Structure du Vercors (secteur 3) :

Le chaînon extrême-oriental du Vercors

La bordure extrême orientale du Vercors septentrional est constituée par un chaînon orienté N-S qui domine à l'est la vallée inférieure du Drac et à l'ouest le Val de Lans. Il court depuis le Moucherotte au nord jusqu'aux Deux-Sœurs au sud en passant par le Pic Saint-Michel, le col de l'Arc, le Roc Cornafion et le col Vert et les Rochers du Parquet, C'est nettement le plus escarpé de tout le massif du Vercors mais aussi celui dont la tectonique est la plus difficile à analyser et à comprendre.

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Vue d'ensemble du chaînon nord-oriental du Vercors. (vue pseudo-aérienne obtenue à l'aide de "google-earth").
Principaux éléments objectifs de la structure tectonique :
ØÉp = chevauchement de l’Éperrimont ; ØsA = chevauchement de Saint-Ange ; ØM = chevauchement du Moucherotte ; Ac.Br = accident des Bruziers ; s.C = synclinal du Cornafion ; a.M = anticlinal du Moucherotte.

A/ L'interprétation tectonique "classique"

Le dispositif tectonique à l'origine du surhaussement de ce chaînon et des redoublements de succession observables sur son versant oriental n'a commencé à être interprété d'une façon proche de la structure réelle que dans les années 1940 : en effet on le décrivit alors comme étant un grand pli-faille raccordant la charnière anticlinale du Moucherotte à la charnière synclinale du Cornafion (croquis ci-dessous). Les corrections apportées depuis à cette conception ne sont en effet pas fondamentales, à part celles portant sur la structure du Peuil de Claix (qui ne correspond qu'à un tassement) et celle des environs de La Tour Sans Venin (qui n'est pas un flanc inverse de chevauchement).

Tectonogramme de l'ensemble du chaînon par Léon Moret (in géologie dauphinoise, 1952)
Ce schéma, remarquablement parlant, est le premier qui ait donné une vue d'ensemble relativement correcte. Il est inexact à bien des égards mais n'est grossièrement erroné qu'en ce qui concerne la structure du Peuil de Claix.


Toutefois cette interprétation pêchait en imaginant un anticlinal couché doté d'un flanc inverse, certes étiré mais largement représenté. En fait la présence de couches en flanc inverse ne s'y observe qu'occasionnellement et brièvement (les pendages ne basculant presque nulle par au delà de la verticale) et laisse place en réalité à la superposition de tranches de roches à l'endroit.

Il est donc apparu plus exact de considérer que ce chaînon est structuré par la présence d'un grand accident, connu sous le nom de "chevauchement du Moucherotte" (dont la surface correspond à celle du supposé étirement du flanc inverse du pli-faille). En effet au flanc ouest de cette montagne, entre Saint-Nizier et Lans, son évidence est particulièrement flagrante du fait que l'Urgonien de sa lèvre supérieure y repose brutalement sur les conglomérats miocènes. Dans ce schéma les torsions de couches, anticlinal du Moucherotte et synclinal du Cornafion notamment, sont considérés comme des "crochons* d'entraînement" induits par la friction entre lèvre chevauchante et chevauchée.
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Le Moucherotte et le val de Lans vus d'avion, du nord, montrant la position du Moucherotte, qui constitue le promontoire septentrional de la barrière orientale du Vercors.
a.M = "anticlinal" en genou du Moucherotte ; a.Sa = anticlinal de Sassenage ; c.Sa = chevauchement de Sassenage ; f.E = faille d'Engins (prolongement du précédent ?) ; s.Sa = synclinal de Sassenage ; ac.Br = accident des Bruziers ; ØM = chevauchement du Moucherotte (se raccordant au précédent) ; s.VL = synclinal, N-S, de Villard de Lans.
Alluvions glaciaires wurmiennes (en bleu clair) : mW1 = moraine des Guillets (1° stade de retrait) ; mW2 = moraine des Charvets (2° stade de retrait) .

La carte géologique au 1/50.000° "Vif" (dessinée par J. Debelmas en 1965) prend en compte cette manière de voir et assigne à ce chevauchement un tracé globalement N-S qui longe le bord oriental du val de Lans. Elle indique aussi qu'il se prolongerait jusqu'aux abords du Col de l'Arc jusqu'à y rejoindre le tracé presque symétrique du chevauchement du Plateau Saint-Ange, qui s'abaisse sur le versant oriental de la crête, en passant par le Plateau Saint-Ange, pour aboutir au niveau de la plaine aux abords de Claix. Enfin on a avancé l'idée (M. Gidon, 1981) que ce dernier accident se raccorderait lui-même avec le chevauchement de l'Éperrimont (par l'intermédiaire d'un tronçon plus redressé, maintenant enlevé par l'érosion). Il s'avère toutefois que ces deux derniers points restent discutables, comme cela apparaît dans les exposés des pages consacrées au différentes transversales du chaînon.

