Structure tectonique du Dévoluy et du Bochaine


histoire tectonique // cartes // coupes



La place tectonique du Dévoluy et du Bochaine
dans l'arc de la chaîne alpine

Les chaînons du Dévoluy et du Bochaine au sens large se situent à la charnière de l'arc des Alpes occidentales, au coeur de l'arc des chaînons vocontiens, qui est centré sur les massifs cristallins externes.

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d'après une image extraite de "google-earth"
Situation du massif du Dévoluy, par rapport à ses voisins
Sur cette vue, prise du sud-est, le massif est limité du côté nord et est par le sillon subalpin que la vallée du Drac parcourt du Champsaur jusqu'au Trièves et à Grenoble. Le Bochaine est limité du Diois par la ligne de reliefs qui suit l'accident de Bonneval



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Quatre coupes étagées du nord au sud, montrant les rapports des grandes structures du Dévoluy avec celles des régions connexes (Matheysine au nord et Dôme de Remollon au sud).
a.Bé = anticlinal de la Béoux, se prolongeant vers le nord par l' anticlinal de Saint-Jean d'Hérans, aux approches du Dôme de la Mure) ;


Ces chaînons présentent les deux caractéres originaux suivants que sont :

- la conservation assez large d'une chape sénonienne respectée par les érosions anté-nummulitiques ;

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d'après une image extraite de "google-earth"
Répartition des couches anté- et post-sénoniennes dans le massif du Dévoluy.
Sur cette vue, prise du sud, la surcharge de teinte vert clair désigne les secteurs où la chape sénonienne est conservée, souvent avec des terrains tertiaires au cœur des grands plis synclinaux


- l'existence, sous ce "couvercle" d'un dispositif de plis NE-SW anté-sénoniens (on peut d'ailleurs se demander si leur préservation comme éléments bien distincts des autres plis formés plus tard n'est pas précisément liée à la circonstance précédente).
Ceci les oppose clairement aux secteurs adjacents, car vers le nord (Matheysine et vallée aval du Drac) comme vers le sud (Diois, Baronnies) et vers l'est (Gapençais, chaînons au NE de Sisteron) la chape sénonienne a été érodée. En outre dans ces domaines le plus sud-orientaux l'érosion à même souvent mis à nu la partie triasico-liasique de la série stratigraphique et le plissement anté-sénonien n'a souvent laissé aucune trace reconnaissable.

Ils représentent d'autre part un secteur où se fait l'articulation structurale entre ces domaines voisins qui présentent également entre eux des caractères structuraux assez différents.
En effet l'ensemble Dévoluy - Bochaine représente la couverture méridionale du massif cristallin du Pelvoux : il a subi, à ce titre, les effets du déplacement et du déversement anticlinal de ce dernier vers le sud-ouest.
D'autre part il se trouve à la fois à l'aboutissement septentrional du système d'imbrications tectoniques de la nappe de Digne et de celui de la faille de socle qui délimite le bloc du massif cristallin du Pelvoux, du côté ouest (linéament d'Aspres-lès-Corps). Ce sont en grande partie les inter-relations entre les fonctionnements assez différents de ces deux accidents majeurs qui ont conditionné la déformation tertiaire du massif, et notamment la structuration de la "bande faillée de Veynes", où ils se raccordent l'un à l'autre de façon complexe.


repris de Gidon et Pairis 1986 - publication n° 122 - (étendu vers l'ouest et légèrement modifié)

Carte tectonique d'ensemble, très schématisée, des chaînes subalpines méridionales
Schéma montrant les rapports entre les chaînons occidentaux (arc vocontien) et orientaux (arc de Castellane) ainsi que l'antagonisme de leurs mouvements, les premiers tendant à s'enfoncer sous leur autochtone relatif, plus méridional, tandis que les seconds le chevauchent :
Les grosses flèches noires correspondent aux secteurs où la couverture se déplace en chevauchant vers le sud-ouest (tendance du socle des massifs cristallins externes à se surhausser à cette occasion) ; les grosses flèches blanches correspondent aux secteurs où la couverture se déplace en chevauchant vers le nord-est (tendance du socle des massifs cristallins externes à s'enfoncer à cette occasion).

