Le Grand Pic de Belledonne


Le Grand Pic de Belledonne (2977 m) est à la fois le point culminant du massif et son sommet emblématique. Il fait en réalité partie d'un groupe de trois sommets alignés souvent désignés en bloc comme "les Trois Pics de Belledonne". Ils dominent, en fond de tableau, le cirque de la vallée tout-à-fait supérieure de Saint-Mury, où subsiste encore le petit culot de glace du glacier de Freydane. Les moraines abandonnées par le retrait de ce glacier depuis le "petit âge de glace" sont encore bien conservées (surtout la moraine latérale orientale) et l'ombilic frontal de cette époque est occupé par le Lac Blanc. Ce dernier est retenu par un verrou rocheux mais celui-ci est en outre garni par les restes des moraines frontales déposées aux divers épisodes du retrait.


La face nord-ouest des Trois Pics de Belledonne
De gauche à droite : Grand Pic, Pic central et Croix de Belledonne (vu des pentes du Lac Blanc).
La crête et la paroi sont constituées par des amphibolites*. En contrebas, à partir du glacier de Freydane, la vallée et ses deux rives sont entaillées dans des gneiss leptynito-amphiboliques*, moins résistants.


Ces trois sommets ont une constitution identique car ils s'alignent sur une bande d'amphibolites* appartenant à la nappe de Chamrousse, qui est coincée (presque en klippe*) dans le coeur d'un synclinal pincé, d'axe N30, formé lors de l'édification de la chaîne hercynienne. On peut supposer que le reste de la séquence ophiolitique (gabbros et serpentinites) était présent dans le coeur de ce synclinal, qui se situait au dessus des crêtes actuelles (et avait dû être enlevé dés la formation de la pénéplaine anté-triasique).

Ces roches reposent sur les gneiss leptyno-amphiboliques qui affleurent donc en contrebas sur les deux versants de la crête :
Sur le versant ouest ils affleurent très largement sur une grande partie du thalweg du haut vallon de Saint-Mury (Le Preynet, Rafiodur, Lac Blanc), ainsi que sur ses deux rives (Rocher de l'Homme et Grande Lance de Domène). Partout ils reposent sur des gneiss clairs, leptynitiques qui forment la base normale de cet épais ensemble de roches rapportées au Dévono-Dinantien.

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La rive droite du vallon supérieur de Saint-Mury (vallon de Freydane) vue de l'ouest, depuis la Pointe de la Sitre.
Noter la butte-témoin* de houiller de la Roche Noire, et le fait qu'elle repose sur le socle cristallin par une surface presque horizontale (soulignée de bleu) ; cette dernière est évidemment discordante* sur les bandes gneissiques et sur le contact avec les amphibolites du Grand Pic (contact souligné de vert).
On voit bien se superposer les gneiss leptyno-amphiboliques (dont les litages alternés clairs et sombres, ne sont pas visibles à pareille distance) sur les gneiss clairs riches en dérivés d'anciens plutons.


Sur le versant est (qui est celui de la vallée de l'Eau d'Olle) les gneiss leptyno-amphiboliques affleurent aussi, notamment dans les pentes du Lac de Belledonne. Mais ici leur soubassement de gneiss leptynitiques n'est pas visible car il n'apparaissent qu'au cœur d'un repli anticlinal et les amphibolites de la nappe, correspondant au flanc oriental de ce pli affleurent selon une deuxième bande N-S, au sommet des épaulements de flanc de versant.
Plus bas enfin cette bande inférieure d'amphibolites bute contre l'accident d'Allemont, qui est une faille plus tardive que le charriage
(voir la page "socle cristallin de Belledonne").


Le versant oriental de la crête des Pics de Belledonne
vu du nord-est, depuis l'échine orientale de la pointe du Sifflet (abords ouest du Pas de la Coche).

En premier plan, affleurements de gneiss micacés, relativement clairs, du soubassement des amphibolites du Ferrouillet.


En fait cette bande amphibolitique se raccorde vers le nord, dans la montagne du Ferrouillet à celle qui forme les crêtes, comme si l'ensemble décrivait un anticlinal déversé vers l'est. D'autre part les plus basses pentes, en dessous des épaulements glaciaires qui dominent l'Eau d'Olle, sont formées par les gneiss micacés (à deux micas) de la formation d'Allemont, qui appartiennent à l'enveloppe du pluton granitique des Sept Laux.