Il est donc admis depuis les années 60 que le chevauchement de Saint-Ange constitue la réapparition de celui du Moucherotte du côté SE de la crête et que le soubassement du Peuil de Claix correspond seulement à un paquet tassé sous lequel ce chevauchement disparaît. Cela a conduit à proposer (M. Gidon, 1981) que le redoublement du Tithonique de Comboire en représente la réapparition au nord de Claix, avant qu'il se perde finalement vers le nord sous les alluvions du Drac à la latitude de Seyssins. Or cela a lieu 1 km au sud de l'endroit où disparaît également sous le lit de l'Isère le tracé du chevauchement du Moucherotte proprement dit. On est donc porté à se demander si ces deux accidents ne se rejoignent pas là sous les alluvions, donc en profondeur entre Comboire et Moucherotte, et en ce cas quel schéma peut en rendre compte.

Coupe de la partie septentrionale du chaînon du Moucherotte , modifiée à partir de celle de la publication094
Cette coupe essaie de rendre compte par deux hypothèses différentes ("?1" = M. Gidon, 1981 et "?2" = présentes pages) des rapports entre les trois grandes cassures observables.
La structure visible au nord du sommet du Moucherotte dans les basses pentes entre Seyssins et Pariset, est représentée sur le plan de coupe en l'y projetant en biais, selon l'azimut E-W de l'accident des Bruziers (c'est-à-dire avec un décalage de 3 km vers l'ouest).
a.M? = cœur de l'anticlinal du Moucherotte ; ØsA = chevauchement de Saint-Ange ; acc.Br = accident des Bruziers ; ØM = chevauchement du versant ouest du Moucherotte ; s.P = synclinal de Proveysieux.

B/ Retouches à ce schéma entre Moucherotte et Col de l'Arc :

Cette manière de voir "classique", c'est-à-dire telle qu'elle est exprimée par la carte géologique, comporte plusieurs difficultés :

1 - On doit d'abord noter que la comparaison des deux versants de la crête indique que la surface de chevauchement est en moyenne faiblement pentée en direction de l'ouest pour celui de Saint-Ange et vers l'est pour celui du Moucherotte proprement dit : ces pendages opposés imposent que leur surface de raccord supposée décrive une nette inflexion synforme.

2 - D'autre part la surface du chevauchement du Moucherotte montre dans le versant ouest, entre Saint-Nizier et Lans, un tracé N-S quasi horizontal et un pendage vers l'est proche de 45°. Par contre la surface de chevauchement de Saint-Ange s'élève progressivement du nord vers le sud : de plus les constructions graphiques permises par les données de terrain indiquent que cette surface a un azimut non pas N-S mais proche de N120, et une pente vers le NNE inférieure à 30%.

3 - Par ailleurs la surface de chevauchement du Moucherotte proprement dite passe, à l'extrémité tout-à-fait septentrionale de son tracé, à un dispositif tectonique un peu complexe, peu chevauchant, où le pendage de la cassure, presque E-W, est très redressé, au lieu de prendre une faible inclinaison vers le SE pour aller rejoindre en profondeur dans cette direction le chevauchement de Comboire (voir figure ci-dessus et la page "Seyssins").

Cet accident des Bruziers, s'avère être une déchirure dextre par laquelle le chevauchement s'interrompt longitudinalement (en direction du nord) c'est-à-dire la rampe latérale de détachement de ce dernier. Le schéma qui est donné à la page "Seyssins" en propose une interprétation où la surface de chevauchement de Comboire - Saint-Ange est tranchée (en profondeur) par l'accident des Bruziers et se raccorde pratiquement à lui dans des rapports latéraux du type palier / rampe.

4 - Enfin. puisque la surface de chevauchement de Saint-Ange plonge vers le nord sous Grenoble elle devrait donc se prolonger sur l'autre rive de l'Isère dans les pentes de la Chartreuse. De fait le Tithonique y est affecté par les chevauchements du Jalla dont le sens de pendage et le sens de mouvement lui correspondent. Certes leur pendage est plus fort et l'amplitude de leur flèche semble bien plus faible mais c'est néanmoins la seule manière plausible (qui a d'ailleurs été proposée dès 1981) de comprendre là les rapports entre Vercors et Chartreuse.

