La trouée ("Cluse") de l'Isère
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La coupure naturelle séparant la Chartreuse
du Vercors
On a coutume de désigner du nom de "Cluse
de l'Isère" la portion de la vallée de
cette rivière qui traverse les massifs subalpins entre
Grenoble et Moirans, en séparant la Chartreuse du Vercors.
Orientée N-NW - S-SE elle est orthogonale aux autres parties
du cours de cette rivière, qui sont NE-SW en amont comme
en aval, c'est-à-dire qu'elle coupe les structure plissées
des massifs subalpins au lieu de s'inscrire parallèlement
à leurs axes.
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Grenoble et l'entrée amont de la trouée de l'Isère,
vus de l'amont, du sud-est, depuis le sommet de la crête
du Conest (cliché original obligeamment communiqué par Pierre Gidon)
À Grenoble confluent deux vallées qui suivent le sillon subalpin : celle du Drac inférieur et celle de l'Isère dans sa partie Grésivaudan. Elles s'échappent de cette bande de roches tendres (Terres Noires du Jurassique moyen-supérieur) en perçant les barres calcaires, répétées par le jeu des plis et chevauchements, des massifs subalpins, individualisant ainsi la Chartreuse par rapport au Vercors.
Elle a été aménagée, élargie
et calibrée en U, par les passages successifs du glacier de l'Isère à chacune des crues qui l'ont amené à l'emprunter au cours du Quaternaire. Ces passages répétés
ont donné de l'abrupt à ses flancs, au passage dans
ses étroitures (notamment à son débouché
en aval de Voreppe).
Les extrémités de ces langues glaciaires se sont étalés à sa sortie, dans le sillon
périalpin, en y laissant des moraines qui sont disposées
concentriquement autour de l'ombilic* de Moirans. On désigne par ce terme la zone la plus surcreusée par
les glaces, qui fut ensuite longtemps occupée, après leur fonte,
par un lac (qui remontait d'ailleurs loin en amont, jusqu'à inclure
tout le Grésivaudan).
Son fond est entièrement occupé par une plaine alluviale
d'une largeur moyenne de 3 kilomètres, constitué
par les alluvions d'origine fluviatile qui ont colmaté
ce lac
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La "cluse de l'Isère" à son débouché
aval,
vue d'avion, depuis le SE vers le NW, c'est à
dire de l'amont vers l'aval.
Le Bec de l'Échaillon et la Montagne de Ratz sont les deux
morceaux d'un même "mont" jurassien, coupé presque transversalement
par la vallée. Ils appartiennent au chaînon le plus
méridional du Jura qui ait été dégagé
par l'érosion de l'ennoiement sous les molasses du Bas Dauphiné (il diffère en cela des autres chaînons jurassiens plus
occidentaux, comme celui de Poliénas).
L'ombilic de Moirans est une plaine alluviale fluvio-lacustre
qui occupe la zone surcreusée par les glaciers quaternaires
au débouché de la Cluse, à la faveur des oscillations de la position de leur front.
La photo date de 1968, époque où la
plaine alluviale était encore très agricole et où
l'autoroute A.48, construite à l'occasion des jeux olympiques,
s'arrêtait à Veurey (angle inférieur gauche
du cliché)...
La trouée de Grenoble franchit la barrière
des massifs subalpins de la Chartreuse
et du Vercors en tranchant leurs plis, qu'elle traverse tour à tour. Mais
elle ne leur est nulle part vraiment orthogonale et les coupe plutôt en biseau, surtout dans sa partie médiane.
Ce n'est vraiment
une cluse typique qu'à ses deux extrémités, en amont de Saint-Égrève et en aval de Voreppe.
D'autre part ces plis sont pour la plupart rompus par des chevauchements et, de ce fait, leur flanc ouest plus ou moins supprimé par l'érosion, de sorte que les barres calcaires que cette dernière a dégagé sur ses deux rives sont très généralement inclinées dans le même sens, vers l'amont.

