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La montagne de la Blanche et de La Rouya

(rive nord de la Gérendoine à l'ouest de Vallouise)

Au nord de la vallée de la Gérendoine les pentes qui s'élèvent vers l'ouest, depuis Puy Aillaud jusqu'à la crête de la Rouya, sont presque entièrement constituées par les couches nummulitiques autochtones. Elles tapissent le versant car elles y sont à peine entaillées par l'érosion, qui les a surtout dénudées en dalles structurales*. Ce sont aussi ces couches, isolées en un petit chapeau (une butte-témoin*), qui forment le sommet-même de La Blanche : sa situation conduit à imaginer sans peine que, plus au nord-ouest, ces mêmes couches devaient originellement coiffer également d'une dalle sub-horizontale les roches cristallines, peu au dessus des crêtes actuelles de Clouzis et du Pelvoux.

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La partie orientale du massif du Pelvoux à la latitude de Vallouise, vue d'avion, du sud, depuis l'aplomb de la crête de Reychard (cliché original obligeamment communiqué par M. Alexandre LAMI)
f.G = faille des Grésourières ; aA = accident d'Ailefroide (dans la moitié gauche du cliché cet accident est masqué par la crête de la Blanche) ; ØG = chevauchement de l'écaille des Grangettes ; ØR = chevauchement du Pic du Rif (ces deux derniers accidents sont anté-nummulitiques).

La coupe naturelle de ce versant de la montagne permet de bien visualiser l'arrondi, en demi coupole (symbole de charnière) que décrit la surface du socle cristallin (tirets jaunes), enveloppée par les couches nummulitiques, pour plonger sous la surface frontale des nappes internes (ØSB = chevauchement du sub-briançonnais) au niveau des villages de Pelvoux.


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Le versant sud-est de la Blanche, devant le chaînon du Pelvoux vus d'avion, du sud-est, depuis l'aplomb de Vallouise (cliché original obligeamment communiqué par M. Alexandre LAMI)
D (tirets jaunes) = surface de transgression (discordante) du Nummulitique ; f.G = faille des Grésourières
le détail de la partie centrale de ce cliché est figuré en fin de page.


Dans les pentes les plus élevées de cette montagne l'érosion a entaillé en zig-zag, au gré des ravins, la surface de transgression* du Nummulitique, ce qui a mis en évidence le traces d'une tectonique syn-sédimentaire et de phénomènes de collapse* associés à des dispositions sédimentaires de détail liées à la présence de ces accidents. Le sommet de La Blanche est, quant à lui, coiffé d'une butte témoin*, en forme de chapeau presque horizontal, formée par les seuls calcaires nummulitiques.

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Le versant oriental de La Rouya vu du sud, depuis la crête du Chastelleret
interprétation à l'aide du schéma ci-après (la faille fa voit son tracé interrompu en raison de son cachetage* par les calcschistes (marnes) du Nummulitique)


Coupe du versant est de La Rouya (figure extraite de la thèse de A. Lami,1988)
(exemple de paléopentes et de tectonique synsédimentaire au Nummulitique sur la façade orientale du Pelvoux)

Les fractures Fa et Fb ont une direction N 170, un regard E et un rejet vertical de failles normales ; elles sont accompagnées localement de fractures conjuguées telles que Fa' qui permettent I'individualisation de petits horsts (h).

On peut résumer l'histoire des dépôts de la manière suivante:
1) La faille Fa joue (ou rejoue s'il s'agit d'un accident hérité), décalant le socie et les produits de démantèlement (conglomérats) qui le recouvrent ici.
2) Les Calcaires nummulitiques se déposent, avec une base nettement détritique; noter ici leur amincissement vers l'Ouest (de a vers b); par ailleurs, ils montrent aussi un passage latéral très rapide vers l'Est aux couches à discocyclines qui scellent localement la faille Fa et s'intriquent dans les mames nummulitiques auxquelles elles font très rapidement place en contrebas de l'accident;
3) La faille Fb décale les premiers dépôts; les calcaires nummulitiques disparaissent entre a et Fb, par un processus soit d'érosion sous-marine le long d'un chenal, soit de glissement en masse qui entraîne l'apparition d'une niche d'arrachement; I'approfondissement qui va de pair avec le jeu de Fb (et le jeu local de Fa et Fa', dans l'arrière plan de la figure) est tel que ce sont directement les lumachelles à discocyclines qui se déposent contre le miroir de faille Fb; un peu sableuses au contact du socle, elles passent en quelques dizaines de mètres à des marnes (dans lesquelles se rencontrent des lentilles de calcaires argileux à discocyclines) qui s'appuient directement contre la tranche des calcaires en a ;
4) La sédimentation marneuse prend rapidement le pas dans tout ce secteur et ennoie directement les hauts-fonds qui subsistaient.

Par ailleurs, on observe des olistolites à l'Est de Fa ; ce sont des bancs de calcaires à discocyclines (c), qui se diluent dans les marnes en se fragmentant latéralement, et des bancs de calcaires à nummulites, lités, plus ou moins bréchiques (d); tous ont manifestement glissé pratiquement d'Ouest en Est, pour s'immobiliser là où l'affaissement provoque une nette dilatation des marnes nummulitiques.

