Bayons |

Mais les reliefs qui entourent cette courte vallée sont formés de roches plus résistantes, dont la nature n'est d'ailleurs pas la même dans les diverses directions.
Du côté ouest, c'est-à-dire vers l'aval, la vallée se ferme à partir de Forest Lacour et le Sasse s'y engage dans les Clues de Bayons. Cela est dû à ce que le torrent y franchit la barre tithonique du flanc nord-oriental du synclinal d'Esparron (qui constitue la retombée méridionale du bombement anticlinal des Terres Noires de Bayons). Elle y est disposée en une lame rocheuse redressée à la verticale qui se poursuit vers l'est par la clue des Rochers de la Lause, où elle est entaillée par le Riou du Pont (qui descend d'Esparron), avant de former la crête d'Anaribaud et le Rocher de l'Aigle, où elle bascule vers le sud pour reposer à l'envers sur les molasses rouges de la vallée d'Esparron.
Le Tithonique du flanc nord de cet antiforme s'enfonce en succession normale (mais renversée) sous les Terres Noires dans les pentes du Bois de Taillaye
mais il y est encore visible à la faveur des ravins qui entaillent ce versant au sud de Bayons.
Au nord, c'est-à-dire en rive droite, entre le confluent du vallon de La Clastre (torrent de Gautière), en amont, et celui du torrent de Rouinon, en aval, les Terres Noires sont coiffées par une masse de terrains de nature très inattendue : il s'agit là essentiellement de matériel triasique (calcaires, dolomies et cargneules, avec par places une semelle de gypse) dont l'organisation est d'ailleurs assez chaotique.

Cet énorme paquet rocheux forme, sur une épaisseur de plus de 500 m., les pentes boisées de la butte de Tavanon et s'étend vers l'ouest jusqu'à Forest Lacour ; à Bayons c'est sa partie inférieure qui coiffe les Terres Noires de la butte cotée 936, qui domine le village. Ce matériel a aussi été
amené là par les mouvements tectoniques et se rattache à l'ensemble plus vaste
de la klippe* du Cerveau.
voir l'essai d'interprétation de la tectonique de ce secteur à la page "Cerveau".
A l'est, de part et d'autre du cours du Sasse au niveau de Chabanette (3 km en amont de Bayons), les Terres Noires s'enfoncent sous la succession épaisse du Lias de la nappe
de Digne ; elles sont directement recouvertes par une lame, en général mince, d'argilites, de cargneules
et de gypses triasiques qui représente simplement l'extrême
base de la succession de cette nappe et qui en surligne la surface de chevauchement.
Le vallon de l'affluent le plus septentrional du Sasse, celui de La Clastre, perce les Terres Noires autochtones et en montre le substratum de Dogger et de Lias : sa succession est de type intermédiaire, proche de celle de la Pointe d'Eyrolle (voisine du côté ouest), mais elle se complète par des couches du Lias supérieur et de l'Aalénien ; néanmoins celles-ci y restent tout de même beaucoup plus minces que dans la nappe.
image sensible au survol et au clic

Les pentes méridionales du bassin supérieur du Sasse en amont de Bayons, vues du nord-ouest depuis le tournant 1295 de la route pastorale de Gautière.
ØD = surface de chevauchement de la nappe de Digne (sur son autochtone relatif, représenté ici par la partie la plus septentrionale de l'écaille de Valavoire) ; ØCe = surface de chevauchement de la klippe du Cerveau (noter combien cette surface se place dans le prolongement de la précédente, ce qui suggère leur raccord de part et d'autre du vallon de La Clastre) ; ØCo = surface de chevauchement des écailles de Combovin : les symboles de charnières indiquent la torsion des couches, en crochons synclinaux dont les axes, SW-NE, sont presque tangents à la pente topographique du versant.
l'astérisque localise le détail représenté en page "Astoin"
Au sud du cours du Sasse les crêtes et les pentes supérieures sont formées par la nappe de Digne, dont la succession, extrèmement calme et presque horizontale, repose sur l'autochtone par l'intermédiaire de sa semelle basale d'argilites, de cargneules et de gypses triasiques.
Mais on remarque que, vers l'ouest, cette lame triasique s'épaissit et s'enrichit de bancs de dolomies disposés de façon peu ordonnée (qui deviennent spécialement abondants dans le secteur de la crête des Vergères, là où le versant tourne pour se raccorder à celui du vallon d'Esparron). En fait on y retrouve un peu les caractéristiques qui sont celles du soubassement de la montagne du Cerveau, sur la rive opposée du Sasse : on peut donc penser que le matériel triasique de la klippe du Cerveau s'étendait vers le sud jusque sur l'actuelle rive gauche de la vallée, en formant une frange que la nappe poussait devant elle, à son front.
Les pentes boisées inférieures, au dessous de 1450 à 1500, sont en grande partie formées par les couches calcaires du Jurassique supérieur, que complétent par places des couches du Crétacé tout-à-fait inférieur. Vers le bas cette succession passe en continuité stratigraphique aux Terres Noires du fond de vallée ; par contre vers le haut notamment dans les pentes de Combovin, elle se montre dilacérée et redoublée par deux surfaces de chevauchement, sub-horizontales et pratiquement parallèles entre elles comme à celle de la base de la nappe. À l'intérieur de ces lames tectoniques la barre tithonique est en outre ployée en charnières déversées vers le sud et dont les axes sont peu obliques par rapport à la surface topographique. Ces écailles de Combovin représentent à l'évidence un dispositif d'imbrications créées par un effet d'entraînement, sous l'avancée vers le sud de la nappe de Digne, aux dépens de la partie la plus haute de son autochtone.
voir les schémas tectoniques de la page "Esparron"

d'après une image extraite de "google-earth"
Le cours supérieur du Sasse en amont de Clamensane et les montagnes du massif de la Grande Gautière, vus du sud.
f.V = faille de Vermeil ; s.E = synclinal d'Esclangon ; a.B = anticlinal du Bramefan ; f.B = faille de Bane ; f.R = faille de Rouinon ; f.T = faille de Turriers.
Les failles de coulissement (à fort pendage) sont figurées en blanc ; on a figuré en rose les surfaces de recouvrement tectonique, faiblement pentées (chevauchement du lobe sud-oriental de la nappe de Digne et de la klippe du Cerveau, enfoncement du lobe médian ("de Bréziers") de la nappe sous le Trias de Gautière (= faille des Sagnes).
La grosse flèche, au dessus du mot "Chabrier" indique le mouvement de la pointe du poinçon induit par l'avancée (vers l'ouest) de la klippe du Cerveau ; les autres flèches indiquent le sens du mouvement des cassures (coulissantes ou chevauchantes).
Le tracé jaune correspond à l'alignement des cassures (failles de Vermeil, de Bois Lardat, de Picouse et de Turriers) qui jalonnent le tracé du linéament de Clamensane : le compartiment situé au nord-ouest de ce tracé a une structure dominée par le système des écailles de Faucon : elle est très étrangère à celle du versant de Bayons, appartenant à la grande "écaille de Valavoire", où prédominent les déformations associées au charriage de la nappe de Digne.
image totalement muette
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| LOCALITÉS VOISINES | Seyne |
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