Pointes d'Aboillon |
La crête orientale de la Tour Sallière se prolonge, au delà du Col d'Emaney, par celle du Luisin après avoir émis une branche méridionale. Mais, peu à l'est de l'épaule orientale de la Tour Sallière (c'est-à-dire au point coté 2975 ancien = 2969 nouveau), il s'en détache vers le sud la puissante crête N-S des Pointes d'Aboillon, qui sépare les vallons d'Emaney et des Chaux. Elle se poursuit jusqu'au Col de Barberine et ferme ainsi le haut vallon d'Emaney par l'important abrupt, presque rectiligne sur 2 km, de sa face est.
Les crêtes des environs de la Tour Sallière, vues du SE (vue pseudo aérienne d'après une image obtenue à l'aide du logiciel Apple "Plans"). |
Ces abrupts orientaux de la crête donnent une splendide coupe naturelle, presque totalement dénudée, dont la plus grande partie montre une succession renversée de couches jurassico-crétacées. Elles appartiennent au flanc inverse de la nappe de Morcles et sont couronnés par les calcaires du Bajocien, qui y sont redoublés car ils représentent le cœur de l'anticlinal couché d'Aboillon (qui se ferme plus au NW). Vers leur base affleure la barre urgonienne qui y repose sur du flysch nummulitique, lequel s'avère, au nord du lac de Salanfe, en être la couverture stratigraphique transgressive (voir la page "Tour Sallière").
1) Ses rapports avec la couverture autochtone des Aiguilles Rouges
Cette succession est classiquement supposée constituer le flanc supérieur d'un prétendu "synclinal couché d'Emaney", par lequel cette nappe s'enracinerait là dans l'autochtone. Mais plus bas, dans les pentes qui se prolongent en constituant le versant sud du col d'Emaney (cliché suivant), il est clair que ce n'est pas le cas puisque les terrains qui encadrent le flysch sont d'âge très différent (Urgonien versus Tithonique) : c'est au contraire une surface tectonique très plane qui sectionne les couches de ses deux lèvres en un biseau aigu.
Il s'agit du "chevauchement subalpin", dont le tracé se raccorde à celui du fond du cirque de Salanfe sur l'autre versant de la crête en dessinant, en raison de son pendage modéré vers l'ouest, un V topographique très accusé pointant vers l'est au col d'Emaney.
2) Structure de ces escarpements orientaux
L'observation d'ensemble du versant oriental de la crête montre de façon spectaculaire comment les différents termes de cette succession s'abaissent régulièrement vers le sud, presque parallélement à la ligne de crête, jusqu'aux abords du sommet 2782, le plus méridional.
Ce parallélisme d'ensemble est cependant perturbé par des replis tectoniques couchés qui sont interprétables comme des parasites du flanc inverse du grand anticlinal d'Aboillon. Ils attestent d'une déformation dans des conditions telles que les calcaires tithoniques eux mêmes ont un comportement ductile.
En tous cas il apparaît surtout qu'au pied de ces abrupts les termes successifs de cette succession renversée disparaissent par un sectionnement progressif du nord vers le sud, ceci depuis l'Urgonien en premier, jusqu'au Tithonique. Ce dernier se poursuit quant à lui depuis le col d'Emaney jusqu'au col de Barberine, où il est tranché à son tour, très en biseau, par le chevauchement subalpin : l'existence de cet accident est attestée au col de Barberine même, une mince lame de grès nummulitiques qui s'intercale entre le Tithonique renversé de cette succession et le Trias de couverture du massif cristallin.
L'obliquité de son tracé par rapport au couches de la nappe et le sectionnement franc de ces dernières rendent très forte la tentation d'expliquer par le jeu de ce chevauchement la flagrante progressivité de l'amincissement de ce flanc inverse et de considérer que ce chevauchement est sans rapports avec la formation des replis couchés qui affectent la succession de la nappe de Morcles.
En outre la significaton des indications données par la dispositions de ces plis paraît devoir être relativisée en tenant compte d'autres observations.
L'examen attentif des niveaux marneux du Berriasien - Valanginien (cliché ci-dessous) montre des replis hectométriques couchés dont les rapports entre flancs longs et flancs courts indiquent le sens de cisaillement : les couches supérieures sont déplacées vers la droite par rapport au inférieures (voir les grosses flèches). |
Il s'avère d'autre part que les couches de la crête d'Aboillon ont un pendage (vers l'ouest) peu différent de la pente topographique du versant occidental de la crête. C'est effectivement ce qui s'observe dans l'Arête des Chaux qui descend parallèlement à la combe du Col de Barberine en direction du lac d'Emosson. En effet les couches s'y disposent globalement de façon assez parallèle au fond du vallon et à la ligne de crête.
