Le chaînon Meije - Rateau |
La Meije n'est, avec ses 3982 m, que le second sommet du massif des Écrins par l'altitude, mais il en est le plus emblématique, tant par sa silhouette que par sa place dans l'histoire de l'alpinisme.
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La Meije, le Pic Gaspard et le Rateau aspect d'enfilade du chaînon et de ses faces nord vu d'avion, de l'ouest, depuis l'aplomb du glacier du Mont-de-Lans. (cliquer sur l'imagette) |

La très haute face nord du chaînon de la Meije (2500 mètres de dénivelée entre La Grave et le sommet) est barrée en diagonale par une bande de schistes argileux jurassiques qui y sépare deux masses de roches cristallines. Ceci est dû à ce que le bloc cristallin d'En-Paris, dont la voûte s'élève régulièrement vers le sud (depuis la rive gauche vers la rive droite de la Romanche), selon une pente de l'ordre de 20 %, est brusquement surhaussé (d'au moins 1000 m), dans la face nord du chaînon de la Meije, par une faille inverse, appelée chevauchement de la Meije. Cette cassure se termine vers le NE dans une bande de plus en plus épanouie de couverture sédimentaire, le synclinal de Chal Vachère (qui est évidé par les vallons de la Meije).

D'est en ouest le tracé du chevauchement de la Meije traverse
le versant en oblique, depuis Villar-d'Arêne jusqu'au col
des Ruillans (au NW du Rateau), puis traverse le plateau du glacier
de la Girose pour aboutir sur la crête au col de la Lauze
et, de là, plonger vers le refuge de la Selle. Cela correspond à une surface de cassure qui pend vers le SE. En cela il ressemble
fortement au chevauchement du Combeynot, ce qui suggère qu'il soit
anté-nummulitique, comme ce dernier).
Son effet le plus visible est de remonter jusqu'au jour le granite (masqué
au nord-est de la Meije, sous la chape des gneiss) dans les faces
nord de la Meije et du Rateau. Mais il est à noter que
la lèvre supérieure (chevauchante) de cet accident
est ployée en un crochon anticlinal d'axe E-W, que décrit
aussi bien l'interface cristallin - sédimentaire que la
limite granite - gneiss. C'est à la faveur de ce pli que
l'on trouve, collé sur le bord du cristallin chevauchant
(notamment dans les abrupts que surplombe le glacier du Tabuchet),
une frange de Trias, de Lias calcaire, puis de calcschistes toarciens,
en couches subverticales à renversées (elles représentent le flanc nord du pli au niveau de la couverture).
Il faut souligner que le chevauchement de la Meije à un azimut proche de E-W et un mouvement chevauchant à vergence* nord, ce qui est bien différent des caractéristiques de chevauchements à tracé N-S et à vergence W-SW que l'on rencontre plus à l'est dans les unités tectoniques plus internes. Il ne saurait donc être assimilé à ces derniers.
Il s'agit en fait du représentant le plus marquant (et le plus interne) d'une famille d'accidents
de socle (comportant en particulier aussi celui du Taillefer) qui sont caractérisés par leur azimuth proche de E-W et leur vergence nord et chez qui l'on observe en outre que la flèche du chevauchement s'accroît d'ouest en est et s'annule au bord occidental du bloc de socle concerné (ici dans le secteur de saint-Christophe-en-Oisans).
Ce type d'accident n'est représenté, dans les massifs
cristallins, que sur cette transversale de la chaîne, et il faut remarquer que c'est précisément celle où l'arc alpin décrit son inflexion maximale.
Ces particularités portent à y voir des cassures générées par la torsion azimutale qui a affecté à cette latitude les blocs de socle qui, plus au nord, s'allongent selon la direction SW-NE : leur jeu pivotant aurait en effet absorbé le raccourcissement à l'intrados impliqué par cette torsion anti-horaire des crêtes des blocs de socle (voir la page "Arc alpin"). Le chevauchement de la Meije serait en définitive la plus importante de ces cassures, et cela en raison de la position qu'elle occupe, au cœur même de la zone de flexion des massifs cristallins externes..

Plus bas dans les pentes on peut d'autre part remarquer que la bande de schistes jurassiques que recouvre le chevauchement de la Meije se rétrécit
brutalement à l'ouest (à droite) du ravin de Chal-Vachère (torrent de la Béous) : cela est dû à ce que l'interface socle-couverture y est brutalement rehaussée par une faille N-S, pour former l'échine de Puy Vachier. Cette faille du torrent de La Béous met en contact direct l'Aalénien du cœur du synclinal de Chal Vachère, qui se rattache au remplissage de l'hémigraben d'Arsine, contre le socle cristallin
de l'échine du Peyrou et de Puy Vachier, qui appartient
à la voûte
du bloc d'En-Paris : il s'agit donc de la paléo-cassure jurassique qui limite ce bloc du côté oriental, c'est-à-dire d'un accident bien antérieur au chevauchement de la Meije et qui s'enfonce vers le sud, masqué sous ce dernier.

version
plus grande de cette image
Tectonogramme des environs de La Grave - La Meije
schéma destiné à montrer les relations
entre les trois types de structures intervenant dans le dispositif
tectonique.
-1 - f.B = faille de la Béous (délimitant le bloc d'En-Paris par rapport à l'hémigraben
d'Arsine) : tectonique extensive jurassique ;
-2 - ØM = chevauchement de la Meije : tectonique
compressive à vergence nord.
Les replis du synclinal de Chal-Vachère, qui lui sont associés,
sont dessinés de façon tout-à-fait symbolique
; au dessus du chevauchement le socle cristallin dessine un pli couché qui représente sans doute le crochon* induit par le chevauchement.
-3 - ØH = chevauchement des Hières : tectonique compressive à vergence ouest, post-nummulitique
(formation des "écailles ultradauphinoises").
On n'a pas cherché a respecter la position précise
de la surface de chevauchement par rapport à celle du chevauchement
de la Meije, mais seulement à montrer leur différence
d'attitude dans l'espace.
Enfin on a vu que le chevauchement de la Meije ne se contente pas de fonctionner en faille inverse mais s'accompagne d'une ample torsion anticlinale du socle dans son compartiment chevauchant. L'interface socle - couverture décrit ainsi une sorte de pli-faille qui est finalement à peine rompu par le chevauchement, de sorte que le rejet affectant l'interface socle-couverture est moindre que celui affectant le socle profond. Cela a aussi pour corollaire que la dénivellation entre la voûte du socle du compartiment chevauchant et celle du compartiment chevauché est plus importante que le rejet affectant la surface du socle le long du tracé du chevauchement (fig. ci-dessus).
Cette disposition répond assez bien au schéma des plis de rampe, car le pendage de la cassure semble effectivement s'accroître fortement si on la suit sur le versant sud du chaînon, dans le vallon de la Selle et dans la face nord de l'Aiguille du Plat de la Selle (où elle pénêtre profondément dans le socle) : cela correspond bien au schéma du passage entre un palier à l'interface socle - couverture et une rampe dans le socle.
aperçu d'ensemble sur la vallée
de la Haute Romanche ![]()


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