Le Beaufortain oriental |
Le Beaufortain oriental est formé presque
uniquement de roches sédimentaires (à l'exception
de rares affleurements, tels les micaschistes de Hautecour et
les ophiolites du Versoyen).
Cet ensemble est affecté de charriages qui lui donnent une structure imbriquée et dont l'importance de la flèche de déplacement croît d'ouest en est :
- ses unités
les plus occidentales sont peu allochtones* (ont été peu déplacées), comme en témoignent leurs ressemblances de succession stratigraphique avec la couverture directe des massifs cristallins externes : elles sont constituées de tranches de terrain parautochtones*, c'est-à-dire détachées par des chevauchements de flèche
modeste ;
-
au contraire ses unités
les plus orientales ont des successions stratigraphiques de plus en plus différentes de celles de l'autochtone, présentant même des parentés avec la zone interne briançonnaise, et s'incorporent tectoniquement à la partie basse de l'édifice
d'empilement des nappes internes alpines.


Le Beaufortain oriental : vue d'ensemble, du sud-est, depuis Crêt-Voland (vallée des Belleville).
(le texte ci-après constitue un commentaire plus détaillé de la légende de cette carte, principalement pour sa partie sud-orientale) |

La limite entre le Beaufortain occidental et oriental est fort peu marquée dans la morphologie, même si le second se caractérise dans l'ensemble nettement par ses reliefs plus hardis (mais ces derniers caractérisent surtout les parties les plus orientales de ce domaine et non ses marges occidentales).

Cette limite est certes soulignée par une bande de cargneules presque continue, qui correspond à la couche lubrifiante sur laquelle se sont avancées les nappes. Mais on ne peut prendre ceci comme critère pour la repérer car d'autres bandes de cargneules sont également bien visibles, d'une part au sein même du Beaufortain occidental, d'autre part à la limite entre le socle autochtone et sa couverture, sans parler des bandes ou amas de cargneules et de gypses également présents au sein du Beaufortain oriental.
Dans le détail le Beaufortain oriental est un ensemble d'unités charriées qui s'avère complexe, notamment par la multiplicité des variations de successions stratigraphiques qui caractérisent ces unités. On peut fondamentalement y distinguer, d'ouest en est, quatre groupes d'unités :
1 - des unités "parautochtones", à affinités dauphinoises, donc relativement peu déplacées : elles ont une succession en prédominance argileuse, où les schistes argileux de l'Aalénien et les marnes des Terres Noires occupent une grande place. Ceci aboutit à un relief souvent mou avec des ressauts correspondant aux barres calcaires du Jurassique terminal ; on y note la présence de calcaires nummulitiques reposant directement sur le Crétacé inférieur ou sur le Jurassique (ce qui est un caractère ultradauphinois) : ce sont les unités de Roselend (particulièrement riche en Terres Noires) et de la crête des Gittes (particulièrement riche en schistes argileux de l'Aalénien).
