Dent Parrachée
crêtes de rive droite de la haute Maurienne entre Aussois et Termignon

La Dent Parrachée est la montagne la plus remarquable de la Vanoise sud-orientale, en raison de son isolement relatif et du fait qu'elle est bien visible depuis de nombreux points de la vallée en rive droite de l'Arc. Sa face orientale domine assez abruptement cette dernière depuis la latitude d'Aussois jusqu'à celle de Termignon.

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Le versant sud de la Dent Parrachée vu depuis la N.6 aux abords des forts de l'Eyssillon.

Sa puissante pyramide sommitale, essentiellement rocheuse sur plus de 500 mètres est formée par la convergence de quatre arêtes orthogonales toutes essentiellement sculptées dans les épais calcaires argileux du Lias, qui sont caractéristiques des successions du type Grande Motte. Leurs couches sont ployées globalement en un synclinal de la Parrachée, presque N-S, à flancs isoclinaux* presque verticaux. Ce sont les calcaires de Malm et de marbres en plaquettes du coeur de ce pli qui forment l'arête qui descend du sommet vers le nord.

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Le sommet de la Dent Parrachée (face nord-ouest), vue de l'ouest, depuis la crête du col de Labby.
s.P = synclinal de la Parrachée ; a.pG = anticlinal de la Pointe Gignoux ; à l'extrémité inférieure droite du cliché le synclinal du col de la Parrachée est dessiné mais non nommé.

En outre le versant occidental du sommet présente, à l'ouest du synclinal de la Parrachée, un double repli subvertical formé par un anticlinal de la Pointe Gignoux et un synclinal du col de la Parrachée.

Les pentes plus basses du versant nord-ouest ne montrent pas les rapports avec les terrains de la montagne de Chasseforêt car leur contact avec ceux-ci car ils sont (encore) masqués par le glacier de la Mahure.

Les pentes du versant sud-ouest de la montagne, qui tombent sur le lac de retenue du Plan d'Aussois, montrent par contre le soubassement de cet ensemble sommital et elles en révèlent la structure plutôt tourmentée.

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Les pentes sud-occidentales de la Dent Parrachée (versant des lacs d'Aussois), vues du sud-ouest, depuis le sommet du Rateau d'Aussois (cliché original obligeamment communiqué par M. Luc Gidon).
ØgM = surface de chevauchement de la nappe de la Grande Motte.
La couverture siliceuse adhérente au socle cristallin (quartzites plus ou moins purs du Permo-Trias) dessine deux amples replis synclinaux dont l'axe plonge vers le SW, presque parallèlement à la surface topographique du versant, selon l'inclinaison générale de la surface du dôme de socle de Chasseforêt. Vers le bas ces plis sont toutefois tranchés par entaille de la vallée en U au fond de laquelle ont été édifiés des barrages de Plan d'Amont et de Plan d'Aval (ce dernier hors du champ du cliché, plus sur la droite)

En effet on y voit les calcaires de la nappe de la Grande Motte se juxtaposer et/ou se superposer aux terrains siliceux enveloppant le socle du Dôme de Chasseforêt. Le contact entre ces terrains, aussi différents par leur disposition tectonique que par leur nature, passe sur la crête peu à l'ouest du col de la Parrachée. Il est "classiquement" considéré comme étant la surface de chevauchement de la nappe de la Grande Motte, mais cette manière de voir n'est pas sans poser des questions (voir les commentaires en fin de page).

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Le versant occidental de la Dent Parrachée vu du sud-ouest depuis l'épaule de Bellecôte (arrivée du télésiège y accédant depuis la Fournache).
s.gC = synclinal du Grand Châtelard, vu d'ici à peu près selon son axe.
s.cP = synclinal du col de la Parrachée ; a.pG = anticlinal de la Pointe Gignoux.
Les affleurements de dolomies noriennes des Rochers du Grand Stella appartiennent à la série de la Grande Motte. Mais ils descendent très bas dans le vallon de la Fournache, entre les quartzites du Grand Châtelard et ceux des pentes de Bellecôte (en premier plan à droite).
En fait il s'agit probablement d'un volumineux paquet glissé, provenant des affleurements du versant ouest de la Pointe de Bellecôte : c'est pourquoi on a indiqué ses limites par des tirets alternant avec des points d'interrogation.