 Par ailleurs l'interprétation de l'accident des Bruziers donnée ci-dessus suggère qu'une déchirure, symétrique par rapport à la direction du serrage (c'est-à-dire NW-SE), pourrait de même avoir affecté le chevauchement de la Chartreuse orientale là où il aboutit dans la plaine de l'Isère (voir la fin de la page "Vercors-Chartreuse").

5 - L'examen des secteurs plus méridionaux conduit également à douter que cette interprétation soit satisfaisante car la connexion entre chevauchement du Moucherotte et chevauchement de Saint-Ange, telle qu'elle a été représentée, n'apparaît ni étayée ni plausible.

En effet à partir de Lans le tracé (en tireté) de la carte géologique fait dessiner à la lèvre chevauchante une extension vers le sud-ouest qui engloberait la montagne de la Grande Côte : cela revient à faire recouvrir le bord oriental du Val de Lans par un lobe charrié sub-horizontal (même légèrement plongeant vers l'ouest) possédant une flèche de près de 2 km. C'est par une ligne tiretée similaire contournant symétriquement par le sud la montagne de la Grande Côte jusqu'aux approches du col de l'Arc que la carte dessine un raccord supposé avec le chevauchement de Saint-Ange.

Mais, outre que ce tracé est totalement interprétatif, il apparaît en outre très contestable par la géométrie qu'il suppose : cela nécessite en effet que la surface de chevauchement bascule fortement vers l'ouest pour passer à un charriage à plat dont le style est tout-à-fait étranger à celui des massifs subalpins septentrionaux.

Plus précisément il s'avère en effet que, à partir de la Roche Rousse jusqu'au village du Peuil au SW de Lans, les couches du Sénonien de la montagne de la Grande Côte ne reposent pas en chevauchement sur le Miocène du val de Lans mais s'enfoncent au contraire sous lui en succession stratigraphique (voir la page "Lans").

En réalité le chevauchement du Moucherotte se prolonge vers le sud, à cette latitude, par celui de la Croix des Ramées, mais au prix d'une réduction progressive de sa flèche, en direction du Collet du Furon. Dans le même temps toute la dalle rocheuse chevauchante, Urgonien à Sénonien inclus subit à la latitude du village de Furon une translation vers le SW par le jeu d'un décrochement NE-SW de La Tinette : elle se fait presque sans rupture par le jeu d'une torsion de l'axe de l'anticlinal du Moucherotte et par le rebroussement, selon son azimut NE-SW, des couches du Sénonien à l'est de Lans (voir la page "Lans").

Au delà, entre Le Peuil et le Col de l'Arc, rien n’étaye réellement le tracé du chevauchement porté sur la carte. En particulier la rupture de pente surhaussant le Sénonien de la montagne de la Grande Côte par rapport à celui du fond plat du Val de Lans est certainement due à une cassure, mais celle-ci peut tout aussi bien (et même mieux) être une faille extensive sub-verticale (voir la page "Pic Saint-Michel").

D'autre part c'est clairement la partie méridionale du chevauchement de Saint-Ange qui est observable à la latitude du Col de l'Arc dans les escarpements méridionaux du Pic Saint-Michel et qui se perd à l'ouest du Collet du Furon. D'une part cet accident ne saurait se raccorder au prolongement méridional de celui du Moucherotte, car sa disposition (azimut N120 et pendage vers le NNE) est telle qu'il ne peut que le couper en biais. Cette dernière disposition lui interdit d'autre part de s'engager vers le SW dans le vallon de Machiret (comme le veut la carte) pour y limiter du côté méridional le lobe chevauchant supposé.


Coupe de la marge orientale du Vercors, au niveau du Pic Saint-Michel
(figure extraite de la publication094, fortement retouchée).f
f.Cl? = faille des Clots (hypothèse alternative) ; s.gC = synclinal de la Grande Côte ; ØsA = chevauchement de Saint-Ange (= du Moucherotte au sens large) ; ØcR = chevauchement de la Croix des Ramées (= du Moucherotte proprement dit) ; Øs = chevauchement satellite (débitant le flanc inverse).

