Nom du fichier : http://www.geol-alp.com/bauges/_lieux/curienne.html

Challes-les-Eaux - Curienne

Petites montagnes à l'est de Chambéry

La rive nord-est de la trouée de Chambéry - Montmélian voit s'individualiser, à l'est de Challes-les-Eaux, un groupe de petites montagnes qui est séparé du reste du massif des Bauges par les vallées de la Boisserette au sud et de la Leysse au nord. Ces bosses montagneuses, presque entièrement formés par le Jurassique supérieur, culminent à la chapelle du Mont-Saint-Michel (895 m) et, plus au nord, au Grand Joueret (809 m).


même fenêtre < image plus grande, muette > nouvelle fenêtre
Les montagnes du "massif" de Curienne
vues du sud, d'avion, de l'aplomb de Myans

a.R = anticlinal de la Roche de Barby ; f.Ba = faille de Barby ; f.Ca = faille de Camelot ; f.Be = faille de Bellevarde ; s.R = synclinal du Mont Ronjou ; a.Bo = anticlinal de la Boisserette ; ØM = chevauchement du Margériaz.
L'ensemble de ces plis, multiples au niveau du Jurassique s'enfonce vers le nord, au delà de la gorge de la Leysse et de Saint-Jean d'Arvey, sous l'unique et ample voûte de l'Urgonien du Mont Peney.

Il s'agit presque là de reliefs conformes* puisqu'ils résultent de la dénudation des calcaires tithoniques, par déblaiement des marno-calcaires berriasiens (ces derniers affleurent plus au nord dans les gorges de la Leysse).
Effectivement le Tithonique affleure largement en dalles structurales à l'est de Barby et surtout dans le versant ouest du Mont-Saint-Michel. D'autre part ces couches plongent vers l'est du côté oriental (dans le secteur de Curienne), mais elles y disparaissent sous le puissant colmatage d'alluvions fluvio-glaciaires de la dépression de Thoiry et de Puygros. Ce dispositif s'apparente donc à un mont jurassien*, qui serait d'ailleurs plus exactement un mont dérivé*,

Toutefois la structure observable ne correspond pas à un simple anticlinal car trois plis s'y distinguent en réalité, du moins au niveau du Jurassique.

- l'anticlinal de la Roche de Barby forme l'essentiel de la montagne au nord de Challes.
On a jusqu'à maintenant considéré que ce pli se poursuit vers le sud par l'anticlinal dont la voûte est crevée par la dépression de Challes - Saint-Jeoire-Prieuré..On verra que ce n'est nullement certain. Il est donc beaucoup plus objectif de désigner ce dernier pli du nom d' "anticlinal de Saint-Jeoire".
- le synclinal de Bellevarde lui succède au niveau de Challes.
On a considéré de longue date qu'il se poursuit par le synclinal bien visible dans les pentes du pied ouest du Mont Saint-Michel (voir cliché ci-après) puis, au sud de la Boisserette, dans l'échine du Mont Ronjou et aux Tours de Chignin. Il est plus objectif de désigner ce dernier pli du nom de "synclinal du Ronjou".
- l'anticlinal de la Boisserette culmine entre le Mont Saint-Michel et Curienne (Montmerlet).
Plus au sud il est éventré par le cours supérieur du torrent de la Boisserette et son coeur forme, encore plus au sud, la combe anticlinale de Chignin.

Ces plis sont coupées en oblique par les deux failles de Camelot et de Bellevarde (cf plus loin). L'interprétation admise dans tous les documents récents (depuis 1964, cf la publication n° 027) considère que ces plis devaient originellement se succéder d'ouest en est, mais que les deux anticlinaux ont été ramenés pratiquement dans le prolongement l'un de l'autre par un jeu décrochant dextre le long de ces failles.

Mais il faut remarquer que, plus haut dans la succession des couches, ce faisceau de trois plis ne s'observe plus et qu'il n'y a plus, au niveau de l'Urgonien, qu'un seul bombement anticlinal très ouvert, qui constitue le Mont Peney (et s'amortit d'ailleurs vers le nord). Cela a conduit à considérer que cette simplification de la structure, du bas vers le haut de la succession, serait un cas de dysharmonie* de plissement (comme on en voit tant d'autres dans les Bauges).

