Pointes d'Aboillon

les contreforts sud-orientaux de la Tour Sallière

La crête orientale de la Tour Sallière se prolonge vers l'est, au delà du Col d'Emaney, par celle du Luisin. Mais, peu à l'est de l'épaule orientale de la Tour Sallière (c'est-à-dire au point coté 2975 ancien = 2969 nouveau), il s'en détache vers le sud la puissante crête N-S des Pointes d'Aboillon, qui sépare les vallons d'Emaney et des Chaux et se poursuit jusqu'au Col de Barberine. Elle ferme ainsi le haut vallon d'Emaney par l'important abrupt, presque rectiligne sur 2 km, de sa face est.


Les crêtes des environs de la Tour Sallière, vues du SE (vue pseudo aérienne d'après une image obtenue à l'aide du logiciel Apple "Plans").

Ces abrupts orientaux de la crête d'Aboillon donnent une splendide coupe naturelle, presque totalement dénudée, dont la plus grande partie montre une succession renversée de couches jurassico-crétacées qui est couronnée par les calcaires du Bajocien. Elle appartient au flanc inverse de la nappe de Morcles et plus précisément de l'anticlinal couché d'Aboillon. La charnière qui se ferme en arrière-plan plus au NW (voir la page "Tour Sallière") et son cœur, formé de Bajocien inférieur, affleure peu sous la crête sommitale. A l'opposé, vers la base des escarpements affleure la barre urgonienne qui y repose sur du flysch nummulitique, lequel prolonge celui qui se développe au nord du lac de Salanfe.

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La partie septentrional du versant oriental des Pointes d'Aboillon, vue de l'est depuis les pentes du vallon d'Emaney (cliché original obligeamment communiqué par M. Matthieu Petetin).
Le cadre gris délimite le secteur agrandi figuré plus loin dans la présente page.
Cette coupe naturelle, orientée N-S, montre essentiellement le flanc inverse de l'anticlinal d'Aboillon (a.A) dont le flanc normal constitue la Tour Sallière (qui est visible par dessus la crête en arrière-plan) ; ØSa = chevauchement de Salanfe (sectionnant la base de la nappe de Morcles).
N.B. les cotes d'altitude sont celles, anciennes, de la carte géologique suisse.


1) Rapports avec la couverture autochtone des Aiguilles Rouges

Cette succession est classiquement supposée constituer le flanc supérieur d'un prétendu "synclinal couché d'Emaney", par lequel cette nappe s'enracinerait là dans l'autochtone. Mais, dans les pentes qui la prolongent vers le bas en constituant le versant sud du col d'Emaney (cliché suivant), il est clair que ce n'est pas le cas, puisque les terrains qui encadrent le flysch sont d'âge très différent (Urgonien versus Tithonique) et que l'on n'y observe aucune charnière : c'est au contraire une surface tectonique très plane qui y sectionne les couches en un biseau aigu.

Il s'agit du "chevauchement de Salanfe", base de la nappe de Morcles dans le cirque de Salanfe, dont le tracé franchit la crête du col d'Emaney en dessinant, en raison de son pendage modéré vers l'ouest, un V topographique accusé pointant vers l'est.

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La crête orientale de la Tour Sallière et le Col d'Emaney, vue du sud depuis l'échine orientale de Fontanabran. (cliché original obligeamment communiqué par Mme Cl. Renouard).
a.A = anticlinal couché d'Aboillon ; ØSa = chevauchement de Salanfe (sectionnant la base de la nappe de Morcles).
La succession stratigraphique de la nappe de Morcles se termine par l'Urgonien (renversé) recouvrant, en contact tectonique les grès de Taveyannaz ("Nfl"). Elle diffère nettement de celle de l'autochtone, beaucoup plus mince, qui ne comporte sous ces derniers qu'un peu de Malm ("M" = Terres Noires ?) reposant sur les dolomies triasiques au lac de Salanfe. (l'attribution au Jurassique moyen des couches post-triasiques du col d'Emaney est due à M. Delamette).


2) Structure de ces escarpements orientaux

L'observation d'ensemble du versant oriental de la crête d'Aboillon montre de façon spectaculaire comment les différents termes de cette succession s'abaissent régulièrement vers le sud, presque parallélement à la ligne de crête, jusqu'aux abords du sommet 2782, le plus méridional.