La surface de contact des terrains de la nappe de la Grande Motte est reployée par un synclinal du Grand Châtelard, pratiquement couché vers l'est, au coeur duquel sont pincés des terrains de la nappe (notamment les plus anciens). On ne peut manquer de remarquer que cette attitude est très différente de celle des plis du matériel post-triasique de la nappe dont les plans axiaux sont sub-verticaux : cela porte à envisager une déformation en deux étapes respectant les plis anciens dans la partie supérieure du matériel de la nappe, qui a échapppé au pincement dans le cœur du synclinal du Châtelard.

D'autre part cette surface tordue coupe très en oblique les couches de la couverture siliceuse adhérente au socle cristallin, à commencer par quartzites des arêtes de l'Éché. Ce biseautage affecte aussi le matériel de la nappe puisque, en fond de vallon, il va jusqu'à mettre directement en contact les calcaires du Lias avec les schistes violacés permiens (centre du cliché ci-après) : la signification exacte de ce double biseautage est peu claire ...


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Le versant occidental du col de la Dent Parrachée : le versant sud-ouest de la crête du col = extrémité NE des arêtes de L'Éché (détail agrandi du cliché précédent).



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Le versant occidental du col de la Dent Parrachée : extrémité SW des arêtes de L'Éché (vue agrandie de la partie gauche du cliché d'ensemble du versant, plus haut)
Les couches de quartzites dessinent parfaitement la charnière du synclinal du Grand Châtelard (s.gC), qui est vue ici pratiquement selon son axe : ce dernier plonge cependant vers l'avant, plus que le regard de l'observateur, de sorte que la perspective donne un décalage entre la base des quartzites au Grand Châtelard et en arrière-plan le sommet 3172 des arêtes de L'Éché.

Le versant oriental de la montagne montre qu'à l'est du synclinal de la Parrachée les couches sont en outre affectées de plusieurs replis qui sont beaucoup moins redressés. Les coeurs des anticlinaux y sont bien soulignés dans le paysage par la teinte jaune-orangé des dolomies noriennes qui y affleurent.

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La Dent Parrachée, face nord-est (versant Termignon), vue du nord-est, depuis la pointe de Lanserlia.
s.P = synclinal de la Parrachée ; a.BP = anticlinal de Belle Place (si l'on en croit Dondey H., 1986, ce pli serait en réalité formé de deux lames imbriquées) ; ØgM (?) = contact de superposition de la série sédimentaire de la Dent Parrachée sur le socle cristallin (classiquement interprété comme la surface de chevauchement de la nappe de la Grande Motte).
rvp = roches basiques métamorphiques d'âge paléozoïque, interstratifiées dans les micaschistes de l'Arpont.
Noter l'accordance* entre le litage de la partie haute du socle cristallin et les plans axiaux des plis couchés de la base de la série sédimentaire de la Dent Parrachée (= "nappe de la Grande Motte").

C'est par ce dispositif de plis couchés, dont les plans axiaux sont pratiquement parallèles à l'interface sédimentaire - socle cristallin, que les terrains carbonatés de la série de la Grande Motte reposent directement, et en accordance* sur les micaschistes du dôme de socle de Chasseforêt. Comme on est déjà ici sur le flanc oriental de cette voussure anticlinale la surface de contact est légèrement inclinée vers l'est. Son pendage va s'accroissant vers l'est, de sorte que dans les pentes de la montagne qui dominent Termignon, les couches de base de la série de la Grande Motte (principalement des cargneules) descendent dans le versant jusqu'à atteindre la vallée, notamment entre Sollières et Sardières.