Une interprétation alternative (M.GIDON, 2005, inédit) consiste à considérer que l'anticlinal de la Roche et l'anticlinal de la Boisserette ne sont en fait qu'un seul et unique pli, représentant le coeur de l'anticlinal unique du Peney
En effet, de part et d'autre du tracé des failles de Camelot et de Bellevarde les axes des anticlinaux de La Roche et de la Boisserette se disposent pratiquement dans le prolongement l'un de l'autre, ce qui permet de les considérer comme un seul et même pli qui se poursuit du nord au sud à travers du faisceau de ces failles (
voir aussi le bloc tectonogramme, plus loin dans cette page).
D'autre part, au nord de la faille de Camelot, le Berriasien des gorges de la Leysse n'est affecté, à l'est de l'ample anticlinal de la Roche, que par un petit anticlinal très aigu. Ce dernier n'a ni l'ampleur ni la forme arrondie de celui de la Boisserette et ne saurait donc en être (même au prix d'une forte dysharmonie) le prolongement septentrional.
Cette interprétation évite de faire appel ici à une dysharmonie de plissement entre l'Urgonien et le Tithonique. Elle a pour corollaire que les failles qui traversent obliquement cet anticlinal de La Roche - Boisserette, n'ayant pas décroché sensiblement l'axe de ce pli, ont surtout un rejet vertical, donc extensif. (ceci s'accorde d'ailleurs avec le fait que leur orientation est plus méridienne que celle des failles de la famille des décrochements dextres). Les implications de cette remarque sont discutées
plus loin dans cette page, à propos de la faille de Camelot.

Carte géologique très simplifiée des environs de Chambéry
(extrémité septentrionale de la Chartreuse et marge sud-occidentale des Bauges)

CCO = chevauchement de la Chartreuse orientale ;
CFB = chevauchement frontal des Bauges ;
CM = chevauchement du Montgelas - Margériaz.

figure agrandissable
voir la carte géologique détaillée et la carte structurale de ce secteur

Ce mont composite s'efface vers le nord, par enfoncement de sa voûte du Tithonique sous le Berriasien de la rive droite de la vallée de la Leysse. Cette disposition résulte du plongement vers le nord, des axes (N-S) des plis de ce secteur.

Le plongement accentué, vers le nord, de ces trois plis N-S correspond à une disposition très générale dans la partie orientale de tous les massifs subalpins septentrionaux, qui est liée au soulèvement de la chaîne de Belledonne (voir la page "formation des massifs subalpins septentrionaux"). Ici il traduit en outre le fait qu'ils ont été repris au sein du flanc sud-est d'un ample pli transverse qui traverse obliquement les plis N-S : il s'agit du trans-synclinal des Déserts et de la Doria, dont l'axe, orienté NE-SW, passe au nord du Peney et vers Saint-Alban - Leysse.


même fenêtre < image plus grande, muette > nouvelle fenêtre
Challes et le versant ouest des montagnes de Curienne
vus du sud-ouest, depuis les pentes d'Apremont (lieu-dit La Grande Vigne)
NB. cette vue est presque orthogonale à l'axe des plis et montre donc mal leur forme réelle.

f.Ba = faille de Barby ; f.Ca = faille de Camelot ; f.Be = faille de Bellevarde (une faille accessoire est figurée mais non dénommée).
Le profil de la montagne, qui s'abaisse vers la gauche jusqu'en avant-plan de la crête du Peney, correspond au plongement vers le nord de la voûte de l'anticlinal de La Roche de Barby (a.R). Le flanc ouest de ce pli est largement éventré sur le versant visible ici mais sa retombée ouest affleure entre Barby et Challes.
Du côté sud, la faille de Camelot tranche orthogonalement ce pli, à droite du Grand Joueret : elle met dans son prolongement méridional les dalles tithoniques du flanc est du synclinal de Bellevarde, qui forment les pentes occidentales (boisées) du Mont Saint-Michel.
Les notations Tis, Tim et Tii désignent localement es différents niveaux du Tithonique (cela permet de mieux apprécier le rejet dû aux failles).
suite du paysage sur la droite (sud) : voir le cliché ci-dessous
vue panoramique d'ensemble (muette)

Trois cassures NE-SW tranchent transversalement les plis :

La faille de Barby, la plus septentrionale (non indiquée sur la carte géologique), délimite du côté nord les affleurements du Tithonique de la voûte de l'anticlinal de La Roche. Dans les pentes dominant le village de Barby elle remonte le Tithonique inférieur au niveau du Berriasien qui affluer plus au nord. Elle représente probablement le prolongement de la faille du Pas de la Coche qui se perd sous la plaine alluviale, sur le versant de la Chartreuse, aux environs de Barberaz (voir la page "Montagnole").

