Le vallon de Barberine |
Le torrent de Barberine est un affluent de rive gauche de celui de l'Eau Noire, qui descend de Vallorcine puis rejoint celui de Trient pour se jeter enfin dans le Rhône. Il tranche l'extrémité septentrionale du massif des Aiguilles Rouges mais surtout il recueille les eaux qui descendent sur le versant suisse depuis la crête Tenneverge - Mont Ruan (lequel ferme, du côté français, le vallon des sources du Giffre).
Ces eaux se rassemblent, au pied de ces crêtes, dans le grand lac d'Emosson (en contrebas de celui de Vieux Emosson) qui occupe le haut vallon de Barberine et qui est retenu derrière le barrage d'Emosson. Ce dernier est construit au dessus de la gorge de raccordement à la vallée de l'Eau Noire (le premier barrage, antérieur aux années 60, a été remplacé plus récemment par l'actuel, situé plus en aval qui a surhaussé son niveau antérieur, de 1888 m, jusqu'à l'altitude de 1950 m).
Le grand lac d'Emosson s'allonge à cheval sur la limite entre le socle cristallin des Aiguilles Rouges et sa couverture sédimentaire qui forme la crête frontière depuis le Tenneverge au sud jusqu'au Mont Ruan au nord. Mais plus on remonte le vallon de Barberine plus on s'élève dans l'édifice tectonique car le vallon est orienté en biais par rapport à la direction des couches.
A/ En rive occidentale de la retenue d'Emosson l'obliquité des lignes structurales par rapport à l'allongement du lac fait que le contact basal du Trias sur le socle cristallin est reporté plus au sud qu'en rive orientale, jusqu'au pied de l'éperon oriental de la Pointe de La Finive, où le socle affleure dans le verrou qui sépare les deux lacs en soutenant le lac du Vieux Emosson.
À partir de là la rive occidentale du grand Lac d'Emosson tranche assez rapidement la bande de Jurassique supérieur réputée autochtone, puis elle est entaillée sur presque sur toute sa longueur dans les couches du Jurassique moyen de la couverture subalpine raportées à nappe de Morcles. Ainsi les deux versants du vallon sont-ils constitués, à l'extrémité amont du lac, par les alternances de bancs marneux et calcaires du Bajocien inférieur. (voir les remarques stratigraphiques au sujet de cette succession)
Ce versant est constitué presque sur toute sa hauteur par une forte épaisseur du Jurassique moyen (elle est d'ailleurs due en partie à une abondance de replis plus ou moins couchès) qui est encadré de part et d'autre par du Jurassique supérieur. Ceci semblerait pouvoir s'expliquer par le redoublement que suppose le schéma d'un grand anticlinal couché vers le NW, avec flanc inverse reposant sur l'autochtone qui caractérise la nappe de Morcles (ce qui s'observe clairement à la Tour Sallière).
Toutefois ce n'est pas une telle disposition que révèle son analyse car elle montre que la partie inférieure du versant n'a pas une constitution symétrique de sa partie haute : en effet la succession des couches n'y est pas renversée et elles s'y organisent en une bande froissée de cisaillement à vergence vers le NE.
Les couches qui y affleurent sont toujours attribuables au Bajocien par leur faciès mais elles s'y montrent riches en intercalations de gros bancs calcaires, parfois lenticulaires, discordants par rapport au litage des bancs plus minces : ce sont très vraisemblablement des corps sédimentaires résultant de remaniements en cours de sédimentation (interprétation communiquée par M. Michel Delamette). |
De plus on ne voit pas se développer entre ces couches et celles, sous-jacentes, qui y sont rapportées au Tithonique les termes intermédiaires caractéristiques du passage stratigraphique du Jurassique moyen au Jurassique.
Les figures ci-après illustrent les caractéristiques, ci-desus résumées, de cette tranche inférieure :
a - La polarité "à l'endroit" est mise en évidence par le fait que les gros bancs accidentels ont leur base topographique actuelle qui ravine par une surface à dessin irrégulier les séquences de couches à litage normal (plus fin) et qui les recoupe en discordance (voir le cliché ci-après).
b - En ce qui concerne l'orientation et la vergence des plis on constate d'abord que leurs axes sont peu obliques aux rives du lac mais orientés de façon à rentrer dans le versant du SE vers le NW (ils ont donc un azimut plutôt NW-SE) et qu'ils sont déverseés vers le NE.