Enfin, les bancs gréseux qui marquent le début de la formation détritique terminale (Grés du Champsaur) s'avancent vers l'Ouest en onlap et se disposent en éventail (crête du Chastelleret): il subsiste donc encore à cette époque une paléopente, toujours ascendante vers l'Ouest.
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Détails des pentes de la Dent du Lac (versant est de la Rouya) vus du sud, depuis la crête du Chastelleret
interprétation à l'aide du schéma ci-dessus (points a et b)

Les abrupts méridionaux de La Blanche, qui tombent sur la vallée de l'Onde dans le quartier des Grésourières, sont traversés à flanc de pente par une faille d'orientation N60, à fort pendage vers le sud. Cette faille des Grésourières a fonctionné au cours de la sédimentation nummulitique car elle porte, en placage, des calcaires nummulitiques qui passent, vers le bas, à une jupe de conglomérats dont l'épaisseur s'accroît progressivement vers le bas des pentes.
Cette faille a rejoué en décrochement post-nummulitique car elle décale dans le sens dextre les limites des termes de la succession nummulitique (et notamment la base du flysch gréseux).

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Les ravins du versant sud de la Blanche vus d'avion, du sud, depuis l'aplomb des Grésourières (vallée de l'Onde) (cliché original obligeamment communiqué par M. Alexandre LAMI)
D (tirets jaunes) = surface de transgression (discordante) du Nummulitique ; f.G = faille des Grésourières


 

 Carte des affleurements du versant sud de La Blanche

extrait de la thèse de A. Lami,1988 (présentation légèrement retouchée)

Fg = faille des Grésourières : Fa et Fb = failles N-S de la Rouya (cf figures ci-dessus)

Légende des figurés (de haut en bas de la légende) :
- Flysch
- Olistolites
- marnes nummulitiques
- calcaires nummulitiques
- "assise détritique" (brèches et conglomérats)
- "couches infranummulitiques" (dépôts paléogènes lacustres ou continentaux)
- cristallin


Ce décrochement traverse, en le décalant, la surface frontale de charriage des nappes internes car le tracé de cette dernière saute d'une rive à l'autre de la vallée du Gyr, moins de un kilomètre au sud de Saint-Antoine de Pelvoux, précisément là où
Du côté ouest on le suit jusqu'à Béassac (où il débouche au sommet du cône de déjections du Riou Cassou). Son tracé doit alors longer le pied des escarpements puis traverser la vallée de l'Onde très en biais, vers 1500 m d'altitude. Sur l'autre rive on ne sait pas avec certitude comment il se prolonge, car deux hypothèses sont envisageables :
- il pourrait se raccorder aux accidents qui jalonnent longitudinalement le tracé du vallon de la Selle. Toutefois ceux-ci sont plutôt plus méridiens et, surtout, il n'y a pas d'indice clair qu'une cassure de cette direction traverse, comme il devrait le faire en ce cas, la bosse de cristallin de la Côte du Vachioux.
- il doit plus vraisemblablement se raccorder à la cassure qui, au sud-ouest d'Entre-les-Aygues, à l'entrée même du vallon de la Selle, détermine le ravin méridional de la Grande Côte, puis traverse en écharpe le flanc nord de la crête orientale de Malamort. La pertinence de ce tracé
(qui n'est pas figuré sur la carte géologique au 1/50.000°, feuille Saint-Christophe-en-Oisans) est en outre fortement confirmée par le changement de constitution du socle cristallin de part et d'autre, puisqu'il est formé de granite au nord et de gneiss au sud.

Il est à noter que cette cassure se partage, en fait, vers l'ouest, en deux branches: la plus méridionale, qui passe par la brèche de l'Amirée Bruyère pourrait en fait représenter le prolongement méridional de l'accident d'Ailefoide, interrompu par le décrochement au débouché sud du ravin du Rascrouset ; la plus septentrionale se poursuit jusqu'à la brèche des Bruyères (entre Pic de Bonvoisin et Pic dde Malamort) et se connecte au delà, par le ravin de Chabournéou, au chevauchement du Sirac sur le mésozoïque de Vallonpierre.

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La partie occidentale du chaînon qui se termine par la montagne de la Blanche vue du sud - sud-est (dans l'axe du vallon de la Selle), depuis le col de Bouchiers.
f.RF = faille du Rif du Fraysse (cassure majeure de l'accident d'Ailefroide) ; les tirets jaunes soulignent la surface de base du Nummulitique (décrochée dans le sens dextre par la faille des Grésourières, qui court dans le versant de rive gauche de la vallée de l'Onde)
Le tracé de la faille des Grésourières (indiqué très approximativement) s'abaisse à flanc de versant pour rejoindre le fond du vallon de la Gérendoine en amont de Béassac.


Quoi qu'il en soit du détail de ces prolongements, il apparaît en tous cas que la faille des Grésourières se connecte vers le sud-ouest, au chevauchement du Sirac, et que, par son jeu décrochant, elle a donc dû jouer, vis à vis de lui, le rôle d'une rampe latérale* permettant son avancée par rapport aux chaînons plus septentrionaux du haut Valgaudemar. Cette cassure n'est donc pas un détail purement local mais correspond à un élément majeur de la déformation alpine post-nummulitique de la marge Sud-est du massif du Pelvoux.


Voir l'aperçu général sur la bordure orientale du Massif du Pelvoux

carte géologique au 1/50.000° à consulter : feuilles Saint-Christophe en Oisans et Briançon

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