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Guiers mort : secteur du Pont Saint-Bruno


Le Pont Saint-Bruno enjambe le Guiers mort au niveau où ce dernier franchit la falaise la plus massive de l'épaisse succession des calcaires du Fontanil.

La falaise principale des calcaires du Fontanil dans la vallée du Guiers Mort
(falaises s'élevant en rive droite depuis le Pont Saint-Bruno)
Vue depuis la rive gauche (crête des Agneaux).

À la différence de celle de l'Urgonien la corniche des calcaires du Fontanil est rubanée d'une succession de vires, même dans ses secteurs les plus massifs comme ici.
Les ressauts qui accidentent la falaise correspondent aux bancs spécialement massifs qui marquent le sommet des séquences de strates.

La falaise visible ici ne correspond qu'à la partie basse des calcaires du Fontanil proprement dits (séquences s3, s4 et s5 de la coupe). Elle se termine vers le haut par un rebord fort net : ceci correspond au fait que la dernière séquence de cette falaise (s5), très calcaire dans son ensemble, est surmontée par une séquence (s6) beaucoup plus argilo-calcaire (elle débute même par un assez fort niveau marneux) avec laquelle on entre dans les calcaires du Fontanil supérieurs (membres de Mont-Saint-Martin, du Pas-du-Boeuf et des Bannettes).


Schéma de la succession stratigraphique des calcaires du Fontanil ; (figure agrandissable)
le long de la D520b, en aval du pont Saint Bruno, montrant leur organisation en "séquences" de variations de faciès.

Les séquences des calcaires du Fontanil appartiennent au type dit "de Klüpfel", c'est à dire qu'elles débutent par des marnes (donnant des vires) puis se poursuivent par des calcaires de moins en moins argileux et de plus en plus riches en débris organiques grossiers (visibles et identifiables à la loupe) pour se terminer par des calcaires relativement massifs, à huîtres, débris de polypiers ou même rudistes (faciès "sub-récifaux", se rapprochant de ceux de l'Urgonien, qui sont également ceux de la falaise sommitale de la Grande Sure). Cette variation de faciès témoigne d'une réduction progressive de la profondeur de dépôt.

On passe, au contraire, d'une séquence à la suivante par une interruption de sédimentation, accompagné d'un accroissement brutal de profondeur, ce qui se manifeste par un changement brutal de faciès (qualifié de "discontinuité" séquentielle).

Chaque séquence majeure est épaisse de quelques dizaines de mètres et affectée elle-même de variations séquentielles de même type mais moins amples (d'ordre mineur), correspondant à de petites oscillations de profondeur (voir le schéma en bas à gauche). Par ailleurs, en passant de l'une à la suivante, les faciès du sommet de la séquence deviennent de moins en moins profonds pour les séquences s1 à s5, alors que c'est l'inverse pour les deux séquences s6 et s7 (qui affleurent en amont du pont Saint Bruno).

Cette organisation s'est développée au flanc du talus sous-marin qui ceinturait du côté sud-est la plate forme carbonatée jurassienne*. Jusqu'à la fin de la séquence 5 cette dernière gagnait sur l'espace marin, en débordant sur son talus, en « progradation » vers le sud-est ; ensuite la plate-forme a vu son bord rétrograder vers le nord-ouest, en prélude à sa brutale et forte submersion, intervenue au début de l'Hauterivien.

L'âge des calcaires du Fontanil n'est pas valanginien supérieur contrairement à ce que l'on a longtemps cru : les très rares ammonites récoltées et surtout les calpionelles visibles en lames minces montrent que la succession appartient encore au Berriasien, au moins jusqu'au pont Saint Bruno et que seules les séquences situées en amont sont à rapporter au Valanginien.

N.B : Les équivalences entre cette coupe stratigraphique et la coupe de référence, du Fontanil sont probablement les suivantes :
s1 = membre de Sautaret , s2 = membre du Peuil, s3 = membre des Oullières, s4 = membre de Valetière, s5 = membre de la Rivoire, s6 = membre du Pas du Boeuf, s7 = membre des Bannettes.

En amont du Pont Saint-Bruno le Guiers Mort a creusé dans les calcaires du Fontanil, par le jeu du mouvement tourbillonnaire des galets qu'il transporte lors des crues, de splendides "marmites de géants", aux quelles on accède par un sentier qui traverse d'une rive à l'autre.

à gauche :
Le Pont Peirant

dominant les marmites de géant du lit du Guiers (250 m en amont du pont Saint-Bruno).

ci-dessus :
Une marmite de géant
abandonnée sur la paroi de la gorge, par l'enfoncement du lit.


On trouve en outre, plaqués à flanc de pente en amont comme en aval du Pont Saint-Bruno, des lambeaux résiduels d'alluvions limoneuses.

Affleurement de limons lacustres dans les gorges du Guiers Mort
(300 m en amont du pont Saint-Bruno)
on devine (surtout au sommet de l'affleurement) le fin litage en "varves" horizontales. Ces dépôts argileux et finement sableux sont "ravinés", en haut à droite, par des cailloutis grossiers torrentiels.

Ces lambeaux alluviaux sont les témoins d'un ancien colmatage lacustre qui s'est produit dans toute la vallée, entre son débouché aval et Saint-Pierre-de-Chartreuse, à l'époque du maximum d'extension du Würm (dernière des glaciations du Quaternaire). Ce remplissage de la vallée a été alimenté par les matériaux que transportait le Guiers Mort et ses affluents des deux rives. Cette sédimentation a été occasionnée par la présence, à cette époque, de langues de glace qui contournaient alors le massif et occupaient notamment la dépression molassique de Saint-Laurent-du-Pont et des Échelles. Elles barraient, à leur débouché, du côté ouest les vallées issues du massif, et ce jusqu'à une altitude de 1100 à 1000.


aperçu d'ensemble sur la Vallée du Guiers Mort .

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