Lac de l'Eychauda |
Le lac de l'Eychauda est un typique lac de verrou, logé dans un ombilic glaciaire*, au creux d'un cirque que ferme, du côté nord, la Crête des Grangettes. Mais la localisation de cet ombilic est liée à une disposition tectonique très particulière, à la faveur de laquelle il a pu se creuser dans des roches sédimentaires, comportant un niveau relativement tendre de schistes noirs, par rapport aux roches cristallines formant les parois du cirque.

En effet le lac est logé à l'extrémité
orientale d'une véritable demi-fenêtre*, percée
dans une petite nappe de charriage, l'écaille des Grangettes
(= "éc. de l'Eychauda", P.Gidon,
1954). Cette dernière, formée de matériel
cristallin, s'est avancée sur les terrains sédimentaires
du vallon occupé par le glacier de Séguret-Foran.
En outre l'emplacement même du lac semble déterminé
par le passage d'une cassure verticale N-S ("faille du
lac de l'Eychauda"), bien visible dans les pentes qui
tombent du Collet d'Avant-Foran, qui passe très vraisemblablement
au col des Grangettes : en effet en contrebas nord de ce dernier
(rive sud du vallon du Tabuc)
la surface de chevauchement de l'écaille des Grangettes
est brutalement abaissée d'au moins 100 m. Cette faille
est masquée aux abords du lac par le colmatage de matériel
morainique et dans les pentes du col des Grangettes par les éboulis
et les panneaux rocheux fauchés ou tassés.
Il est probable que c'est la rencontre de cette faille verticale
avec la surface de chevauchement inclinée vers le SE qui
a déterminé une zone particulièrement faible
que la langue ancienne du glacier de Séguret-Foran a évidée
en surcreusement.
Cette fracturation du bedrock explique sans doute aussi que le
lac n'ait pas de déversoir et que ses eaux s'évacuent
par la profondeur, pour ressortir 500 m plus bas et plus au SE
dans le vallon de Chambran, vers 2000 m d'altitude, au pied du
verrou de la Coste du Laou. Il est donc assez probable que ces
eaux suivent un certain temps, dans ce parcours, la surface de
chevauchement, et l'on peut même se demander, à la
suite de P.Gidon (1954), si cette surface tectonique n'est pas
remise passagèrement à nu, dans ce secteur, en une
petite fenêtre masquée sous les éboulis.
Le secteur du lac de l'Eychauda se singularise d'autre part par une succession stratigraphique particulière, d'épaisseur réduite, ne comportant entre le Trias et les Terres Noires du Jurassique supérieur qu'une seule formation constituée de calcaires marbreux massifs, à intercalations quartzitiques. Il s'agit vraisemblablement de faciès de haut-fond, d'âge imprécis, qui sont attribués (surtout par encadrement) au Jurassique moyen - inférieur et qui indiquent quà cette époque on devait se trouver là à proximité de la crête d'un bloc de socle surélevé.
Les données fournies
par l'analyse
micro-tectonique (principalement la direction des axes de
plis d'entraînement) montrent que
l'écaille des Grangettes (comme celle de Montagnolle
d'ailleurs) s'est déplacée vers le N-NW (et non
vers l'ouest, comme le laisserait croire l'aspect de sa coupe
naturelle au nord-ouest du lac de l'Eychauda). On voit d'ailleurs
bien, sur le versant ouest des crêtes culminantes du chaînon
de Clouzis, que cette surface perd
rapidement de l'altitude vers le sud. Le fait que sa surface de
chevauchement plonge actuellement vers l'est - sud-est, comme
on le voit, est dû au basculement vers l'est, d'âge
post-nummulitique, qui affecte toute la bordure orientale du massif
du Pelvoux.


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