Saint-Étienne-de-Crossey |
Le village de Saint-Étienne-de-Crossey est installé au coeur d'une dépression à fond plat ouverte entre la Montagne de Ratz à l'est et les collines de Vouise - Tolvon d'une part, à l'ouest, et celles des Bernades - Grand Vivier au nord.

Cette vaste zone plate est en quelque sorte
"suspendue" au dessus de la dépression de Voiron
et de Coublevie, comme l'est cette dernière par rapport
à la plaine de l'Isère, mais un cran plus haut.
Elle en est plus précisément séparée
par un alignement de collines que la route D520 franchit au petit
col de Croix-Bayard. Cette barrière naturelle est constituée
par la moraine du 3° stade du retrait würmien dont le
tracé ne dessine qu'une ébauche d'inflexion vers
l'est.
Par contre la moraine du 2° stade du retrait court à
flanc de la montagne de Ratz et se suit jusqu'aux approches sud
de Saint-Étienne-de-Crossey, au dessus du village des Didiers,
où elle s'interrompt brutalement, 500 m au dessus du niveau
de la plaine. Entre ce point et le versant sud de la montagne
de Vouise un seul témoin morainique qui permette de reconstituer
l'avancée de la marge du glacier de l'Isère dans
la dépression de Saint-Étienne-de-Crossey. Il est
constitué, au sud-ouest du village, par la butte du Crêt,
dont l'allongement NW-SE indique que le front de la langue de
glace iséroise diffluente qui s'engageait jusque là
devait alors laisser libre de glace la partie de la dépression
située plus au NE (où se trouve notamment le chef-lieu
de Saint-Étienne-de-Crossey).

La planéité du fond de la dépression
de Saint-Étienne-de-Crossey traduit le fait qu'il est constitué
par une terrasse alluviale. Cette dernière est entaillée
sur ses deux marges, d'une part en contrebas sud-est du village
par la vallée morte de l'Étang Dauphin, et d'autre
part, du côté ouest, par le cours de la Morge, qui
s'y encaisse entre Saint-Étienne-de-Crossey et les coteaux
du Paris.
Ces entailles permettent de voir (notamment dans la carrière
de rive gauche de la Morge) la constitution des alluvions de cette
terrasse. Elles sont typiques de dépôts fluviatiles,
car surtout constituées de sables et cailloutis pratiquement
dépourvus d'argile (ce qui indique qu'ils ont été
bien lavés lors de leur transport par un cours d'eau turbulent).
Le village lui-même était dominé par une autre
terrasse, que l'exploitation, pour l'extraction de gravier, a
réduit progressivement a cours des années de la
fin du XX e siècle et qui a finalement été
totalement arasée au cours de l'année 2005. La disposition
des strates (voir la page "carrières") y montrait même, plus précisément,
qu'il s'agissait de dépôts deltaïques.
L'origine deltaïque de la terrasse inférieure, moins
évidente faute de coupes aussi bonnes, est très
vraisemblable.

Les caractéristiques topographiques
du delta supérieur amènent à
la conclusion qu'il s'est formé sur la rive orientale d'un
lac créé lorsque la vallée de la Morge était
barrée vers l'aval par la moraine 2M (voici donc
10 à 20.000 ans. En effet :
- a) Le talus du bord occidental de ce delta dessinait
un arc qui est centré sur le débouché ouest
des gorges du Crossey
(voir la carte). En outre la progradation des dépôts
s'y faisait du sud-est vers le nord-ouest (le litage oblique des
couches est en effet statistiquement incliné dans ce sens).
Ces deux faits indiquent clairement que le torrent qui amenait
dans le lac les matériaux du delta sortait de ces gorges.
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Schéma cartographique de la morphologie quaternaire de la Montagne de Ratz et de ses alentours
pour un contexte plus large voir la carte schématique des glaciations du Voironnais |
- b) La surface de colmatage du sommet
du delta atteignait à l'altitude de 500 m. Cette altitude
est inférieure à celle où la glace s'appuyait
au stade 2 sur les pentes occidentales de la dépression,
tant du côté sud (Montagne de Ratz) que du côté
nord où la moraine 2 est conservée à près
de 600 m d'altitude au dessus du village de Vouise et à
550 m au Petit col de La Cou (sur le côté nord de
la montagne).
Par contre, plus au nord encore, c'est l'altitude (501 m actuellement)
du seuil de La Pensière, par lequel la dépression
de Saint-Étienne de Crossey s'ouvre, au nord de Saint-Nicolas
de Macherin en direction de Chirens (voir la page "Saint-Nicolas de Macherin").
Cette identité d'altitude s'ajoute au fait que cette dépression
débouche là sur la vallée morte du Rousset
qui a fonctionné au stade 2 (elle contourne par son extérieur,
c'est-à-dire du côté nord, la moraine 2M du
Verdin et en reçoit les chenaux d'évacuation des
aux de fonte). Ceci conduit à la conclusion inéluctable
que c'est par là que devaient s'échapper les eaux
du lac : le niveau de ses eaux et celui des deltas qui tentaient
de le combler était donc déterminé par l'altitude
de ce seuil de La Pensière.
En définitive
ce lac de Saint-Étienne de Crossey était rempli
par des eaux de trois origines : celles de la Morge provenant
des ruissellements sur les pentes septentrionales, celles provenant
de la langue glaciaire iséroise (directement, ainsi que
par la vallée morte de La Cou, via le delta du Paris (voir
la page "Vouise") et enfin celles de la langue glaciaire rhodanienne
de Saint-Laurent-du-Pont et le la langue iséroise de La
Placette, qui arrivaient depuis l'autre versant de la montagne
du Ratz par les gorges du Crossey.
Les eaux certainement très abondantes ainsi rassemblées
s'échappaient alors par le nord-ouest, par dessus le seuil
de Saint-Nicolas-de-Macherin et rejoignaient le front de la langue
glaciaire rhodanienne de Chirens (voir la page "Chirens").

Le delta inférieur s'est formé au stade 3, alors que la vallée de la Morge était barrée par la moraine M3 (de Croix Bayard) Son niveau (450 m) est celui de la crête de moraine de part et d'autre de la brèche de Croix Bayard, par laquelle arrivaient dans le lac les eaux de fonte du glacier isérois. Les eaux provenant de la vallée de Saint-Laurent-du-Pont par les gorges du Crossey ont continué à se déverser vers Saint-Étienne de Crossey jusqu'au stade 4 inclus : en témoigne la vallée morte de l'Étang-Dauphin qui entaille la terrasse 3 et où les pièces d'eau actuelles, qui résultent de barrages construits de main d'homme, ne sont alimentées que par des sources locales.
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