Les Bauges orientales |
| A/ Stratigraphie | B/ Tectonique |

version plus
grande, muette, de cette image
Les Bauges nord-orientales
vues du sud-est, d'un avion de ligne (de 8000 m), depuis
l'aplomb du Bourget en Huile (cliché original obligeamment communiqué par M. Serge Gidon)
d.SR = décrochement de Sainte-Reine ; f.A = faille d'Arcalod
a.D = anticlinal de Doucy ; s.T = synclinal du Trélod
; a.F : anticlinorium du col du Frêne ; s.A = synclinal de l'Arclusaz.
Géologiquement parlant, la partie orientale des Bauges débute à l'est de la vallée des Aillons et couvre donc une superficie beaucoup plus grande que les Bauges occidentales.
![]() |
Carte géologique simplifiée des Bauges orientales
f.SR = faille de Sainte Reine et de Saint Ruph. |
|||
|
|
|
A/ Stratigraphie |
Au Secondaire la succession se modifie notablement par rapport aux Bauges occidentales, car il n'y a pratiquement plus que deux niveaux importants de falaises calcaires (Tithonique et Urgonien). Cela résulte de ce que les calcaires du Fontanil y font place à des calcaires marneux qui ne déterminent pas un ressaut bien marqué. L'ensemble de l'Hauterivien - Valanginien constitue là une succession de couches argilo-calcaires à lits siliceux, épaisse de près de 1000 m et très monotone. On peut désigner cette formation sous le nom de "Néocomien* argilo-siliceux" (toutefois le Valanginien y est dans l'ensemble plus marneux que l'Hauterivien).
Le Tertiaire ne comporte plus de dépôts
continentaux. Il débute par des couches marines littorales,
calcaires, à Nummulites, de l'Éocène moyen
(Lutétien). Elles reposent sur le Sénonien à
l'est de l'axe du synclinal des Aillons et directement sur l'Urgonien
à l'ouest de la faille syn-Nummulitique du Céty (qui
suit approximativement l'axe du synclinal des Aillons). Il se
poursuit par des niveaux plus profonds et plus marneux. On voit
donc clairement que l'on s'éloigne, en allant vers l'est,
d'une ligne de rivages globalement nord-sud, qui a dû se
déplacer au cours du temps, des Bauges orientales vers
la Chartreuse à partir d'un abrupt correspondant à
l'axe actuel du synclinal des Aillons.
La succession se poursuit par des faciès à intercalations
gréseuses turbiditiques, de bas de pentes (flyschs*). Toutefois
l'érosion quaternaire n'a conservé, dans les Bauges,
que la partie la plus basse de ces faciès terminaux du
Nummulitique, même dans les coeurs des synclinaux, et il
faut aller dans les Bornes pour en voir les termes plus élevés.
B/ Tectonique |


Dans les Bauges orientales, les axes des plis
plongent systématiquement vers le nord, comme en Chartreuse.
Leurs plans axiaux sont plus basculés vers l'ouest, dans
certains cas jusqu'au point que les anticlinaux possèdent
un flanc ouest qui est plus ou moins fortement renversé.
D'autre part il est rare que ces flancs de plis se rompent en
chevauchement.
La déformation est donc à la fois plus intense (surtout
plus "cisaillante"*) et moins cassante, ce qui veut
dire qu'elle s'est effectuée dans des conditions de pression
d'ambiance plus élevée : ceci peut être attribué
à une proximité plus grande de la zone où
sont parvenues les nappes provenant des Alpes internes.
Un aspect remarquable du plissement des Bauges
orientales est l'existence d'une nette "dysharmonie"
entre le dessin des plis affectant le Tithonique et ceux dessinés
par l'Urgonien. Cela se manifeste de deux façons corrélatives (voir
l'exemple de la Roche
Torse) :
- par le plus grand nombre des plis dans le Tithonique
- par leur plus courte longueur d'onde.
Ceci est dû à l'existence, entre ces deux niveaux,
de celui du Néocomien argilo-siliceux qui, par ses caractères
mécaniques de matériau très déformable,
à joué le rôle d'une sorte de "tissu
conjonctif" et a permis la désolidarisation des deux
niveaux calcaires qu'il sépare. Ceux-ci se sont donc plissés
chacun pour son propre compte, en formant des plis dont la longueur
d'onde est fonction directe de l'épaisseur de la dalle
calcaire qui les constitue (nettement plus forte pour l'Urgonien).
Au total les plis du Tithonique se succèdent en paraissant
disposés comme des plis mineurs sur les flancs de ceux
de l'Urgonien, selon une disposition parfois qualifiée
de synclinoriale (la disposition symétrique, anticlinoriale,
s'observe de façon moins évidente en raison de l'ablation
par l'érosion très fréquente de l'Urgonien
sur les voûtes anticlinales).
Un phénomène identique se manifeste pour les plis
de la barre calcaire éocène qui, du fait de la faible
épaisseur de cette dernière, forment plusieurs plissotis
dans les coeurs de synclinaux (voir l'exemple du Trélod).
D'autre part, à l'est d'une ligne NE-SW
qui passe peu à l'est de Saint-Pierre-d'Albigny, le déversement
des plis s'accentue au point qu'ils deviennent franchement couchés.
Ce basculement vers le nord-ouest des plis de la partie la plus
orientale des Bauges est le résultat d'un ample plissement
tardif, qui a créé le très large synclinal
de Serraval.
L'axe de ce pli, orienté
N40, est oblique aux axes des autres plis du massif mais parallèle
à l'allongement de la chaîne de Belledonne : sa formation
est probablement liée à la surrection de cette chaîne
(nombre de faits indiquent en effet que cette surrection s'est
produite après l'étape principale du plissement).
Ce pli franchit le rebord subalpin au col de l'Arclusaz, où
il est spectaculairement visible depuis la Combe de Savoie. Le
synclinal de Serraval se prolonge très loin vers le nord,
pour passer peu à l'est de Faverges, puis hors des Bauges,
à travers les massifs des Bornes puis du Chablais, jusqu'en
Suisse.
![]() |
Schéma de la succession des plis des Bauges orientales et de leurs relations avec les déformations ultérieures, qui leur ont été superposéesCe schéma replace les plis et les sommets dans l'ordre
où on les voit se succéder sur la carte, en
supposant annulé le décalage dû au jeu de
la faille de l'Arcalod : ce n'est donc pas une représentation
cartographique exacte. Pour rendre ce schéma plus expressif on a figuré
les charnières anticlinales du côté ouest
et placé leurs coeurs anticlinaux du côté
est : c'est en effet, à peu près, la disposition
qui s'observe sur le terrain par suite du plongement axial des
axes de plis. |
Les Bauges orientales sont parcourues en biais du sud au nord par un grand faisceau de cassures connu sous le nom de faille d'Arcalod, qui se poursuit dans le sud-est des Bornes-Aravis. Cet accident est assez tardif car il tranche la plupart des plis mais il a été ensuite déformé par la formation du synclinal de Serraval (on trouvera des détails complémentaires sur sa géométrie à la page "Aravis sud").


|
Bloc perspectif très schématique du
synclinal des Serraval, aux confins Bornes - Bauges montrant la géométrie du raccord, dans le secteur
de Manigod, entre les faisceaux de failles de l'Arcalod et
du Charvin. L'orientation des surfaces de cassures est symbolisée,
pour chaque faisceau, par celle d'un double feuillet, censé
représenter le couloir de faille. Noter le rejet à la fois extensif et coulissant du système (le compartiment sud-est est à la fois abaissé et décalé vers le sud, comme l'indiquent les lignes de trajectoire tracées sur la surface de cassure). |
| |