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La crête de Belledonne et les hautes pentes de la rive droite de l'Eau d'Olle vues du sud-est, depuis le lac Noir (au nord de l'Alpe d'Huez).
Les tirets verts correspondent à la surface de chevauchement de l'ensemble ophiolitique (amphibolites), qui repose sur les gneiss leptyno-amphiboliques : ces derniers apparaissent "en fenêtre*" au cœur d'un repli anticlinal qui affecte cette surface de chevauchement.


Au sud de la Croix de Belledonne la bande amphibolique abandonne la crête principale qui mène au Pic du Grand Doménon et qui est formée par les gneiss amphiboliques de son soubassement.

Le versant sud de la crête des Trois pics de Belledonne

vue d'enfilade, du sud-ouest, depuis le sommet de La Grande Lauzière, de la crête de partage des eaux entre Romanche, à droite, et Grésivaudan, à gauche.

En premier plan les affleurements de schistes houillers qui appartiennent à la butte témoin* qui chapeaute le sommet de La Grande Lauzière.

 

Cette bande amphibolitique descend vers le sud par la combe du lac de Bâton (cf.page "Romanche") puis forme la crête de rive orientale du vallon de la Grande Vaudaine (notamment la Roche Moutas) jusqu'à l'altitude d'environ 1900 m (Roche Berchon). Là elle se termine en butant contre la grande faille E-W qui traverse les pentes des Chalanches.

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La partie amont de la rive droite des gorges de la Romanche
vue du sud, depuis l'échine de la Cime Chalvine (arête ouest du Grand Galbert) en rive gauche de la Romanche.
On a surchargé de vert les affleurements d'amphibolites rattachés à l'ophiolite de Chamrousse et de kaki les gneiss très amphiboliques du complexe volcano-plutonique ; f.Ch = faille des Chalanches ; hr = lambeaux de grès et schistes houiller posés en chapeaux sub-horizontaux (Roche Moutas, Rochers Rouges de la Croix de Belledonne).


C'est une autre bande d'amphibolites distincte, prise dans un synclinal pincé plus oriental, qui arme plus à l'est la crête de la Grande Lance d'Allemont. On trouvera des compléments sur les basses pentes de cette montagne aux pages consacrées à la rive droite de la gorge de la Basse Romanche et à Allemond.


La longue pente, finalement asez peu inclinée, qui permet d'accéder facilement à la croix de Belledonne par le sud-ouest ne porte pas de témoins de matériel sédimentaire mésozoïque ; mais tout laisse à penser - depuis la régularité et le sens de son inclinaison jusqu'à la forte rubéfaction des roches à sa surface - qu'elle représente le témoin le plus élevé de la surface de la pénéplaine anté-triasique.

Il me semble d'ailleurs me souvenir que j'avais observé dans ces parages des fragments de dolomie rousse triasique, mais cette observation demanderait à être confirmée (appel aux internautes susceptibles de le faire !).
D
'autre part il m'a été signalé par Mr Luc Thollet que l'on trouve au sommet des Rochers Rouges nombre de blocs plats dressés sur la tranche ; on en trouvera un cliché à l'adresse http://www.bivouak.net/forum/viewtopic.php?t=7837&start=0&id_sport=2
: il s'agit sans doute là d'un pénomène périglaciaire dont je ne connais pas l'explication).

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Les Pics de Belledonne, vus de l'ouest depuis le sommet de la Grande Lance de Domène.
ØOph = surface de contact anormal (ici très redressée) de la nappe ophiolitique sur les gneiss de son soubassement ; mcs = micaschistes mylonitiques.


Quoi qu'il en soit la partie inférieure de ce glacis, appelée Rochers Rouges est couronnée par un panneau de schistes et grès houillers inclinés à peu près comme la pente du plateau rocheux, qui est très comparable à celui qui coiffe la Grande Lauzière, la Grande Lance de Domène ou la Roche Noire de Freydane : tous témoignent que, dans ce secteur, le houiller formait une chape presque plane au sommet d'une chaîne hercynienne déjà arasée (et qu'il n'était pas affecté par les plis ayant formé, antérieurement cette chaîne) .


Carte géologique simplifiée des crêtes entourant les pics de Belledonne

redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
plus au nord ;
plus à l'ouest ; cartes voisines : plus à l'est
plus au sud



Page d'introduction à la géologie de la chaîne de Belledonne au sens large.
aperçu d'ensemble sur le massif de Belledonne

Cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuilles Domène et Vizille

Saint- Mury Crop Ferrouillet Rochers Rissiou

Gde Lance de Domène

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