Le Grand Vallon du Caire et ses abords |
La présente page a pour but de fournir une introduction, puis une vue d'ensemble et des essais d'explication, concernant un secteur qui s'avère particulièrement complexe : c'est celui qui s'étend entre les deux dépressions de Turriers au nord et de La Motte du Caire - Clamensane au sud. Ces dernières sont séparées par la partie occidentale du groupe montagneux de la grande Gautière et communiquent par une vallée, orientée NE-SW, qui est dénommée Le Grand Vallon.
Cette page est subdivisée en 5 parties abordant respectivement les thèmes suivants :
1/ Le Grand Vallon lui-même (ci-après);
2/ La rive droite (nord-occidentale) du Grand Vallon ;
3/ Les crêtes de la rive gauche, sud-orientale, du Grand Vallon ("les écailles de Faucon") ;
4/ Les confins orientaux du systéme des écailles de Faucon ;
5/ Les confins méridionaux du systéme des écailles de Faucon.
1/ Le Grand Vallon lui-même, qu'emprunte la D.551 entre Gigors et La Motte du Caire, est une vallée profonde et encaissée, dont le fond est le plus souvent plat car colmaté d'alluvions fluviatiles. Elle n'est pourtant parcourue, en dépit
de la taille de son thalweg que par un petit ruisseau.
C'est en fait une véritable "vallée morte", qui a été
creusée par les cours d'eau qui étaient alimentés, lors de la dernière glaciation (Würm), par la fonte de
langues glaciaires qui pénétraient
jusque dans le bassin de Turriers depuis la vallée de la Durance (voir la page "Quaternaire
du Gapençais") : ces langues, qui provenaient du nord-est, ne parvenaient pas à en sortir vers le sud à cause de la hauteur des reliefs qui ferment dans cette direction la dépression de Turriers : c'est donc dans cette direction que leurs eaux de fonte étaient contraintes de s'échapper.

Le tracé de cette vallée a une origine clairement structurale car il suit à peu de chose près le tracé d'une grande fracture, la faille
du Grand Vallon, qui court maintenant à peu de distance du fond de vallon, sur son versant nord-ouest.
Cet accident est important car il met côte à côte deux compartiments
de nature lithologique et stratigraphique très différente, d'un côté les calcaires argileux sombres du Lias de la Nappe de Digne, de l'autre les alternances de grès et de marnes des Molasses rouges oligocènes. Il ne fait pas de doute que c'est la différence de réaction à l'érosion des ces deux ensembles qui a dirigé le tracé initial de la vallée, et que ce dernier s'est décalé par la suite vers le sud-est par rapport à celui de la faille, à l'occasion de son encaissement (du fait que la cassure est inclinée vers le nord-ouest).

Du côté nord-oriental le Grand Vallon débouche sur Gigors, à la marge nord-ouest de la dépression de Turriers, par le col de Sarraut, qui est ouvert dans les conglomérats et marnes rouges du Nummulitique de la lèvre méridionale de la faille.
Du côté méridional il débouche, à la Motte-du-Caire, en plein domaine autochtone, dans la combe des Terres Noires de la marge orientale de la dépression anticlinoriale de Laragne.
image sensible au survol et au clic

Le débouché aval du Grand Vallon, à La Motte-du-Caire, vu de l'ouest depuis le rebord oriental du plateau de Melve (peu à l'est de la ferme des Peupliers).
s.M = synclinal E-W de Melve ; a.J = anticlinal du Jalinier ; s.A = synclinal d'Abian : ØJ = chevauchement (mineur) du Jalinier.
2/ La rive droite (nord-occidentale) du Grand Vallon, depuis les abords du col de Sarraut jusqu'à l'amont du Caire (Rocher de la Fougère et hameau de La Roche), a une structure très simple car on y observe seulement la succession stratigraphique des couches du Lias et du Jurassique moyen appartenant à la nappe de Digne.