La faille de Camelot, qui détermine, à l'est de Challes, le ravin de ce nom, est la plus importante. C'est au voisinage du tracé probable de son prolongement ouest que sortent, dans les marno-calcaires argoviens, les eaux sulfureuses qu'exploite l'établissement thermal de Challes. Il est donc probable que c'est cette cassure qui est à l'origine du rassemblement de ces eaux et de leur remontée rapide vers la surface (depuis une origine profonde qu'implique leur température).
Vers l'est la faille, jalonnée par une lame de roche broyée qui passe au pied sud du Grand Joueret, se poursuit au-delà en passant peu au nord du chef-lieu de Curienne. Puis on perd sa trace dans la vallée de la Leysse en direction de Thoiry, sous les alluvions de ce secteur.

même fenêtre < image plus grande > nouvelle fenêtre

La faille de Camelot a d'abord été interprétée comme la surface d'étirement du flanc oriental d'un pli-faille déversé vers le SE ("interprétation A" de la figure).
Mais elle a un pendage très proche de la verticale et son orientation est nettement oblique par rapport à l'azimut de la schistosité (et donc par rapport à l'axe des plis). D'autre part un tel sens de déversement, très inhabituel dans l'ensemble des massifs subalpins septentrionaux, ne se manifeste dans aucune des autres structures de ce secteur.

Cette cassure a ensuite été interprétée comme un décrochement dextre, comme toutes les failles proches de cette orientation en Chartreuse et dans les Bauges (voir la publication n° 027). Cela implique que les plis qu'elle sectionne sont décalés de part et d'autre de la faille et que l'anticlinal de la Boisserette était originellement plus oriental que celui de La Roche. Dans cette manière de voir la faille de Camelot est apparue comme pouvant représenter le prolongement nord-oriental du décrochement du Pas de la Fosse (voir la page "Montagnole"), bien que son azimut soit un peu plus méridien (voir aussi la carte structurale de ce secteur).

Toutefois, en raison de la largeur du hiatus d'affleurement occasionné par la trouée de Chambéry - Montmélian cette corrélation restait entièrement hypothétique. D'autre part on a vu plus haut que le système de failles qui traverse cet anticlinal de La Roche - Boisserette n'a qu'un rejet vertical (puisqu'elles n'ont pas décroché son axe) et qu'elles n'appartiennent donc pas à la famille des décrochements dextres. Cette probable absence de rejet décrochant le long de la faille de Camelot porte à envisager une autre hypothèse qui est celle d'une faille extensive ancienne, antérieure au plissement.
Dans cette interprétation la faille de Camelot pourrait très aisément, compte tenu de l'orientation de son tracé, représenter le prolongement septentrional de la faille du Joigny, qui semble avoir joué au cours du Berriasien, également par abaissement de son compartiment sud - oriental (voir la page "
Joigny"). Cette ancienneté expliquerait également que la faille de Camelot ne se poursuive pas, du côté NE, au delà du chevauchement du Margériaz (dont la formation est évidemment plus récente et qui affecte des niveaux plus élevés, où cette faille était sans doute scellée par la sédimentation post-berriasienne).
Enfin cette interprétation, par le fait qu'elle invoque une extension qui est susceptible d'avoir affecté toute la série jurassique, jusqu'au Trias, permet sans doute de mieux expliquer le fait que cette cassure serve de chemin pour la remontée des eaux thermales de Challes. Il est même à remarquer que le cachetage vraisemblable de la cassure par les couches du Crétacé peut être un facteur qui a amené à ce que leur émergence se fasse précisément à Challes, lieu où l'érosion a déblayé le plus profondément la couverture crétacée et jurassique supérieure le long du tracé de cette cassure.

