Champoléon - Chaillol : aperçu général |
La partie supérieure de la vallée du Drac entaille la partie méridionale du massif cristallin du Pelvoux. Elle s'en échappe, à Pont-du-Fossé, pour s'engager dans le sillon subalpin du Champsaur.

En amont de Pont-du-Fossé la vallée
du haut Drac se partage en deux branches :
- la vallée du Drac Blanc, ou Champoléon,
qui entaille le massif cristallin du Pelvoux ; il s'y rattache,
du point de vue géologique, tout le massif du Vieux Chaillol,
jusqu'à ses pentes qui dominent le Champsaur ;
- la vallée du Drac Noir (Orcières), qui se situe
à la frontière avec le domaine des nappes de charriage
de l'Embrunais occidental (que cette rivière draine d'ailleurs
largement) et s'y rattache en grande partie (voir la section correspondante du site).

1/ L'extrémité
sud-ouest du massif du Pelvoux, qu'entaille le Champoléon,
doit beaucoup de ses traits à la transgression des couches
du Nummulitique, qui recouvrent en discordance soit le socle cristallin
(surtout du côté du nord-ouest), soit le Jurassique
(surtout du côté du sud-est). La succession nummulitique
se caractérise ici par le développement, au dessus
des calcaires nummulitiques et des marnes à globigérines,
qui sont communs au Priabonien de toutes les Alpes du sud, d'une
puissante série de bancs grèseux épais séparés
par des lits argileux, les Grès du Champsaur. Ces
couches marines représentent un flysch* particulièrement
grossier, très voisin, en âge et en faciès,
des grès d'Annot des chaînes subalpines méridionales.
Comme pour ces derniers la sédimentation s'est terminée
par le dépôt d'un olistostrome alimenté par
l'arrivée des nappes d'origine interne, qui est le plus
souvent constitué par des "schistes à blocs"
incluant des olistolithes de taille métrique à kilométrique.
plus
d'informations sur la partie basse de la succession nummulitique
: voir la publication
n° 128.
2/ Les terrains jurassiques qui affleurent
sous le Nummulitique sont conservés, à la marge
sud-ouest du massif cristallin, dans un synclinal d'axe est-ouest,
dont le flanc nord se renverse sous le chevauchement d'une écaille
de socle cristallin à vergence sud ("écaille
du Chaillol et de Cédéra"). Cette disposition
est bien visible à l'ouest du Chaillol dans le Riou Beyrou
et, à l'est, aux Gondoins. Elle doit se poursuivre vers
l'est sous la montagne de Cédéra mais ne réapparait
pas à l'affleurement au-delà de ce sommet.
La partie la plus amont de la vallée du Drac Blanc recoupe,
entre le Sirac et le Pic de la Cavale une autre bande d'affleurements,
plus septentrionale, de Trias et de Jurassique. Il s'agit de l'extrémité
orientale du "synclinal" de Morges, qui s'enfonce vers
le nord sous le cristallin du Sirac. Cette dépression tectonique
se développe plus largement vers l'ouest en Valgaudemar.
Ce sont très vraisemblablement les témoins les plus
orientaux de son contenu qui, au sud du Drac (au sommet de la
Rouite), sont coupés en biseau par la surface de transgression
nummulitique.
3/ Les crêtes du Chaillol, entre Champoléon
et Champsaur, se singularisent en outre par le fait qu'elles sont
couronnées par des chapeaux de terrains sédimentaires
mésozoïques. Ces derniers reposent en chevauchement
sur le Nummulitique et ont été isolés en
klippes* par l'érosion.
Ces lambeaux de terrains charriés sont qualifiés
d'écailles* ultradauphinoises, car leur succession stratigraphique
les rattache beaucoup plus à la zone dauphinoise qu'aux
nappes "internes", qui sont représentées
plus au sud-est (dans l'Embrunais). Cependant ils n'ont pu venir
là que détachés et entraînés
sous ces nappes, qui les recouvrent d'ailleurs, en rive gauche
du Champoléon, dans le massif de Piolit.
La plus occidentale de ces klippes ultradauphinoises est celle
de Soleil-Boeuf qui représente aussi le lambeau le plus
avancé des éléments qui ont été
poussés par les charriages, sur le flanc sud du massif
du Pelvoux ; d'autres forment les sommets de La Prouveyrat, de
La Pousterle et du Palastre.

L'analyse de la manière dont ces klippes
reposent sur leur autochtone montre deux faits :
- 1 - elles sont séparés des grès du Champsaur
bien stratifiés par un coussinet de bancs désorganisés
et de schistes à blocs (olistostrome) qui indique que leur
mise en place a dû se faire dans le bassin marin nummulitique,
qu'elles ont contribué à combler définitivement,
au même titre que les nappes de l'Embrunais sous lesquelles
elles étaient entraînées.
- 2 - leur surface de charriage a été redéformée
ultérieurement par des mouvements de chevauchement dirigés
vers le N-NW, qui affectent leur soubassement nummulitique et
dont les surfaces de cassures se connectent à la faille
de Méollion.
4/ Un dernier trait structural de ce secteur
est donc la présence de la faille de Méollion.
Cet accident, d'importance linéamentaire*, présente
une composante évidente de chevauchement, à vergence*
grossièrement nord-ouest. Il semble s'amortir vers le SW
en dispersant cette composante de son rejet dans les chevauchements
(évoqués plus haut) qui affectent la couverture
nummulitique autochtone du Chaillol.
Néanmoins il apparaît qu'une bonne partie du mouvement
sur cet accident a dû consister en un coulissement dextre.
En effet tout montre que le chevauchement du Sirac, qui vient
buter contre la faille de Méollion au nord de la Rouite,
se retrouve, décalé vers le sud, sous le sommet
Drouvet, c'est-à-dire environ 4 kilomètres plus
au sud-ouest. D'autre part la faille de Méollion semble
bien se connecter vers le nord-est, par l'intermédiaire
de ce chevauchement, aux décrochements également
dextres des environs de Vallouise.
Enfin cette faille de Méollion coïncide avec un brutal
pivotement, dans le sens dextre, des azimuts de schistosités
(mis en évidence par J.L.Vergne, in Gratier
et al., 1973), qui reprennent plus au sud-est une direction
moins méridienne.
Ce mouvement coulissant tardif est notamment attesté par le pivotement de la schistosité, dans le sens horaire, dans le "synclinal" de Méollion. Il s'accompagne par ailleurs d'une tendance au chevauchement vers l'ouest qui s'exprime tout particulièrement aux abords du col de Méollion, où le lias du contenu du "synclinal" de Méollion s'avance en recouvrement jusque sur le Nummulitique de Cédéra (ce qui s'intègre bien au contexte des déformations post-nummulitiques).
Dans ce cadre structural, la saillie vers l'est que dessine,
sur la carte,
le bloc des gneiss oeillés de Crupillouse revêt l'aspect
d'un poinçon résistant (dont la Rouite
et le Puy de la Chaumette constituent la pointe orientale), autour
duquel s'est moulé, dans son avancée vers l'ouest,
le compartiment des migmatites du Sirac.
C'est ce poinçon que j'avais appelé, dans une note de
1979, le "coin"
du Haut Champoléon. Il est limité du côté
nord par la faille de Clapouse, qui est une ancienne cassure extensive
jurassique, délimitant, à son bord méridional,
l'hémigraben de Morges.
On voit là de quelle façon complexe le socle cristallin
a réagi aux efforts de compression imposés par l'avancée
des nappes internes*, en réutilisant des accidents créés
antérieurement.
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(Embrunais NW) |
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