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Remarques relatives à la distinction de ces deux
unites : En définitive les deux unités de Roselend et de la Crête des Gittes ne sont donc probablement pas deux entités tectoniques distinctes, l'unité des Gittes représentant simplement le flanc oriental, renversé, du synclinal du Roc Marchand, dont le flanc ouest et le coeur de Tithonique et de Crétacé inférieur constituent, quant à eux, l'unité de Roselend. Un trait remarquable de ce synclinorium de
Naves est la grande dissymétrie de constitution stratigraphique
entre ses deux flancs (voir aussi la page "Avanchers"). En effet, alors que dans son flanc oriental
la formation des schistes aaléniens est très épaisse,
elle est le plus souvent absente dans son flanc ouest, où
le Bajocien repose sur un Lias calcaire également réduit
- voire directement sur le Trias ou même sur le socle cristallin**2. *1 Ces niveaux détritiques ont été attribués au Sinémurien sur la foi d'une ancienne trouvaille paléontologique isolée ; mais les conditions de récolte de cette pièce sont mal connues et ses conditions de gisement, au sein de niveaux aussi détritiques, autorisent à tout le moins l'hypothèse d'un remaniement de ce fossile. Il faut noter enfin que ces couches forment des lames qui se répétent à divers niveaux dans les schistes aaléniens, au même titre que les lames de calcaires bajociens (aux quelles elles sont d'ailleurs associées par places). Ces diverses considérations portent à envisager que ces couches soient en fait des crachées bioclastiques d'âge jurassique moyen, dont la présence serait éventuellement asociée à la réduction que manifestent ici les calcaires bajociens. **2 parfois par l'intermédiaire de copeaux de socle cristallin ou de Trias : ce contact a interprété, notamment au col de la Louze, comme une surface de chevauchement à la base de l'unité de Roselend ; mais il pourrait ne correspondre, là encore, qu'à un chapelet d'olistolites... |
2 - des unités allochtones intermédiaires (partie externe de l'ancienne "zone des brèches de Tarentaise"). À la différence des précédentes, ces unités ont une succession très pauvre en schistes jurassiques. On tend à les rattacher à la zone ultradauphinoise en raison de la présence, dans plusieurs de ces unités, de séries gréso-conglomératiques attribuables (au moins partiellement et sans datation formelle) au Nummulitique. Leur succession varie d'une unité à l'autre et comporte, selon le cas :
--- du Jurassique calcaire reposant stratigraphiquement
sur du Permien volcano-détritique à faciès
briançonnais (schsites violacés) et le remaniant
("Permien reconstitué"), ce qui rappelle ce que
l'on observe sous le flysch ultradauphinois en rive droite de
la Maurienne. Ce caractère est partagé par l'unité
du Cormet d'Arèches (qui affleure en une bande
étroite au nord et au sud de ce col) et, au sud des gorges
d'Aigueblanche-Moutiers ("Échelles d'Hannibal"),
par l'unité de Crève-Tête. La
succession de cette dernière se complète par une
épaisse formation grèso-conglomératique dont
l'âge est mal déterminé (Crétacé
ou Nummulitique ?)
--- du Lias calcaire reposant sur des dolomies triasiques (en
prédominance noriennes) dans l'unité de la
Bagnaz (cette unité, à série très
particulière, ne représente qu'une écaille
d'épaisseur et d'extension très limitées)
;
--- des brèches envahissant les schistes du Jurassique
moyen dans l'unité du Quermoz. Dans cette
unité, particulièrement épaisse aux abords
nord de Moûtiers, la série est en outre couronnée
par deux formations détritiques l'une attribuée
au Crétacé, l'autre au Nummulitique, séparées
par un niveau de conglomérats.
3 - des unités valaisanes
(partie interne de l'ancienne "zone des brèches de
Tarentaise") caractérisées par la présence
d'un flysch calcaire dit "flysch de Tarentaise".
Cette formation, d'âge Crétacé supérieur,
repose sur un niveau basal de conglomérats, souvent puissants
de plus de 100 m, qui forme beaucoup d'arêtes rocheuses,
notamment celle de la Pierra Menta.
Cette formation conglomératique résulte d'éboulements
qui se sont produits à partir d'escarpements sous-marins
créés par les premiers mouvements de rapprochement
des deux bords de l'océan qui occupait alors l'emplacement
des Alpes. La diversité d'origine des éléments
formant ce béton naturel,, depuis les quartzites blancs
jusqu'aux calcaires gris du Lias en passant par les dolomites
triasiques jaunes orangées ou brunes, lui confère
souvent un aspect de mosaique (voir la page "Roches de la section Mont-Blanc").
Ces niveaux sont notés "flcg = flG :
conglomérats à gros blocs à la base du flysch"
; ils recouvrent des terrains "anté-flysch"
de nature très variable (voir plus loin).
Au dessus des conglomérats on trouve en général un niveau de quelques dizaines de mètres dit "couches des Marmontains" : il est formé de schistes noirs avec des bancs de quartzites gris-verts. Au dessus de ce niveau les premières strates du flysch sont en général formées de gros bancs de grès qui se réduisent en épaisseur et s'espacent transitionnellement vers le haut..
