Thoard, col de Peipin, Pic d'Oise

la moyenne vallée des Duyes au pied ouest du chaînon de la Bigue

La basse vallée du torrent des Duyes s'engage franchement, à partir des abords amont de Thoard jusqu'à Barras, son confluent avec la Bléone, dans les alternances de marnes et de conglomérats continentaux de la formation de Valensole. Leurs couches, à litage très flou (voir leur aspect à la page "stratigraphie"), sont régulièrement et uniformément inclinées vers le sud-est avec un pendage faible, de l'ordre de 20°. Le relief qui en résulte est mou, formé de collines surbaissées, comme le cône régulier du Pic d'Oise, que séparent quelques profondes ravines.

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La vallée des Duyes, vue d'ensemble du SSW, depuis l'aval, d'avion.


Cette formation constitue la partie la plus récente du remplissage du bassin néogène que traverse plus au sud la Bléone, en aval de Digne. Son soubassement stratigraphique normal, formé par les grès marins alternés de marnes grises du Miocène, affleure en aval de Barras jusqu'à la vallée de la Bléone (voir les pages "Digne aval" et "Malijai").

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La vallée des Duyes à la latitude de Thoard, vue du nord depuis l'église de Mélan (cliché original obligeamment communiqué par Mr. J. Julien).
(suite du panorama vers la gauche plus bas dans cette page)


Le village de Thoard lui même est édifié en rive gauche, un peu au dessus du thalweg du torrent des Duyes et ses maisons sont construites sur des marnes bariolées qui s'intercalent ici entre la partie inférieure et la partie supérieure des lits de cailloutis de la formation de Valensole.

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Le village de Thoard, se profilant sur la partie amont de la vallée des Duyes vu du SW, depuis la D117
Ø = surface tectonique de contact entre l'autochtone et la base des éléments exotiques disloqués qui le chevauchent (la base du lobe de La Robine proprement dit est hors du champ du cliché).


Du côté oriental ces pentes sont dominées par celles, beaucoup plus montagneuses, de la crête du Siron, qui culmine au sommet de La Bigue (1653). Ce chaînon est constitué par les terrains du Trias et du Lias qui appartiennent au "lobe de la Robine" de la nappe de Digne. Ces couches surplombent les couches de la formation de Valensole, mais la dislocation tectonique qui les en sépare s'avère constituée par un système de failles parallèles à pendage très redressé, proche de la verticale (voir la page "Siron").

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Le chaînon du Siron et les pentes qui en descendent à l'est de Thoard, vus du SW, depuis la D117 (hameau des Bourres).
f.C = accident de Courbons, limitant les terrains charriés du lobe de La Robine ; A.B = anticlinal de la Bigue: son coeur triasique traverse la pente en diagonale, en descendant vers la gauche, avant d'être sectionné par f.sM = faille de Sainte-Madeleine ; s.G = synclinal de Givaudan.


En fait il s'agit de l'extrémité septentrionale de l'accident de Courbons, qui souligne bien le front sud-occidental de la nappe de Digne mais qui est plutôt constitué par un couloir de failles que par une surface de chevauchement (voir les pages "Siron" et "Courbons").

La butte de Pié-Gros se situe du côté occidental de ce couloir de failles et ses couches butent contre lui. Elle est d'autre part remarquable par le fait qu'elle est constituée de Crétacé supérieur dont les couches reposent pratiquement à plat sur les conglomérats de Valensole supérieurs du compartiment autochtone. Cette situation en fait objectivement une klippe*, mais l'interprétation de sa présence à cet endroit pose un problème difficile : en effet les terrains de cet âge ne sont pas représentés, aux alentours, ni dans le matériel de la nappe, ni vraisemblablement dans l'autochtone (où, de toutes façons ils n'auraient pu être prélevés car ils étaient masqués sous l'épaisse chape du Tertiaire) : leur origine et leur processus de mise en place sont donc très énigmatiques.

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La butte de Pié-Gros vue du sud, depuis la bergerie du Loup
ØpG = surface basale de la klippe de Pié Gros ; f.Cw = faille occidentale du couloir de Courbons ; f.CE = faille orientale du couloir de Courbons.
NB sur ce cliché ces failles ne sont pas vues d'enfilade mais légèrement en biais (surtout en ce qui concerne les deux plus orientales) , ce qui conduit à sous-apprécier leur pendage).


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La butte de Pié Gros, vue du NE, depuis le Rocher de Sainte-Madeleine.
a.B = anticlinal de la Bigue ; f.sM = faille de Sainte-Madeleine ; s.G = synclinal de Givaudan ; f.CE = faille orientale du couloir de Courbons ; f.Cw = faille occidentale du couloir de Courbons ; ØpG = surface basale de la klippe de Pié Gros.


La klippe de Pié-Gros présente une nette analogie avec celle de l'Aubrespin, de la région de Turriers, car l'une et l'autre sont des lambeaux isolés de couches néo-crétacées posés à la marge de la nappe, en avant de son front.
Ces lambeaux exotiques ne peuvent provenir que de secteurs assez orientaux du domaine de la nappe de Digne, puisque la partie frontale de cette dernière avait aussi été érodée, avant le Nummulitique, jusqu'au niveau du Jurassique supérieur. En effet ce n'est qu'à l'est de l'axe du synclinal de Barrême (orienté N-S), que l'on voit réapparaître du Sénonien sous le Nummulitique, au sud-est de Digne.
Si ces lambeaux ont probablement une origine analogue à celle des olistolites de Courbons, c'est-à-dire un glissement par décoiffement de la partie haute de la tranche charriée, ils ont donc probablement fait un plus grand chemin. La longueur du trajet parcouru par ces glissements de terrain suppose que se soit développé, au dos de la nappe, une longue pente dirigée vers son front. Cette déclivité pourrait correspondre au flanc sud-ouest d'un "pli de rampe frontal"* : dans le cas qui nous intéresse l'existence d'un tel pli est d'autant plus probable que le bord de la nappe devait s'infléchir pour plonger dans le bassin de Valensole (cf coupe 2, et bloc 1), et ce pli devait être effectivement assez vaste, en raison de l'épaisseur considérable de la tranche de roches (Trias à Crétacé supérieur = environ 4000 m) qu'il affectait.

Au nord-est de Thoard, à partir de la butte de Sainte-Madeleine, le couloir tectonique de Courbons s'interrompt en même temps que la limite nappe - autochtone s'infléchit pour s'orienter SW-NE. Cette inflexion du tracé de la ligne qui sépare le lobe de la Robine de son autochtone n'est pas seulement due à l'érosion car elle s'accompagne d'un changement du caractère de cette limite qui devient un vrai chevauchement (voir la page "Siron").

La question du prolongement vers le nord de l'accident de Courbons est par ailleurs examinée à la page "Mélan" : il s'y raccorderait à un important décrochement de Mélan, masqué sous les conglomérats supérieur de Valensole.


Carte géologique simplifiée des environs de Digne
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
catalogue des autres cartes de la section Gap-Digne


voir aussi l'aperçu général sur les environs de Digne


cartes géologiques à 1/50.000° (*) à consulter : feuille La Javie.

Mélan

Hautes Duyes

Siron

Saint-Symphorien

LOCALITÉS VOISINES

Martignon 

Sourribes

Siéyes, Gaubert

Courbons
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