Mont Aiguille |
Le Mont Aiguille (2087 m) est fondamentalement une typique "butte témoin", qui a été isolée du reste de la dalle urgonienne armant les plateaux orientaux du Vercors par des ravines qui rongent les terrains plus marneux de son substratum. Elles entaillent le rebord subalpin* en y dessinant deux rentrants qui encadrent l'arête portant le Mont Aiguille, celui de la Bâtie au nord et celui de Blonnière au sud.
D'un point de vue strictement géographique la position du Mont Aiguille, isolé entre des ravins qui descendent tous vers le sillon subalpin et qui sont drainés par l'Ébron avant de se jeter dans le Drac, porte à le considérer comme faisant plutôt partie du Trièves que du Vercors ...

Son sommet n'est en aucune façon une pointe acérée (contrairement à ce que pourrait suggérer son nom), mais au contraire un petit plateau allongé NE-SW, de 600 m de long par 100 m de large, qui est délimité de toutes parts par des falaises très verticales. Du côté occidental elles regardent , par dessus le col de l'Aupet, vers les falaises des Rochers du Parquet (voir la page "Parquet") qui représentent le rebord oriental actuel des plateaux orientaux du Vercors.

image sensible au survol et au clic

Détail de la face orientale du Mont Aiguille, vue des environs occidentaux de Clelles
L' "Urgonien" est constitué par les calcaires bioclastiques de Glandage et une bonne partie du talus supportant ses falaises appartient non pas à l'Hauterivien mais au Barrémien tout-à-fait inférieur, déjà fort épais. On distingue la présence, en haut de la falaise,
la présence d'une surface de discontinuité (Di),
oblique à la stratification (s0), qui sépare
deux séquences sédimentaires successives.
Le hiatus des affleurements urgoniens aux abords du col de l'Aupet, entre le Mont Aiguille et le sommet septentrional (2004) des Rochers du Parquet n'est nullement déterminé par une cassure qui suivrait le rebord de falaise de ces derniers, orientée N-S à cette latitude. Par contre, plus au sud, le rebord urgonien des plateaux du Vercors dessine un très important retrait, jusqu'au Pas de l'Aiguille, ses falaises prenant une orientation NE-SW, en bordure nord du vallon de Blonnière. Là le changement d'orientation des falaises est dû à ce que leur tracé suit celui d'une cassure majeure, la faille du Jasneuf (voir la carte structurale).

Cette faille, après avoir franchi la crête ouest du Mont Aiguille au col de l'Aupet, passe au pied de l'éperon nord-ouest de la montagne (point de départ de la voie normale d'ascension) et longe le pied de sa face nord.

Elle se poursuit ensuite dans le soubassement marno-calcaire de la montagne jusqu'au col des Pellas, pour franchir enfin la barre tithonique dans le flanc sud de la Tête de Papavet (voir la page "Saint-Michel-les-Portes")

Le Mont Aiguille vu du NE depuis le col des Pellas
Sous cet angle on voit pratiquement l'enfilade la faille de Jasneuf, qui décale verticalement les couches du soubassement du Mont Aiguille en abaissant le compartiment qui porte le sommet par rapport à celui de droite, du vallon de La Batie et des Rochers du Parquet.
Le déplacement relatif des deux lèvres de cette faille aboutit, au niveau du Mont Aiguille, à un rejet vertical qui abaisse la lèvre portant ce sommet ; cela est dû à ce que, du fait du décalage horizontal, ce dernier se situe dans le synclinal de Gresse alors que les couches situées de l'autre côté de la faille (compartiment NW) sont affectées par l'anticlinal de la Moucherolle (voir le schéma ci-après).

L'isolement du Mont Aiguille par rapport aux plateaux situés plus à l'ouest n'est, en définitive, pas l'effet du hasard car il assez visiblement lié à la présence de la faille du Jasneuf. En effet l'Urgonien du sommet, abaissé au coeur du synclinal de Gresse, a été exposé à l'érosion moins tôt et moins fortement que celui, surélevé par l'anticlinal de la Moucherolle, qui recouvrait originellement le vallon de de la Bâtie, situé de l'autre côté (au nord-ouest) de la faille.
En contrepartie, au sud-est de la faille, l'Urgonien surélevé par l'anticlinal de la Moucherolle (et donc plus exposé à l'érosion) affleurait au sud-ouest du Mont Aiguille, entre col de l'Aupet et Pas de l'Aiguille. Cette circonstance a sans doute entraîné son décapage précoce, induisant l'érosion à creuser dans les marno-calcaires sous-jacents le vallon de Blonnière (voir les pages "Pas de l'Aiguille" et "Chichilliane") et faisant même que, par le jeu du processus de l'érosion remontante*, ses ravinements latéraux atteignent et dégagent le miroir de faille des falaises méridionales des Rochers du Parquet.

Carte géologique très simplifiée du rebord sud-oriental du Vercors
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble
des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°",
par M.Gidon (1977), publication n° 074
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des couleurs
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