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Thoard, montagne du Siron

basse vallée des Duyes

La basse vallée du torrent des Duyes s'engage franchement, à partir des abords amont de Thoard jusqu'à son confluent avec la Bléone, dans le remplissage le plus récent du bassin néogène de Valensole. Les couches de ce dernier sont dans l'ensemble doucement inclinées vers le sud-ouest mais affectées aussi de quelques amples plis, que recoupe le lit du torrent. Le relief est mou, formé de collines surbaissées que séparent quelques profondes ravines.


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Le village de Thoard, se profilant sur la partie amont de la vallée des Duyes
vu du SW, depuis la D117

Ø = surface tectonique de contact entre l'autochtone et la base des éléments exotiques disloqués qui le chevauchent (la base du lobe de La Robine proprement dit est hors du champ du cliché)

 Carte géologique simplifiée des environs de Digne
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

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voir aussi l'aperçu général sur les environs de Digne

Du côté oriental ces pentes sont dominées par celles, beaucoup plus montagneuses, de la crête du Siron, qui culmine au sommet de La Bigue (1653). Ces montagnes sont constituées par les terrains du Trias et du Lias qui appartiennent au "lobe de la Robine" de la nappe de Digne. Elles surplombent les couches de la formation de Valensole parce qu'elles ont été poussées en chevauchement sur elles lors des mouvements les plus tardifs du charriage de la nappe de Digne.


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Le chaînon du Siron et les pentes qui en descendent, à l'est de Thoard
vus du SW, depuis la D117 (hameau des Bourres).

Ø2 = surface tectonique de contact entre l'autochtone et la base des éléments exotiques disloqués qui le chevauchent ; Ø1 = surface tectonique limitant le lobe de La Robine proprement dit ; A.M = anticlinal du Martignon : son coeur triasique traverse la pente en diagonale, en descendant vers la gauche, avant d'être sectionné par Ø1 ; c'est vraisemblablement un fragment de son flanc inverse, décalé dans le sens dextre (donc de la droite vers la gauche) par le jeu de Ø1, qui constitue la klippe du Rocher de Sainte-Madeleine.

La dislocation tectonique qui sépare ces deux ensembles prolonge vers le nord l'accident de Courbons. Elle est complexe, constituée par un couloir de failles*, où s'alignent des paquets rocheux de taille plurihectométrique, dont la nature varie de l'un à l'autre. L'érosion y a mis en saillie un certain nombre de ces paquets rocheux, qui y forment des buttes (que l'on peut donc qualifier de klippes*, bien qu'elles ne soient pas complétement isolées par l'érosion du reste du matériel charrié). Ces paquets sont séparés du front proprement dit du lobe de la Robine par une bande de Terres Noires presque continue, large d'une centaine de mètres, dont les failles limites (surtout celle orientale) ont un pendage très fort, localement vertical
L'attitude très redressée de ce contact tectonique et le fait qu'il recoupe obliquement les plis des compartiments qui l'encadrent sont deux caractères qui ne correspondent pas du tout à ceux d'une simple surface de chevauchement, sensiblement parallèle aux couches charriées, comme la nappe de Digne en montre à sa base en mains endroits (notamment au sud de Digne).



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La bordure frontale du Lobe de La Robine, dans les pentes qui dominent Thoard
vue du NE, depuis le Rocher de Sainte-Madeleine.

Le couloir disloqué de Courbons est vu à peu près d'enfilade. Il est constitué sur cette transversale par trois fractures :
- La faille la plus orientale (ØC1) est la cassure majeure, qui limite les terrains du lobe de la Robine proprement dit, en sectionnant en biais les couches (renversées) du flanc sud de l'anticlinal du Martignon (a.M), qui forment la butte de Ratabou (tG = coeur de Trias gypsifère de cet anticlinal).
- La fracture intermédiaire (ØC2), limite du côté opposé (ouest) la bande de Terres Noires qui jalonne le couloir proprement dit.
- Enfin la klippe de Pié Gros repose sur la formation de Valensole par une troisième surface tectonique (ØC3), beaucoup moins inclinée, qui est masquée sous des éboulis.


On peut faire diverses hypothèses sur la signification de ce couloir tectonique. Celle, qui vient a priori à l'esprit, est qu'il s'agit d'une zone d'écailles, détachées, par effet d'entraînement, sous la surface de chevauchement de la nappe de Digne. Mais cette dernière manière de voir ne s'accorde ni avec la disposition géométrique du couloir (sa limite orientale est fortement redressée) ni avec la constitution de ses éléments (bon nombre d'entre eux, tels ceux formés de Terres Noires, de Tithonique et a fortiori de Crétacé supérieur, n'ont pu être prélevés ni à la partie haute de l'autochtone ni à la partie basse de la nappe, car ils y sont absents).
1- Le contenu de ce couloir se raccorde vers le sud, près de Courbons, aux affleurements de terrains mésozoïques qui disparaissent, près de cette localité, sous le Miocène marin, en s'enfonçant sous la marge orientale des affleurements du bassin de Valensole. Il est donc vraisemblable que les lambeaux qui le constituent ont été détachés de la zone de raccord entre la partie véritablement frontale de la nappe, qui est resté cachetée par les conglomérats de Valensole à la suite de la première étape de sa mise en place, et celle, plus orientale, restée non recouverte par la sédimentation néogène, qui a été remise en mouvement lors de l'individualisation du lobe de la Robine (cf. aperçu général). C'est d'ailleurs dans cette zone charnière que, lors du dépôt des conglomérats de Valensole, ont pu s'interstratifier la plupart des olistolites, qui sont vraisemblablement à l'origine des lambeaux les plus exotiques (tel celui de Pié Gros).
2- La disposition des lambeaux tectoniques de ce couloir, en alignement le long du tracé de l'accident de Courbons, est attribuable au jeu à la fois décrochant et chevauchant de celui-ci, jeu qui est d'autre part indiqué par de nombreux autres indices (*). En effet cette disposition évoque bien celle d'une série de navettes*, détachées par un faisceau des failles secondaires, navettes qui auraient été alignées en chapelet par le coulissement et, en outre, refoulées latéralement (comme par le soc d'une charrue) par l'effet de la composante chevauchante du jeu de cet accident.

