Thoard, montagne du Siron |
La basse vallée du torrent des Duyes s'engage franchement, à partir des abords amont de Thoard jusqu'à son confluent avec la Bléone, dans le remplissage le plus récent du bassin néogène de Valensole. Les couches de ce dernier sont dans l'ensemble doucement inclinées vers le sud-ouest mais affectées aussi de quelques amples plis, que recoupe le lit du torrent. Le relief est mou, formé de collines surbaissées que séparent quelques profondes ravines.

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redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074 |
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Du côté oriental ces pentes sont dominées par celles, beaucoup plus montagneuses, de la crête du Siron, qui culmine au sommet de La Bigue (1653). Ces montagnes sont constituées par les terrains du Trias et du Lias qui appartiennent au "lobe de la Robine" de la nappe de Digne. Elles surplombent les couches de la formation de Valensole parce qu'elles ont été poussées en chevauchement sur elles lors des mouvements les plus tardifs du charriage de la nappe de Digne.

La dislocation tectonique qui sépare
ces deux ensembles prolonge vers le nord l'accident de Courbons.
Elle est complexe, constituée par un couloir de failles*,
où s'alignent des paquets rocheux de taille plurihectométrique,
dont la nature varie de l'un à l'autre. L'érosion
y a mis en saillie un certain nombre de ces paquets rocheux, qui
y forment des buttes (que l'on peut donc qualifier de klippes*,
bien qu'elles ne soient pas complétement isolées
par l'érosion du reste du matériel charrié).
Ces paquets sont séparés du front proprement dit
du lobe de la Robine par une bande de Terres Noires presque continue,
large d'une centaine de mètres, dont les failles limites
(surtout celle orientale) ont un pendage très fort, localement
vertical
L'attitude très redressée de ce contact tectonique
et le fait qu'il recoupe obliquement les plis des compartiments
qui l'encadrent sont deux caractères qui ne correspondent
pas du tout à ceux d'une simple surface de chevauchement,
sensiblement parallèle aux couches charriées, comme
la nappe de Digne en montre à sa base en mains endroits
(notamment au sud de Digne).

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On peut faire diverses hypothèses sur la signification
de ce couloir tectonique. Celle, qui vient a priori
à l'esprit, est qu'il s'agit d'une zone d'écailles,
détachées, par effet d'entraînement, sous
la surface de chevauchement de la nappe de Digne. Mais cette
dernière manière de voir ne s'accorde ni avec la
disposition géométrique du couloir (sa limite orientale
est fortement redressée) ni avec la constitution de ses
éléments (bon nombre d'entre eux, tels ceux formés
de Terres Noires, de Tithonique et a fortiori de Crétacé
supérieur, n'ont pu être prélevés
ni à la partie haute de l'autochtone ni à la partie
basse de la nappe, car ils y sont absents). (*) en particulier par le fait qu'il sectionne les axes des plis NNW-SSE du matériel charrié et ceux de même azimut de la formation de Valensole, au lieu de les faire se chevaucher, ainsi que par le fait qu'il en émane un grand nombre de petits décrochement qui découpent la partie frontale du lobe de la Robine en panneaux successifs, décalés dans le sens dextre. Ce texte reprend, en les retouchant, des vues déjà exposées dans la publication n° 132 |
La klippe de Pié-Gros est remarquable par le fait qu'elle est constituée de Crétacé supérieur. L'interprétation de la présence de cette klippe à cet endroit pose un problème difficile car les terrains de cet âge ne sont pas représentés, aux alentours, ni dans le matériel de la nappe, ni vraisemblablement dans l'autochtone (où, de toutes façons ils n'auraient pu être prélevés car ils étaient masqués sous l'épaisse chappe du Tertiaire)

| La klippe de Pié-Gros
présente une nette analogie avec celle de l'Aubrespin,
de la région de Turriers,
car l'une et l'autre sont des lambeaux isolés de couches
néocrétacées posés à la marge
de la nappe, en avant de son front. Ces lambeaux exotiques ne peuvent provenir que de secteurs assez orientaux du domaine de la nappe de Digne, puisque la partie frontale de cette dernière avait aussi été érodée, avant le Nummulitique, jusqu'au niveau du Jurassique supérieur. En effet ce n'est qu'à l'est de l'axe du synclinal de Barrême (orienté N-S), que l'on voit réapparaître du Sénonien sous le Nummulitique, au sud-est de Digne. Si ces lambeaux ont probablement une origine analogue à celle des olistolites de Courbons, c'est-à-dire un glissement par décoiffement de la partie haute de la tranche charriée, ils ont donc probablement fait un plus grand chemin. La longueur du trajet parcouru par ces glissements de terrain suppose que se soit développé, au dos de la nappe, une longue pente dirigée vers son front. Cette déclivité pourrait correspondre au flanc sud-ouest d'un "pli de rampe frontal"* : dans le cas qui nous intéresse l'existence d'un tel pli est d'autant plus probable que le bord de la nappe devait s'infléchir pour plonger dans le bassin de Valensole (cf coupe 2, et bloc 1), et ce pli devait être effectivement assez vaste, en raison de l'épaisseur considérable de la tranche de roches (Trias à Crétacé supérieur = environ 4000 m) qu'il affectait. |
Au nord-est de Thoard, à partir de la butte de Sainte-Madeleine, le couloir tectonique de Courbons s'infléchit pour s'orienter SW-NE. Cette inflexion du tracé de la surface qui sépare le lobe de la Robine de son autochtone n'est pas seulement due à l'érosion car elle s'accompagne d'une torsion, dans le sens horaire, des axes des plis du matériel charrié, qu'elle tranche en biseau encore plus franchement que dans la partie plus méridionale de son tracé : ce trait résulte certainement de la composante de coulissement (décro-chevauchant*) que devait comporter le jeu de ce contact tectonique.
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