Montagne de la Charvaz, Hautecombe, Billième |
La Montagne de la Charvaz représente la partie septentrionale du chaînon du Mont du Chat proprement dit. Sa crête est formée par les couches du Jurassique supérieur (plus précisément les calcaires récifaux massifs du Kimméridgien supérieur). Elles ont été mises à nu et sculptées en un crêt bien typique par l'érosion qui a éventré et totalement enlevé la voûte de l'anticlinal du Chat.

Sa structure est en fait la même que celle de la Dent du Chat, dont elle n'est séparée que par la zone, simplement plus abaissée par l'érosion, du col du Chat. Cet abaissement coïncide cependant avec le passage de la faille du col du Chat, orientée NW-SE, qui semble.donc avoir eu un rôle à l'origine de cet accroissement de l'érosion sur cette transversale.
Le relief est celui d'un crêt, comme au sud du col du Chat. Il est remarquable que, entre la Charvaz et le relais du Mont du Chat (au sud de la Dent du Chat), la crête décrit une profonde inflexion vers l'est. Cela résulte principalement de ce que, précisément, la ligne de crête ne suit plus le tracé axial de l'anticlinal du Mont du Chat, dont la voûte est enlevée là par l'érosion (celle-ci passait plus à l'ouest, sans doute à peu près à l'aplomb de Chevelu).
Ce rentrant vers l'est de la ligne de crête correspond aussi, pour une part à une torsion, sinon de l'axe, du moins de la dalle rocheuse chevauchante formée aux dépens du flanc oriental de l'anticlinal du Mont du Chat (voir plus de détails à la page "Dent du Chat").
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Carte géologique très simplifiée du secteur entre Yenne et le Lac du Bourget redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074 |
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Du côté oriental le revers du crêt est moins simple car la crête de la Charvaz est flanquée par un replat suspendu qu'emprunte la D.914. Ce replat résulte de l'érosion en creux des couches marneuses de l'Hauterivien que la surface topographique, en moyenne moins inclinée que les couches, tranche à mi-pente (alors qu'au sud du col l'Hauterivien n'affleure qu'en bas des pentes). Ce replat est soutenu par les dalles urgoniennes qui tombent dans le Lac du Bourget au nord comme au sud de l'abbaye de Hautecombe (par contre aux environs d'Hautecombe un peu de molasse miocène garnit le bas des pentes, là où elles plongent sous les eaux du lac).
Du côté ouest, entre la crête de la Charvaz et la vallée du Rhône (secteur de Billième), l'abrupt du crêt domine en outre une zone de collines mamelonnées qui culminent au Mont de Lierre. Un fort couvert morainique nuit à l'analyse tectonique de ce secteur où les terrains mésozoïques émergent de la molasse miocène à la faveur d'ondulations modestes qui sont, d'ouest en est, l'anticlinal de Lierre le synclinal de Billième et l'anticlinal de Gerbaz (c'est le flanc oriental de ce dernier pli qui forme les pentes dominant, du côté est, l'alignement de villages qui va de Billième à Lucey en passant par Jongieux).
Il faut remarquer que le synclinal de Billième s'efface vraisemblablement vers le nord, par amortissement, aux environs de Jongieux, mais l'abondance des formations superficielles ne permet pas de l'observer. De même, entre Jongieux et Étain les affleurements manquent cruellement pour voir ce que devient l'anticlinal de Lierre. Il est même possible que ces trois ondulations s'effacent plus ou moins avant d'atteindre la vallée du Rhône car la place manque un peu dans ce secteur pour imaginer qu'elles s'y prolongent.
Ces plis sont orientés NW-SE et sont, de ce fait, tranchés en biseau, au nord d'Étain, par le large couloir à fond alluvial de la vallée du Rhône, qui est orienté franchement N-S. Il est évident que cette vallée suit un important accident - la faille d'Étain - car la rive opposée est formée sur toute sa longueur, depuis Yenne jusqu'aux marais de Lavours par le monotone flanc oriental de l'anticlinal de Parves (voir la page "Yenne"). Cette faille sectionne également, au nord de Lucey, l'anticlinal du Mont du Chat, dont elle fait disparaître le flanc ouest
Cette cassure majeure, qui a visiblement dirigé ce tronçon N-S de la vallée du Rhône, est assez énigmatique. Du côté nord on peut envisager qu'elle représente l'extrémité méridionale de la faille de Béon par laquelle le chaînon du Grand Colombier chevauche les plis plus occidentaux du Jura (voir la page "Culoz"). Du côté sud elle ne se décèle plus dans les molasses miocènes, au sud du coude que fait la vallée du Rhône à Yenne. On peut donc penser soit qu'elle s'y amortisse, soit qu'elle soit anté-Miocène et se poursuive, masquée sous ces molasses (cela parait toutefois peu probable puisqu'elle tranche des plis qui ont visiblement affecté le Miocène).
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Coupes sériées de l'extrémité
septentrionale du chaînon du Mont du Chat d'après P. GIDON "Géologie Chambérienne"
, 1963
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La Montagne de la Charvaz est surhaussée, par rapport aux collines de Billième, par une faille de chevauchement à fort pendage vers l'est qui prolonge en continuité absolue la faille du Mont du Chat.
Aux abords de Billième les couches, d'âge Néocomien,
que recouvre le chevauchement sont affectées par une fracture
satellite qui leur occasionne un petit redoublement (voir les
coupes).
Ces couches appartiennent en fait au petit anticlinal de Gerbaz,
qui est sectionné en biais par le chevauchement en direction
du sud au abords de Saint-Jean de Chevelu. Du côté
nord-ouest cet anticlinal est éventré par l'érosion
et ne montre plus que le prolongement de son flanc oriental dans
les pentes qui dominent Jongieux, jusqu'à Lucey où
l'entaille du Rhône montre le Jurassique moyen de son coeur
à Lucey.
A l'aplomb du sommet le compartiment supérieur montre, immédiatement au dessus de la surface de cassure, une lame subverticale de Kimméridgien, qui se biseaute vers le sud contre la faille. Il s'agit du flanc ouest d'une charnière anticlinale en genou que dessinent effectivement les couches au nord du sommet. On peut y voir soit un crochon de chevauchement soit le reste du flanc étiré d'un pli-faille*. En tous cas cette disposition fait transition avec la disparition pure et simple du chevauchement, qui s'observe plus au nord (voir ci-après).