-- Dans l'unité de Moutiers les
conglomérats néocrétacés reposent,
au sud du torrent du Cormet d'Arèches, sur du Jurassique,
surtout formé par un Lias calcaire souvent marbreux (marbre
de Villette) surmonté de calcschistes du Dogger.
Au nord du torrent du Cormet d'Arèches ces calcschistes
jurassiques sont localement envahis, eux aussi, de conglomérats
(brèches à mégablocs du Grand Fond) ou manquent
totalement. Les brèches néocrétacées
reposent alors directement sur une succession d'affinités
très briançonnaise, avec des carbonates du Trias
moyen et un Permo-Trias siliceux (quartzites, Verrucano) comparable
à celui de la Vanoise.
Du point de vue tectonique l'unité de Moutiers est
affectée de plis plutôt redressés, voire légèrement
déversés vers l'est, avec des lames gypseuses extravasées
qui peuvent être interprétées comme des coeurs
d'anticlinaux.
-- Dans l'unité du Roignais le
substratum des conglomérats est très différent
selon que l'on se trouve dans la partie externe (unité
du Roignais proprement dite) ou dans sa partie interne (unité
du Versoyen).
- a) Dans l'unité du Roignais proprement dite
le substratum du flysch est comparable à celui de l'unité
de Moutiers ;
- b) Dans l'unité du Versoyen, qui affleure
surtout en rive gauche (orientale) de la vallée du torrent
des Glaciers (secteur de Versoye, crête du Miravidi) le
substratum du flysch serait représenté par des prasinites
et des serpentinites connues sous le nom d' "ophiolites
du Versoyen". Les conglomérats y font place à
des calcaires massifs à lits bréchiques ou microbréchiques,
qui sont séparés des ophiolites par un niveau (parfois
épais de plus de 100 m) de schistes noirs argilitiques.
Du point de vue tectonique l'unité du Roignais était
considéré comme fondamentalement constituée par les deux flancs superposés
d'un vaste synclinal couché du Versoyen.
Le flanc normal (inférieur) de ce pli isoclinal* constitue
l'unité du Roignais proprement dite (qui a un soubassement
de type briançonnais). Le flanc inverse (supérieur),
était censé correspondre à l'unité du Versoyen (à soubassement
ophiolitique). Toutefois l'on n'observe nulle part la charnière
de ce pli dans la partie qui en est actuellement observable.
Ces deux successions, de polarités opposées, auraient
elles-mêmes été reployées ensemble par des plis postérieurs,
qui sont - quant à eux - simplement déversés vers l'ouest.

Schéma interprétatif des déformations
successives subies par la zone valaisane
au nord-ouest de Bourg-Saint-Maurice
1 = État originel avant la tectonique compressive (partie gauche = future unité du Roignais ; partie droite = future unité du Versoyen) ; 2 = formation du synclinal couché du Versoyen (s.V) ; 3 = Reploiement de l'unité du Roignais (u.R) et sectionnement de ses parties hautes par l'avancée chevauchante de l'unité du Petit Saint-Bernard (u.SB) et de celle du houiller briançonnais (z.hBr) ; 4 = fonctionnement à la fois extensif et coulissant des failles des Chapieux (f.Ch) et de la moyenne Tarentaise (f.mT).