Plus au sud-ouest, à partir du Caire, cette rive septentrionale appartient par contre à l'autochtone : il y est structuré par des plis d'axes NW-SE dont les anticlinaux sont largement éventrés par la dépression des Terres Noires de la Motte du Caire. C'est pratiquement la barre tithonique, accidentée par ces plis, qui arme la crête dominant cette dépression du côté nord, ainsi que la barre rocheuse du Grand Dévin, qui rétrécit la vallée en la traversant immédiatement en aval du village du Caire.
3/ Les crêtes de la rive gauche, sud-orientale, du Grand Vallon appartiennent aussi à l'autochtone (le domaine d'extension de la nappe ne déborde pas au sud-est de la faille du Grand Vallon et donc de ce dernier). Mais en amont du Caire elles se distinguent par le fait qu'elles sont affectées par un système assez complexe qui est celui des "écailles de Faucon".
Fondamentalement sa structure consiste en une imbrication, par chevauchement sur le Nummulitique autochtone, de deux lames formées d'un matériel peu différent du point de vue stratigraphique. L'extension de ces unités tectoniques, l'écaille de Roche Cline et celle de l'écaille du Sapet se termine du côté ouest contre la faille du Grand Vallon, cette dernière les coupant presque orthogonalement leurs surface de chevauchement. Par ailleurs elles ont en outre ont été reployées par des plis d'axe NW-SE, et les couches de la nappe qui affleurent au nord-ouest de la faille du Grand Vallon ne se montrent aucunement impliquées dans ce dispositif structural, qui est strictement propre à ce secteur de rive gauche du Grand Vallon.
image sensible au survol et au clic

d'après une image extraite de "google-earth"
Le Grand Vallon et les montagnes de sa rive sud-orientale (système des écailles de Faucon), vus de l'ouest.
f.gV = faille du Grand Vallon (limite nord-occidentale du "redent de Turriers" de la nappe de Digne) ; f.Vw = faille occidentale de Vermeil (prolongement possible de la précédente, dans l'autochtone) ;
f.VE = faille orientale de Vermeil ; f.Bo = faille de Bouchière ; f.bL = faille de Bois Lardat ; f.T = faille de Turriers (ces 4 dernières failles s'alignent grossièrement pour jalonner le linéament de Clamensane et limiter le système des écailles de Faucon du côté oriental)
Toutes les failles ci-dessus énumérées, dont les tracés sont indiqués en jaune, ont eu un jeu post-nummulitique en liaison avec l'avancée de la nappe de Digne ; la surface de chevauchement proprement dite de cette dernière est indiquée en rose.
éc.S = écaille du Sapet ; éc.cC = écaille de Roche Cline ; f.Va = faille de Valentin ; a.pP = anticlinal de Pierre Pouillouse ; a.B = anticlinal du Bramefan ; s.C = synclinal du Caire.
Nc-g = calcaires et grès verts à conglomérats nummulitiques supportant les molasses rouges dans les écailles de Faucon ; Lr = Lias d'épaisseur très réduite ; L.int. = Lias d'épaisseur intermédiaire (écaille de Valavoire).
L'enchaînement, depuis l'aval (environs du Caire) jusqu'à l'amont (col de Sarraut), de ces plis, failles et chevauchements est représenté sur les deux coupes suivantes, parallèles à l'axe de la vallée qui se succèdent du SW au NE, au prix d'un petit décalage (la seconde passant un peu plus au SE que la première).