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Le versant oriental de la partie méridionales des Pointes d'Aboillon, vu du sud-est depuis le sentier montant au col d'Emaney depuis le vallon de ce nom. (cliché original obligeamment communiqué par M. Michel Delamette).
N.B. Le sentier indiqué en bas de l'image est celui qui s'élève en direction du col de Barberine.
ØSa = chevauchement de Salanfe (sectionnant en biais la base de la nappe de Morcles) : "Nfl" = flysch nummulitique ; "s.pa" = surface de la pénéplaine anté-triasique.
Cette belle coupe naturelle, orientée S-N (suite, vers le sud, de la coupe précédente), montre que le flanc inverse de l'anticlinal d'Aboillon est affecté par un fort repli synforme ouvert vers le sud, à coeur de Terres Noires. L'analyse précise des tracés des couches fait apparaître que cela correspond en fait à un froissement par un couple de plis en S localisé à ce niveau de la succession (l'orientation des axes n'est pas déterminée avec précision mais semble peu oblique à celle de la surface topographique donc proche de NE-SW..
Plus bas le Tithonique est affecté d'un couple de replis similaires. Ce dernier se complique par une intrication du Tithonique dans le Berriasien qui présente des détails de dessin un peu énigmatiques.


Ce parallélisme d'ensemble est cependant perturbé par des replis tectoniques couchés qui sont interprétables (notamment par leur style aplati) comme des parasites du flanc inverse du grand anticlinal d'Aboillon. Ils attestent d'une déformation réalisée dans des conditions telles que les calcaires tithoniques eux mêmes ont un comportement ductile.

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Le sommet le plus méridional des Pointes d'Aboillon
, vu du sud depuis Fontanabran (cliché original obligeamment communiqué par Mme Cl. Renouard).
Le flanc inverse de l'anticlinal d'Aboillon est affecté au niveau des Terres Noires par un système de replis passant à de petites imbrications avec l'Argovien et le Tithonique.

En tous cas il apparaît surtout qu'au pied de ces abrupts les termes successifs de cette succession renversée disparaissent par un sectionnement très en biseau qui progresse du nord vers le sud, ceci depuis l'Urgonien au nord, jusqu'au Tithonique au col de Barberine. Le tracé de ce chevauchement de Salanfe franchit le col de Barberine pour s'engager en versant occidental où sa présence est attestée par la présence d'une mince lame de grès nummulitiques qui s'intercale entre le Tithonique renversé de cette succession de la nappe et le Trias de couverture du massif cristallin. Ce fait incite à penser qu'il nr correspond qu'au prolongement septentrional du "chevauchement subalpin" dont la présence est communément admise dans une situation analogue plus au sud (voir plus loin).

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L'ensemble du versant oriental de la Crête d'Aboillon, vue pseudo-aérienne oblique obtenue à l'aide du logiciel apple "Plans".
Øsa = chevauchement de Salanfe ; a.A = anticlinal d'Aboillon (son flanc inverse forme la crête des Pointes d'Aboillon ; il est accessoirement affecté d'un repli anticlinal à cœur d'Argovien qui détermine le pincée de Terres Noires qui aboutit à la crête entre les points 2780 et 2819 ; "M" = calcaires du Malm.
La structure des pentes du versant sud (gauche) du point 2713 est très peu discernable sur cette image (notamment pour des raisons de perpective fuyante).

L'obliquité du tracé de ce chevauchement de Salanfe par rapport au couches de la nappe et le sectionnement franc de ces dernières rendent très forte la tentation d'expliquer l'amincissement progressif de son flanc inverse par le jeu d'une cassure, plutôt que par un étirement ductile. D'autre part le sens de ce biseautage (accru d'est en ouest) conduit à y voir le fruit d'un cisaillement à vergence SE, donc de sens opposé à celui plutôt NW affectant le charriage de la nappe.

Cette conclusion semble confortée par l'observation d'une déformation cisaillante affecttant les niveaux marneux les plus proches de la surface de chevauchement.

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Vue plus détaillée du pied des abrupts à l'aplomb du sommet 2979 (voir localisation, plus haut, au 2° cliché de la page). (cliché original obligeamment communiqué par M. Matthieu Petetin).
Les demi flèches indiquent le sens de cisaillement relatif entre Tithonique et Urgonien qui découle de l'observation des replis affectant les niveaux marneux intermédiaires. Il est opposé à celui responsable du repli plus méridional observable sous le sommet 2819.

