Challes-les-Eaux - Curienne |

Il s'agit presque là de reliefs conformes*
puisqu'ils résultent de la dénudation des calcaires
tithoniques, par déblaiement des marno-calcaires berriasiens
(ces derniers affleurent plus au nord dans les gorges de la Leysse).
Effectivement le Tithonique affleure largement en dalles structurales
à l'est de Barby et surtout dans le versant ouest du Mont-Saint-Michel.
D'autre part ces couches plongent vers l'est du côté
oriental (dans le secteur de Curienne), mais elles y disparaissent
sous le puissant colmatage d'alluvions fluvio-glaciaires de la
dépression de Thoiry et de Puygros. Ce dispositif s'apparente
donc à un mont jurassien*, qui serait d'ailleurs plus exactement
un mont dérivé*,
Toutefois la structure observable ne correspond pas à un simple anticlinal car trois plis s'y distinguent en réalité, du moins au niveau du Jurassique.
- l'anticlinal de la Roche de Barby
forme l'essentiel de la montagne au nord de Challes.
On a jusqu'à maintenant considéré que ce
pli se poursuit vers le sud par l'anticlinal dont la voûte
est crevée par la dépression de Challes - Saint-Jeoire-Prieuré..On
verra que ce n'est nullement certain. Il est donc beaucoup plus
objectif de désigner ce dernier pli du nom d' "anticlinal
de Saint-Jeoire".
- le synclinal de Bellevarde lui succède au niveau de Challes.
On a considéré de longue date qu'il se poursuit
par le synclinal bien visible dans les pentes du pied ouest du
Mont Saint-Michel (voir cliché
ci-après) puis, au sud de la Boisserette, dans
l'échine du Mont Ronjou et aux Tours de Chignin. Il est
plus objectif de désigner ce dernier pli du nom de "synclinal
du Ronjou".
- l'anticlinal de la Boisserette culmine
entre le Mont Saint-Michel et Curienne (Montmerlet).
Plus au sud il est éventré par le cours supérieur
du torrent de la Boisserette et son coeur forme, encore plus au
sud, la combe anticlinale de Chignin.
Ces plis sont coupées en oblique par les deux failles de Camelot et de Bellevarde (cf plus loin). L'interprétation admise dans tous les documents récents (depuis 1964, cf la publication n° 027) considère que ces plis devaient originellement se succéder d'ouest en est, mais que les deux anticlinaux ont été ramenés pratiquement dans le prolongement l'un de l'autre par un jeu décrochant dextre le long de ces failles.
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Mais il faut remarquer que, plus haut dans la succession des couches, ce faisceau de trois plis ne s'observe plus et qu'il n'y a plus, au niveau de l'Urgonien, qu'un seul bombement anticlinal très ouvert, qui constitue le Mont Peney (et s'amortit d'ailleurs vers le nord). Cela a conduit à considérer que cette simplification de la structure, du bas vers le haut de la succession, serait un cas de dysharmonie* de plissement (comme on en voit tant d'autres dans les Bauges). Une interprétation
alternative (M.GIDON, 2005, inédit) consiste à considérer
que l'anticlinal de la Roche et l'anticlinal de la Boisserette
ne sont en fait qu'un seul et unique pli, représentant
le coeur de l'anticlinal unique du Peney |
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(extrémité septentrionale de la Chartreuse et marge sud-occidentale des Bauges) CFB = chevauchement frontal des Bauges ; CM = chevauchement du Montgelas - Margériaz. |
Ce mont composite s'efface vers le nord, par enfoncement de sa voûte du Tithonique sous le Berriasien de la rive droite de la vallée de la Leysse. Cette disposition résulte du plongement vers le nord, des axes (N-S) des plis de ce secteur.
Le plongement accentué, vers le nord, de ces trois plis N-S correspond à une disposition très générale dans la partie orientale de tous les massifs subalpins septentrionaux, qui est liée au soulèvement de la chaîne de Belledonne (voir la page "formation des massifs subalpins septentrionaux"). Ici il traduit en outre le fait qu'ils ont été repris au sein du flanc sud-est d'un ample pli transverse qui traverse obliquement les plis N-S : il s'agit du trans-synclinal des Déserts et de la Doria, dont l'axe, orienté NE-SW, passe au nord du Peney et vers Saint-Alban - Leysse.