Toutefois, d'après une publication récente** le contact ØSB ne serait pas tectonique ; au contraire les sédiments liasiques de l'unité du Petit Saint-Bernard reposeraient de façon stratigraphique, bien qu'en discordance, sur le matériel ophiolitique du Versoyen. D'autre part ce matériel du Versoyen serait disposé à l'endroit et charrié sur un olistostrome, alimenté par ce matériel, qui constituerait la partie sommitale de la succession du flysch de Tarentaise (et non sa base, renversée par le pli-couché s.V). En outre ces auteurs confirment par des datations U-Pb que l'âge des ophiolites du Versoyen est paléozoïque (conformément aux vues exprimées par Schärer U., Cannic S. et Lapierre H. [2000]), plus précisément de 337 Ma (Carbonifère inférieur) : cela conduit à conclure que ces roches ne sauraient représenter le fond d'une déchirure océanique d'âge alpin, ce qui était pourtant considéré comme la caractéristique la plus remarquable de la zone valaisane ... En fonction de ces nouvelles données le schéma ci-dessus serait donc à modifier comme suit : - étape 1 : le substratum du flysch de Tarentaise ne comporte pas d'ophiolites : il est entièrement constitué de matériel carbonaté à affinités briançonnaises (en rose) ; Ces interprétations se heurtent toutefois à plusieurs difficultés, de plusieurs ordres (voir les illustrations sur la page Versoyen) : |
4 - des unités à affinités briançonnaises, qui se caractérisent par un puissant substratum de terrains houillers sur lequel les terrains mésozoïques sont souvent réduits à des lambeaux résiduels. La première de ces unités, ou "unité du Roc d'Enfer" dessine sur la carte, dans les pentes au nord de Bellentre, un chevron dont la branche orientale redescend vers la vallée à Bourg-Saint-Maurice. La raison de ce dessin est que, sur cette rive de la vallée au moins, sa surface de charriage est peu inclinée.
Elle l'est notamment moins que les plans axiaux des plis de l'unité du Roignais et sectionne franchement ces plis. Cette géométrie indique que le chevauchement de l'unité du Roc d'Enfer (et donc sans doute de l'ensemble de la nappe de la zone briançonnaise) s'est fait après le plissement de l'unité du Roignais et indépendamment de celui-ci.
Remarques finales :
a) Les limites entre les unités successives du Beaufortain oriental sont orientées à peu près N30, comme le sont aussi, en majorité, les plis qui en affectent les couches. Cette orientation est nettement plus méridienne que celle de la vallée de la moyenne Tarentaise (orientée environ NE-SW). Il en résulte que ces unités sont tranchées à tour de rôle par la coupe naturelle de la vallée et s'y succèdent, des plus externes aux plus internes, entre Moutiers et Bourg-Saint-Maurice. Cette disposition est due (selon l'auteur du site...) à une grande cassure, que l'on désignera ici du nom de "faille de la moyenne Tarentaise", qui semble avoir joué à la fois en effondrement de son compartiment sud-oriental et en décrochement dextre.
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faille de la moyenne Tarentaise |
b) En outre les diverses bandes de terrain correspondant aux unités du Beaufortain oriental sont recoupées par plusieurs décrochements dextres d'orientation proche de NE-SW (ils n'ont pas été tracés sur les cartes géologiques, feuilles Bourg-Saint-Maurice et Moûtiers). Leur sens de rejet et leur orientation suggèrent qu'il s'agisse de cassures satellites de la faille de la moyenne Tarentaise.
Les principaux sont, du nord au sud :
- le décrochement de la basse Neuva (voir la page Chapieux)
- le décrochement de la Roche à Thomas (voir la page Roche à Thomas)
- le décrochement du Pradier (voir la page Montgirod - Sciaix)
auxquels s'ajoutent les deux décrochements mineurs, les plus méridionaux,
de Pomblière et de Moûtiers (voir la page Hautecour) .
c) Enfin on est frappé par l'absence, sur cette transversale alpine, des unités charriées appartenant à la zone subbriançonnaise, qui sont pourtant bien représentées plus au sud entre celles du domaine briançonnais proprement dit et celles du domaine ultra-dauphinois. Les témoins de cette zone disparaissent en effet, par biseautage, du sud vers le nord, dans les chaînons situés immédiatement au sud de Moutiers (voir la section "Maurienne" et plus précisément la page Crève-Tête). Cette disparition des unités subbriançonnaises est donc due, pour l'auteur du présent site, à leur sectionnement par la faille de la moyenne Tarentaise, dont le jeu coulissant dextre a amené le domaine briançonnais en contact direct avec le faisceau des unité valaisanes.
| Megève - Val Montjoie | |
| Beaufortain occidental |
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