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Le Châtel, l'Aiguille de Bachillianne

le promontoire le plus septentrional du Dévoluy

Le Châtel (ou Bonnet de Calvin), qui domine la ville de Mens, constitue l'extrémité septentrionale du chaînon de l'Obiou. Il forme un promontoire séparant le Trièves oriental, à l'ouest, du bas Beaumont à l'est. Ce petit sommet est constitué par une butte témoin de Tithonique, coiffée par un petit chapeau de marno-calcaires berriasiens, les couches ayant à cet endroit un pendage sub-horizontal. Sa structure est donc aussi simple que son accès est facile (le seul problème est de trouver l'endroit où franchir la barre du Tithonique qui court à flanc de pente).


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Mens et le chaînon de l'Obiou
vus du nord-ouest, depuis le col du Thau

D = surface de discordance* du Sénonien sur les terrains du Crétacé inférieur et du Jurassique.
La bosse boisée de l'échine nord-ouest de la montagne du Châtel est constituée de calcaires du Jurassique supérieur disloqués, qui sont descendus par tassement* (flèche) depuis la ligne de falaises. Ce glissement de terrain est ancien (sans doute anté-wurmien = plus de 100.000 ans) car il a été profondément réentaillé par des ravins qui ne sont plus guère actifs actuellement.
a.SJ = emplacement de la voûte de l'anticlinal de Saint-Jean d'Hérans (noter son plongement axial vers la droite).

L'Aiguille de Bachillianne est située plus au sud sur la même crête, symétriquement par rapport au col de la Brèche. Ce dernier est ouvert dans le cœur argovien d'un anticlinal, presque transversal à la crête, l'anticlinal du col de la Brèche, qu'il faut rattacher, en raison de son orientation NE-SW, à la famille des plis anté-Sénoniens. Ce col représente donc un bel exemple d'inversion du relief*.


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Le versant occidental du Châtel
vu de l'ouest, depuis le Lauzet, à l'ouest de Longueville (Saint-Baudille-et-Pipay).

L'anticlinal du col de la Brèche est vu ici à peu près selon son axe, orienté NE-SW.

Le versant ouest de l'Aiguille de Bachillianne
vu du sud-ouest, depuis les Marceaux (D 216), au sud de Saint-Baudille-et-Pipay.

Cette vue est prise dans l'axe des plis anté-Sénoniens : cela permet d'analyser dans de bonnes conditions les replis qui affectent le Tithonique du flanc sud-est de l'anticlinal du col de la Brèche et d'en bien distinguer le caractère dysharmonique*.
On peut noter que le Tithonique est plus épais qu'au Châtel, même si l'on y retrouve à peu près les mêmes gros bancs (le plus épais de ces bancs a été pris conventionnellement comme repère du sommet d'un "Tithonique inférieur" qui est plus massif dans l'ensemble que le "Tithonique supérieur").


L'anticlinal du col de la Brèche se prolonge vers le nord-est, où il est éventré par le vallon du ruisseau de Chalanne, qui descend dans cette direction vers la vallée du Drac. Ce vallon est dominé côté sud-est par l'arête rocheuse des Trois-Frères, qui est formée par le Tithonique du flanc sud-est du pli, lequel montre les mêmes replis anguleux que le versant ouest de l'Aiguille de Bachilianne (voir la page "Cordéac"). L'axe du pli passe dans les Terres Noires à Cordéac puis, en rive droite du Drac, sa voûte est dessinée par les calcaires du Lias moyen (c'est l'anticlinal du Chauvet, décrit à la page "Beaumont septentrional"). A l'opposé du relief inversé du col de la Brèche, les couches y sont au contraire dénudés par l'érosion et forment au Chauvet un relief très conforme, du type des monts jurassiens*.


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Le sommet du Châtel
vu du sud, depuis l'Aiguille de Bachillianne

On est frappé par la grande simplicité tectonique de ce sommet, qui est une simple butte témoin* de Jurassique supérieur, se profilant devant une zone où les terrains de cet âge ont été érodés (il s'agit du tronçon E-W de la vallée du Drac et du chaînon du Sénépy).

La barre du Tithonique qui ceinture la montagne du Châtel en est un trait remarquable et son analyse un peu plus détaillée n'est pas dénuée d'intérêt. Elle montre d'abord que cette barre est formée par une succession de trois gros bancs plurimétriques séparés par des volées de bancs de 10 à 40 cm d'épaisseur.


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Le versant ouest du sommet du Châtel
vu de l'ouest, depuis le hameau de Menglas (à l'est de Mens) On voit là la face opposée de celle visible sur le cliché précédent et, grâce à la perspective peu déformante due à un point de vue suffisamment lointain, l'on peut y suivre les gros bancs du Tithonique.
On remarque que, malgré leur belle continuité, ces bancs présentent des variations d'épaisseur qui vont jusqu'à l'effilement (banc supérieur, D, et moyen, B+C, en 1) et se révèlent formés de la coalescence de bancs qui sont distincts au-delà (bancs B et C en 2).


Il s'avère ensuite que ces gros bancs varient beaucoup d'épaisseur et s'effilent latéralement, de sorte qu'il correspondent en fait à des lentilles très aplaties. Localement certains de ces bancs peuvent d'ailleurs venir en coalescence avec la marge d'un autre et/ou se souder à lui pour former un banc encore plus épais.
On retiendra donc que, si l'existence de ces faisceaux de bancs est un bon caractère de reconnaissance du Tithonique, il n'est pas possible de prendre chacun d'entre eux, individuellement, comme un niveau repère. En effet leur continuité latérale est limitée et, à quelque distance de là, on a toutes chances, en croyant en reconnaître un, de le confondre avec un autre d'âge quelque peu différent

Enfin l'examen rapproché montre que ces bancs sont formés par des conglomérats "monogéniques", c'est-à-dire constitués de galets identiques. En outre la nature de ces galets est très peu différente de celle du ciment qui les soude, de sorte que l'on ne distingue souvent que très difficilement les contours des galets et que le banc paraît homogène et sans litage sur toute son épaisseur. La présence de discordances avec les lits sous-jacents et même de déformation mécanique de ceux-ci montre que chacun de ces bancs est en fait le remplissage d'un large chenal d'érosion.
Ils représentent en définitive le résultat de l'épandage des produits d'avalanches sous-marines formées par la dislocation d'un banc pélagique encore mal induré, après sa mise en mouvement par glissement sur la pente du fond marin (des pentes de quelques degrés suffisent pour cela, si une secousse - par exemple un séisme - vient déstabiliser la couche sédimentaire).

Base du gros bancs moyen (B)
le long de la vire que suit le sentier du versant ouest pour franchir les escarpements
On distingue particulièrement bien les galets, à leur patine plus sombre, dans la partie droite du cliché. La base du gros bancs repose sur des bancs pélagiques normaux, lités horizontalement.

Base du gros bancs moyen (B)
le long de la vire que suit le sentier du versant ouest pour franchir les escarpements

La base du gros bancs repose ici sur des bancs pélagiques normaux qui ont été rebroussés et renversés par le passage de la boue caillouteuse. La disposition du rouleau ainsi formé indique le sens de déplacement de la coulée de cailloutis : elle venait de droite, c'est-à-dire sensiblement d'est en ouest.


 

 Carte géologique simplifiée du Dévoluy septentrional
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

carte cliquer sur les imagettes Légende

cartes géologiques à 1/50.000° (*) à consulter : feuilles Mens et Saint-Bonnet

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