3) La terminaison méridionale du chaînon d'Aboillon correspond à la Combe du Col de Barberine, dominée en rive septentrionale par l'arête des Chaux qui descend vers le SW (voir la page "Barberine").
Le long de cette crête les couches du Jurassique moyen renversé se poursuivent visiblement jusqu'à l'épaulement de "Vers l'Homme" (point 2351 ancien, 2355 nouveau). Par contre à mi-pente on perd vers l'ouest le prolongement de la barre tithonique, qui est pourtant bien individualisée dans la partie haute plus orientale. Or ceci se passe de façon énigmatique, simplement à l'occasion de son interruption par les cônes d'éboulis descendant de l'échine de Luée Bou : au delà de ces derniers elle semble trouver son prolongement dans une barre qui est similaire par sa position mais non par son aspect faciologique, qui porte à l'attribuer aux calcaires du Bajocien terminal (voir ci-dessus et confronter les deux clichés suivants).
La partie haute de la rive droite (NW) de la Combe du col de Barberine vue de la rive opposée (cliché original obligeamment communiqué par Mme Cl. Renouard). La barre tithonique, pourtant bien caractérisée, disparaît franchement à l'affleurement à l'ouest (à gauche) de la limite du cliché. |
Cette constatation est en désaccord avec le tracé proposé par la carte géologique, qui lui fait s'abaisser rapidement en direction du lac pour rejoindre le fond de thalweg.
Mais dans ce dernier les couches réputées la prolonger sont en repos direct sur les dolomies triasiques et, sous les escarpements, les ravines intermédiaires semblent montrer du Bajocien plutôt que des Terres Noires ce qui n'est pas cohérent avec la coupe du Col.
image sensible au survol et au clic |
Du côté nord-occidental de l'arête des Chaux les multiples ravins qui convergent pour former la Combe des Fonds montrent essentiellement des couches du Bajocien qui dessinent un synclinal très ouvert d'axe NW plongeant vers le sud. Ces dernières apparaîssent comme le prolongement occidental de celles de la barre rocheuse de l'épaule est (cote 3011 de la carte récente) et c'est apparemment la barre calcaire supérieure presque dénudées en dalle structurale qui forme la Tête des Chaux Derrière (point 2395) .
Ces couches s'y étendent sur toute la largeur du vallon et y sont bien à l'endroit, comme le montre leur entaille par la Combe des Fonds, notamment au lieu-dit les Traverses. Elles ne peuvent donc pas appartenir au flanc inférieur de l'anticlinal couché d'Aboillon. On recherche donc en vain le dessin de la charnière de ce grand pli qui, par analogie avec le versant nord de la montagne, devrait affecter ces couches dans ce secteur des Chaux. Ceci indique donc sans doute que le plan axial de ce pli plonge vers le sud et qu'il doit passer en contrebas de la surface topographique de la Combe des Fonds.
D'autre part se pose la signification de la bande de calcaires clairs attribués au Malm qui apparaissent plus en aval en rive gauche du Vallon du Col de Barberine. Cette bande calcaire se prolonge, plus au sud, sous la série bajocienne qui forme toute la rive occidentale du lac. Pourtant la majeure partie des couches de ce dernier versant, y compris celles les plus basses, s'y avère être disposée à l'endroit (voir la page "Barberine") : elle ne peut donc pas prolonger le flanc inverse de l'anticlinal d'Aboillon. |
Quoi qu'il en soit on en arrive finalement à considérer que charnière l'anticlinal d'Aboillon se poursuit vraisemblablement en rive droite (occidentale) du vallon de Barberine par un système de replis multiples (voir la page "Barberine"). Mais le flanc inverse de ce pli s'y est sans doute fait sectionner par le chevauchement "subalpin", séparant la nappe de Morcles du massif des Aiguilles Rouges. Ce dernier apparait ainsi comme plus tardif que la formation de la nappe et de ses replis et s'est sans doute réalisé dans des conditions mécaniques de moindre ductilité des roches.
image sensible au survol et au clic |
En définitive le versant sud de la Tour Sallière et les abords du col de Barberine apparaîssent donc comme un secteur crucial pour l'analyse des rapports entre les parties suisse et française de la Nappe de Morcles (voir la page "nappe de Morcles"), puisque c'est là que l'on voit le flanc inverse de cette nappe disparaître en faisant place au chevauchement de la série stratigraphique globalement à l'endroit des massifs subalpins septentrionaux.
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| Mont Ruan |
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Finhaut, Châtelard, Croix de Fer |
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Aboillon |
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