Nom du fichier : http://www.geol-alp.com/belledonne/_lieux_Belld_Tailf/chamrousse.html

Chamrousse, lacs Achard, lacs Robert

l'extrémité méridionale des crêtes rocheuses du massif de Belledonne

Le domaine skiable de la station de Chamrousse se développe sur des pentes relativement planes et peu inclinées, très différentes en cela des crêtes, profondément déchiquetées et entaillées de profonds vallons, qui forment, plus au nord, le reste de la chaîne.


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Les pentes de la station de Chamrousse
vues d'avion, du sud-ouest, depuis l'aplomb du col du Luitel.

amB = accident médian de Belledonne ; s.pa (en rouge) = surface de la pénéplaine anté-triasique (noter son inflexion, en demi-voûte) : sur les crêtes d'arrière-plan elle est seulement reconstituée, mais de façon à peine hypothétique.

Ceci est sans doute dû au fait que, dans ces reliefs méridionaux de la chaîne de Belledonne, la voûte que dessine la pénéplaine anté-triasique, (surface limite entre le socle cristallin et sa couverture) perd beaucoup de son altitude. De ce fait, cette surface n'a été mise à nu et entaillée par l'érosion que lors des étapes relativement tardives de l'action de celle-ci, qui s'est alors presque limitée à la dénuder de sa couverture sédimentaire.

Cette interprétation implique que, lors de ces dernières étapes d'érosion, les facteurs de creusement étaient plus sensibles aux différences de nature des roches, contrairement aux étapes précoces, où l'érosion avait plutôt aplani uniformément sans tenir compte de ces différences. C'est bien à cette conclusion que l'on arrive aussi pour les massifs subalpins septentrionaux comme la Chartreuse.


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Le versant nord-occidental des montagnes de Chamrousse
vu d'avion, du sud-ouest, depuis l'aplomb de Vaulnaveys

a.MB = accident médian de Belledonne ; f.V = faille de Vizille (coulissement dextre)
Les symboles d'anticlinal concernent la forme de la surface de la pénéplaine anté-triasique.


La manière dont les affleurements de terrains mésozoïques sont disposés sur le socle du "rameau interne" souligne bien que la surface de celui-ci décrit une demi-voûte qui plonge vers le nord-ouest. Il en résulte que les affleurements les plus occidentaux sont pincés contre les micaschistes du rameau externe, le long de l'accident médian.
Plus au nord, la forme arrondie du plan incliné du versant ouest du Grand Colon suggère qu'il représente un autre fragment de cette voûte du rameau interne, mais il n'y a pas de témoin de terrains triasiques pour en attester comme à la Croix de Chamrousse.

Le versant occidental de la chaîne de Belledonne, au nord de Chamrousse
vu du sommet de la Tête de Balme.

Le chef-lieu de la station de Chamrousse (Recoin) est installé à cheval sur la limite entre rameau externe et rameau interne de Belledonne. L'érosion y a laissé subsister des lambeaux de sa couverture sédimentaire, d'ailleurs limités aux niveaux inférieurs du Trias, qui tapissent la pénéplaine anté-triasique. La surface du socle y est garnie par une roche, appelée "aphanite", dont l'analyse chimique révèle qu'ils ont pour origine des dépôts d'anciens sols tropicaux.


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Le versant ouest de la Croix de Chamrousse (abords de la station de Recoin)
vu d'avion, du sud-ouest, depuis l'aplomb de la forêt de Prémol
vue complémentaire depuis la Tête ouest (1839) de la Balme


figure agrandissable

Coupe schématique, le long de la crête du col de la Balme, à Chamrousse
regroupant les observations que l'on peut faire sur les deux versants (Recoin au sud-ouest et piste de Casse-Rousse au nord-est)
(La Balme est le nom d'une caverne ouverte à la base des cargneules du versant nord-est de la butte 1875)

Le rejet vertical de l'accident médian de Belledonne est seulement de l'ordre de la centaine de mètres, mais la différence de constitution du Trias, de part et d'autre, suggère que cette composante du mouvement n'est qu'un aspect mineur du jeu de cet accident.
Quoi qu'il en soit, il est clair que l'accident médian de Belledonne n'est ni un synclinal ni une faille de chevauchement.
NB : c'est par une erreur de couleur et de notation que la carte géologique au 1.50.000° (feuille Vizille) indique la présence de gabbros, à la place des spilites, à la butte 1839.