La faille du mont du Chat s'amortit en effet vers le nord, à partir d'Ontex et de Lucey, en diminuant son rejet. Elle ne s'observe plus à la latitude de Curtille où son crochon devient une une simple ondulation anticlinale qui s'efface dans le flanc oriental de l'anticlinal du Chat, ce dernier se confondant là avec le prolongement nord du flanc oriental de l'anticlinal. de Gerbaz.


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Bloc en relief schématique Au sud de Billième la voûte anticlinale s'enfonce sous le flanc oriental du pli, remonté par la faille du Mont du Chat. Cette faille s'amortit vers le nord avant d'atteindre Saint-Pierre de Curtille. Ce chevauchement du Mont du Chat, d'âge post-Miocène
s'est produit dans un deuxième temps, après que
le pli originel ait vu sa voûte érodée pendant
le Paléogène. N.B. : pour ne figurer que les traits essentiels, l'ondulation de détail que constitue le synclinal de Billième n'a pas été représentée. |
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Cette disposition n'est pas sans évoquer
celle que l'on observe dans l'extrémité méridionale
de plusieurs autres chaînons jurassiens, là où
ils ont subi une torsion axiale : celle-ci a induit la naissance,
sur le flanc oriental de l'anticlinal, d'un chevauchement qui
a permis le déplacement vers l'ouest de la portion la
plus méridionale du pli, par dessus la voûte de
sa partie septentrionale. L'analogie entre la naissance de la
faille du Mont du Chat et celle de la faille
de L'Épine est, en définitive, particulièrement
frappante. |
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