Carte structurale schématique de la trouée
de l'Isère en aval de Grenoble
Cette carte montre comment se connectent les structures
tectoniques (plis, chevauchements) de la Chartreuse et du Vercors,
de part et d'autre de la trouée de l'Isère. Noter que leur orientation axiale est en moyenne à 45° du tracé de la vallée.
Légende des abréviations
Son creusement est ancien car il existait
déjà au Miocène (10 MA) une rivière à son emplacement : en témoigne le fait qu'à cette époque il s'est construit, autour
son débouché occidental, un puissant delta qui
s'avançait jusqu'à Bourgoin dans le bras de mer
périalpin.
Aucune particularité de la structure
géologique ne permet d'expliquer pourquoi cette trouée
fluviatile s'est effectuée ici plutôt que sur une autre transversale aux massifs subalpins septentrionaux. Il n'existe en particulier,
à son emplacement (et quoi que l'on en ait dit), ni de
fracture qui rompe les plis qu'elle traverse ni même
d'abaissement de la voûte de ces derniers.
L'abaissement, sur les deux rives, des lignes de falaises, qui convergent ainsi vers l'axe de la vallée, peut donner l'impression que la vallée correspondrait à un abaissement d'axe des plis. Ceci est illusoire et relève d'un simple dispositif de "V topographique".
Deux sortes de vallées transverses à
un anticlinal :
A = cluse sans origine tectonique ; B : vallée empruntant un ensellement (abaissement
de la voûte) d'un anticlinal. Dans le cas de la cluse de l'Isère le flanc droit (aval) des plis est en général supprimé par une rupture en chevauchement.
Seul l'axe du synclinal du Néron s'abaisse vers la vallée, encore cet abaissement s'annule-t-il au niveau de la cluse, l'axe du pli devenant là horizontal (voir la page "Néron"). Tous les axes de plis de la rive gauche s'élèvent vers le nord et celui de l'anticlinal du Ratz dessine même une culmination trans-axiale à l'emplacement où il est coupé par la cluse de Voreppe (on peut trouver un peu paradoxal que ce soit précisément là, où ce pli offrait l'obstacle le plus haut, que l'Isère à "choisi" de l'entailler tranversalement).
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La trouée ("cluse") de l'Isère,
vue dans l'axe depuis l'aval (en sens inverse de la précédente), depuis la ligne de moraines de Charauze (Bas Dauphiné : collines du Voironnais).
Les tirets gras (a.R) soulignent le dessin incurvé
de la voûte urgonienne de l'anticlinal du Ratz (et donc de son axe, lequel est perpendiculaire à la direction du regard) : à l'endroit même
où elle est percée en cluse cette voûte ne présente
pas un ensellement, mais une culmination.
L'ombilic de Moirans est caché par la crête morainique du Carlin (stade 3b). On distingue bien, par contre, la blessure blanche des carrières de
La Buisse, ouvertes dans ces couches au flanc ouest de la montagne
de Ratz.
Ti-Be = calcaires péri-récifaux du Tithonique et
du Berriasien ("B-K"sur les coupes ci-après).
La coupe naturelle fournie par la cluse de Grenoble - Voreppe est
célèbre et souvent visitée. Les correspondances
entre les structures de ses deux rives sont fort bonnes. Toutefois
elles sont moins évidentes qu'on pourrait le croire de
prime abord car, la vallée ne leur étant pas perpendiculaire,
c'est obliquement à ses rives qu'il faut les rechercher. De
plus, sur la rive de la Chartreuse le niveau de dissection par
l'érosion est plus profond que sur celle du Vercors (la
carapace urgonienne des anticlinaux n'est bien conservée
que sur cette dernière), ce qui aboutit à une dissemblance dans l'aspect du relief.
