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Aiguille Croche


L'Aiguille Croche est le point culminant méridional du chaînon du Mont Joly. Elle se situe à l'endroit où ce dernier s'oriente vers l'ouest pour séparer la haute vallée de l'Arly (Megève) de celle d'Hauteluce (Le Dorinet).

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Le versant nord-ouest de la crête de l'Aiguille Croche vu de l'ouest, depuis le Mont de Vorès
Ce versant montre un beau parallèlisme des couches calcaires, qui pendent doucement vers le NW. Toutefois cette disposition masque sans doute des plis couchés, comme le suggère la bande de Trias qui traverse la face sud-ouest. En ce cas il s'agit de plis fort aplatis, dont les charnières sont totalement invisibles ...
En outre il semble que cette succession soit au moins redoublée par une surface de chevauchement, qui passerait au sommet des abrupts du point coté 2283 de l'arête ouest, et peut-être par une autre passant à mi-hauteur de ces abrupts (voir ci-après)
on trouvera une vue d'ensemble du versant nord de la montagne et de ses rapports avec le Mont Joly à la page "Megève"


La structure de la montagne poursuit celle du Mont-Joly à ceci près que l'on y trouve, à flanc de son versant sud et est, une lame de Trias (principalement formée de dolomies cargneulisés). Elle est interprétée par les auteurs les plus récents comme le coeur d'un anticlinal couché (plus ou moins rompu ?). En tous cas les affleurements triasiques de pentes proches du col du Joly ne sont pas des klippes flottantes d'une nappe démantelée par l'érosion (contrairement à ce qu'indique la carte géologique Saint-Gervais).
Ces lames se raccordent du côté sud-est (col du Joly) à des amas plus importants de matériel triasique, qui se connectent à l'enveloppe sédimentaire autochtone des blocs de socle cristallin sous-jacents. Ce raccord s'accompagne d'une inflexion importante des contacts entre les formations, qui passent d'une disposition sub-horizontale à sub-verticale.

Ce changement d'attitude peut être attribué au ploiement (tardif) de la voûte du massif cristallin de Belledonne - Aiguilles rouges. Mais il est certainement dû aussi, pour une large part, au changement de niveau dans l'édifice structural, qui fait passer de la tectonique du socle, à larges voussures séparées par des cassures sub-verticales, à celle de la couverture où prédominent l'aplatissement et le cisaillement sub-horizontal du matériel sédimentaire (ce style se poursuit en effet bien loin, à l'est de la zone du col du Joly, où s'enracinent les plis du chaînon du Joly).

Quoi qu'il en soit, le secteur des basses pentes de l'Aiguille Croche est remarquable en ceci que l'on y peut observer les modalités du passage de la tectonique du socle à celle de la couverture (pour un exposé plus circonstancié sur ce sujet, se reporter à la page d'aperçu tectonique).


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L'aiguille Croche, versant sud (haut vallon d'Hauteluce), vue du sud-ouest, depuis la rive occidentale du lac de la Girotte.
u.J = unité du Joly : elle est vraisemblablement limitée à sa partie inférieure par une surface de chevauchement (ØJ) et au moins redoublée par une surface de chevauchement, qui passerait peu sous les sommets cotés 2283 et 2282 de l'arête ouest.
Elle héberge une lame de matériel triasique qui affleure sur l'arête ouest de l'Aiguille Croche et qui se dispose de façon telle qu'elle doit se raccorder à l'importante masse de cargneules du col du Joly, qui affleure immédiatement à droite des limites du cliché.
u.mA = unité du Mont d'Arbois : son Lias supérieur (schistes Aaléniens et toarciens) repose ici directement sur la lame triasique du col de Véry. Son extrémité orientale est masquée sous des formations quaternaires et l'on ne sait donc pas comment elle se termine du côté oriental (par biseautage tectonique ou par charnière synclinale ?).
La lame triasique du col de Véry s'épaissit ici pour former une grande partie des pentes de Gibloux, puis traverse les pentes des Aiguilles et se raccorde là aux affleurements qui enveloppent l'extrémité septentrionale du bloc cristallin d'Outray occidental (micaschistes chloriteux de la forêt du Revers).



