Montagne de Charance |

En contrebas du Pic de Charance la pente boisée est garnie de paquets rocheux, d'une taille pouvant atteindre la centaine de mètres, qui sont formés de Tithonique. Ils résultent du glissement sur la pente de pans de falaise qui se sont sans doute effondrés consécutivement à la fonte de la langue glaciaire qui occupait le sillon de Gap. En effet sa disparition à supprimé le soutien qu'elle apportait aux versants de la vallée, lesquels avait été rendus plus raides par l'érosion glaciaire (tendance à donner un profil en U ).
Les abrupts de ce versant montrent en premier lieu que la barre tithonique y dessine une large voûte, très "ouverte"*, qui est celle de l'anticlinal NW-SE de Remollon-Bure (voir la page Gap).
D'autre part
la coupe du versant révèle que cette barre est redoublée par un chevauchement
dont on suit le tracé à flanc de pente sur près
de trois kilomètres.
La manière dont les couches sont disposées de part et d'autre de la surface de cassure est d'ailleurs tout à fait exemplaire d'un dispositif chevauchant de type classique, avec rampes, paliers et plis de rampes.
Il faut cependant remarquer que cette coupe naturelle du versant sud-est de la montagne de Charance, qui tombe sur Gap, n'est pas orientée selon la direction du mouvement de chevauchement, ce qui a pour effet de donner une vue déformée, dans le sens d'un étirement horizontal du dessin, des structures créées par ce chevauchement. On peut présumer que la direction de mouvement était orthogonale à l'axe des crochons d'entraînement, dont plusieurs sont observables tant dans la lèvre supérieure que dans l'inférieure : ils se révèlent orientés à peu près N130, ce qui indique un déplacement (vers le sud-ouest) selon le N40.

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Détail de la face sud de la montagne de Charance
vu du sud, d'avion, depuis l'aplomb du hameau de Chauvet, au nord-ouest de Gap.
ØC (en rouge) = chevauchement de Charance. Les astérisques désignent les deux principaux crochons dont l'axe est mesurable (*A = crochon anticlinal du Tithonique de la lèvre supérieure ; *S = crochon synclinal du Tithonique de la lèvre inférieure). On a représenté en rose des failles mineures déformées qui sont très vraisemblablement des cassures extensives antérieures au chevauchement.
L'ondulation anticlinale qui se dessine entre les points cotés
1831 et 1873 est visiblement un pli de rampe "au toit" induit par la rampe des calcaires séquaniens (comme celle de *A correspond à la rampe déterminée par les calcaires du tithonique).
Becg = banc de conglomérats dans le Berriasien inférieur ; Tis = calcaires massifs du Tithonique supérieur ; Tii = calcaires lités du Tithonique inférieur.
Pour avoir un représentation correcte de la flèche du chevauchement il faut donc disposer
d'une coupe NE-SW (parallèle à la direction du déplacement). C'est à peu près le cas de celle visible sur le cliché suivant, sur lequel on peut voir que la flèche du chevauchement (décalage de deux repères homologues, tel la limite supérieure du Tithonique, par exemple) n'est
que peu supérieure à un kilomètre.


figure
agrandissable
coupe W-E de la montagne de Charance et de la
cuvette synclinale de Rabou
Le chevauchement de Charance est vraisemblablement une structure anté-sénonienne, en dépit de son orientation très inhabituelle pour le contexte régional. On retrouve cependant ces mêmes caractéristiques dans le secteur voisin des pentes à l'ouest de la Roche-des-Arnauds, où le "chevauchement des Teyssonières", qui semble avoir la même vergence vers le sud-ouest, est également déformé par des plis N-S, notamment par le synclinal de Matacharre.
La brèche de Charance est une échancrure de la crête, qui permet de franchir la barre tithonique en montant par le versant de Gap. En réalité les calcaires du Tithonique n'y affleurent que sur son côté oriental. Sur son côté ouest au contraire l'abrupt est formé de brèches calcaires plus ou moins grossières (avec des blocs de taille métrique) qui sont dotées d'un litage à net pendage vers le nord-ouest.

Ces brèches se sont donc formées à partir d'éboulis provenant d'un relief situé au sud-est, là où maintenant s'étend le versant qui tombe sur le sillon de Gap. Il faut donc en conclure qu'elles sont antérieures à la disparition de ce relief, c'est-à-dire, selon toute vraisemblance, antérieures à la formation des paquets tassés qui s'étagent actuellement sur les pentes sud de la montagne. Or ces derniers résultent sans doute de l'effondrement de ce versant après le retrait des glaciers wurmiens (voir plus haut dans cette page) ; il en résulte donc qu'il doit s'agir d'éboulis anté-würmiens (voire même anté-rissiens), conservés au creux d'une ravine de l'ancienne topographie de cette époque.
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redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074 |
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