L'examen attentif des niveaux marneux du Berriasien - Valanginien (cliché ci-dessous) montre en effet des replis hectométriques couchés dont les rapports entre flancs longs et flancs courts indiquent le sens de cisaillement : les couches supérieures sont déplacées vers la droite par rapport au inférieures (voir les grosses flèches).
Ce sens de cisaillement est l'inverse de celui qui aurait affecté, lors de sa formation, le flanc inverse d'un grand anticlinorium déversé vers le NW. Il indique au contraire un déplacement relatif des couches qui est compatible avec le jeu proposé pour le chevauchement de Salanfe : il faut donc en conclure que ce dernier n'est pas en rapport génétique avec la formation des grands plis et même qu'il est intervenu postérieurement.

Il s'avère d'autre part que les couches de la crête d'Aboillon ont un pendage (vers l'ouest) peu différent de la pente topographique du versant occidental de la crête, donc un azimut presque N-S. Cette direction est fortement différente de celle des plis associés a la formation de la nappe ; elle diverge notamment dans le sens anti-horaire avec celle de l'axe de l'anticlinal du Bout du Monde qui, au niveau du Bajocien supérieur, doit passer à peu près à l'aplomb du Mont Ruan : cela porte à envisager qu'une telle rotation ait été induite patle jeu du chevauchement de Salanfe.

Tout cela conduit finalement à considérer que ce chevauchement est sans rapport avec la formation des replis couchés qui a accompagné la formation de la nappe de Morcles.

3) La terminaison méridionale du chaînon d'Aboillon correspond à la Combe du Col de Barberine, dominée en rive septentrionale par l'arête des Chaux qui descend vers le SW (voir la page "Barberine"). Le long de cette crête les couches du Jurassique moyen renversé se poursuivent visiblement jusqu'à l'épaulement de "Vers l'Homme" (point 2351 ancien, 2355 nouveau). Par contre à mi-pente de son versant méridional on perd vers l'ouest le prolongement de la barre tithonique, qui est pourtant bien individualisée dans la partie haute plus orientale.

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Le versant méridional de l'Arête des Chaux, vu du SE, vue pseudo-aérienne oblique obtenue à l'aide du logiciel "Google-Earth".
Observer, au centre de l'image, la terminaison vers la gauche de la barre tithonique.
Le prolongement de cette barre par celle rapportée plus à gauche au Bajocien supérieur serait géométriquement plausible ; mais cette interprétation ne s'avère guère acceptable, en raison de l'aspect stratonomique différent que revètent ces deux faisceaux de couches.
Øsa = chevauchement de Salanfe (et Øsa? = son prolongement hypothétique) ; ØS? = hypothétique chevauchement "subalpin"
(voir plus de détails aux deux clichés suivants).

Or ceci se passe de façon brutale,à l'occasion de l'interruption de cette falaise par les cônes d'éboulis descendant de l'échine de Luée Bou (voir le cliché ci-dessus et confronter les deux clichés suivants, plus détaillés).

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La partie haute de la rive droite (NW) de la Combe du col de Barberine vue de la rive opposée (cliché original obligeamment communiqué par Mme Cl. Renouard).
La barre tithonique, pourtant bien caractérisée, disparaît franchement à l'affleurement à l'ouest (à gauche) de la limite du cliché ; ØSa = chevauchement de Salanfe.

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La partie basse de la rive droite (NW) de la Combe du col de Barberine vue de la rive opposée (cliché original obligeamment communiqué par Mme Cl. Renouard).
On a indiqué quelques replis discernables dans les arrachements des ravines.
"M" = calcaires réputés du Jurassique supérieur qui affleurent au bord supérieur de l'entaille du thalweg de la Combe du Col : ils recouvrent, apparemment de façon stratigraphique, donc à l' endroit, les dolomies triasiques autochtones ("td") du fond de celui-ci.
ØS
= présumé chevauchement "subalpin" ; ØSa? = prolongement hypothétique du chevauchement de Salanfe.


L'hypothèse explicative proposée ici consiste à considérer que le chevauchement de Salanfe se poursuit plus à l'ouest, en persistant à sectionner en biseau la série renversée de la nappe, ce qui lui fait icii reposer le Bajocien renversé de cette dernière sur une succession de couches disposées à l'endroit qui se développe là au pied des pentes de rive gauche (orientale) du Lac d'Emosson.

