trouvera des documents stratigraphiques complémentaires sur ces couches à la page "stratigraphie du Verdon".
Concernant la manière dont affleurent ces terrains il faut signaler le fait que la dalle, relativement rigide, constituée par les couches nummulitiques et le calcaires sénoniens n'affleure qu'aux marges extérieures, W et E, de la zone recouverte par les nappes. Dans la demi-fenêtre de la vallée du Verdon en amont de Colmars ces terrains ont été enlevés avant l'arrivée des nappes car ces dernières reposent directement sur la couches du Crétacé "moyen" (Albien-Cénomanien). L'origine et la signification de cette particularité sont analysées dans une page spéciale relative à la Basse Ubaye.

Du point de vue structural la pile des terrains autochtones est affectée par plusieurs sortes d'accidents :

a) en premier lieu elle est traversée par plusieurs failles importantes à pendage sub-vertical et à rejet sans doute décrochant, qui affectent aussi les nappes. Il s'agit surtout :

- des failles N-170 des ravins de la Tellière et du Petit Talon, en rive gauche du Bachelard, de la grande faille du Lausson que suit presque la ligne de partage des eaux entre Var et Verdon au niveau du Lac d'Allos.
- de la faille NW-SE du Verger (du nom d'un hameau de la vallée du Bachelard) qui se poursuit vers le sud-est par celle de la Gipière de la Cayolle (voir, au sujet de cet accident la page "Basse Ubaye").
- de la faille NE-SW de l'Encombrette qui limite l'extension du matériel charrié du côté oriental au niveau du Lac d'Allos (voir plus de développements à cette page) ..

b) Dautre part ces couches sont affectés par des plis dont les axes sont orientés NW-SE à l'ouest du Lac d'Allos mais se courbent, plus à l'est (vallée du Var) pour devenir E-W ; ils sont assez amples et peu fermés dans les niveaux inférieurs, jurassiques et néocomien, mais passent à des plis couchés dans les niveaux marneux du Crétacé "moyen".

c) Enfin la pile stratigraphique est perturbée par des surface tectoniques peu inclinées qui recoupent les couches en biseau en y découpant des écailles par-autochtones dont certaines coupent aussi la surface basale de la nappe du Pelat : les deux écailles de Prachastel et de Bouchier sont dans ce cas mais il semble qu'il faut y adjoindre une écaille de la Foux d'Allos dont la surface de chevauchement, jalonnée par des pointements de marnes médio-crétacées suit presque le cours du Verdon en aval de cette localité.

(Le nom d'écaille de Prachastel a été préféré à celui de "unité du Pichs" employé sur la notice de la feuille "Allos", car ce dernier toponyme se rapporte à la cascade du Pichs, difficile à localiser sur les cartes, alors que le sommet du Pichs, bien indiqué au contraire, appartient quant à lui à la nappe du Pelat)

Récemment Cl. Kerckhove a même montré (feuille Allos de la carte à 1/50.000°, 2015) qu'il y avait un décollement presque général de la dalle supérieure, relativement rigide, constituée par les calcaires néocrétacés ("Sénonien" des figures de ce site) et leur couverture nummulitique : celui-ci affecte en effet la majeure partie des montagnes situées au nord du parallèle de Colmars depuis les sources de la Blanche jusqu'à la vallée de la Tinée.
Cette surface de décollement passerait sous le plateau de l'Encombrette et se poursuivrait au nord de Roche Cline par le redoublement de l'écaille de Prachastel (laquelle est, cependant, une imbrication par faille inverse qui ne recoupe pas la pile de nappes).


voir la page de coupes structurales

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