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La basse Ubaye

aperçu géologique d'ensemble

Autour de Barcelonnette la vallée de l'Ubaye a ouvert une fenêtre dans l'empilement de nappes et ainsi mis à nu et entaillé les terrains autochtones de la zone dauphinoise, essentiellement formés de Terres Noires, comme dans l'Embrunais.
La vallée du Bachelard, affluente de rive gauche de celle de l'Ubaye, perce elle aussi les nappes en y faisant apparaître une boutonnière de Terres Noires, mais il ne s'agit que d'une demi-fenêtre : elle s'ouvre largement à l'est du col de la Cayolle, où n'affleurent plus que de rares lambeaux des nappes, posés de façon dispersée sur la couverture nummulitique du massif de l'Argentera.

image sensible au survol et au clic

La fenêtre de Barcelonnette et les crêtes qui la séparent de celle du Bachelard
Vue aérienne de haute altitude (env. 8000 m), depuis le sud-ouest (cliché original aimablement communiqué par M. Marcel Lemoine)
La limite entre nappes et autochtone est soulignée par un tireté blanc.
Les deux fenêtres - de Barcelonnette et du Chapeau de Gendarme - sont séparées par le chaînon du Lan, formé d'écailles de matériel briançonnais et subbriançonnais qui sont ici mises à nu, alors qu'elles sont recouvertes par la nappe du Flysch à Helminthoïdes presque partout ailleurs sur le pourtour des fenêtres.
La fermeture aval de ces deux fenêtres n'est pas visible sur ce cliché et se trouverait plus à gauche.



image agrandissable
Coupe longitudinale très schématique, le long de la vallée de l'Ubaye, depuis sa source (à droite) jusqu'à son confluent avec la Durance (à gauche)
Cette coupe est idéalisée pour montrer les rapports entre les ensembles rocheux majeurs qui se superposent (les couleurs sont celles de la carte schématique ci-après).
Les traits gras indiquent les superpositions anormales, dues aux charriages (ils délimitent les grandes "nappes de charriage) Ø est la surface de chevauchement majeure, séparant le domaine autochtone de celui des nappes, qui le recouvre. On a délibérément omis les grandes cassures qui recoupent et décalent, parfois de façon importante, les surfaces de charriage.
Cet empilement de tranches de roches est ployé par 5 grands plis que coupe successivement la vallée.
Ce sont du SW vers le NE : le synclinal de la basse Ubaye (qui est bordé du côté ouest par l'anticlinal de Remollon), l'anticlinal de la fenêtre de Barcelonnette, le synclinorium de Jausiers - Condamine (dont le pli le plus oriental est le synclinal de Meyronnes), l'anticlinal des gorges supérieures de l'Ubaye ("anticlinal de Marinet") et le synclinal de la haute vallée de l'Ubaye ("synclinal d'"Acceglio"), en domaine piémontais. On a omis de représenter l'ondulation synclinale de détail qui passe à l'est de Méolans (par Les Thuiles)


Carte stucturale très schématique de l'Embrunais-Ubaye, dans son cadre d'ensemble

 Légende :

Domaine externe, "autochtone" :
Rouge = massifs cristallins externes ; bleu pâle = Jurassique moyen- inférieur ; vert vif = Jurassique supérieur - Crétacé ; gris= Tertiaire.

Domaine interne, "charrié" :
Jaune = Zone subbriançonnaise ; orangé = Zone briançonnaise sensu stricto ; rose pâle = Zone ultrabriançonnaise ; vert sombre = Zone piémontaise sensu stricto ; vert-kaki pâle = Zone liguro-piémontaise ; vert-kaki sombre = Zone des flyschs de l'Embrunais ; rose fonçé = massifs cristallins internes.

Les terrains autochtones de la fenêtre de Barcelonnette sont essentiellement constitués par les Terres Noires du Jurassique supérieur, qui sont à l'origine de paysages de bad-lands, caractérisés par de multiples ravines séparées par des croupes dénudées arrondies. Toutefois du côté oriental, au sud d'une ligne courbe, ouverte vers le nord, qui suit à peu de choses près la ligne des crêtes fermant la fenêtre, les terrains plus récents (crétacés et nummulitiques) de la série stratigraphique réapparaissent sous les nappes et y forment même des lignes de crête : c'est la cas à l'ouest avec la crête de Dormillouse et de La Blanche, jusqu'aux Trois-Évéchés, et à l'est avec les crêtes du secteur compris entre le lac d'Allos et le Lauzanier. Dans le secteur intermédiaire, du col d'Allos au vallon du Bachelard, l'érosion qui a agi avant l'arrivée des nappes avait atteint une profondeur intermédiaire, en enlevant le Nummulitique mais en laissant subsister les couches d'âge crétacé.
Le soubassement des Terres Noires n'est nulle part mis à nu, sauf dans le vallon de Terres Plaines, où il apparaît au cœur d'un anticlinal d'axe SW-NE qui a été crevé jusqu'à son cœur triasique.