Entre ces deux domaines court une zone de déchirure NNW-SSE, qui passe aux abords de Digne. Le long de cette cassure majeure, en quelque sorte "transformante", les phénomènes de coulissement dextre sont associés à des chevauchements provoqués par l'obliquité des directions de déplacement des masses affrontées. Elle se résoud vers le nord en une gerbe d'accidents décrochants profonds, affectant le socle.

Légende : 1 = matériel Jurassique supérieur et moyen de la nappe de Digne ; 2 = bord d'érosion de la série épaisse de la nappe proprement dite ; 3 zones d'écrasement, par plissement et cisaillement dextre, relayant le charriage aux extrémités du front de la nappe ; 4 = fronts d'avancée des "lobes" de chevauchement associés à la nappe de Digne ; 5 = domaine provençal ; 6 = chevauchements soulignant la limite provençal-subalpin.
Cr = Crest ; Se = Serres ; L = Laragne ; Si = Sisteron ; R = dôme de Remollon ; T = Turriers ; B = demi-·fenêtre de Barles ; Bm = Barrême.


Du côté sud-ouest, c'est-à-dire du côté de l'arc du Diois - Baronnies, le Dévoluy est limité par une ligne de dislocation arquée qui comporte deux tronçons :
- un tronçon septentrional presque N-S, l'accident de Bonneval, qui est un faisceau de cassures verticales décrochantes dans le sens dextre ;
- un tronçon méridional NW-SE, l'accident de Savournon, à caractère mixte, décro-chevauchant dextre.
Il en résulte que le Dévoluy a dû se déplacer par rapport à l'ensemble Diois - Baronnies à la fois en l'emboutissant du N vers le S et en coulissant vers le SE (ce qui a transféré le mouvement compressif plus au sud-est, c'est-à-dire dans le secteur où s'est formée la nappe de Digne). Ceci veut dire, finalement, qu'il a suivi une trajectoire combinant un mouvement de rotation anti-horaire avec une translation vers le sud.

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Rapports entre le Dévoluy - Bochaine et le Diois (d'après une image Google-earth)
En bleu quelques plis anté-sénoniens (noter les inflexions subies par leurs axes) ; en jaune principaux plis post-oligocènes (les affleurements de Sénonien et de Tertaire sont surchargés de jaune) ; en rouge les cassures subverticales à rejet coulissant ; en orange les accidents décro-chevauchants.


En définitive les mouvements tectoniques post-sénoniens du Dévoluy peuvent être schématisés comme relevant d'un pivotement antihoraire de panneaux incurvés emboités, délimités par des accidents fonctionnant essentiellement en coulissement dextre du côté occidental et par des plis rompus en décro-chevauchement, passant à des chevauchements, du côté méridional. Deux panneaux pivotants majeurs peuvent être distingués :
- celui du Bochaine occidental et méridional (englobant le chaînon le plus occidental du Dévoluy, de l'Obiou aux Aiguilles de Lus). Il est délimité à l'ouest par l'accident de Bonneval et au sud-ouest par le système décro-chevauchant de l'anticlinal de Savournon et il passe, plus au sud-est, au système des écailles sous-jacentes à la nappe de Digne.
- celui du Dévoluy oriental (à l'est du col du Festre) et du Bochaine sud-oriental (massif de Rabou). Il est délimité à l'ouest par le linéament d'Aspres-lès-Corps et au sud-ouest par le système décro-chevauchant du chevauchement médian du Dévoluy et de la faille de chevauchement de Céüse - La Saulce et il passe, au sud-est de cette localité, au lobe nord-ouest de la nappe de Digne.

Ces deux blocs sont jouxtés par des blocs similaires qui se sont également déplacés en pivotement anti-horaire :
- le premier, du côté ouest, par celui du Diois oriental (entre accident de Bonneval et faisceau de failles de la Queyrie - Jas Neuf). Il représente la partie nord-orientale de l'arc vocontien qui s'affronte en chevauchement du côté sud avec le chaînon de Ventoux Lure ;
- le second, du côté est, par celui du Gapençais oriental, limité par le "hiatus est-pelvousien" entre le Champoléon et la Vallouise. Son prolongement vers le sud est constitué par la nappe de Digne proprement dite.

