LES ROCHES DE CHARTREUSE
Ce sont eux qui constituent les plus basses falaises (lesquelles n'apparaissent d'ailleurs souvent qu'à la faveur de bombements anticlinaux). Comme pour les calcaires du Fontanil leur puissance s'accroît d'E en W (doublement d'épaisseur entre le Saint-Eynard et Charminelle, par exemple).

Les calcaires tithoniques, au sens large, forment une bande de falaises couronnée par une corniche. Cette "barre tithonique" (beaucoup plus franchement délimitée que celle des calcaires du Fontanil) est en général partagée en deux par un talus intermédiaire, ce qui fait qu'un examen plus détaillé la montre constituée de 3 termes superposés :
- La corniche supérieure (ou "calcaires de la Porte de France") correspond au Tithonique sensu stricto des stratigraphes ; elle est elle-même constituée d'alternances plus ou moins massives ou litées ;
- le talus intermédiaire, formé des "couches de la "galerie du Saint-Eynard" (du nom de la large vire qu'emprunte le sentier d'accès au Pas Guiguet) ; il est daté du Kimméridgien inférieur (= "Dorsétien" de la nomenclature des étages anglais) ;
- La corniche inférieure est traditionnellement désignée du nom de Séquanien (qui est celui d'un ancien étage du bassin parisien, abandonné maintenant) et correspond aux couches de l'Oxfordien terminal et du Kimméridgien basal, dans la succession des étages standard.
Malgré une apparence assez peu dissemblable
de ceux des deux niveaux repères précédents
(Urgonien et calcaires du Fontanil) les calcaires du Jurassique
supérieur ("tithoniques" au sens large) en diffèrent
assez fondamentalement en ceci que ce sont des dépôts
pélagiques, formés par décantation en haute
mer. C'est ce dont attestent notamment les fossiles qu'ils contiennent
: ammonites (du groupe des Perisphinctes
) et micro-organismes à tests fragiles tels que
radiolaires (apparaissant comme des petites taches claires, à
la loupe) et calpionelles (seulement visibles au microscope),
dans les niveaux les plus élevés.
La teinte de la roche, malgré une patine très claire, est en général gris-brun ou café-au-lait plus ou moins sombre en cassure, sauf dans certains niveau de la partie haute, où elle vire au crème. Son aspect à la loupe révèle une pâte très fine mais mate, sans transparence, car formée de la juxtaposition de très fines particules, sans plages de calcite cristallisée (pâte "micritique").
Le litage est assez marqué, avec des surfaces de bancs bien nettes ou au contraire avec des joints décimétriques plus marneux, selon les niveaux. Ces joints, très minces ou absents dans la corniche inférieure (Séquanien) sont très importants, aussi épais que les bancs, à certains niveaux de la vire kimméridgienne. L'épaisseur des bancs, très variable, est en général de 20 à 50 cm, sauf dans la corniche supérieure, qui se caractérise par l'alternance de faisceaux de bancs centimétriques et de bancs pluri-métriques. Ces derniers se révèlent le plus souvent constitués de galets soudés, mal visibles parce que leur pâte est très peu différente de celle du ciment. Ces niveaux conglomératiques, connus de longue date sous le nom de "fausse brèche", résultent du glissement de la vase en cours d'induration ("slumping") et de son remaniement par des courants sous-marins.
On trouvera ci-après quelques exemples, classés de haut en bas de la succession :


Vers le haut le sommet de la barre tithonique est souligné par un changement très brutal de nature des roches, les calcaires clairs faisant place à des calcaires très argileux, sombres, facilement déblayés par l'érosion, ce qui a souvent conduit l'érosion à en dégager la dalle structurale au revers des crêts du Tithonique. La netteté de cette limite est due à une petite interruption de sédimentation, durant laquelle des courants sous-marins profonds froids, dissolvants et oxydants, ont corrodé la surface du dernier banc tithonique. Cela se marque par une surface mamelonnée et enduite d'oxyde de fer ("hard-ground"), observable chaque fois que cette dalle est dégagée (par exemple sur le chemin qui va du Jalla au vallon de Narbonne).
Vers le bas il y a un passage assez transitionnel depuis les calcaires lités séquaniens aux alternances de marnes et de calcaires argileux de l'"Argovien". La succession de ces assises tout à fait inférieures ne se voit d'ailleurs bien, en Chartreuse, que le long de la route du col de Porte, au voisinage du col de Vence ou dans les ravins du versant inférieur des Petites Roches.
Monter d'un niveau dans la succession stratigraphique ? :
Descendre d'un niveau dans la succession stratigraphique ? :