version plus grande
Coupe le long de la crête du col du Joly (extrait de J.C.Barféty, 1988)
1 et 2 = Trias (avec gypses) ; 3 = Hettangien ; 4 = Sinémurien ; 5 = Lotharingien - Carixien.
Cette coupe (antérieure au travail de J.L. Epard) localise les points de récolte de fossiles hettangiens (symboles cerclés) qui prouvent qu'au nord-ouest du col du Joly le Trias affleure là en série renversée (il ne repose pas en chevauchement sur de l'Aalénien comme l'indique la feuille Saint-Gervais).
L'interprétation proposée par J.L.Epard est que ces affleurements représentent le coeur d'un anticlinal couché très aplati et se prolongent par la lame triasique qui passe sous le sommet de l'Aiguille Croche (non indiquée ici) : ce pli de première phase aurait été replissé par des plis mineurs, de deuxième phase, déversés vers l'ouest.
N.B. : Dans le soubassement de l'Aiguille Croche le dessin de la tectonique n'est guère en accord avec les observations que permet l'examen de la face sud de la montagne (cf. ci-après). Par ailleurs, au sud du col du Joly, la répétition alternée de lames de Lias et de Trias gypsifère est attribuée à des imbrications secondaires, ce qui ne paraît guère traduire la structure réelle de ce secteur, plus proche de la coupe schématique suivante.




Schéma d'ensemble de la structure du secteur au sud-est de Megève
Pour améliorer la lisibilité les hauteurs sont exagérées de presque 2 fois.

u.J = unité du Mont-Joly ; u.mA = unité du Mont d'Arbois ; u.S = unité du Sangle ; u.R = unités de Roselette et de Roselend.
La lame de de carbonifère et de Trias de l''unité de Vervex", matérialiserait une surface de chevauchement séparant la couverture, entraînée vers l'ouest par les charriages, de son socle autochtone.
f.C = prolongement méridional de la faille de Chamonix = prolongement septentrional de l'accident médian de Belledonne.
Ce schéma se base sur l'interprétation de J.L. Epard en y apportant quelques retouches et des simplifications.

Les termes Outray, Enclaves et Grande Pierrière designent les blocs de socle à voûte ployée en anticlinal ("claveaux") de la partie einterne du socle cristallin de Belledonne.



La structure de détail de la partie inférieure et moyenne des abrupts de l'Aiguille Croche n'est pas encore connue de façon certaine : la part des plis couchés et des imbrications par chevauchement au sein de la succession liasique n'y est pas clairement établie.

Les observations à distance faites à la jumelle suggèrent l'existence de deux à trois surfaces de chevauchement, qui y sont repérables par des biseautages de couches.

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Le lac de la Girotte et le fond du haut vallon d'Hauteluce vus du sud-ouest, depuis la rive occidentale du lac (chalets de Vers le Lac).
l'astérisque rouge désigne l'emplacement des affleurements étudiés ci-après.


Les abrupts du versant sud de l'Aiguille Croche
vus du sud-ouest (dans l'axe des plis), depuis Les Gibloux. Le cadre délimite la portion agrandie sur le cliché suivant (secteur localisé par l'astérique rouge sur le cliché ci-dessus).

Les attributions stratigraphiques sont totalement hypothétiques, sauf pour le lias schisteux (Do-To) des basses pentes et pour l'Hettangien qui encadre la lame de Trias des pentes supérieures.
Ø1, Ø2, Ø3 = surfaces de discontinité dans la géométrie de l'empilement des strates (s0) = chevauchements probables ; Ø3 correspond à la lame de Trias : celle-ci est tellement mince et calibrée qu'il est peu probable qu'elle n'ait pas été utilisée comme surface de glissement (même s'il s'agit originellement d'un coeur de pli-couché).
ØJ? = surface limite (chevauchement ?) entre l'unité du Joly (en haut) et l'unité du Mont d'Arbois (en bas).

Détail de quelques dislocations observables dans le Lias calcaire du versant sud de l'Aiguille Croche
vues du sud-ouest (dans l'axe des plis), au téléobjectif, depuis Les Gibloux.
Le secteur représenté correspond aux ravines situées à l'aplomb de l'affleurement de Trias de la crête ouest de l'Aiguille Croche.

Ce versant ne montre aucune charnière de pli couché. Par contre il est traversé sur toute sa largeur, par une bande, intercalée entre des strates bien parallèles, où les couches sont basculées et froissées. La disposition des couches de cette bande suggère un débitage en tranches de la pile de strates, par des surfaces de chevauchement (Ø?) dans le cadre d'un cisaillement subhorizontal (demi-flèches blanches).

dans la même thématique voir aussi les détails structuraux du Mont Joly 


Aperçu d'ensemble sur la structure du secteur Megève - Val Montjoie

Carte géologique simplifiée
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

carte géologique au 1/50.000° à consulter : feuille Saint-Gervais

Megève

Mont Joly

Contamines
Véry - Vorès LOCALITÉS VOISINES col du Joly

Hauteluce

Lac de La Girotte

Roselette

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