Les terrains charriés sont constitués, comme dans l'Embrunais, par quatre tranches superposées, qui correspondent chacune (schématiquement) à une nappe de charriage : ce sont de haut en bas :

- la nappe de flysch à Helminthoïdes du Parpaillon, largement représentée dans le pourtour nord-oriental de la fenêtre de Barcelonnette mais absente plus au sud-ouest (où elle a sans doute été enlevée par l'érosion ?) ; l'épaisseur de son flysch (déjà considérable : plusieurs centaines de mètres) y est encore apparemment accentuée par le fait que ce dernier est affecté de plis couchés très fermés dont les cœurs (formés de schistes noirs et pourpres) forment des bandes visibles à flanc de certaines parois rocheuses ;

- un chapelet très discontinu de blocs-klippes* de matériel briançonnais, reconnaissable à ses calcaires et dolomies du Trias moyen (qui affleurent surtout à La Montagnette des Courréous, au Chapeau de Gendarme et au Chevalier) et accessoirement à ses lacunes de sa succession jurassique et éo-crétacée ; on trouve aussi, à ce niveau de l'empilement, des lambeaux de matériel sub-briançonnais caractérisées par leur Jurassique récifal (Les Séolanes, le Pain de Sucre, l'Empeloutier) et qui sont rattachables, à ce titre, à l'"unité du Monte Salé" de la Haute Stura ; il faut également rattacher à cet ensemble le matériel typiquement subbriançonnais "de sillon" (comparable à celui du massif de Piolit) qui forme le chaînon du Morgon : on y trouve une succession sans lacunes du Trias supérieur au Crétacé, qui y est reployée de façon complexe ;

- la nappe de flysch à Helminthoïdes de l'Autapie, qui est exclusivement représentée dans le pourtour sud-occidental de la fenêtre de Barcelonnette, notamment dans le secteur des Thuiles et de Pra-Loup ; encore présente, d'ailleurs directement sous la nappe du Parpaillon, en marge nord de la fenêtre, elle disparaît à l'est de Jausiers en même temps que tout les autres éléments charriés sous la nappe du Parpaillon (c'est pourquoi l'on a parlé à cet endroit d'une "cicatrice de Jausiers") ;

- un chapelet moins discontinu de blocs-klippes* formés de matériel à affinités sub-briançonnaises, surtout riche en marbres en plaquettes du Crétacé supérieur et en flysch noir éocène (= "écailles basales" de la notice de la carte Barcelonnette) : on a attribué à cet ensemble, dans ce site, le nom de "nappe basale".
Il est principalement présent au bord nord-occidental de la fenêtre, où il affleure sous la nappe de l'Autapie, formée en général de flysch à Helminthoïdes "dissocié" (de sorte que ces deux ensembles ont pour trait commun d'être l'un comme l'autre disloqué en "lentilles" décamétriques à kilométriques, dispersées dans une matrice de schistes noirs).
Vers le sud-est les calcschistes néo-crétacé - éocènes de cette nappe basale atteignent une forte épaisseur et sont envahis par des brèches, ce qui leur confère un rôle plus saillant dans le relief (ils y constituent notamment le chaînon du Cheval de Bois et du Mont Pelat).

Concernant cette répartition du matériel charrié des nappes de l'Embrunais il faut signaler la différence structurale entre les deux parties de la vallée de l'Ubaye situées respectivement en aval et en amont de la fermeture occidentale de la fenêtre de Barcelonnette (de part et d'autre la transversale de La Fresquière - Méolans) :
- au sud-ouest (chaînons du Morgon et des Séolanes) les unités subbriançonnaises, formées du puissantes lames de terrain empilées et reployées (unité du Morgon et ses "écailles" imbriquées, unité des Séolanes) reposent sur la nappe de l'Autapie ;
- au nord-est (voûte de la fenêtre de Barcelonnette), elles sont seulement représentées par la nappe "basale" des flyschs à lentilles (u.fL) qui repose, quant à elle, directement sur les terrains autochtones.
Il s'avère en outre que cette frontière structurale correspond à un faisceau d'accidents NW-SE, à pendage très redressé, qui suivent approximativement la retombée sud-ouest du vaste anticlinal de la Fennêtre de Barcelonnette.


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cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Barcelonnette, Seyne et Larche

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