4/ Les confins orientaux du systéme des écailles de Faucon, aux abords de la crête de partage des eaux entre Sasse (vallon de Rouinon) et vallon de Vermeil.
Ils montrent une structure très complexe caractérisée par les aspects suivants :
a) on y trouve des affleurements de séries liasiques très réduites en épaisseur et très proches à cet égard de celle de Turriers : lacune totale de l'intervalle Domérien-Aalénien et réduction du Sinémurien - Lotharingien (ainsi que du Bajocien) à quelques dizaines de mètres seulement. Ils se rencontrent, de façon d'ailleurs discontinue, le long de la crête Picouse - Patassiers - Pic de Valentin et dans son versant oriental ;
b) ces affleurements reposent par contact stratigraphique normal (mais en série renversée) sur les Terres Noires des alpages de la Cassine, qui se poursuivent elles-mêmes vers l'ouest par les Terres Noires que recouvre le Nummulitique des écailles de Faucon : ils représentent donc la "semelle" stratigraphique de ces écailles ;
c) par places, notamment à la crête de Picouse ils décrivent un anticlinal couché déversé vers l'ouest. La charnière de ce pli est le plus souvent rompue en chevauchement et l'on n'en voit souvent aussi que le flanc inverse ;
d) enfin ces affleurements liasiques sont tranchés du côté est par un système de fractures NE-SW (failles de Picouse, de Bois Lardat, etc...) qui les mettent en contact soit avec des Terres Noires soit avec des gypses recouvrant ces dernières. Or ces derniers affleurements appartiennent très clairement au soubassement de la Grande Gautière, donc de l'unité de Valavoire, et nous montrent très vraisemblablement le prolongement méridional des couches (de même nature et disposées de façon similaire) qui constituent le versant nord de cette montagne : ce sont donc sans doute les restes du diapir d'Astoin, reposant sur les affleurements les plus méridionaux du lobe de Bréziers de la nappe de Digne (qui s'est enfoncée en sous-charriage sous ce diapir).
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(extrait de la publication n°075 )
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En définitive on doit sans doute interpréter la structure de ce secteur comme le résultat du rejeu, au Tertiaire, d'un faisceau de cassures orientées NE-SW, héritées de celles, liasiques, du linéament de Clamensane.
Dans un premier temps elles ont contribué à surélever le domaine (sans doute diapirique) au flanc duquel se sont détachées et ont glissé vers l'ouest les écailles de Faucon ; dans un second temps elles ont joué en coulissement sous l'effet de l'avancée de la nappe de Digne, qui se déplaçait presque parallèlement à leur direction ; elles ont ainsi permis à ce mouvement de se propager depuis la faille de Turriers au nord jusqu'à celle de Vermeil au sud en jouant le rôle de rampe latérale* vis-à-vis de l'écaille de Valavoire (revoir à ce sujet la vue pseudo-aérienne du secteur).
C'est certainement lors de ce jeu tardif que ces failles ont dû sectionner la marge orientale des écailles de Faucon, déjà imbriquées préalablement. Mais les complexités que l'on observe dans les rapports entre le tracé de ces failles et celui des limites de ces écailles suggère la possibilité qu'il y ait eu interférence du jeu des cassures NE-SW avec le reploiement de ces unités, lequel était, en effet, peut-être seulement en cours.
5/ Les confins méridionaux des écailles de Faucon et de l'autochtone proprement dit (qui affleure dans le vallon de Vermeil) montrent des complexités structurales qui sont difficiles à comprendre (d'autant que le couvert forestier n'aide pas à les observer !). Elles se manifestent essentiellement par la présence d'une bande relativement étroite de terrains allochtones (avec Trias et Lias très réduit, autant voir plus que celui de Turriers) qui court d'est en ouest depuis le Pic de Valentin jusqu'au fond du Grand Vallon, où elle est représentée par l'amas de gypses du lieu-dit La Gypière.
Ces terrains
reposent sur les molasses rouges autochtones et sont apparemment coincés au cœur d'un synclinal écrasé et faillé, entre le flanc sud de l'anticlinal de Pierre Pouillouse (page "Faucon") et le flanc nord de l'anticlinal du Défens (page "Vermeil").
La manière dont sont localement entremélés les affleurements de mésozoïque et ceux de molasses rouges portent à se demander si leur mise en place sur ces dernières est bien véritablement tectonique ou s'il ne s'agit pas plutôt d'olistolites* intercalés de façon désordonnée dans la partie haute des molasses rouges (ce que suggère également l'analyse de certains affleurements du secteur, immédiatement plus septentrional, de Faucon). Le schéma ci-après a été bâti en conservant l'hypothèse qu'il s'agit d'une organisation cohérente, obtenue par plis et chevauchements.

figure
agrandissable
Coupe est-ouest, selon l'allongement de la crête
du Défens - Valentin (extrait de la publication n° 075).
Ce schéma montre la constitution de l' «
écaille du Sapet », telle qu'on peut l'observer en
suivant le flanc nord de l'anticlinal du Défens. On note
que la succession des couches jurassiques s'y trouve biseautée
de diverses façons (observer également les variations
latérales de la succession du Tertiaire, dans l'écaille
comme dans son autochtone).
On observe également qu'il s'y manifeste une imbrication
secondaire (qui a été, elle aussi, enroulée
ultérieurement par l'anticlinal du Défens)
L'interprétation qui en a été donnée dans la publication n° 075 (ARNAUD H., GIDON M. & PAIRIS J.L. (1977). - Précisions
sur la structure des chaînes subalpines méridionales
dans la région de Faucon-Turriers-Clamensane (Alpes-de-Haute-Provence).
Géologie alpine, t.53, p. 5-34.) accepte aussi l'hypothèse "purement tectonique" ; elle considère :
a) que l'écaille du Sapet a été affectée là, dans l'étape initiale de sa mise en places (schéma ci-dessus), de replis et d'imbrications secondaires.
b) que dans les étapes suivantes (schéma ci-dessous) il s'est d'abord produit un reploiement, transversal à ces premières structures, qui se sont retrouvées prises au cœur d'un synclinal plus ou moins pincé ; puis serait intervenue une rupture des flancs de ce synclinal par des failles à peu près parallèles à son axe.


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| Débouché oriental : | Gigors | |
| Partie médiane : | Faucon | |
| Partie sud-ouest : | Le Caire | |
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Débouché sud-occidental : |
La Motte du Caire |
cartes géologiques à 1/50.000° (*) à consulter : feuilles Laragne et Seyne.
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| Melve |
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