La faille de Bellevarde double la faille de Camelot du côté SE. Elle a un tracé sensiblement parallèle mais un rejet plus modeste et surtout de sens opposé (compartiment nord-ouest abaissé).
On peut donc aisément, dans l'interprétation d'une formation par jeu extensif, la considérer comme une faille satellite "conjuguée"* de cette dernière (alors que cette inversion du rejet s'interprète mal dans l'hypothèse d'un jeu coulissant). On peut penser (ancienne hypothèse) que le fossé à remplissage de Berriasien de la ferme de Bellevarde, qualifié de longue date, mais assez abusivement, de "synclinal de Bellevarde" correspond à un pli plus occidental que l'anticlinal de la Boisserette, pli qui aurait été sectionné obliquement et décalé dans le sens dextre par un décrochement .Mais il est plus facile de penser que sa formation soit simplement due à l'écrasement d'un graben effondré, car l'axe d'allongement de ce fossé tectonique est peu oblique à celui des plis formés ultérieurement à son effondrement (nouvelle hypothèse).


même fenêtre < image plus grande, muette > nouvelle fenêtre
La partie méridionale des montagnes de Curienne
vus du sud-ouest, depuis les pentes d'Apremont (lieu-dit La Grande Vigne)
NB. cette vue est presque orthogonale à l'axe des plis et montre donc mal leur forme réelle.

f.Be = faille de Bellevarde ; s.R = synclinal de Ronjou : son axe, plongeant vers la gauche, suit le pied des dalles structurales du Mont Saint-Michel et traverse la vallée de la Boisserette pour passer au Mont Ronjou ; a.Bo = anticlinal de la Boisserette : son coeur d'Argovien est éventré par le cours supérieur du torrent de la Boisserette ; a.sJ = anticlinal de Saint-Jeoire.
suite du paysage sur la gauche (nord): voir le cliché ci-dessus
vue panoramique d'ensemble (muette)

Au sud de Challes le cours aval du ravin de la Boisserette permet d'observer une coupe naturelle du synclinal de Bellevarde, bien dessiné par les couches inférieures du Tithonique sur cette transversale.
Plus à l'ouest les affleurements de Tithonique inférieur qui émergent des alluvions dans les bois au nord-ouest de Saint-Jeoire, entre Lachat au sud et Cazard au nord, pendent vers l'ouest (à l'opposé de ceux des basses pentes au sud-est de Challes). Ils représentent donc le flanc ouest d'un anticlinal, dans lequel il faut certainement voir le prolongement méridional de celui de La Roche.

L'extrémité méridionale de la crête du Mont Saint-Michel
vue du sud, depuis la D21, 200 m en amont du Prieuré de Saint-Jeoire. Le sommet (895) est masqué par l'épaule de la Croix de la Tête de Beurre (688).

a.sJ = anticlinal de Saint-Jeoire (prolongement méridional de celui de la Roche de Barby ?);
s.R = synclinal du Mont Ronjou : les deux charnières figurées, l'une dans le Tithonique moyen, l'autre à la limite Tithonique - Kimméridgien, sont décalées, parce que la vue n'est pas prise exactement dans l'axe (N-S) du pli.

Au sud du cours de la Boisserette et de Saint-Jeoire la montée axiale fait que les plis des montagnes de Curienne sont éventrés par l'érosion jusqu'à leur coeur d'Argovien. Puis on perd leur trace sous le colmatage alluvial de la trouée de Chambéry - Montmélian. L'échine du Mont Ronjou, qui domine Saint-Jeoire, est le dernier témoin du coeur tithonique su synclinal de bellevarde.


légende des couleurs (nouvelle fenêtre)
Carte géologique très simplifiée
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
voir aussi la carte géologique détaillée (à reporter sur un fond topographique)


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Chambéry

Nivolet

Peney

Margériaz
Chambéry

LOCALITÉS VOISINES

Galoppaz

Abîmes de Myans

Chignin

La Thuile
N.B. Les liens entre parenthèses sont des raccourcis qui font perdre la barre de boutons

 accueil section Bauges

début de la page

sommaire de GEOL_ALP

Aller à la page d'accueil du site