L'érosion de ces couches tendres a déterminé la formation de la dépression de Recoin. Le sommet de la Croix de Chamrousse est également couronné par un placage de grès et de dolomies triasiques plus ou moins cargneulisées, qui y forment une minuscule butte-témoin* de la couverture sédimentaire. Les couches y sont pratiquement horizontales comme il convient à la voûte d'un anticlinal et se raccordent par la pensée à celles du col de Balme par le jeu d'une simple inflexion progressive vers l'ouest (flanc occidental de la voûte anticlinale de la surface du cristallin).

Aux alentours de la Croix de Chamrousse le socle cristallin du rameau interne affleure largement. Il est caractérisé par un large développement de roches très "basiques" et très sombres, typiques d'une succession ophiolitique* (pour le contexte tectonique dans lequel affleurent ici ces formations voir l'aperçu d'ensemble sur le massif de Belledonne).
Leur disposition globale semble être celle d'une synforme* d'axe NE-SW, déversée vers le sud-est, avec un coeur de serpentinites* (qui sont des Péridotites* métamorphisées) encadré de deux bandes de gabbros*, elles mêmes flanquées latéralement d'amphibolites*, qui forment du côté nord-ouest la crête de la montagne et du côté sud-est le rebord supérieur des abrupts qui en tombent sur la Romanche.
Le coeur de la structure (formé par les serpentinites) a été évidé en une dépression (comparable à un val*...) qui héberge les lacs Achard et qui se poursuit du côté sud, par le plateau de l'Arselle.

Globalement les amphibolites s'engagent en dessous des autres termes de cette succession, lesquels devaient pourtant constituer leur substrat originel. Ceci implique que la succession ophiolitique est renversée. En d'autres termes ce que l'on désigne du nom de "nappe ophiolitique de Chamrousse" est sans doute un fragment du flanc inverse d'un grand pli couché. On peut, dès lors, se demander si la charnière qui l'affecte ici est celle de ce grand pli lui-même (qui serait alors un anticlinal déversé vers l'ouest), si c'est un pli parasite de son flanc inverse ou si c'est un repli formé postérieurement au charriage...

L'interprétation (inédite) exposée ici est celle que suggère fortement le dessin des contours de la carte géologique au 1/50.000°, feuille Domène. Je l'ai soumise à Mr René-Pierre Ménot (qui est certainement le meilleur connaisseur actuel des roches cristallines de la chaîne de Belledonne). Sa réponse exprime un fort scepticisme relativement à sa pertinence. Pour être très précis j'en reproduis les termes en fin de page ** (cette divergence d'interprétation et ses motifs me paraissent assez instructifs, notamment pour les personnes qui seraient susceptibles de croire aux vérités révélées et à l'absolue confiance à apporter aux interprétations avancées dans ce site).

La cuvette des lacs Achard
vue du sud
En amont des lacs la succession ophiolitique est à l'endroit et les surfaces qui limitent ses trois termes plongent vers l'arrière-plan gauche (vers le nord-ouest). Au contraire, dans les affleurements qui soutiennent les lacs, en contrebas sud (à droite des limites du cliché) la succession est inverse et les gabbros forment la crête de la cime des Fraches, qui sépare les lacs de la vallée de la Romanche.
Cette répartition des affleurements semble indiquer que les lacs sont logés au coeur d'une synforme dont le plan axial plonge vers le nord-ouest (vers l'arrière gauche du cliché).
Comme les amphibolites représentent le terme supérieur de la succession ophiolitique, ce pli doit alors être considéré comme un anticlinal couché, basculé au delà de l'horizontale vers le nord-ouest.

Du côté sud de la station, à l'est de Bachat Bouloud, l'érosion tranche cette structure synforme de plus en plus profondément, de sorte que les affleurements de serpentinites, puis de leur enveloppe de gabbros, s'interrompent tour à tour, dans les pentes boisées qui descendent de Bachat Bouloud sur le lac Luitel. Plus bas, ces pentes ne montrent plus que les amphibolites sur lesquelles reposaient les roches du coeur du pli.
Ces amphibolites constituent aussi la plus grande partie des abrupts qui tombent sur la Romanche. Ce n'est que dans les pentes inférieures de ces derniers qu'affleurent les gneiss clairs de Rioupéroux qui représentent le substratum de la nappe des ophiolites (en amont de Séchilienne, de Rioupéroux jusqu'à Livet, ces gneiss apparaissent donc en demi-fenêtre*).