Carte géologique simplifiée des abords
de la Dent Parrachée
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
(N.B. : la teinte brun clair, qui est ailleurs celle des "schistes versicolores permiens", correspond ici aux micaschistes paléozoïques supérieurs "msv")
plus au nord ;
plus à l'ouest < cartes voisines > plus à l'est
plus au sud
Autre découpage de la même carte, par coupures moins agrandies et couvrant des secteurs plus larges


** Remarques annexes sur les rapports entre socle siliceux et couverture carbonatée :

Tous les auteurs (Dondey H., etc...) admettent que la verticalité de la surface qui met en contact, aux abords du col de la Parrachée, les terrains sédimentaires de la Dent Parrachée avec ceux du socle de Chasseforêt, résulte simplement de ce qu'il s'agit du chevauchement de la nappe de la Grande Motte, originellement sub-horizontal, qui a été basculé à la verticale par le plissement tardif de la "phase 3" (de rétrodéversement*).

Mais cette manière de voir laisse inexpliqués divers aspects de la géométrie observable :
- En premier lieu il est à remarquer qu"aucun témoin de terrains d'âge plus récent que ceux (noriens) de la base de la nappe de la Grande Motte n'est présent sur le socle pour authentifier le charriage par la présence d'une succession anormale (de sorte qu'un contact simplement stratigraphique - et non tectonique - est a priori envisageable).
- D'autre part (et surtout) on voit, tant au nord de La Parrachée (glacier de la Mahure) qu'au sud (Pointe de Bellecôte), que les terrains permo-triasiques adhérents au socle sont sectionnés par ce contact majeur. Cela se manifeste par le fait que, du côté est de la montagne, le mésozoïque de la nappe de la Grande Motte repose directement sur les micaschistes du socle cristallin, au revers oriental de la coupole anticlinale de Chasseforêt. On voit mal comment une mise en place par charriage de l'unité de la Grande Motte aurait pu déterminer cette géométrie, qui impliquerait que le déplacement d'une couverture sédimentaire, décollée sur un niveau de cargneules triasiques, ait pu occasionner un rabotage tel qu'un prisme de socle ait été sectionné et transporté avec la nappe. En outre il est patent qu'aucun témoin d'une telle "écaille" de socle n'est actuellement connu.
- Enfin les plis qui affectent les couches permo-triasiques de l'éperon rocheux de la Germa, situées du côté ouest du supposé contact de charriage (et notamment la belle charnière synclinale du rocher du Grand Châtelard) ont une attitude bien différente de ceux de la Parrachée, puisque leurs plans axiaux leur sont obliques (orientés NNW-SSE et non NNE-SSW) et sont franchement déversés vers l'est (et non subverticaux). De sorte que l'on peut douter que la formation des replis de la Parrachée soit en rapport avec celle des plis du socle.

En définitive il n'est donc pas illégitime de se demander si le contact entre le socle de Chasseforêt et le sédimentaire de la Parrachée ne pourrait pas correspondre à une cassure indépendante des charriages plutôt qu'à une véritable surface de charriage.
Parmi diverses possibilités, on peut en premier lieu penser à une faille extensive postérieure à la mise en place de la nappe, qui aurait été reprise par les plis P3, Mais cette hypothèse s'intègre mal au contexte des données connues, notamment parce que l'on n'a jamais mis en évidence une telle phase d'extension, "intercalaire" par rapport aux étapes de compression.
Une autre hypothèse consiste à y voir une faille ancienne, d'âge triasico-jurassique. On peut en effet envisager de la rattacher au système de fractures extensives qui devait exister, au Jurassique, pour limiter du côté ouest, le bassin de sédimentation des successions de type Grande Motte et le séparer du bloc de socle surélevé de Chasseforêt. Une telle interprétation acquiert une plausibilité certaine si l'on considère que, presque partout ailleurs, l'on rencontre aussi des difficultés pour reconnaître une surface de chevauchement de la nappe de la Grande Motte, particulièrement du fait de l'ambigüité des rapports entre cette dernière entité et les séries plus réduites, adhérentes au socle qui affleurent à la voûte et à l'ouest des coupoles de socle de Chasseforêt et de la Vanoise septentrionale (voir la page "tectonique de la Vanoise").

voir la coupe schématique de la marge sud de la Vanoise.


aperçu général sur la Vanoise
cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Modane

Fond d'Aussois

Dôme de Chasseforêt

Grand Roc Noir
Pointe de L'Échelle

LOCALITÉS VOISINES

Lanslevillard

Modane

Aussois ; Bramans

Signal du Mont Cenis
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