Tête et crête du Seingle |
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En amont de La Blachière, où débouche le vallon des Houerts, la constitution de la rive droite des gorges de l'Ubaye subit un changement notable. En effet, contrairement à la partie plus aval, où les marbres en plaquettes
alternent avec les calcaires triasiques et jurassiques au sein d'un empilement d'unités
tectoniques inclinées vers l'aval, la partie amont est entaillée dans du
matériel siliceux permo-houiller qui dessine un énorme pli déversé vers l'est, l'anticlinal de Marinet.
Ce matériel, particulièrement résistant à l'érosion, arme l'imposant éperon de la Tête du Seingle qui surplombe la vallée d'un millier de mètres.
La dénomination de "Tête du Sanglier" choisie par la carte I.G.N est très critiquable (et je ne me résouds pas à l'employer) car ce nom découle en réalité de la présence d'une vire, dénommée "Le Seingle", qui permet de passer du vallon de Panestrel dans celui des Houerts (par une marche à flanc très pentue). Ce vocable dérive à l'évidence du latin "cingulum", qui veut dire "ceinture". On sait en outre qu'en Chartreuse de telles vires sont également nommées des "sangles".

version
de plus grande taille, muette
La partie amont de la rive droite des gorges de la Haute Ubaye
au niveau du vallon des Houerts et de la Tête du Seingle
vue du sud-est, depuis le vallon de Chillol
f.H = faille des Houerts (en bleu clair) ; s.B =
synclinal de la Blachière (crochon de la faille des Houerts)
; a.M = anticlinal de Marinet ; ØAM = chevauchement
de l'unité des Aiguilles de Mary.
La Tête du Seingle constitue une sorte de balcon au pied de l'extrémité de l'arête rocheuse sud-orientale du Pic de Panestrel ("crête du Sanglier" I.G.N.), laquelle appartient pour l'essentiel à la nappe de la font-Sancte. En contrebas sud-ouest de cette crête les pentes plus herbeuses du revers nord-ouest de la Tête du Seingle ont un relief qui s'apparente à celui d'un mont jurassien* : en effet la surface topographique y suit la voûte des quartzites triasiques de l'anticlinal de Marinet, mise à nu par décapage des calcaires du Trias moyen qui la recouvraient (de fait on y observe des dalles structurales garnies de l'enduit gréso-carbonaté brun qui marque l'arrêt de la sédimentation des quartzites).
Le sommet de la Tête du Seingle lui-même correspond à une dalle de quartzites horizontale, car située à la voûte de l'anticlinal de Marinet : mais celle-ci appartient à une lame qui redouble les quartzites de cette voûte, par le jeu d'un chevauchement jalonné de cargneules. Ce chevauchement est ici sub-horizontal mais sa surface de base plonge de plus en plus fortement du côté nord-est, dans la profonde ravine de Combe Grande.
Il s'agit là de l'extrémité occidentale de l'écaille des Aiguilles de Mary, qui est donc enroulée par l'anticlinal de Marinet avec son substratum, constitué par l'unité de Marinet. Ces deux unités se différencient aisément de celle de la Font-Sancte
(qui les recouvre) par leur série stratigraphique réduite, où
les formations carbonatées mésozoïques sont
très amincies (seulement quelques dizaines de mètres
de calcaires triasiques à cet endroit)..

version
plus grande, muette, de cette image
Le versant oriental de la crête du Seingle
("du Sanglier"),
vu du sud-est, depuis la Tête du Seingle.
La surface de charriage de la nappe de la Font-Sancte est soulignée par un épais coussinet de cargneules
(en partie glissées sur la pente). Il détermine
une vire fortement déclive ("le Seingle" proprement
dit) qui ceinture l'extrémité SE de la "crête
du Sanglier". On y trouve, inclus dans les cargneules, deux
blocs-klippes* de calcaires triasiques supportant une mince couverture
de marbres en plaquettes (ces copeaux ont très vraisemblablement
été prélevés à l'unité
sous-jacente).
L'unité des aiguilles de Mary forme une lame dont
la base est suivie par le fond du ravin de Combe Grande. Elle
s'amincit par biseautage tectonique, de la droite vers la gauche
(direction vers laquelle elle est, en outre, de plus en plus masquée,
sur ce cliché, par les quartzites de l'unité de
Marinet qui affleurent en premier plan).
Elle se caractérise par sa série carbonatée,
réduite ici à quelques dizaines de mètres
de calcaires triasiques inférieurs qui supportent directement
du flysch noir briançonnais.

Au nord de la Tête du Seingle le sommet de la Combe Grande est traversé presque en courbe de niveau par la surface de charriage de la nappe de la Font-Sancte, matérialisée par un épais coussin de cargneules, que suit la vire du Seingle : il est remarquable qu'elle reste sub-horizontale à l'opposé des unités sous-jacentes, ployées par la voûte de l'anticlinal de Marinet.

Par ailleurs il est clair que la surface de charriage de la nappe de la Font-Sancte est subhorizontale et qu'elle sectionne nettement la voûte de l'anticlinal de Marinet, qui est pourtant dessinée de façon très accusée dans les unités sous-jacentes. Il y a donc eu là un rabotage du sommet de l'édifice des nappes inférieures, enroulé par ce pli, avant la mise en place de la nappe de la Font-Sancte.
Une hypothèse envisageable est de considérer que ce rabotage a précédé ou accompagné les mouvements de rétrocharriage par lesquels cette nappe est venue reposer sur la bande des calcschistes de Ceillac-Chiappera. Au sujet de ce rétrocharriage se reporter au schéma rétrotectonique général du Briançonnais méridional.
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redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074 |
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