On est donc finalement conduit à considérer qu'il n'y a pas un seul, mais deux chevauchements distincts qui se relayent l'un l'autre, le chevauchement de Saint-Ange paraissant affecter la succession des couches à un niveau plus profond et avoir peut-être eu un jeu un peu plus récent (même si, "vu de loin" on peut sans doute, par tradition et dans un but de simplification lexicale, continuer à les considérer comme deux éléments appartenant à un même dispositif chevauchant, désigné alors du seul nom traditionnel de chevauchement du Moucherotte).

C/ Le changement de structure qui intervient au sud du Col de l'Arc n'a pas été suffisamment souligné. Deux points le caractérisent :

1- Il ne subsiste plus de la dalle chevauchante de Saint-Ange que le petit chapeau de la crête des Crocs, qui ne se prolonge pas plus au sud car la surface de chevauchement s'y élève au dessus de l'altitude de la crête.

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Le chaînon du Moucherotte, d'enfilade, vu du sud d'avion (sous cet angle les tronçons successif du chaînon se profilent les uns devant les autres).
ØM = chevauchement du Moucherotte proprement dit ; a.M = anticlinal du Moucherotte ; d.T = décrochement de La Tinette ; ØsA = chevauchement de Saint-Ange ; s.C = synclinal du Cornafion ; f.Bn = faille du Bacon ; f.rO = faille des Rochers de l'Ours.
On perçoit bien la totale dissemblance de structure entre la partie du chaînon se trouvant au nord de la faille du Bacon (Moucherotte à Pic Saint-Michel), dépourvue de synclinal du Cornafion, et celle plus au sud (Rochers de l'Ours, Cornafion), dépourvue de matériel chevauchant (sans doute enlevé par l'érosion)

2 - L'autochtone relatif, qui est ainsi dégagé par l'érosion se caractérise quant à lui par l'existence, inconnue au nord du col, de l'ample charnière du synclinal du Cornafion, qui est fortement déversée vers l'ouest et qui se développe sur une dénivellation de près de 1000 m.

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Le versant sud-ouest du Roc Cornafion, dominant le vallon de la Fauge, vu du sud-ouest, d'avion, depuis l'aplomb des pentes de la Cote 2000.
s.C = synclinal du Cornafion ; ØsA = chevauchement de Saint-Ange ; f.rO = faille des Rochers de l'Ours (faille verticale à compartiment ouest surélevé) ; f.Bn = faille du Bacon (faille verticale à compartiment nord abaissé : ces deux failles se terminent en convergeant au pied W du sommet des Rochers de l'Ours.

a) Il est en premier lieu étonnant que ce dernier pli n'existe plus là où se développe au contraire le chevauchement de Saint-Ange qui est pourtant censé l'avoir induit. En fait la brutalité de ce changement de géométrie apparaît associée au jeu de la faille du Bacon, d'azimut SW-NE, qui sépare ces deux compartiments à structure si différente : cette faille est en fait une déchirure qui a joué de façon synchrone avec le plissement (et donc sans doute avec le chevauchement), permettant une désolidarisation des déformations de part et d'autre de la cassure.

On peut sans doute en déduire que le changement structural qui se produit sur cette transversale (qui est sensiblement celle de Saint-Paul-de-Varces) est dû à ce que les serrages W-E responsables de la déformation ont eu un effet différent de part et d'autre de la faille du Bacon. Au nord a prévalu le déplacement "tangentiel" sur des plans peu inclinés, alors que le raccourcissement par un ample plissement a pris une plus grande importance au sud. Mais la raison pour laquelle un telle différence intervient à cette latitude est encore obscure ...

b) D'autre part le relief assez particulier des très hauts abrupts du versant oriental de la crête, à partir des Rochers de l'Ours jusqu'à l'extrémité des Rochers du Ranc des Agnelons, porte à penser que ce pli est le crochon d'un chevauchement qui aurait tranché son flanc est et dont la surface de chevauchement aurait été simplement dénudée par l'érosion (voir la page "Cornafion).

Mais l'azimut de cette surface, que l'on a voulu attribuer au chevauchement de Saint-Ange, est N40, alors que ce dernier traverse presque orthogonalement la crête des Crocs (avec un azimut de de l'ordre de N120 aux abords du Col de l'Arc et en outre un pendage beaucoup plus faible).

On ne peut donc pas attribuer au chevauchement de Saint-Ange la formation du synclinal du Cornafion, puisqu'il tranche celui-ci transversalement. Il s'avère par contre très plausible (voir les pages "Col Vert" et "Éperrimont") que ce rebroussement du synclinal du Cornafion soit le fait du chevauchement de l'Éperrimont.

c) Enfin le flanc oriental du synclinal du Cornafion est tranché par la faille des Rochers de l'Ours, également sub-verticale mais NNW-SSE, dont l'importance paraît plus secondaire : elle converge peu en contrebas ouest de ce sommet avec celle du Bacon en délimitant le saillant d'un poinçon qui semble s'enfoncer vers l'ouest selon la direction N110 (qui est celle bien connue par ailleurs comme étant celle du serrage responsable du plissement).