La partie de cette coupe comprise entre Le
Chevalon de Voreppe et Le Fontanil - Cornillon a été
beaucoup étudiée du point de vue stratigraphique
et prise comme référence pour la définition
des formations
du Crétacé inférieur des environs de Grenoble
(et notamment de celle des calcaires
du Fontanil).
(figure agrandissable)
Coupes naturelles fournies par les deux rives de la
cluse de l'Isère
Ces coupes ne sont pas orientées parallèlement
à la cluse mais perpendiculairement aux axes des plis,
afin de donner une représentation correcte de leur géométrie.
La coupe de rive gauche montre les structures selon
l'orientation suivant laquelle on les voit sur cette rive lors
de la traversée de la cluse. La coupe de rive droite est
représentée deux fois (en symétrie dans un
miroir, afin de montrer les structures de la rive droite selon
deux orientations : la première identique à celle
de la coupe de la rive gauche, pour permettre une comparaison
facile avec cette dernière , la deuxième inversée,
pour représenter les structures selon l'orientation suivant
laquelle on les voit réellement sur cette rive, lors de
la traversée de la cluse.
Liste des abréviations désignant les
accidents, dans l'ordre où on les rencontre successivement,
du nord-ouest au sud-est. Les symboles entre parenthèses,
précédés de "=", indiquent les
correspondances (d'une rive à l'autre) qui sont seulement
très vraisemblables :
aR = anticlinal du Ratz (charnière en
genou de La Buisse) ; FB = faille des Balmes (du Ratz );
fM = flexure de la Dent de Moirans (flanc est de aR); fP
= flexure de la Poste de Voreppe (flanc ouest de sV) ; sV
= synclinal de Voreppe ; cV = chevauchement de Voreppe
; aE = anticlinal des Égaux (= anticlinal frontal
de la Chartreuse occidentale) ; sA = synclinal d'Autrans
; cS = chevauchement de Sautaret ; aSo = anticlinal
de Sornin ; fN = flexure de Noyarey (flanc est de aSo);
fE = flexure des Engenières ; FF = failles
du Fontanil ; fVa = flexure de la Grande Vache ; sSa
= synclinal de Sassenage (= sC) ; sC = synclinal du Cornillon
(= sSa) ; cSa = chevauchement de Sassenage (= cM) ; cM
= chevauchement de Mont-Saint-Martin (= cS) ; aSa = anticlinal
de Sassenage (= fG ?) ; fG = flexure de Génieux
(= aSa ?) ; sP = synclinal de Proveysieux ; CCO
= chevauchement de la Chartreuse orientale ; sN = synclinal
du Néron ; FBr = faille des des Bruziers ; FBa
= failles de la Bastille ; aEc = anticlinal de l'Écoutoux
; sS = synclinal du Sappey.
Liste des abréviations stratigraphiques :
M = molasse miocène ; Ss = Sénonien supérieur
; Si = Sénonien inférieur ; U = Urgonien ; H = Hauterivien
; V-Bs = Valanginien - Berriasien supérieur ("calcaires
du Fontanil") ; Bi-m = Berriasien inférieur et moyen
marno-calcaire ; T-K = Tithonique - Kimméridgien ; Ox =
Oxfordien ; B-K = Berriasien-Kimméridgien (calcaires péri-récifaux
jurassiens)
pour
plus de détails sur la trouée de l'Isère se reporter à la publication n° 175
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Carte géologique simplifiée
de la rive droite septentrionale de la Trouée de l'Isère
(fond topographique d'après la carte IGN au 1/100.000°)
carte cliquer sur les imagettes
Légende
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Carte géologique simplifiée
de la rive droite moyenne de la Trouée de l'Isère
(fond topographique d'après la carte IGN au 1/100.000°)
carte cliquer sur les imagettes Légende
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Carte géologique simplifiée
de la rive droite méridionale de la Trouée
de l'Isère).
(fond topographique d'après la carte IGN au 1/100.000°)
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Légende
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carte géologique au 1/50.000° à consulter
: feuilles Grenoble et Domène
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