Au sujet de l'arc vocontien évoqué ci-dessus en tant que confins sud-occidentaux du domaine du Dévoluy - Bochaine , on peut encore souligner les points suivants :

1/ le dessin de cet arc est finalement concentrique à celui des Alpes occidentales françaises et se moule sur le dessin des auréoles successives des enveloppes sédimentaires de l'extrémité méridionale de la chaîne de Belledonne : il est donc sans aucun doute lié d'une façon ou d'une autre à la surrection de ces massifs cristallins. On remarque que cette dernière semble mettre en jeu un système de relais de coulissements tardifs sur des failles de socle, utilisant notamment celles qui limitent et découpent en long le massif de Belledonne (il s'agit des failles originellement extensives, crées lors de l'expansion océanique, au Jurassique).

2/ l'arc vocontien a représenté un domaine particulièrement déformable du fait qu'il est dépourvu de la puissante dalle calcaire de l'Urgonien. La présence de cette dernière a, au contraire, contrarié la déformation des massifs du Vercors au nord et de la Haute Provence au sud, par la rigidité qu'elle a apporté à la pile de couches de ces massifs. De ce fait ce domaine vocontien a dû jouer le rôle de soufflet de raccordement entre panneaux sédimentaires moins déformables. Plus à l'est, en Dévoluy le développement de la dalle sénonienne a du également rigidifier la pile sédimentaire mais son érosion anté-nummulitique a limité cet effet au Dévoluy proprement dit, où elle a échappé à cette dernière .

3/ le sens de rejet des accidents compressifs, grossièrement E-W, de ce arc vocontien, et notamment de ceux qui en marquent la limite méridionale, est une vergence vers le nord. Cela implique un mouvement relatif entre socle et couverture qui consiste en un déplacement du socle des massifs cristallins externes par enfoncement vers le sud-ouest, sous sa couverture mésozoïque (ce déplacement du socle implique un raccourcissement sous le domaine vocontien, raccourcissement dont les modalités (chevauchement ou flexion synforme) sont, bien sûr, purement conjecturales).

En effet on ne peut pas envisager que la déformation du domaine vocontien ait résulté d'un déplacement vers le nord-est de sa seule couverture. Cela impliquerait un déplacement identique de la couverture des domaines rhodanien et nord-provençal, qui le bordent à l'ouest et au sud, alors qu'il est bien évident que l'on doit considérer deux domaines comme les plus autochtones qui soient, puisqu'ils sont les plus extérieurs à la chaîne alpine, et que, de plus leur couverture mésozoïque y est interdite de mouvements tangentiels, prise qu'elle est entre son socle autochtone et la surcharge du contenu des bassins tertiaires.

Ces faits portent à considérer que l'arc, à vergence NE, du secteur vocontien est vraisemblablement le résultat d'une sorte de "sous-charriage" vers le sud-ouest du socle des massifs cristallins externes. La limite entre le domaine où le socle tend à s'enfoncer vers le sud et celui, situé plus au nord-est, où il tend à se surélever (en liaison avec des chevauchement de couverture vers le sud-ouest) correspond à une faille majeure, de type transformant puisqu'elle convertit des mouvements à vergence nord (Lure - Ventoux) à ceux à vergence sud de l'Arc de Castellane.


Aperçus structuraux particuliers
concernant les divers secteurs de l'ensemble Dévoluy - Bochaine :

La partie orientale du Trièves
Le Beaumont méridional et le chaînon de la Sambut
(entre Monestier d'Ambel et Beaufin)
Le Bochaine proprement dit,
entre le col de Lus et Veynes
Le Dévoluy proprement dit
La rive gauche du Champsaur
(versant oriental du Dévoluy)
Le Bochaine méridional,
au sud de Veynes et de la vallée du Petit Buëch
Le Bochaine oriental,
à l'est de Montmaur et au nord de la vallée du Petit Buëch

 


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