Le fait que ce poinçon ne provoque aucune déformation apparente dans le panneau rocheux qu’il emboutit est étrange : il faut sans doute en conclure cette déformation s'est produite par un écrasement du compartiment oriental qui s'est exprimé par un allongement N-S dont témoigne peut-être l'angle obtus (ouvert à 100°) du poinçon ...

En définitive la combinaison des structures qui se développent aux alentours du col de l'Arc aboutit à une géométrie complexe et peu aisée à se représenter (schéma ci-après). On y voit en tous cas combien le schéma simple du pli couché enchaînant un synclinal du Cornafion avec un anticlinal du Moucherotte, bien que peut-être fondamentalement correct, doit être retouché pour donner une représentation fidèle d'une réalité structurale bien plus complexe.


Bloc tectonogramme schématique
montrant les relations entre les différents accidents tectoniques du chaînon oriental du Vercors entre le Pic Saint-Michel au nord et le Col Vert au sud.
On a dessiné trois blocs, un peu espacés l'un de l'autre, représentant chacun la structure dans une portion des compartiments successifs séparés du nord au sud par les failles transverses. Noter que celles-ci ne sont pas orthogonales aux plans de chevauchement et aux axes de plis, mais orientées obliquement , l'une NE-SW (f.Bn = faille du Bacon), l'autre NW-SE (f.rO = faille des rochers de l'Ours).
s.C = synclinal du Cornafion ; ØEp = chevauchement de l'Éperrimont (rose); ØM = chevauchement de Saint-Ange (rouge) ; ØS surface de chevauchement satellite du lambeau tectonique d'Urgonien en flanc inverse.
(la divergence d'azimut entre les deux surfaces ØEp et ØsA est en fait sous-estimée, car difficile à représenter en perspective)

D/ Rapports avec la structure des pentes inférieures du sillon subalpin :

Comme aux Rochers de l'Ours le revers oriental de la crête du col Vert se fait remarquer, jusqu'au Ranc des Agnelons inclus, par l'absence de falaise, à la différence de ce qui se produit plus au sud aux Arêtes du Gerbier (voir la page "Col Vert"). Comme dit plus haut le plan incliné à plus de 45° qui y tranche le couches sub-verticales de l'Urgonien correspond de façon très plausible à une surface de chevauchement dénudée par l'érosion.
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Le redoublement du Tithonique de l'Éperrimont (partie méridionale) vu du sud, depuis l'appui NE du viaduc autoroutier du Monestier de Clermont.
ØsA = chevauchement de Saint-Ange (il pend vers l'arrière, c'est-à-dire vers le NE) ; ØEp = chevauchement de l'Éperrimont ; s.C = synclinal du Cornafion (crochon d'entraînement dû à ce dernier chevauchement).
La zone surchargée de pointillés correspond au secteur où la pente topographique est constituée par la surface structurale du chevauchement de l'Éperrimont, dénudée et à peine ré-entaillée par l'érosion. Elle débute dans les pentes au sud du col de l'Arc et se prolonge plus au sud jusqu'au Ranc des Agnelons (cf. cliché ci-après).

Or la construction d'une coupe transversale montre que le prolongement de cette surface vers le bas aboutit dans le haut vallon du Lavanchon qui sépare du versant principal de la montagne son ressaut constitué par la Crête du Pieu et de l'Éperrimont, là où précisément aboutit la surface de chevauchement de l'Éperrimont après avoir redoublé la barre tithonique (voir la page "Éperrimont").

Coupe transversale à la crête orientale du Vercors, entre Villard-de-Lans et Vif.
ØE = chevauchement de l'Éperrimont
Pour mieux comprendre le contexte structural lié au chevauchement du Moucherotte on se reportera aux coupes sériées du chaînon.

Cette interprétation implique toutefois que la surface de chevauchement subisse une modification de son pendage pour passer de celui, fort vers l'est, qui est le sien au niveau de l' Urgonien de la crête du col Vert à celui, presque horizontal qu'elle a sous l'Éperrimont. Il ne semble pas que cela puisse être seulement attribué à une géométrie de rampe correspondant au sectionnement de la barre tithonique : on doit donc sans doute en conclure qu'elle est affectée là par une torsion synforme (d'ailleurs comparable à celle envisagée par ailleurs pour connecter, plus au nord, les chevauchement de Saint-Ange et du Moucherotte).