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Les pentes sud-orientales de la station de Chamrousse
vues d'avion, du sud - sud-est, depuis l'aplomb du Pic de l'Oeilly (au nord de Séchilienne).

a.MB = accident médian de Belledonne ; f.L = prolongement éventuel (masqué derrière le rebord des abrupts) de la faille des Lessines, en direction du sud-ouest (selon l'hypothèse où cette faille irait se raccorder à la faille de Pétichet au sud de Séchilienne).
Sous cet angle on voit combien les contours limitant les roches de la série ophiolitique (renversée) de Chamrousse, évoquent une disposition en synforme* déversée vers le sud-est.


Du côté nord de la Croix de Chamrousse le même dispositif est évidé par la cuvette des Lacs Robert et tranché du côté oriental par une faille presque N-S, la faille des Lessines. Elle remonte fortement les gabbros du flanc inverse, qui dominent la dépression des lacs en formant les abrupts et les crêtes des Vans et du Grand Sorbier.


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La dépression des Lacs Robert et les montagnes du haut Doménon
vues du sud, depuis les abords orientaux de la Croix de Chamrousse.

f.L = faille des Lessines (elle est largement masquée, ainsi que le col du même nom, derrière l'avant-plan de la crête du Manqué)
Les serpentinites des lacs Robert occupent le coeur du pli couché qui affecte la succession ophiolitique* ; elles sont abaissées par la faille des Lessines au point d'être juxtaposées aux gabbros du flanc inverse de ce pli, qui forment l'énorme dalle à pendage ouest (vers la gauche) du Grand Sorbier et des Vans. Un petit chapeau de gabbros du flanc nord du pli est conservé en butte-témoin* au sommet de la crête du Manqué.

** Annexe : commentaires de René-Pierre Ménot (Professeur à l'Université de Saint-Étienne), formulés par courrier électronique, concernant l'hypothèse d'une structure en pli couché dans les affleurements de l'ophiolite de Chamrousse :
La cartographie que j'ai effectuée sur l'ophiolite de Chamrousse ne me permet pas de confirmer cette interprétation qui pourrait être suggérée par la carte actuelle de Vizille.
Cette carte est un peu simplifiée et ne fait pas apparaître un élément lithologique important, le complexe blastomylonique, qui est intégré aux serpentinites. Or cet élément jalonne le contact entre les roches ultramafiques (serpentinites et méta pyroxènites) et les cumulats gabbroïques et constitue un élément de polarité important. La superposition habituelle est la suivante, de haut en bas : serpentinites-pyroxènites, complexe blastomylonitique, gabbros grossiers +/- foliés, gabbros plus isotropes à grains plus fins, microgabbros et plagiogranites amphibolites. Cependant les amphibolites, bien que largement dominantes à la base géométrique de l'édifice, peuvent se développer à presque tous les niveaux dans des zones de cisaillements d'âges variés anté-hercyniens (intra-océaniques).
Schématiquement, j'ai plutôt tendance à interpréter l'ophiolite de Chamrousse, dans le secteur occidental qui nous intéresse, comme une vaste dalle monoclinale à pendage W-NW et découpée en panneaux (les "claveaux" de Bordet) par des accidents SW-NE, sous estimés sur la carte de Vizille. Trois blocs apparaissent ainsi :
(1) un compartiment occidental surélevé ou affleurent les termes géométriquement inférieurs (le terme le plus haut est le complexe blastomylonitique au sommet de l'escarpement surplombant les lacs Achard)
(2) un compartiment central correspondant globalement à la dépression des lacs Achard à la Pra et
(3) un compartiment oriental, le plus déprimé avec des ultrabasites bien représentées.
Ces compartiments majeurs sont également affectés par des accidents WNW - ESE qui entraînent des décalages au sein de ces compartiments majeurs.
Les deux interprétations (grand plis couchés et découpage "en touches de piano") ne s' excluent d' ailleurs pas ...

Page d'introduction à la géologie de la chaîne de Belledonne au sens large.
aperçu d'ensemble sur le massif de Belledonne
visitez le site "geobalades"

Cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Vizille

Domène

Saint- Mury

Grand Colon
Quatre Seigneurs LOCALITÉS VOISINES Vaudaine

Fau Laurent

Taillefer

Grand Galbert
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