(*) en particulier par le fait qu'il sectionne les axes des plis NNW-SSE du matériel charrié et ceux de même azimut de la formation de Valensole, au lieu de les faire se chevaucher, ainsi que par le fait qu'il en émane un grand nombre de petits décrochement qui découpent la partie frontale du lobe de la Robine en panneaux successifs, décalés dans le sens dextre.

Ce texte reprend, en les retouchant, des vues déjà exposées dans la publication n° 132

La klippe de Pié-Gros est remarquable par le fait qu'elle est constituée de Crétacé supérieur. L'interprétation de la présence de cette klippe à cet endroit pose un problème difficile car les terrains de cet âge ne sont pas représentés, aux alentours, ni dans le matériel de la nappe, ni vraisemblablement dans l'autochtone (où, de toutes façons ils n'auraient pu être prélevés car ils étaient masqués sous l'épaisse chappe du Tertiaire)


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La klippe de Pié-Gros
vue du sud, depuis la bergerie du Loup

Le couloir disloqué de Courbons est constitué, sur cette transversale, par trois fractures dont on voit assez bien que le pendage, vers l'est, est très accusé (surtout en ce qui concerne les deux plus orientales, qui ne sont d'ailleurs pas vues d'enfilade, mais légèrement en biais, ce qui conduit à sous-apprécier leur pendage) :
ØC1 = cassure majeure, qui limite les terrains du lobe de la Robine proprement dit, en sectionnant en biais les couches (renversées) du flanc sud de l'anticlinal du Martignon (qui forment la butte de Ratabou).
ØC2 = fracture intermédiaire, injectée d'un peu de Trias gypseux, qui limite du côté ouest la bande de Terres Noires.
ØC3 = surface tectonique basale (masquée sous des éboulis) de la klippe de Pié Gros (qui repose sur la formation de Valensole).
NB sur ce cliché ces failles ne sont pas vues d'enfilade mais légèrement en biais.
La klippe de Pié-Gros présente une nette analogie avec celle de l'Aubrespin, de la région de Turriers, car l'une et l'autre sont des lambeaux isolés de couches néocrétacées posés à la marge de la nappe, en avant de son front.
Ces lambeaux exotiques ne peuvent provenir que de secteurs assez orientaux du domaine de la nappe de Digne, puisque la partie frontale de cette dernière avait aussi été érodée, avant le Nummulitique, jusqu'au niveau du Jurassique supérieur. En effet ce n'est qu'à l'est de l'axe du synclinal de Barrême (orienté N-S), que l'on voit réapparaître du Sénonien sous le Nummulitique, au sud-est de Digne.
Si ces lambeaux ont probablement une origine analogue à celle des olistolites de Courbons, c'est-à-dire un glissement par décoiffement de la partie haute de la tranche charriée, ils ont donc probablement fait un plus grand chemin. La longueur du trajet parcouru par ces glissements de terrain suppose que se soit développé, au dos de la nappe, une longue pente dirigée vers son front. Cette déclivité pourrait correspondre au flanc sud-ouest d'un "pli de rampe frontal"* : dans le cas qui nous intéresse l'existence d'un tel pli est d'autant plus probable que le bord de la nappe devait s'infléchir pour plonger dans le bassin de Valensole (cf coupe 2, et bloc 1), et ce pli devait être effectivement assez vaste, en raison de l'épaisseur considérable de la tranche de roches (Trias à Crétacé supérieur = environ 4000 m) qu'il affectait.

Au nord-est de Thoard, à partir de la butte de Sainte-Madeleine, le couloir tectonique de Courbons s'infléchit pour s'orienter SW-NE. Cette inflexion du tracé de la surface qui sépare le lobe de la Robine de son autochtone n'est pas seulement due à l'érosion car elle s'accompagne d'une torsion, dans le sens horaire, des axes des plis du matériel charrié, qu'elle tranche en biseau encore plus franchement que dans la partie plus méridionale de son tracé : ce trait résulte certainement de la composante de coulissement (décro-chevauchant*) que devait comporter le jeu de ce contact tectonique.


cartes géologiques à 1/50.000° (*) à consulter : feuille La Javie.

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