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Le rebord subalpin à la latitude de Vif, vu du nord, d'avion, depuis l'aplomb de Varces - Pont-de-Claix
ØEp = chevauchement de l'Éperrimont ; en hachures cernées de gris, son prolongement vers l'ouest, en tangence au dessus des abrupts orientaux de la crête du Roc Cornafion - Rochers du Gerbier.
Le tracé de la faille du Bacon correspond sensiblement à la limite droite du cliché

En définitive même s'il est impossible de prolonger simplement le chevauchement de l'Éperrimont avec celui de Saint-Ange leurs analogies portent à penser qu'il s'agit fondamentalement de deux tronçons d'un même dispositif dissociés par le jeu complexe (essentiellement coulissant) de la faille du Bacon à la latitude de Saint-Paul-de-Varces.

On peut enfin se demander de quelle manière ce dispositif de chevauchement se prolongeait plus à l'est dans les niveaux stratigraphiques plus anciens : c'est ce que cherche à illustrer la planche de coupes ci-dessous, qui compare les données de plusieurs transversales plus septentrionales.


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Coupes comparatives au travers du sillon subalpin aux abords de Grenoble
- coupe supérieure (septentrionale) à l'extrémité sud de la Chartreuse ;
- coupe moyenne dans les collines bordières au sud-est de Grenoble ;
coupe inférieure (méridionale) au sud de Grenoble (Pont de Claix - Vizille).

La coupe supérieure montre l'analogie du chevauchement de Comboire avec les chevauchements du Jalla (1J).
La coupe inférieure montre deux autres hypothèses que l'on peut faire sur le prolongement du chevauchement de Saint-Ange (1M) vers le bas de la série stratigraphique :
- En tirets rouges l'hypothèse d'un prolongement du chevauchement du Moucherotte au dessus de la surface du socle cristallin - au sein des couches du Jurassique moyen (Bj-Aa) et inférieur (Ls-Lc) - par exemple par le chevauchement 1B (dont l'existence n'est pas formellement démontrée) : on voit que les sinuosités nécessaires pour que la surface de chevauchement coupe les couches à angle aigu sont importantes, mais imaginables.
- En tirets roses l'hypothèse d'un prolongement du chevauchement du Moucherotte au dessous de la surface du socle cristallin : on voit qu'elle implique une géométrie inacceptable en ce qui concerne l'angle entre les couches et la surface de chevauchement (trop proche de l'orthogonale).

Plutôt que ces deux dernières hypothèses c'est finalement un raccord analogue à celui entre Corenc et Gières (coupe supérieure), avec éventuellement amortissement couches sur couches au sein des Terres Noires, qui paraît en définitive le plus vraisemblable.

 


Complément relatif à l'historique des conceptions tectoniques :

(Figure extraite de M.GIDON, 1981, coloriée)
Trois coupes "sériées" de la bordure orientale du Vercors au SW de Grenoble
Ces coupes parallèles illustrant la conception développée par l'auteur en 1981, quant aux transformations que subit du nord (1) au sud (3) le grand accident supposé unique alors appelé chevauchement Jalla-Moucherotte.
Ce dernier accident était interprété comme résultant d'un rejeu post-miocène d'un chevauchement précoce (plus modeste), antérieur à la formation des grands plis (synclinal de la Fauge, anticlinal de Sassenage et synclinal du Néron) et aurait été tordu lors de la formation de ces plis (ce qui paraissait patent au niveau de la coupe 2).

Carte structurale schématique
du Vercors septentrional
d'après H.ARNAUD, 1976 (complété et retouché)

En jaune les affleurements de Miocène ; le trait vert correspond à la faille des Presles, le trait rouge au chevauchement de Rencurel et le trait bleu au chevauchement du Moucherotte.

Plis (d'est en ouest) :
SF = synclinal de la Fauge ; AM = anticlinal de la Moucherolle ; SSN = trans-synclinal de Saint-Nizier ; SE = synclinal des Engenières (on a omis de désigner, par manque de place le synclinal et l'anticlinal de Sassenage) ; AS = anticlinal de Sornin ; SA = synclinal de l'Achard ; au nord d'Autrans est figuré (mais non dénommé) l'anticlinal du Bec de l'Orient, qui se termine vers le sud dans le synclinal d'Autrans
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