Or la théorie selon laquelle on se trouverait là dans une structure en grand pli-couché" voudrait que les replis mineurs de ses flancs se répartissent, selon le schéma "en feuille de chêne" (voir la page "anticlinorium"). Ceci implique que ceux des hauts de versant devraient avoir la vergence "de flanc normal et au contraire ceux du pied de versant la vergence "de flanc inverse" par rapport àau pli majeur (voir le schéma sur le cliché ci-après). Or ce nest pas ce que montre l'analyse des replis observables au pied du versant. Leurs rapports flancs courts - flancs longs indiquent en effet un déversement vers le NE (vers la droite). Si leur enchaînement, analogue au dessin des replis visibles dans le soubassement du Tenneverge (voir la page "Fer à Cheval") s'accorde avec des replis de flanc normal d'un grand pli anticlinal fermé du côté nord du versant, par contre leurs directions d'axes sont sans rapport (en fait presque orthogonales) avec celles des plis majeurs du secteur (dont les axes sont NE-SW et le déversement vers le NW).
image sensible au survol et au clic |
B/ Extrémité septentrionale de la retenue
Depuis le barrage le parcours vers le nord de la rive orientale du lac le long de l'ancienne route reste dans le socle cristallin jusqu'à l'éperon saillant portant l'ancienne cantine de Barberine (point coté 1944).
Au delà on traverse le placage triasique recouvrant le socle cristallin, lequel détermine en rive orientale la Combe du Col de Barberine, puis sur la rive septentrionale de ce dernier la bande de calcaires, attribués au Jurassique supérieur, qui reposent sur ce Trias de façon stratigraphique.
![]() L'extrémité amont de la rive orientale du lac inférieur d'Emosson, vue du sud-ouest depuis la rive occidentale. (cliché original obligeamment communiqué par M. Michel Delamette). Øsa = prolongement probable du chevauchement de Salanfe (base de la nappe de Morcles) ; ØS = chevauchement subalpin septentrional présumé. Détail de la succession des calcaires noirs bajociens de la nappe : "Bjs" = corniche supérieure calcaire, "Bjm", niveau marneux supérieur, "Bji" = alternances marnes et calcaires inférieures. "Ti" = barre tithonique de la succession renversée de la nappe ; "M" = calcaires clairs rapportés au Jurassique supérieur (Malm) : ils reposent sur les dolomies triasiques autochtones. Voir la suite du paysage vers la gauche au cliché suivant. |
Le vallon d'Emosson est fermé peu en amont de l'extrémité nord du lac par un ressaut qui soutient le large replat suspendu du glacier des Fonds et des alpages de La Chaux (que dominent les sommets du Mont Ruan et de la Tour Sallière). À la latitude des cascades qui franchissent ce ressaut le versant ouest du replat est est assez vite couronné par la corniche tithonique, dont les couches sont presque horizontales dans le sens W-E (c'est-à-dire transversalement à la crête), mais pendent en réalité doucement vers le sud : cela correspond au fait que l'on se trouve ici à la voûte du dispositif anticlinorial du Ruan qui plonge dans cette direction, comme toutes les structures de ce massif (voir aussi la page "Tour Sallière").
Cette corniche est coiffée, depuis le sommet du Ruan jusque au delà du col du Ruan, par les couches du Crétacé inférieur ; elles culminent au sommet 2858 qui domine le col du Ruan avec le Barrémien basal inférieur (que la carte géologique suisse attribue par erreur au Tithonique). L'épaisseur de ce chapeau s’accroît vers le sud du fait que la ligne de crête est moins inclinée dans cette direction que le pendage des couches.
En fait cette corniche est redoublée par le chevauchement du Mont Ruan accident secondaire qui, curieusement, n'est pas indiqué sur la carte géologique suisse, alors que, sur le versant français (voir la page "Ruan"), on le suit au niveau du glacier du Ruan. |
coupe transversale de la crête frontière, au niveau du Bout du Monde et de la partie septentrionale du lac de Barberine (en attente : d'ici là, voir la page "Massif de Sixt")
En définitive une interprétation plausible est d'envisager que le dispositif structural que traverse en biais le grand Lac d'Emosson est dû à la rupture des deux flancs de l'anticlinal de la nappe de Morcles par le jeu d'un système chevauchant plus tardif ayant pour effet de déplacer sa lèvre supérieure en sens rétroverse (vers le SE), comme pour chevaucher la couverture du massif des Aiguilles Rouges.
On est tenté de penser que cet accident n'est autre que le chevauchement de Salanfe, qui prend naissance au nord du col de Barberine dans les pentes orientales de la Tour Sallière (voir la page "Aboillon") ; il trouve son prolongement en direction du SW dans les pentes de rive occidentale du Lac et s'y amortit sans doute finalement aux environs de La Finive (voir la page "Emosson").
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| Bout du Monde |
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Finhaut, Châtelard, Croix de Fer |
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Barberine |
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