Ce n'est pas ce que représente la carte géologique suisse, qui indique qu'une succession de petits affleurements tithoniques y seraient mis à nu, à l'occasion des entailles des ravineaux successifs, depuis le ravin de Luée Bou jusqu'à atteindre le fond de thalweg.
Le tracé résultant de leur alignement est d'abord plus fortement incliné que le pendage général des couches et notamment que celui de la barre tithonique observable. Il amène en outre à une incohérence puisqu'il fait se prolonger cette dernière qui est en position renversée par des couches calcaires qui sont considérées en repos direct sur les dolomies triasiques du fond de la combe et donc à l'endroit.
D'autre part cette manière de voir semble permettre le raccord entre le tracé du chevauchement de Salanfe (ØSa) et celui chevauchement "subalpin" (ØS) dont la présence supposée est admise plus au sud à partir de là. Mais il est généralement admis que ce dernier passe au dessus de ces calcaires (rapportés l'autochtone des Aiguilles Rouges), et non au dessous, comme c'est le cas pour le chevauchement de Salanfe.

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L'extrémité amont de la rive orientale du lac inférieur d'Emosson, vue du sud-ouest depuis la rive occidentale. (cliché original obligeamment communiqué par M. Michel Delamette).
Øsa = prolongement probable du chevauchement de Salanfe (base de la nappe de Morcles) ; ØS = chevauchement subalpin présumé.
Détail de la succession des calcaires noirs bajociens : "Bjs" = corniche supérieure calcaire, "Bjm", niveau marneux supérieur, "Bji" = alternances marnes et calcaires inférieures.
"Ti" = barre tithonique de la succession renversée de la nappe ; "M" = calcaires clairs rapportés au Jurassique supérieur (Malm) : ils reposent sur les dolomies triasiques autochtones.
Voir la suite du paysage vers la gauche au cliché suivant.

4) Du côté nord-occidental de l'arête des Chaux les multiples ravins des pentes des Chaux-Derrière traversent des couches du Bajocien qui pendent vers le sud presque en concordance avec la surface topographique (voir la page "Tour Sallière"). Toutefois entre la barre rocheuse qui forme l'épaule est de la Tour Sallière (cote 3011 de la carte récente) et la Tête des Chaux-Derrière (point 2395), puis à l'est de cette dernière, la barre calcaire supérieure bajocienne laisse voir son soubassement de Bajocien inférieur, qui est lui aussi à l'endroit par conséquent. Or apparemment rien ne sépare ces couches de celles, au contraire à l'envers qui affleurent dans la partie sommitale de la crête d'Aboillon.

On est donc obligé de conclure que le plan axial de l'anticlinal d'Aboillon traverse ces pentes en suivant à peu près le tracé du ravin orienté NE-SW qui les draine. Il sépare ainsi celles des Chaux-Derrière, à l'endroit, de celles des Chaux du Milieu, des Chaux-Devant et de Vers l'Homme (point 2351 ancien) qui appartiennent à son flanc inverse. Cette situation se comprend mieux si l'on considère que l'on a affaire à un pli couché et aplati isoclinalement et que, au niveau du Bajocien supérieur, son axe doit passer plus au NW, à peu prés à l'aplomb du Mont Ruan (voir la page "Bout du Monde").

On en arrive finalement à considérer que, en rive droite (occidentale) du vallon de Barberine, le corps bajocien de l'anticlinal d'Aboillon se poursuit vraisemblablement par un système de replis multiples (voir la page "Barberine") qui est sectionné à sa base par le chevauchement de Salanfe selon une surface, orientée presque N-S, donc transverse par rapport à l'axe presque E-W du pli. Ce sectionnement du matériel de la nappe de Morcles, apparaît à la fois comme plus tardif que la formation de cette dernière et comme réalisé dans des conditions mécaniques de moindre ductilité des roches.

En tout cas le versant sud de la Tour Sallière et les abords du col de Barberine apparaîssent donc comme un secteur crucial pour l'analyse des rapports entre les parties suisse et française de la Nappe de Morcles (voir la page "nappe de Morcles"), puisque c'est là que l'on voit le flanc inverse de cette nappe disparaître en faisant place au supposé chevauchement de la série stratigraphique globalement à l'endroit des massifs subalpins septentrionaux.


 

aperçu général (avec coupes) sur le massif de Sixt 


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Samoëns - Pas de Morgins
et carte géologique suisse au 1/25.000°
.
Carte géologique très simplifiée des environs des Dents du Midi
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074.


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