Trois cassures NE-SW tranchent transversalement les plis :
La faille de Barby, la plus septentrionale (non indiquée sur la carte géologique), délimite du côté nord les affleurements du Tithonique de la voûte de l'anticlinal de La Roche. Dans les pentes dominant le village de Barby elle remonte le Tithonique inférieur au niveau du Berriasien qui affluer plus au nord. Elle représente probablement le prolongement de la faille du Pas de la Coche qui se perd sous la plaine alluviale, sur le versant de la Chartreuse, aux environs de Barberaz (voir la page "Montagnole").
La faille de Camelot, qui détermine,
à l'est de Challes, le ravin de ce nom, est la plus importante.
C'est au voisinage du tracé probable de son prolongement
ouest que sortent, dans les marno-calcaires argoviens, les eaux
sulfureuses qu'exploite l'établissement thermal
de Challes. Il est donc probable que c'est cette cassure qui est
à l'origine du rassemblement de ces eaux et de leur remontée
rapide vers la surface (depuis une origine profonde qu'implique
leur température).
Vers l'est la faille, jalonnée par une lame de roche broyée
qui passe au pied sud du Grand Joueret, se poursuit au-delà
en passant peu au nord du chef-lieu de Curienne. Puis on perd
sa trace dans la vallée de la Leysse en direction de Thoiry,
sous les alluvions de ce secteur.
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La faille de Camelot a d'abord été interprétée
comme la surface d'étirement du flanc oriental d'un pli-faille
déversé vers le SE ("interprétation
A" de la figure). Cette cassure a ensuite été interprétée comme un décrochement dextre, comme toutes les failles proches de cette orientation en Chartreuse et dans les Bauges (voir la publication n° 027). Cela implique que les plis qu'elle sectionne sont décalés de part et d'autre de la faille et que l'anticlinal de la Boisserette était originellement plus oriental que celui de La Roche. Dans cette manière de voir la faille de Camelot est apparue comme pouvant représenter le prolongement nord-oriental du décrochement du Pas de la Fosse (voir la page "Montagnole"), bien que son azimut soit un peu plus méridien (voir aussi la carte structurale de ce secteur). Toutefois, en raison de la largeur du
hiatus d'affleurement occasionné par la trouée
de Chambéry - Montmélian cette corrélation
restait entièrement hypothétique. D'autre part
on a vu plus haut que le système de failles qui traverse
cet anticlinal de La Roche - Boisserette n'a qu'un rejet vertical
(puisqu'elles n'ont pas décroché son axe) et qu'elles
n'appartiennent donc pas à la famille des décrochements
dextres. Cette probable absence de rejet décrochant le
long de la faille de Camelot porte à envisager une autre
hypothèse qui est celle d'une faille extensive ancienne,
antérieure au plissement. |
La faille de Bellevarde double la faille
de Camelot du côté SE. Elle a un tracé sensiblement
parallèle mais un rejet plus modeste et surtout de sens
opposé (compartiment nord-ouest abaissé).
On peut donc aisément, dans l'interprétation
d'une formation par jeu extensif, la considérer comme une
faille satellite "conjuguée"* de cette dernière
(alors que cette inversion du rejet s'interprète mal dans
l'hypothèse d'un jeu coulissant). On peut penser (ancienne
hypothèse) que le fossé à remplissage
de Berriasien de la ferme de Bellevarde, qualifié de longue
date, mais assez abusivement, de "synclinal de Bellevarde"
correspond à un pli plus occidental que l'anticlinal de
la Boisserette, pli qui aurait été sectionné
obliquement et décalé dans le sens dextre par un
décrochement .Mais il est plus facile de penser que sa
formation soit simplement due à l'écrasement d'un
graben effondré, car l'axe d'allongement de ce fossé
tectonique est peu oblique à celui des plis formés
ultérieurement à son effondrement (nouvelle hypothèse).

Au sud de Challes
le cours aval du ravin de la Boisserette permet d'observer une
coupe naturelle du synclinal de Bellevarde, bien dessiné
par les couches inférieures du Tithonique sur cette transversale.
Plus à l'ouest les affleurements de Tithonique inférieur
qui émergent des alluvions dans les bois au nord-ouest
de Saint-Jeoire, entre Lachat au sud et Cazard au nord, pendent
vers l'ouest (à l'opposé de ceux des basses pentes
au sud-est de Challes). Ils représentent donc le flanc
ouest d'un anticlinal, dans lequel il faut certainement voir le
prolongement méridional de celui de La Roche.

Au sud du cours de la Boisserette et de Saint-Jeoire la montée axiale fait que les plis des montagnes de Curienne sont éventrés par l'érosion jusqu'à leur coeur d'Argovien. Puis on perd leur trace sous le colmatage alluvial de la trouée de Chambéry - Montmélian. L'échine du Mont Ronjou, qui domine Saint-Jeoire, est le dernier témoin du coeur tithonique su synclinal de bellevarde.

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